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Chronique cinéma
avril 2013

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Entre la destruction des êtres et l'éradication des lieux, la possibilité de la survivance dans ces Spécial Bully, Spécial RVCQ et Achtung Film!

EN SPÉCIAL BULLY

« Comment on survit à la mort de son enfant? » ai-je demandé à Julie Meloche en la serrant dans mes bras sous le regard de son amoureux, Alain Brown. Les yeux mouillés, la frêle maman m'a répondu : « Avec beaucoup de thérapie. Il faut apprendre à vivre avec ça. Dean aide beaucoup de gens à travers le site http://profileengine.com/groups/profile/421713549/help-stop-bullying-for-dean-meloche

Mon fils Dean aimait aller à l'école. Il était hyper sensible. Il faisait attention aux autres. Il était créatif. Il aimait la b.d. et la batterie. L'école a minimisé la situation. L'école a dit que c'est lui qui avait un problème mental. Il a enduré pendant 3 ans. Il y avait un professeur qui donnait le mauvais exemple. Il ne voulait plus aller à l'école. À Gatineau on était nouvellement arrivés, il avait un accent anglophone et le professeur, les élèves…Tu ne penses pas que ton fils de 12 ans va se suicider. C'est un choc post-traumatique pour les parents. On a peur du noir, des contacts sociaux. Les problèmes de santé chronique augmentent. »

Julie et Alain étaient ensemble depuis 5 mois lorsque le fils de Julie, Dean, s'est enlevé la vie après des années de persécution à l'école. Je les ai rencontrés lors de la projection du film Bully de Lee Hirsh. Le réalisateur et le porte-parole du film au Québec étaient aussi présents.

Cliquez ici pour entendre l'interview avec
Jasmin Roy

Avec son assurance et son élégance, il ressemble à James Bond; or, Jasmin Roy est un héros bien réel de la survie et de la résilience. Je me suis entretenue avec lui :

L.P. : « Vous êtes comédien certes et vous vous occupez d'une fondation. »

J.R. : « J'ai lancé ma fondation il y a bientôt deux ans et demi pour contrer l'intimidation en milieu scolaire. Il y a trois ans j'ai sorti un livre qui racontait mon histoire. Suite à ça j'ai eu beaucoup de gens qui disaient qu'on banalisait le problème. Qu'il y avait un manque de ressources. J'ai décidé de lancer la fondation. Plusieurs personnes entraient en contact avec nous . Tout ce qui ressortait c'était un grand désespoir. Problèmes de santé mentale. Décrochage scolaire. Perte de concentration. Personne parlait pour eux-autres. »

L.P. : «  Vous avez mentionné que vous avez été victime d'intimidation. Souvent les victimes ont une honte qui les maintient dans le silence; vous semblez à l'aise de relater ces faits-là. »

J.R. : « J'ai eu une période de désespoir profond à l'âge adulte qui était en lien avec ces années d'intimidation. J'osais pas trop en parler. Une personne qui vit de l'intimidation c'est comme un chien qu'on bat, on a beau vouloir le caresser par après, il a peur de n'importe quelle main. Même les mains aimantes. Donc, il faut apprendre à prendre des risques. Il faut se sortir de ça. C'est un combat d'une vie. » 

L.P. : « Grâce à votre métaphore, on comprend que c'est un vécu qui marque pour longtemps. Diriez-vous que ça marque pour la vie ou s'il y a des moyens de se remettre de ça? »

J.R. : « Il faut rester positif. Je pense que la majorité des gens peuvent trouver des ressources. Cela dit, moi je suis un handicapé fonctionnel, ça nous handicape pour le restant de nos jours. Il faut apprendre à cohabiter avec une anxiété qui est plus élevée , une estime qui est moins forte. On a vécu dans le rejet constant. Il y en a beaucoup qui s'en sortent très bien et c'est souvent à partir d'une compétence, d'un talent, ils peuvent exprimer ce qu'il y a en eux, leur compétence impose un certain respect. Ils s'aperçoivent du pouvoir intérieur qu'ils ont. »

L.P. : « On remarque, surtout dans le cas de Marjorie Raymond, qu'il y a une absence de sollicitude, d'empathie, de compréhension; auprès de ses professeurs, de la direction d'école, ça ne fonctionnait pas bien. Comment expliquez-vous : " Qui ne dit mot, consent ". Qui n'agit pas, consent. Comment expliquez-vous cette complicité ? »

J.R. : « Ce qui est troublant, même dans le film Bully ce qui ressort, on parle beaucoup que les jeunes doivent dénoncer, briser le silence, ce qu'on constate le plus c'est que des adultes ne disent rien, font rien, et ça c'est encore plus grave à mon avis parce qu'on lance un message aux jeunes qu'il faut se taire. On laisse passer des actes de violence, d'intimidation. Je pense grandement que si on prend le temps d'enseigner à nos enfants l'empathie, la compassion, ça va s'installer et ça va rester pour le restant de leurs jours. Donc, ça va faire une société beaucoup plus tolérante, beaucoup plus ouverte sur la différence et moins intimidante. On est dans une société assez intimidante. »

L.P. : « Donc, les solutions, ça passe par quoi?

