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Chronique cinéma
avril 2011

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Avril nous attire au cinéma certes mais nous propose aussi de réfléchir aux conditions de tournage, aux messages véhiculés par les films et par les événements qu'ils suscitent surtout lorsqu'ils concernent des enfants. De plus, cette chronique cinéma vous offre ce mois-ci l'occasion de (re)découvrir les particularités du cinéma au féminin. Aussi, vous pourrez vous réjouir du rayonnement d'un de nos documentaires avant de lire la réplique du mois qui termine toujours ces lignes consacrées au 7e art.

EN ENTREVUE

«Je suis Sam. Quand vous lirez ceci, je serai probablement mort».Cette phrase, que m'a rappelée Gustavo Ron, a débuté la longue histoire qui l'a lié à sa réalisation Vivir para slempre-Sam 12 ans, immortel. Je me suis entretenue avec le cinéaste alors qu'il venait de Londres pour assister à la projection de son film dans le cadre de la 14e édition du FIFEM, le Festival international du film pour enfants de Montréal. «J'ai acheté le livre de Sally Nicholls à cause de cette phrase. Elle avait vécu avec des enfants malades. Je l'ai lu aussitôt dans un train et j'ai acheté les droits.» Parue en 2008, la traduction du livre en français s'intitule : Quand vous lirez ce livre. L'auteure a travaillé dans un hôpital de la Croix-Rouge au Japon et s'est mérité plusieurs récompenses pour son livre dont le titre original est Ways to live forever.

Les précieux derniers jours de Sam, atteint de leucémie, sont sertis dans ce bijou de film aux procédés variés. Avec son ami Félix, Sam écrit et tourne son journal personnel. «Tout le monde est capable de comprendre les choses difficiles comme celles du film parce que nous avons tous vécu des choses tristes. C'était mon 2e film et je l'ai tourné à l'hiver 2009 à Newcastle, dans le nord du Royaume-Uni , près de l'Écosse. Je l'ai dédié à la mémoire de 3 personnes liées à des gens de l'équipe de tournage et qui sont décédées pendant que nous faisions le film» a ajouté Gustavo.

EN ANALYSE

Dans le film Vivir para slempre-Sam 12 ans, immortel, les personnages sont identifiés dans le récit par une intervention écrite sur l'image. Plusieurs séquences d'animation ponctuent le déroulement en accord avec des mentions historiques ou imaginatives qui accompagnent les questions, souhaits et réflexions des deux jeunes : «Mourir est la chose la plus embêtante au monde. Ça laisse sans réponse. Comment sait-on qu'on vient de mourir? Les choses que je veux faire avant de mourir. Pourquoi Dieu accepte-t-il que les enfants soient malades? Mourir, est-ce que ça fait mal? Que ressent une personne morte? Pourquoi doit-on mourir? Où allons-nous après la mort? Est-ce que le monde sera encore là après moi?»

Certes, Sam pense se faire congeler puis décongeler quand sera découvert le remède à sa maladie. Son institutrice à domicile, Madame Willis, lui suggère de laisser quelque chose qui, comme les œuvres d'art, lui survivra. Avec Félix, rencontré à l'hôpital, il entreprend donc son journal écrit et filmé qui l'amène à capter les souhaits qu'ils veulent concrétiser avant de mourir. Ainsi, ils battent un record du monde en ouvrant la plus petite discothèque dans sa garde-robe.

Sam et Félix ont remarqué que dès qu'il est question de leur maladie, les gens toussent et changent de sujet. Le film n'occulte pas l'éventualité de la mort. Le sujet est pleinement circonscrit par les enfants. D'abord, Félix décède et Sam, même fatigué, ne dort pas cette nuit-là : «J'ai essayé de le ranger à l'intérieur de moi. Je déteste ce qui arrive.» Il se départit de sa caméra et de son cahier que son père retrouve, lit, visionne, avant de décider d'y participer lui-même; Sam avait exprimé le souhait de devenir un scientifique avant de mourir, après avoir constaté que dans son journal l'enfant décrivait ses symptômes, ses traitements, les rituels culturels de la mort, le père lui dit que son journal est scientifique.

