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Chronique cinéma
décembre 2013

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Analyse du magnifique film The Broken Circle Breakdown- Alabama Monroe et Spécial Cinémania.

The Broken Circle Breakdown- Alabama Monroe

Ce film de Felix Van Groeningen résulte de métamorphoses et a engendré une arborescence. D'abord pièce de théâtre de Johan Heldenergh et Didier Dobbels, le film est à l'origine du disque et des spectacles avec les compositions Bluegrass-country.

Aussi acteur dans la pièce et dans le film, Johan Heldenbergh et l'actrice Veerle Baetens chantent eux-mêmes sur les nouveaux arrangements de Bjorn Eriksson tirés des musiques de Johnny Bella, Lyle Lovett, Bruce Springsteen et Eriksson.

The Broken Circle Breakdown Band s'est formé autour de Johan et Veerle et présente des spectacles à guichets fermés. Johan a appris à jouer du banjo, de la guitare et de la mandoline pour le film; Veerle a jouté dans le fil et la série Code 37, a été l'ignominieuse avocate du film The verdict (voir ma chronique d'octobre 2013) et elle est la chanteuse du groupe Dallas qui a lancé un disque.

The Broken Circle Breakdown est un film merveilleux. C'est l'histoire d'un homme amoureux dans une narration qui bouleverse la chronologie des événements avec des flashbacks et des flashforwards.

Début : autour d'un micro 5 musiciens. Fin : autour d'un lit d'hôpital 5 musiciens. La musique. L'hôpital. L'amour. Élise et Didier qui font l'amour. Maybelle, leur fille, en traitement contre le cancer. Un groupe d'hommes qui jouent du Bluegrass.

Cercle spirale ellipse. Cette succession de scènes qui s'entre-expliquent, qui montre la peine, l'amour, l'élaboration, la conséquence, la cause. Vers la fin du film, la scène de la rencontre entre Didier, un travailleur manuel passionnée de musique et Élise, directrice d'un salon de tatouage. Le film commence avec leur histoire d'amour, la découverte des tatouages sur le corps d'Élise, mouvement de la caméra vers la droite, ponction lombaire de Maybelle qui tremble, vomit, le crâne presque chauve. Retour au couple qui se douche. Départ d'Élise. Regards de Didier au moindre bruit, il espère son retour.

Entre les scènes de l'enfance de Maybelle, sa rémission, sa rechute, les 5 musiciens portant comme elle un bandana en chantant a cappella, les scènes des spectacles donnés par le groupe auquel peu à peu s'est jointe Élise.

Des scènes s'immiscent avec Bush et son vote contre les cellules souches, Didier qui remarque que les américains se disent Pro-vie et inventent des armes. Des disputes à cause de la religion. Et leur mariage devant une table de billard. Ils se blâment mutuellement pour la maladie de leur fille.

Deux scènes très sexuelles : Didier constate l'arrivée d'Élise, il se déshabille et n'a que ses bottes et son chapeau de cowboy pour l'accueillir, et, alors qu'il la croyait disparue avec son véhicule, il voit Élise qui le surprend en bikini et s'allonge sur le capot pour l'embrasser.

The Broken Circle Breakdown est un film d'une grande originalité par son sujet et son déroulement, par son utilisation d'une musique captivante, et par sa très belle représentation d'une histoire d'amour aussi absolu que réel,

SPÉCIAL CINÉMANIA

Les thèmes de l'art et de la violence à caractère conjugal ont infiltré plusieurs scénarios des films projetés lors de la 19e édition du festival Cinémania. De plus, il a été possible de constater qu'à 70 ans Catherine Deneuve est toujours belle dans un lit et que Martin Provost, une fois de plus, a réalisé un chef d'œuvre.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

Martin Provost et Violette

Des chiens aboient. Une femme court. Les gendarmes l'arrêtent, l'enferment. Violette Leduc, écrivaine méconnue bien que talentueuse, a inspiré le réalisateur Martin Provost qui a confié à Emmanuelle Devos le beau rôle de l'auteure tourmentée dans le film intitulé Violette.

Pendant la guerre, Violette survit grâce au marché noir. Elle marche dans la forêt. Elle est amoureuse d'un écrivain homosexuel Maurice Sachs. Il veut qu'elle écrive pour cracher les choses qui la rendent insupportable. Alors, elle trace sa célèbre première phrase d'où déboulera toute une œuvre inspirée par sa vie : « Ma mère ne m'a jamais donné la main ». Elle est née hors mariage d'où le titre d'un de ses ouvrages : La bâtarde.

De retour à Paris, elle marche, encore, avec sa valise. Puis, avec des fleurs. Pour Simone de Beauvoir . Elle lui remet le manuscrit de L'Asphyxie : « J'ai mis toute ma vie là-dedans ». Simone le lit et la rassure : « Vous avez écrit un beau livre . Puissant. Intrépide. C'est ça qui compte ». Elle lui conseille de continuer à écrire en guidant sa thématique : « Le père. C'est sa lâcheté qui a fait de vous une bâtarde ».

Elle signe chez Gallimard. Elle écrit sur son avortement, son amour avec celle qu'elle nomme Isabelle et qu'elle a aimée alors qu'elle était étudiante. Elle connaît Jean Genêt qui lui dédie Les Bonnes, pièce montée par Louis Jouvet. Elle aime Jacques Guérin, parfumeur, riche, homosexuel et bâtard, lui aussi. Toujours amoureuse d'êtres inaccessibles, elle devient amoureuse de lui tout en poursuivant Simone de Beauvoir de ses assiduités.