J.R. : « L'urgence au Québec c'est de s'organiser. On a une nouvelle loi qui a été adoptée l'an dernier suite au suicide de la petite Marjorie. Il faut s'organiser. Il manque des ressources. On a un projet pilote. On va fournir une trousse. On doit donner une formation aux gens dans les écoles. On doit leur apprendre à tracer le portrait de la violence et de l'intimidation. Et ensuite avoir un protocole d'intervention. Il va falloir travailler sur des comportements de remplacement chez les agresseurs et des réparations surtout chez les victimes qui ont été agressées pendant plusieurs années. Des victimes agressées pendant quatre, cinq ans, on les sort de là. On dit que le problème est réglé. Non, justement. Ce n'est que le début. »

L.P. : « Que voulez-vous ajouter à votre message? »

J.R. : « Donnez à la fondation Jasmin Roy. On a un site : http://fondationjasminroy.com/ Y'a trop de demandes, on n'y arrive pas. On est tout le temps à la recherche de financement. » Pour écouter l'entrevue :

De passage à Montréal (Québec, Canada), en ce début d'année 2013, Lee Hirsh, le réalisateur du documentaire Bully, a accepté de répondre à mes questions.

L.P. « Pourquoi avoir voulu tourner ce documentaire? »

L.H. « Je voulais montrer ce qu'est cette réalité, témoigner une solidarité avec les gens victimes. Pour beaucoup de jeunes à travers le monde c'est la première fois qu'ils connaissent la violence quand ils sont dans ce contexte. J'ai pensé qu'avec ce film on pourrait aider les jeunes qui sont pris avec ce problème. Ça permettait d'affirmer que c'est réellement un problème et que nous devons faire quelque chose. »

L.P. « Que pouvons-nous faire contre ce problème? »

L.H. « Premièrement, regarder comment nous considérons ce problème. Disons-nous que c'est un rite de passage? Que c'est une façon normale d'agir? La première façon, c'est de considérer différemment. On peut changer des lois mais penser d'une autre façon c'est une chose à envisager. Deuxièmement, il faut considérer comment nous enseignons l'empathie. Comment, dans l'enseignement, on introduit le ressenti, l'éthique, la morale, pour le reste de notre vie. On a perdu cela en cours de route et il faut le ramener. »

L.P. « Pourquoi une personne est-elle ciblée, victimisée, et pas une autre? »

L.H. « Il n'y a pas de réponse absolue à cette question. Les gens sont persécutés pour toutes sortes de raisons. Parfois, certaines personnes sont victimisées à cause d'un handicap. Ou leur orientation sexuelle. Ou leur embonpoint. Ou leur intelligence supérieure. Savoir pourquoi ce n'est pas ce qui importe. »

L.P. « Qu'est-ce qui importe? »

L.H. « Comment nous abordons la situation avant qu'elle devienne ingérable. Surtout pour les enfants. Ce qui importe c'est comment nous apprenons aux enfants à être solidaires les uns des autres. Comment nous leur apprenons l'empathie. »

L.P. « Est-ce un nouveau problème ou est-il nouveau d'en parler? »

L.H. « C'est nouveau que nous en parlions. C'est rendu au point où ça touche, au point où on en parle. » Pour entendre l'entrevue :

Le problème de la persécution est nommé intimidation, harcèlement, bullying, mobbing… et s'actualise dans tous les milieux : l'école, avec des victimes tels que Marjorie Raymond, Billy Head, Eric Harris, Dylan Klebold… le travail, avec des victimes dont Pierre Lebrun, Lise Waltz, Stéphane Archambault, le voisinage, avec des victimes comme Ronald Malo.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Bully Lee Hirsh, 2011
  • Le dernier cabaret Catherine Proulx, 2012
  • Le Horse Palace Nadine Gomez, 2012
  • Rivières perdues Caroline Bâcle, 2012
  • From Montréal Yannick B Gélinas, 2012
  • Two Solitudes Lionel Chetwynd, 1978
  • Route 132/Québec Vincent Guignard, 2012
  • Anne des vingt jours Michel Langlois, 2013
  • Lucioles Yann-Manuel Hernandez, 2012
  • Le futur proche Sophie Goyette, 2012
  • Filmstripe John Blouin, 2012
  • Héritage Thomy Laporte, 2012
  • Tout ce que tu possèdes Bernard Émond, 2011
  • La Couleur de l'océan-Die Farbe des Ozeans Maggie Peren, 2011
  • La fille invisible-Die Unsichtabare Christian Schwochow, 2010
  • Barbara Christian Petzold, 2012
  • Montparnasse Pondichéry Yves Robert, 1994

Prendre plaisir à la souffrance de l'autre devient obsessif, compulsif : les phrases sont répétées, les gestes, réitérés, dans une augmentation incessante, une destruction systématique. La complicité des instances qui revictimisent empire la situation. Les brimeurs, les agressives, ont besoin de confirmer leur pouvoir d'humiliation, de diffamation, de destruction dans une accentuation de la violence. Leur satisfaction est de plus en plus de courte durée et exige de tourmenter toujours plus rapidement et excessivement. Ce n'est jamais anodin, c'est toujours grave; dans l'immédiat, à long terme. Ce ne sont pas que des mots, ce sont les débuts d'une escalade perpétrée avec la complicité des formes d'autorité qui cautionnent et enveniment.