«Certaines choses sont parfaites du début à la fin mais on ne le sait pas tant qu'on ne les a pas vécues» exprime Sam avant de donner en exemple son voyage en dirigeable avec son père pour une publicité de Coca-Cola. Quand il rencontre la cousine de Félix , il remarque : «Je me suis senti adolescent et j'ai eu envie de pipi». Les thèmes abordés transcendent la maladie et, sans nier l'inéluctable, célèbrent les moments précieux de l'existence.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

Vivir para slempre-Sam 12 ans, immortel Ron Gustavo, 2010
Partir Catherine Corsini, 2009

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

Mademoiselle Chambon Stéphane Brizé, 2008
Une liaison pornographique Frédéric Fonteyne, 1999
La chamade Alain Cavalier, 1968
La sirène du Mississipi François Truffaut, 1968
La femme d'à coté.François Truffaut, 1981
Vous n'aimez pas la vérité 4 jours à Guantanamo Luc Côté et Patricio Henriquez, 2010
Rachel Simone Bitton, 2009
La souriante Madame Beudet Germaine Dulac, 1923
Celles qui s'en font Germaine Dulac, 1928
Arabesques Germaine Dulac, 1928
India Song Marguerite Duras, 1975
La Pelle Liliana Cavani, 1981
Point Break Katryn Bigelow, 1991
Strange Days Katryn Bigelow, 1995
On est au coton Denys Arcand, 1976
Détour Sylvain Guy, 2009
Le poil de la Bête Philippe Gagnon, 2010
La vie rêvée Mireille Dansereau, 1972
Bulldozer Pierre Harel, 1974
Les dieux du stade Leni Riefenstahl, 1938
The Wonderful, Horrible Life of Leni Riefenstahl Ray Müller, 1993
Dernier tango à Paris Bernardo Bertolucci, 1972
The Donna Yaklich story Armand Mastroianni, 1994
Life with Billy Paul Donovan, 1994
Traverser la peur André Melançon, 2007
La guerre des Tuques André Melançon, 1985

Les dernières paroles de Sam sont des mots d'amour après avoir «regarder les gens pour les fixer dans ma mémoire». Ses parents continuent son journal. Alors sont incorporés des flash-back du petit diariste espérant «Quelqu'un doit se souvenir de moi de temps en temps» et les images de la cousine qui réalise la promesse qu'elle avait faite à Sam de planter un arbre du paradis au dernier endroit où ils se sont embrassés.

Le film était projeté dans sa langue originale, l'anglais, et Martin Dion, assis au fond de la salle, en assurait la narration simultanément. Les enfants ont écouté avec une remarquable attention dont les adultes parfois ne sont pas capables; il arrive que les grandes personnes ne donnent pas le bon exemple en ne cessant pas de passer des commentaires ou en transformant les rangées en véritables autoroutes.

EN DÉFI

Puis, toujours au cinéma Beaubien, a eu lieu le spectaculaire «Défi têtes rasées». Afin d'amasser des fonds pour Leucan, un organisme venant en aide aux enfants atteints du cancer et à leur famille; des employés ont accepté de «mettre leur tête à prix». Les participants, se joignant à ceux de plus d'une trentaine de sites de rasage à travers le Québec, devaient ramasser de l'argent en plus d'avoir le crâne tondu. La grande question restait : est-ce que Mario Fortin, directeur du cinéma Beaubien, allait accepter de faire raser sa célèbre moustache en plus de ses cheveux? Les employés remettaient plus de 4 000$ qui s'ajoutaient au 3 000$ donnés par le Beaubien. Parmi les garçons s'est glissée, aussi émue qu'émouvante, Sabrina Moro, seule fille du groupe de ces gens appelés Héros. Sur la photo avec moi, Mario exhibe le résultat de son implication.

EN ANALYSE

Ah! les gars de la construction! Au cinéma, ils incarnent parfois l'homme qui révèle une femme à elle-même dans sa capacité d'aimer. Dans Mademoiselle Chambon (Stéphane Brizé, 2008 voir ma chronique de décembre 2009), Jean, un maçon marié et père, développe une relation amoureuse avec Véronique, une institutrice célibataire. La scène de leur premier baiser se déroule dans une pudeur flagrante, une douceur intense, une efficacité subtile. Jean renonce à rejoindre Véronique, le couple ne continuera pas ensemble.

À cette relation impossible a succédé celle, plus actualisée, du couple Suzanne et Ivan dans Partir (Catherine Corsini, 2009). Le film commence avec un flash forward : travelling vers la droite, allongée dans le lit, Suzanne, les poings serrés, les yeux ouverts, entend les ronflements de son mari. Vue extérieure de l'architecture cubique qui leur sert de domicile familiale luxueux. Rentissement d'un coup de feu.

Six mois plus tôt. Suzanne et son mari, Samuel, un médecin autoritaire, considèrent le chantier, à même la maison, où Suzanne va installer sa clinique pour reprendre son travail de kinésithérapeute. Déjà, son mari méprise tout le travail ménager qu'elle lui a consacré ainsi qu'à ses enfants et son talent professionnel en disant : «T'as pas travaillé pendant 15 ans, tu peux attendre un mois de plus».

Le film commence donc symboliquement par un ménage, le débarras d'un atelier adjacent à la maison. Yvan, l'ouvrier de chantier, et elle, entreprennent la tâche. Là encore, symboliquement, Yvan apporte de la lumière à Suzanne en réparant une lampe. Tout de suite, il est fin psychologue car il comprend que Samuel a eu besoin de le rabaisser aux yeux de Suzanne qui passe du temps avec lui.

Après une énervante et triste scène d'accident, Suzanne et Yvan se rapprochent. Il lui avoue avoir fait de la prison «pour des bricoles». Rapidement, comme dans Une liaison pornographique (Frédéric Fonteyne, 1999), avec le même acteur, Sergi Lopez, la relation sexuelle amène le développement de la relation amoureuse. Tout de suite, Suzanne parle à son mari. Samuel pleure, lui donne un cadeau, fait l'amour avec elle.

Suzanne défie tout, elle choisit de «partir». Samuel la harcèle, lui assène des paroles énormes : «Sans moi t'es rien», «la bourgeoise et le prolo» et il use de son influence pour qu'à travers la ville, ni Yvan, ni Suzanne ne puissent travailler. Elle est prête à tous les boulots, y compris le travail des journaliers qui ramassent des fruits dans les champs. Dans La chamade (Alain Cavalier, 1968) Lucille quittait un amant fortuné pour un jeune homme pauvre et acceptait de travailler jusqu'à ce qu'elle se lasse de la misère certes mais aussi de son jeunot qui voulait changer sa personnalité. Dans Partir, Yvan révèle Suzanne à elle-même dans une capacité d'aimer qui représente son ultime chance de vivre un épanouissement physique et amoureux, il est sa dernière possibilité d'être heureuse avec un homme, elle préfère le bonheur du corps et du cœur dans une précarité matérielle à une sécurité financière sans amour.

Elle tente de faire entendre raison à Samuel : «Je viens faire la paix avec toi. Tu nous empêches de travailler. Tu nous affames.» Il refuse tout compromis. Suzanne cambriole sa maison, vend sa montre mais, Samuel fait accuser Yvan lorsqu'il porte plainte. Pour que les charges soient retirées, Suzanne accepte de retourner avec lui. Une nuit, un coup de feu retentit. Suicide ou meurtre?