Madame Julie Meloche me l'a confirmé, pour les persécuteurs et leurs complices, la victime est toujours coupable, fautive, responsable : l'école prétendait que Dean avait un problème mental. Même si c'eut été la réalité, ce qui ne l'était pas, la persécution n'aurait pas été excusable. Tel que démontré dans le film Bully, encore selon les persécuteurs et leurs complices, les victimes ne souffrent jamais assez. Ja'Meya, 14 ans, qui avait tenté de parler à un adulte des dangers croissants dans l'autobus scolaire, a constaté qu'ensuite la situation empirait. Elle a apporté l'arme de sa mère dans le bus et l'a brandie quand un garçon battait des filles pendant que les autres riaient. Le directeur du centre d'incarcération s'insurge, face à la caméra : « rien ne justifie qu'elle ait apporté cette arme, elle n'était quand même pas fouettée à chaque jour, et même dans ce cas… » Cette propension bizarre à minimiser la souffrance des victimes et à déplorer que leur malheur ne soit pas plus grand comporte des caractéristiques de psychopathie et de sadisme. La maltraitance devient un amusement et certaines personnes ne se sentent jamais plus vivantes que lorsqu'elles sont mortes de rire devant la souffrance d'une victime.

Cliquez ici pour entendre l'interview avec
Lee Hirsh

Un peu après l'entrevue, Lee Hirsh m'a dit que la directrice de l'école, où il a tourné le documentaire, Mme Lockwood, a fait son mea culpa : elle s'est excusée publiquement et elle a accepté que les images montrant sa veulerie soient diffusées. Grâce au constat de sa "dirty laundry" remarquait Lee, il est possible de voir la réalité complexe de la persécution. La directrice de l'école a reconnu ses torts et elle a contribué à la circulation de l'information. Maintenant, Mme Lockwood fait partie de la solution.

Le film Bully est important et il doit être diffusé et vu par le plus grand nombre de personnes possible. Vous pouvez en lire l'analyse dans ma chronique de mai 2012 http://norja.net/videocapsules/html/c_mai_2012.html Bully est maintenant disponible en DVD et son sujet est plus crucial que jamais. Ainsi que le disait Jasmin Roy, nous sommes dans une société intimidante. Une société, c'est la somme de tous les individus. Nous sommes donc tous concernés.

EN SPÉCIAL RVCQ

En avant-première ou en rappel, en fiction ou en documentaire, les Rendez-vous du Cinéma Québécois nous convient à des reflets de notre réalité. Cette année particulièrement, les documentaires Le dernier cabaret et Le Horse Palace ont témoigné de l'éradication des dernières traces de notre spécificité historique, de la disparition de ce qui gardait un cachet, un charme, un attrait pittoresque.

Il y a moins de cinq ans, en plein centre-ville de Montréal existait encore un parc avec des arbres centenaires, un refuge de verdure, un lieu romantique tel que le décrivaient les poètes, un havre hors du temps marqué par lui pour exprimer le résultat d'un amour protecteur de la nature. Les arbres et la végétation ont été tués. La contamination asphaltée du Quartier des spectacles a englouti les taxes et impôts des contribuables. Ce fanatisme de la destruction qui permet à des subventionnés et à des contractuels de sévir a perpétré la fin de la rue St-Laurent autrefois appelée La Main.

Mais, un bastion résiste : Le Cléopâtre où Catherine Proulx s'est rendue filmer : Le dernier cabaret. Dans une jungle urbaine où l'expropriation est féroce, où les établissements renommés, dont le fameux Montreal Pool Room depuis 1912 qui nous accueillait avec la dalle usée de sa marche, ont tous abdiqués, ce lieu devient emblématique d'une résistance exceptionnelle.

« Qu'est-ce qui explique cette ténacité? » ai-je demandé à Catherine Proulx.

C.P. : « C'est une grosse guerre d'affaires. Ils sont arrivés auprès du propriétaire en prenant l'endroit pour un trou. Ils lui ont fait une offre avec mépris. Le patron est attaché au lieu. Les artistes veulent garder leur scène. Ça ne dépend pas du nombre de gens dans la salle qu'elles veuillent présenter leur spectacle. Donc, ensemble ils résistent. »

L.P. : «  Et qu'est-ce qui vous a attirée dans cet endroit qui acquiert une valeur symbolique? »

C.P. : « Je me suis demandée ce qui arrive quand on veut enlever l'identité d'un quartier, quand on veut enlever sa mémoire. J'ai fréquenté le lieu pendant deux ans. »

Soirée des Drag Queen, Reena, « la sexy, la glamour », l'animatrice, s'exprime avec conviction : « Ça peut prendre 10 ans. On va se battre jusqu'à la dernière seconde. Moi, j'suis pas prête à partir ». Johnny Zoumboulakis, propriétaire du Cléopâtre, voudrait que tout le monde soit reconnu dans le projet du quartier des spectacles.

Marie-Marcelle Godbout se souvient que pour les transsexuelles, ce lieu fut « notre première place au Québec où on pouvait venir sans qu'il y ait aucun préjugé contre nous » Ouvert en 1976, l'endroit était fréquenté par des gens en limousine et le chauffeur allait chercher des hot dogs au Montreal Pool Room.

Bernard Vallée du Circuit historique Le Montréal des plaisirs La main  , Nathalie, alias Velma Candyass, Roland Montreuil et Jean Paray, chanteurs, évoquent les spectacles qui réunissaient chant, burlesque, avaleurs de feu, etc… On présentait dans les cabarets ce qui ne pouvait être vu à la télévision. Le quadrilatère va subir des transformations. Auparavant, il n'était pas une frontière mais bien un carrefour, un endroit de rencontres, de rassemblements de classes.

La scène du Cléopâtre est la seule qui s'avance parmi le public, les autres sont distancées. « La plus belle satisfaction c'est de faire applaudir celui qui est en avant, celui qui est au milieu, et celui qui est en arrière » affirme Roland dans la loge où foisonnent costumes et perruques.

Soirée Burlesque, cette fois. « Ce n'est pas mort, encore. Plein de gens sont intéressés par les spectacles Live » nous dit Nathalie. La Soirée Fetish Friday s'ajoute aux activités.

Pénélopé remarque que maintenant : « C'est un peu déprimant. C'est sûr que nous on donne notre 120% pour satisfaire notre public. C'est dommage après ça quand tu ressorts t'es comme dans une ville fantôme. La rue est déserte. Y'a pas vraiment de passants sur la rue. C'est lugubre. On est une salle alternative, accueillante, face à la diversité des gens. Qu'ils aménagent en nous faisant une place parce qu'on la mérite ».

Ryan nous dit que lorsqu'il est Reena, il n'y a plus de limites. « Je peux essayer de faire des affaires que je n'oserais pas en gars ». Bony D. a la robe de Gilda qui chantait avec sa voix, qui faisait ses robes, qui avait toujours de très beaux costumes, des panaches, des danseurs. Bony se souvient : « Le même soir tu pouvais travailler au Cléo, à l'Entrepôt, à la boîte en haut, tu pouvais faire trois clubs parce que les shows n'étaient pas aux même heures. Aujourd'hui il reste 4 places et c'est la guerre. Si tu travailles au Cléo t'es classée une pute . Dans le temps Ste-Catherine-St-Laurent c'était le coin des putes. On n'a pas rapport avec elles. Moi, je fais de la scène. C'est le glamour qui m'intéresse ».

Haut lieu du faux-cil et de la chaussure plate-forme, parfois l'endroit accueille peu de clients mais pour Reena « C'est pas parce qu'il y en a 5 que tu donnes un moins bon show. Sont venus pour te voir faut que tu les respectes ».

La fébrilité est perceptible quand ces sympathiques artistes s'apprêtent à entrer en scène. Dans ces rôles qu'elles et ils adoptent, avec ces faux ongles et ces lipsyncs, elles jouent leur vie dans Le dernier cabaret que Catherine Proulx a filmé avec tendresse.

Nadine Gomez s'est intéressée au Quartier Griffintown et à un autre lieu de résistance : l'écurie de Leo Leonard qu'elle présente dans Le Horse Palace.

Là encore les signes de négligence et même d'acharnement contre les traces de notre Histoire sont manifestes. Les policiers infligent des amendes et même la suppression du permis si un conducteur de calèche oublie son permis « Ils s'accrochent à toutes sortes de choses pour nous nuire ». Aucune subvention n'est accordée pour la rénovation de l'endroit. C'est ce triste constat que Nadine Gomez a filmé au cours des saisons en recueillant les confidences, entre souvenirs et espoirs, de ces derniers fidèles qui fréquentent ce fragile vestige du premier quartier ouvrier, lieu des arrivants Irlandais.

« C'est calme ici. Il y a plus de 170 ans que les gens attèlent dans cette écurie » remarque Chantal Lalonde, cochère. Près d'elle, le forgeron Roméo Beauchemin, change un fer, lime un sabot. Des animaux circulent, chiens, chats, écureuils, et, dans l'écurie avec les chevaux, Jean Larose nourrit un lapin. Il a commencé à 12 ans et persiste à atteler, nettoyer, nourrir, repartir, continuer, pour attester de la rareté des convictions qui le déterminent.

Leo Leonard a 83 ans, sa femme et lui résident près de l'écurie. Il y a eu jusqu'à 3,000 chevaux dans le quartier. Il a monté des chevaux dès son enfance. Il a vu des chevaux arrivés fous de peur parce qu'ils n'avaient jamais été en contacts avec des humains. Il a assisté à la naissance de tous les petits poneys. Il a des photos qu'il montre avec nostalgie.