Pour la trame sonore, Catherine Corsini a sélectionné des extraits des musiques composées par George Delerue pour des films de François Truffaut dont La sirène du Mississipi (1969) et La femme d'à coté (1981). «Les gens heureux n'ont pas d'histoire» déclare-t-on souvent, Catherine Corsini a su montrer que l'amour de Suzanne dépassait toutes les contingentes matérielles, elle et Yvan étaient heureux ensemble; elle a tout enduré pour être avec celui qu'elle aimait jusqu'à renoncer à lui pour le sauver. Un tel drame ne pouvait aboutir que dans le sang.

EN CONSÉCRATION

Le Festival du Nouveau Cinéma de Montréal avait programmé en octobre 2010 le film Vous n'aimez pas la vérité 4 jours à Guantanamo (2010) de Luc Côté et Patricio Henriquez (voir mes chroniques de septembre 2010 et de janvier 2011). La projection montréalaise avait eu lieu en présence d'un des avocats d'Omar Khadr. Ce garçon a été le plus jeune détenu de Guantanamo. En 2002, une caméra de sécurité a capté l'interrogatoire illégal mené par des agents du Service canadien du renseignement de sécurité. Les bandes vidéo ont été obtenues par les avocats d'Omar.

Depuis son passage au FNC, le documentaire, refusé par plusieurs festivals dans l'ouest du Canada, a été sélectionné par une trentaine de festivals internationaux. À Amsterdam, il a eu le Prix spécial du jury au Festival International du documentaire. À Genève, la projection du film a été suivie d'un débat intitulé Les droits humains ne sont pas négociables. À Paris, il vient de remporter le Grand Prix du jury étudiant du Festival international du film des droits de l'Homme.

Selon le jury, le documentaire «a su nous faire entrer dans l'univers d'un enfant, condamné au mépris des Conventions internationales, et emprisonné à Guantanamo. Il nous plonge dans une position inconfortable, mal à l'aise, où l'on ressent toute l'émotion qui s'en dégage sans pouvoir s'en détacher».

Dans ce film, réunissant des extraits de 7 heures d'enregistrement, les interrogateurs canadiens tentent de sympathiser avec le jeune garçon en lui apportant de la malbouffe (junkfood). Comprenant que, contrairement à ses attentes et aux prétentions des agents canadiens, il ne sera pas aidé, Omar se met à pleurer en appelant sa mère; il s'agit bien là d'une réaction d'enfant, d'être démuni, vulnérable, impuissant. La reconstitution des faits dans lesquels il a été impliqué, par sa précision, rappelle celle du film Rachel (Simone Bitton, 2009 voir ma chronique de février 2010).

À la fin du documentaire, la juxtaposition de deux portraits d'Omar, au début de son incarcération et plus récemment, met en évidence le passage du temps, le fait que cet enfant est devenu un homme alors qu'il était emprisonné.

EN RÉSULTATS DE RECHERCHE

Une attente à l'égard des femmes consiste en ce qu'elles s'appuient sur leur position de marginalité pour œuvrer de façon originale dans les divers milieux où elles tentent de s'immiscer. Alice Guy a inventé le cinéma de fiction. Encore aujourd'hui son corpus est morcelé dans les répertoires et certains de ses films sont attribués à d'autres; depuis des années, la réclamation que son nom soit donné à un prix, une salle, un festival, un événement n'aboutit pas à un résultat. Comme Musidora, Germaine Dulac a été une pionnière de la réalisation; elle s'intéressait aux techniques pour influer sur le langage même du cinéma. Elle a innové en utilisant le ralenti en tant que figure de style. Elle a réalisé le premier film féministe La souriante Madame Beudet (1923). Pendant que les prostituées étaient représentées comme des «filles de joie», Germaine Dulac, elle, exprimait leur désespoir dans Celles qui s'en font (1928). Avec ses gros plans sur les ombres dans Arabesques (1928), elle a amené le cinéma à une forme d'art. Marguerite Duras a poussé cette esthétique de l'attention aux détails avec India Song (1975) dans lequel tout le dialogue est en voix-off.