« On n'aime pas ça la façon dont ça se passe. On va-tu éliminer tout ce qui est romantique juste pour l'efficacité de l'argent? » Nadine Gomez alterne les cadrages des annonces de promoteurs, des lots à louer ou à vendre. « Judy Waldon déplore : « Plus de 5 fois, j'ai changé d'écurie à cause des plans urbains. »

« Tous les milieux gouvernementaux laissent aller les choses. Ils ne veulent pas que les chevaux attirent les touristes » renchérit Roméo alors que Jean confirme : «Il n'y aura plus d'écurie, la ville refuse d'accorder des permis ».

Lors de la soirée bénéfice de la Fondation Horse Palace, David B. Hanna nous apprend qu'avant 1870 on habitait sur cour et qu'après on a habité sur rue. Les promoteurs veulent détruire le pittoresque pour faire des condominiums résidentiels. Autour de l'ancien bureau de poste , mouille le canal et on accèderait aux condos en arrivant en bateau. Tout le Vieux-Montréal devient résidentiel.

Dans une série d'images où contrastent la vie d'autrefois et le résultat actuel, Nadine Gomez termine Le Horse Palace, ce plaidoyer nostalgique sur la gravité de la perte dans l'effrènement destructeur des affairistes. Bientôt, même le souvenir ne sera plus.

Il faudra donc des audacieuses telles que Danielle Plamondon, une « drainer », qui m'a admis « On n'est pas supposé faire ça mais on le fait, il faut le faire » lors de la première québécoise du documentaire Rivières perdues de Caroline Bâcle. À travers le monde, des citadins mènent une quête pour rétablir des liens avec les cours d'eau sacrifiés au nom du progrès.

Tout a été contraint. À Montréal, il y a 150 ans, ainsi qu'à travers le monde, la révolution industrielle, et son accumulation exponentielle de gens et de choléra, faisait des villes des lieux invivables, les cours d'eau devenaient des égouts à ciel ouvert. Londres et sa solution ont été imitées. On a enfoui les rivières grâce aux tunnels en brique.

À New-York, la rivière Saw Mill est défendue par Anne-Marie qui considère : « On a vraiment joué aux idiots avec cette ville. Nous essayons de reproduire ce qui fonctionne dans la nature. »

À Brescia, en Italie, le tourisme est intéressé par l'eau pure de la rivière Bova-Celato remise en lumière . À Séoul, l'expérience a abouti, une rivière coule maintenant à la surface de la ville et des dizaines d'espèces animales y prospèrent. En Ontario, des citoyens se mobilisent pour le ruisseau Garrisson.

À Montréal, on ne voit pas le potentiel des rivières et des bassins de rétention pour éviter les inondations toujours plus nombreuses. Déjà, Andrew Emond, lui, leur rend un véritable hommage avec ses photos. Juliette Patterson, architecte paysagiste, et Jean Décarie, urbaniste, souhaitent envisager le paysage urbain d'une façon différente.

Le documentaire est multiplateforme avec l'application iphone et la possibilité d'aller sur twitter @rivieresperdues.

Montréal a été gratifié de cours d'eau blottis maintenant sous la terre : Rivière Saint-Pierre, Petite Rivière Saint- Pierre, Lac à-la-loutre, Rivière Saint-Martin, Ruisseau Glenn…À Saint-Léonard, des gens vivent au-dessus d'un lac sans le savoir. Il n'existe pas de visites guidées. À l'incitation de Danielle, « il faut y aller »

Par le biais de la scène musicale, Alexandre Vigneault, que l'on voit avec moi sur la photo, a eu le courage de s'intéresser à cette réalité volcanique spécifique à Montréal : le bilinguisme. Il a scénarisé avec Jean Roy le documentaire From Montréal réalisé par Yannick B Gélinas.

Montréal au début du 21e siècle se démarquait en engendrant des groupes de renommée internationale dont Arcade Fire et surtout Karkwa dont le répertoire est francophone. L'éclosion de groupes rock s'est faite en dehors de l'industrie. Encore, Martin Pellan du groupe The Dears, comme d'autres groupes, n'est pas intéressé à signer avec une grande étiquette de disques. Et, encore, Malajube persiste à chanter en français. Patrick Watson est convaincu qu'il voudrait un pays qui s'appellerait le Québec.

Être issu de Montréal revêtait une aura d'intégrité, de musique qui n'était pas commerciale. Le documentaire recèle des séquences filmées pendant le Festival Pop Montreal; celui-ci permet aux groupes de développer des réseaux.

Fait remarquable : ces groupes qui évoluent en marge des circuits dits officiels connaissent une diffusion qui leur permet de jouer à guichets fermés. Avant même le début d'une prestation, tous les billets sont vendus.

Alexandre m'a admis toutefois que s'il existe des points de contact entre les francophones et les anglophones, ce n'est pas encore fusionnel. D'ailleurs, le documentaire commence avec Ariane Moffat dans son studio qui déplore n'être toujours pas connue des anglophones.

De plus, Jace Lasek du groupe The Besnard Lakes est à Montréal depuis 11 ans et est toujours aussi irrité d'entendre parler français. Dans son studio, Félix du groupe Chinatown, qui chante en français, doit s'exprimer avec lui en anglais car Jace ne connait toujours pas le français. C'est au québécois de souche à s'adapter à lui.

Récemment, l'acteur Jay Baruchel, pour Canada Reads 2013, a choisi de défendre le livre Two Solitudes de Hugh MacLennan, paru en 1945. Le roman a été adapté pour le cinéma en 1978 dans une réalisation de Lionel Chetwynd .Avec le recul, Jay était capable d'évaluer l'influence du livre, et puisqu'il a grandi à Montréal, il était à même d'en constater le réalisme. Jay était véritablement convaincu et s'est impliqué jusqu'à l'émotion. Son niveau de conscience l'honore.

La scission, hélas, entre les deux réalités linguistiques n'est toujours pas colmatée mais, des artistes tels qu'Alexandre Vigneault, Yannick B. Gélinas et Jay Baruchel nomment les faits, les réfléchissent; avec vigilance et volonté, ils maintiennent la circulation de la communication.

Vincent Guignard allie ferveur et courage en filmant les dernières traces de notre histoire dans ce qu'elle recèle encore de plus éloquent, ses témoins vivants. Son documentaire Route 132/Québec était présenté en première mondiale. Il a patiemment accompagné Gérald McKenzie au volant de son auto. Il faut une grande humilité et un rare enthousiasme pour s'intéresser au passé, aux êtres qui ont agi au nom d'idéaux égalitaires. Le témoignage de Gérald McKenzie est précieux et Vincent Guignard a su lui consacrer un écrin.

« Le regard, le lieu, ça m'envahit d'émotion, ça m'intéresse tout le temps. On devrait être capable de parler de la 132, du fleuve, de l'existence de cette affaire-là qu'est le Québec ». Gérald McKensie est un phénomène de connaissances, d'expériences et de réflexions. Il a accompagné en forêt les femmes Mohawk sans maris quand elles étaient menacées d'expulsion. Depuis des années, il cherche la cache des Patriotes. Il a vu la grève d'Union Carbide, connu les débuts de Parti Pris et envisagé le nationalisme québécois et la relation avec les Amérindiens.

« Fouiller c'est comme une drogue » pour lui, « je continue à être passionné comme si j'avais 40 ans ». Il rencontre Pierre le coiffeur d'Au Masculin dans son salon. « On n'est pas la première gang qui va disparaître si on bouge pas » prévient Pierre. Gérald rétorque avec « l'absurdité du pouvoir capitaliste ».

Dans Route 132/ Québec les propos inspirés de Gérald et les images poétiques de Vincent contribuent à l'élaboration d'une élégie sur le Québec

Monique Huberdeau, productrice, et Andrew Noble, distributeur, apparaissent sur la photo prise lors de la première canadienne du film Anne des vingt jours de Michel Langlois. L'œuvre filmique de ce réalisateur est consacrée aux souvenirs d'un été passé dans une auberge de Saint-Joseph de la Rive et à la famille qu'il y a connue.

Mais, il y a aussi rencontrée alors la poétesse et romancière Anne Hébert. Pendant vingt jours il l'a vue avant qu'elle ne prenne le train et que s'amorce une correspondance que Michel a estompée. Tourmenté par ce désistement, il a entreprit ce film qui l'amène pour la 4e fois à tourner avec Andrée Lachapelle.

La belle et talentueuse comédienne a incarné Anne Hébert au théâtre dans La saga des poules mouillées de Jovette Marchessault. En 1981, j'ai vu la création de la pièce et aucun des rôles n'était facile à jouer en rappelant quatre écrivaines québécoises : Anne Hébert, Gabrielle Roy, Laure Conan et Germaine Guévremont. Marchessaut y parlait de la hargne dirigée contre des écrivains et des écrivaines qui « dénonçaient le terrorisme des pouvoirs, l'exploitation des pauvres, la débilité puante des gouvernements ».

Cette pièce n'a pas été vue par Anne Hébert précise Andrée Lachapelle dont la présence confère au film une indéniable authenticité grâce aux réflexions qu'elle exprime. En effet, elle nous dit sa satisfaction de sa vie, nous confie l'importance des gens qui l'ont appréciée. Le film doit grandement sa valeur à ses déclarations telles que : « Les gens m'aiment pour ce que je suis, pas pour ce que j'ai l'air. J'ai toujours dédramatisé tout ».

Andrée Lachapelle a aussi joué Yvonette Desgagnés, la propriétaire de l'auberge où travaillait Michel Langlois quand Anne Hébert y a séjournée.

Langlois filme des instantanés de femmes à travers ce documentaire. Geneviève Desgagnés, la fille d'Yvonette est une femme d'exception et Langlois en témoigne tout comme il nous présente Jane Birkin embrassant un recueil de poésie parce que « les poètes ne meurent jamais si on les lit ».