Alors que certaines contribuent aux renouvellements thématiques ou langagiers, des réalisatrices maintiennent et même renforcent le statu quo dont Liliana Cavani avec sa violence sensationnaliste dans La Pelle (1981) et la 1e femme oscarisée Katryn Bigelow avec ses scènes d'exhibitions féminines dans Point Break (1991) et Strange Days (1995).

Les résultats d'une recherche menée avec Réalisatrices Équitables ont été présentés en conférence de presse et dans le document Encore Pionnières, parcours des réalisatrices québécoises en long métrage de fiction.

Nous finançons toutes et tous les programmes d'aide au tournage où les femmes sont sous-représentées. Les dépôts de dépendent de l'assurance de la distribution. Refusées avec des projets de films de fiction, les réalisatrices se maintiennent davantage dans le genre documentaire.

Or ce genre exige davantage la vérification des sources, l'obtention d'autorisations alors que la fiction permet des affirmations recevables sous le prétexte d'être imaginées. Après la censure d'On est au coton (1976) Denys Arcand s'est rabattu sur la fiction en considérant y trouver plus de liberté.

Le corpus du cinéma québécois regroupe davantage de films réalisés par des hommes et dans lesquels 30% seulement des personnages sont féminins, réduits au rôle de prétexte, d'alibis, ainsi que dans Détour (Sylvain Guy, 2009), ou de faire valoir, comme dans Le poil de la Bête (Philippe Gagnon, 2010).

Le monde gravite autour du travail rémunéré. La parentalité, principalement assumée par les femmes, devient un obstacle et non une plus-value. Pour une base de comparaison, l'étude s'est référée à un groupe-témoin de 5 réalisateurs. Ceux-ci sont sollicités pour des projets de grande envergure et des publicités. Les réalisatrices rencontrent encore du sexisme dans des trajectoires où les obstacles sont plus insidieux donc plus difficiles à prouver. Puisque la condition des femmes est infériorisée dans notre société, elle l'est aussi dans le milieu cinématographique pendant que l'industrie et le gouvernement se déresponsabilisent d'une contribution aux changements.

Deux autres exemples de la discrimination qui accable les femmes, tant en amont qu'en aval : pour son 40e anniversaire, l'ACPAV n'a pas mentionné que La vie rêvée (1972) de Mireille Dansereau fut le 1er film tourné en 16mm grâce à l'association coopérative et a prétendu que c'était Bulldozer (1974) de Pierre Harel, Denis Desjardins, qui fait un film sur l'histoire du cinéma québécois, ne mentionne que 5 réalisatrices sur 80 cinéastes. Le réel est peu reflété dans de telles conditions.

La réalisatrice Leni Rifenstahl (qui avait innové par ses prises de vue et ses montages, dans Les dieux du stade (1938)(les plongeurs olympiques semblent s'envoler vers le ciel) avait déjà cédé au documentariste Ray Müller qui, pour The Wonderful, Horrible Life of Leni Riefenstahl (1993), exigeait qu'elle marche en parlant alors qu'elle lui disait que ce serait désastreux de tourner ainsi; le résultat prouvait que le cinéaste aurait dû faire tel qu'elle lui suggérait. L'autorité, la vision et l'expérience des réalisatrices sont contestées aussi au Québec. À la page 78 du document Encore Pionnières, on peut lire «certaines stratégies développées par les réalisatrices relèvent davantage du contournement d'obstacles que de la transformation des manières de faire»; est ensuite citée une cinéaste qui a dû tourner deux fois la même scène, une fois pour plaire au directeur photo et une fois de la façon dont elle voulait la faire originalement.