Michel Langlois a témoigné avec dévotion du fait qu'il a été « brûlé à vie par les mots » d'Anne Hébert. « Son souvenir fait de moi une meilleure personne ». Il a lui-même écrit de la poésie « Ne marche jamais sur une pierre sans lui envier son éternité ». Mais, il n'a pas donné suite à la possibilité de publier ses poèmes chez Seuil alors qu'Anne l'y avait amené.

Le film est aussi une analyse personnelle du réalisateur qui demande ouvertement « De quoi voudrais-je être tant pardonné? » Michel Fournier lui répond : « On accepte ça les retraits de toi ».

Avec Anne des vingt jours Michel Langlois confirme sa signature entre lyrisme et souffrance, il reprend son esquisse d'un inaccessible sommet et d'un inextinguible souvenir comme si sa vie n'avait été qu'arrimée à cet été de 1975 et aux êtres qu'il y a connus en ne cessant depuis d'en tracer des portraits imprégnés de rêves autant que d'exactitudes.

Yann-Manuel Hernandez a filmé Lucioles 37 ans après l'assassinat de Passolini. Sophie Goyette dans Le futur proche a alterné les gros plans sans qu'on entende les conversations et les panoramiques en avion pour nous faire comprendre la peine et l'amour de Robin, un pilote passionné d'aviation qui vient d'apprendre le décès de sa mère. La réalisatrice laisse présager une intéressante filmographie. John Blouin dans Filmstripe témoigne lui aussi de l'éradication de ce qui a particularisé le passé du cinéma. Il nous amène dans une cabine de projectionniste avec le coté organique de la pellicule, les gestes qui vont disparaître. Un projectionniste doit réparer une pellicule avant le début de la séance. Le rythme et le talent du comédien Martin Legault créent un suspens qui nous entraîne dans un hommage des artisans passionnés qui cèdent leur place au numérique.

« C'est un film sur le territoire qu'on n'habite pas. Et je voulais raconter une histoire avec le corps » nous a prévenu Thomy Laporte, émérite réalisateur autodidacte de Rimouski, avant la projection de son éloquent court métrage de 13 minutes Héritage. Le film débute avec l'homme qui pleure devant sa maison près de sa terre et de sa laiterie. Il répète les gestes qui ont nourri un peuple, ces gestes qui ont essaimé les siècles de l'effort constant de la bonne volonté, ces gestes qui ont enraciné un peuple dans le sol défriché, transmis et retransmis. Les agriculteurs sont saignés, dépossédés, éliminés pour favoriser des cultures industrielles. L'amour de la terre, de la culture, des bêtes n'a plus sa place. Sans parole, avec une caméra attentive aux gestes, aux larmes, à la minutie et au désespoir, Thomy Laporte signe un plaidoyer socio-politique qui réinvestit ce dont personne ne tient compte dans les grandes décisions gouvernementales et les complexes tractations de l'Organisation mondiale du commerce : l'aspect humain. Il ne lui a fallu que 13 minutes pour nous livrer toute la vie saccagée d'un agriculteur qui rejoint les 400 suicidés de la France chaque année et les 60% qui décident au Québec de mettre fin à leur désespoir sur les lieux mêmes de leur travail. Le film doit aussi beaucoup au talent du comédien Thierry Leuzy.Un grand cinéaste a réalisé un grand film.

Bernard Émond s'est entretenu avec le public après la projection de Tout ce que tu possèdes. Dans ce film, Pierre Leduc, un professeur d'université se consacre à la traduction de l'œuvre d'Edward Stachura qui lui-même avait traduit Gaston Miron. Il refuse l'héritage de son père parce que c'est de l'argent malhonnête et retrouve la fille née d'une compagne qui avait refusé ses exhortations à avorter.

Émond a écrit le scénario de son film il y a 3 ans : « C'est de la pure prescience. Un parfum de malhonnêteté flottait au Québec ».Il revenait sur le fait que Stachura a écrit son livre : Me résigner au monde de la main gauche. Le réalisateur voyait une adéquation entre son personnage et le poète. « C'est une fable du bon et du mauvais héritage. Une vie bonne ne peut se faire sans lien ni sans projection dans l'avenir. Mon personnage se dépouille mais il n'est pas un saint. C'est un trou de cul, il est aussi mauvais père que son père. Il est vertueux mais il n'est pas bon. Il est sans ouverture aux autres, ce qui compte vraiment c'est la générosité. »

Une femme du public s'insurge alors pour prétendre qu'on peut comprendre étant donné qu'il avait eu des problèmes avec son père et ses magouilles. Bernard Émond rétorque « Il abandonne sa femme enceinte, refuse de voir sa mère, sa fille. Ça s'explique mais ce sont des mauvaises actions. Ce n'est pas parce que quelqu'un a souffert qu'il est excusable. La vie moderne nous coupe les uns des autres; on finit seul avec une carte de crédit devant la télé ou l'ordi. »

Parlant des comédiens, il ne tarit pas d'éloges sur Patrick Drolet : « J'ai écrit le rôle en pensant à lui. C'est un grand comédien. C'est notre 3e film ensemble. Il a une grande puissance et une retenue. Il a la plus grande culture cinématographique, il a tout vu, Dreyer, Kurosawa…Quant à la petite Willia Ferland-Tanguay, « c'est un miracle. Elle trouvait des choses par elle-même. Des gestes viennent d'elle dont le câlin au Vieux-Port. Elle est formidable. »

Bernard Émond a renchérit : « «la nécessité de rétablir des liens, ça revient dans mes films. Je revendique mon cinéma austère. Pour moi les lieux sont importants. Les lieux perdent leur nature. C'est aride, vide de sens et de poésie. Je cherche à grappiller ce qui reste de nos lieux. On a massacré les bords de mer, le patrimoine architectural. »

Sur ses projets, il a confié : « Mon prochain film si j'arrive à le faire ce sera une histoire de Tchekov en région montréalaise. Un vieux médecin aimnat d'un amour paternel une femme qui ne veut plus vivre. Il y a des gens pour lesquels on ne peut rien. »

À la sortie du cinéma, un homme quêtait de l'argent et une femme lui a crié : « Travailles! » Pour quelqu'un qui a souffert et qui est devenu un t…de c.., on a de l'indulgence, mais pour quelqu'un qui ne s'est pas remis de traumatismes, quelqu'un qui ne parvient pas à répondre à ses besoins de base, on a de l'intransigeance.

Monsieur Émond, vous qui faites de si beaux films, glisseriez-vous dans l'une de vos prochaines réalisations, une explication, ou à tout le moins un constat, de cette laide propension?

Préoccupés de préservation des lieux, des métiers, des vocations, témoignant des réalités qui se dessinent, annonçant les caractéristiques qui s'accentueront, nos films québécois présentés dans le cadre des RVCQ nous permettent de considérer notre cinéma avec honneur.

EN ALLEMAND

Jeudi le 4 avril 2013 à 19h au Cinéma Excentris situé à Montréal (Québec, Canada) dans le cadre de la série mensuelle du Goethe-Institut Achtung Film ! le film La Couleur de l'océan-Die Farbe des Ozeans sera projeté. Cette réalisation de Maggie Peren débute aux îles Canaries avec Nathalie venue pour des vacances quand elle voit arriver un bateau de clandestins. Elle rencontre alors Zola et son fils qu'elle décide d'héberger.

Déjà, le 7 mars fut projeté La fille invisible-Die Unsichtabare de Christian Schwochow. Fine s'est endormie sur scène. Qu'importe, elle est invisible, décrète le grand metteur en scène Kaspar Friedmann. Pourtant, il choisit la jeune comédienne pour le rôle principal de sa prochaine pièce Camille. Commence alors une relation sado-masochiste qui occulte la pièce en chantier. Fine est manipulée par Kaspar qui réclame d'elle une soumission et une infériorisation toujours plus accentuées.

Fine disparaît vraiment au profit des exigences de Kaspar. Elle rencontre alors Joachim, rare personnage sain de ce scénario de désaxés, qu'elle manipule à son tour. Joschim est interprété par Ronald Zehrfeld dont j'avais vanté le talent dans ma chronique de mars 2013 pour son interprétation d'André dans le film Barbara.

La série mensuelle Achtung Film! a lieu le premier jeudi du mois. Jusqu'à maintenant, les films sont projetés en allemand avec des sous-titres en français.

EN SOUVENIR

Dans ma précédente chronique, j'ai relevé le fait que le 8 mars soit consacré à la Journée de la Femme. Il n'y a pas de Journée de l'Homme. Pourtant, les combats qui le concernent spécifiquement sont importants. Des femmes veulent la fin des mutilations génitales infligées aux petites filles; des hommes réclament l'interdiction de la circoncision néonatale systématique. Des femmes se monopolisent pour lutter contre le cancer du sein; des hommes ont initié le Movember contre le cancer de la prostate.

Le rôle de pourvoyeur a été longtemps assumé uniquement par les hommes. Maintenant on parle d'hommes roses qui assument des tâches traditionnellement féminines et on pourrait désigner par le syntagme « femmes bleues » celles qui subviennent à leurs besoins et ceux de leur famille.

Dans un film de 1994, Yves Robert est revenu sur des préoccupations masculines. Il a revendiqué un rôle échu aux hommes avec son personnage Léo qui veut se rapprocher de Julie alors que tous deux, au seuil de la retraite, font un retour aux études. Il l'invite et veut payer la note.

En attendant le jour officiel de l'Homme, il est possible de reconnaître les spécificités masculines avec tendresse et appréciation, de souligner les parallèles des questions et des débats qui concernent les sexes, les genres, les êtres, à travers des particularités. Et même d'ajouter une réplique du film d'Yves Robert qui a scénarisé, réalisé et interprété Montparnasse Pondichéry quand il s'adresse à Julie en voulant faire quelque chose pour elle et qu'il lui dit, pour retrouver cette possibilité d'exprimer une forme de gentillesse et de valorisation : « Laisse-moi jouer à l'homme ».