Une réalisatrice a réclamé une meilleure répartition des fonds publics par l'imposition d'une limite d'une subvention par année par cinéaste : «Je trouve ça aberrant qu'on donne deux films la même année à une personne. Que ce soit une femme ou un homme. Je trouve que ça devrait déjà, là, être plus réparti. Puis si Podz a un film, bien il en fait un, cette année là. Puis son autre projet, qu'il le présente l'année d'après.».p.81

Les résultats de l'étude d'Anna Lupien et Francines Descarries sont disponibles sur le site des réalisatrices équitables. Puisque les femmes constituent 52% de la population mondiale, si nous pouvions voir des films selon la version de la moitié du monde, l'imaginaire, la vision, le talent, spécifiquement féminins, des réalisatrices, loin de les défavoriser, idéalement, représenteraient des avantages.

EN SOUVENIR

L'actrice française Nicole Calfan a accepté de témoigner pour une campagne d'Amnistie Internationale contre les femmes battues : «Il ne faut pas se voiler la face. J'ai été maltraitée plusieurs fois par des hommes. Insultée verbalement avec une force monstrueuse. Oui, je fais partie de celles qui ont été battues et je ne m'en remettrai jamais. J'aurais tendance à dire qu'avant nous connaissions le phénomène de l'alcoolisme mondain et que maintenant nous découvrons celui des cogneurs mondains.» L'actrice Régine aimait un homme «charmant» et alcoolique, «il me donnait des coups». Pour le tournage du film Dernier tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1972) l'actrice Maria Schneider n'avait pas été prévenue des conditions de tournage d'une scène de sodomie qui l'a traumatisée devant toute l'équipe «Je me suis sentie violentée. Oui, mes larmes étaient vraies». L'actrice Lio a constaté que son conjoint a redoublé de violence quand elle est devenue enceinte. L'actrice Marie Trintignant a été battue à mort par celui qu'elle aimait; elle représentait la femme qui n'agit qu'en fonction de l'amour, elle avait des enfants avec les hommes qu'elle aimait, elle a donné naissance à 4 fils de 3 pères différents avec lesquels elle continuait d'entretenir des relations affectives et professionnelles.

La minimisation des faits, le déni de la réalité, la pression sociale, les complications juridiques et de nombreux autres facteurs contribuent à taire la violence vécue de façon psychologique, économique, physique, sexuelle dans une relation à caractère conjugale. Cette violence concerne aussi des couples de même sexe, des adolescentes de 12 ans avec leur copain, des aînées avec leur conjoint et des hommes battus. Ainsi que des actrices qui pourraient sembler protégées par leur célébrité.

Basé sur des faits réels, le film américain The Donna Yaklich story (Armand Mastroianni, 1994) et le film canadien Life with Billy (Paul Donovan, 1994) montrent des femmes battues et désespérées qui tuent leur mari. Le film québécois Traverser la peur (2007) transmet qu'il y a une issue. À partir des paroles exactes de victimes et de leurs enfants, ce docu-fiction a été scénarisé et réalisé par André Melançon (La guerre des Tuques, Bobine d'or 1985). Dans le film, Sandrine relate que son conjoint incitait son fils à se suicider et il se disculpait en disant que c'était juste des mots. Charlotte était nommée par son conjoint «ma pourriture». Marcelle rappelle une phrase dite par son fils : «Maman t'as droit au bonheur toi aussi» et ajoute «J'ai accepté que ce soit difficile. Je suis retournée à l'école. Ça pas toujours été rose.».

Des femmes et des enfants se confient dans un décor blanc, le long de couloirs, près de fenêtres, contexte qui suggère la lumière, l'espoir, la vie, la possibilité imminente, la chance saisissable, la tentative esquissée puis actualisée de s'en sortir pour soi, pour ses enfants et même pour l'autre aussi. Pour que les mots et les maux de la violence soient des souvenirs et non des appréhensions, Sophie, déclare : «J'ai appris à me donner du pouvoir. Je rêve d'être respectée dans la façon dont je suis moi en tant que femme, qu'un homme soit fier d'être en ma compagnie, qu'il se découvre, qu'il apprenne ce qu'il vaut».