Elle dort sur le sol pendant que sa mère dort dans son lit. Jacques la prévient : « Violette, vous prenez tout au tragique. Tout vous blesse » . Genêt renchérit : « Vous êtes mélodramatique ».

Martin Provost, qui est aussi lui-même écrivain, a donné une superbe réplique à Simone de Beauvoir : « Les mots eux sont vivants. Ils vivent en nous ». Violette exprime son amour pour Simone dans une ode en prose intitulée Affamée. Elle écrit Ravages et Simone se bat pour que le livre soit publié intégralement. Elle obtiendra que le passage de l'avortement soit maintenu mais des coupes seront faites.

Puis, Violette est enfermée dans un hôpital où le Dr Fouquet lui inflige des électrochocs. Simone l'incite à tout reprendre depuis le début « Ça changera tout puisque vous n'êtes plus la même, votre regard sur vous a changé. Une vie est la reprise d'un destin par la liberté ». Simone écrira la préface de La Bâtarde. Violette va acquérir une certaine notoriété et continuer à écrire dans sa maison en Provence, au pied du mont Ventoux.

J'ai eu l'occasion de questionner Martin Provost qui était à Montréal avec Emmanuelle Devos. Il y a eu 17 versions du scénario, des difficultés financières mais il a maintenu son pari : aborder la création littéraire à l'image. La préparation pour le film a été longue, ce qui est de plus en plus rare. Il a pris la décision de couper certains décors. « Paris est entièrement refait, c'est affreux, c'est Disneyland ». Il travaille avec beaucoup de plans séquences. « L'acteur doit trouver sa liberté dans la contrainte ».

Précisément j'ai demandé à Martin Provost : « Vous consacrez des films à des femmes marginales. Vous nous avez fait connaître Séraphine, vous avez donné un très beau rôle à Yolande Moreau dans Où va la nuit et maintenant ce personnage de Violette qui est une femme qui a déjà existé, qu'elles viennent du roman ou de la réalité, vous consacrez des films à des femmes marginales, pourquoi vous placez-vous ainsi du côté de la marginalité? »

Martin Provost m'a répondu : « Parce que je pense que je le suis. J'aime bien les gens un peu à part. J'aime bien les gens pour qui c'est pas du tout cuit. C'est une matière cinématographique formidable. Faire un film sur Simone de Beauvoir ça ne m'aurait pas intéressé alors que la Simone de Beauvoir vue par Violette c'est l'amour que Violette a pour elle qui la rend comme elle est. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'on l'aime autant dans le film, c'est grâce à l'amour que Violette lui porte. Les gens connus ça m'intéresse pas beaucoup, ils sont tellement connus et reconnus alors pourquoi en remettre une couche; il y a tellement de gens intéressants qui ont du talent et qui ne se montrent pas, qui ont le courage d'imposer un style, de ne pas faire comme tout le monde ».

Et Martin Provost pour rendre un hommage à Violette Leduc, a stylisé son film en le distinguant par épisodes Maurice, Simone, Jean, Jacques, Berthe et Faucon. Virtuose de l'image, il filme avec lyrisme. Violette est un chef d'œuvre.

L'artiste et son modèle

L'artiste et son modèle de Fernando Trueba est le dernier film que Jean Rochefort a accepté de tourner avant de quitter les plateaux de tournage après une longue carrière. Il incarne Marc Cros, peintre et sculpteur, en France en 1943, dans cet hommage que Trueba a élaboré pendant 20 ans avant de le tourner, en noir et blanc, dans un ultime hommage à son frère sculpteur.

La caméra se substitue au regard de l'artiste qui observe, examine même, dans la forêt, dans le village. Des soldats confisquent des pigeons, une jeune fille sale se lave à la fontaine, les femmes font les courses. L'épouse de Marc ramène Merce, la vagabonde, et lui propose d'être le modèle de son mari.

La luminosité est extraordinaire. Les blancs deviennent incandescents. Fermeture à l'iris quand Marc debout est exaspéré : « Ça va pas ». Ouverture à l'iris : Merce pose pour lui en demandant : « La sculpture, ça sert à quoi? »

Il dessine, peint, elle pose, au bas d'une chute, nage et lui jette un poisson en riant. Et quand son épouse lui demande si le corps de la petite est plus beau que le sien, il lui répond : « Non madame, des corps comme le vôtre on n'en fait plus ».

Marc, la nuit, allume des feux et deux parachutistes sautent avant que retentissent des coups de feu. Merce cache celui des deux qui survit, Pierre. Quand il passera en Espagne grâce à elle, il apportera les livres de littérature que le parachutiste anglais lui avait confiés avant de sauter en lui recommandant : « S'il m'arrive quelque chose, garde-les. Les livres, c'est sacré ».

L'artiste partage ses réflexions avec son modèle : « À l'extérieur, tout bouge, même la lumière, il faut que tu trouves ton idée, ton idée à toi . Chaque heure, chaque minute compte. On est vraiment des sales bêtes. On peut rien espérer de nous. Apprends à regarder. Comment c'est possible tout ça? Quelque chose aussi simple que la vie ». Peu à peu, Merce s'intéresse et s'implique.

Werner, un officier allemand, est un personnage qui insuffle la nuance, il rappelle que les guerriers sont parfois des êtres contraints plus que belliqueux. Il écrit un livre sur Marc et lui a déjà consacré 400 pages. Il veut comprendre le processus créateur de Marc : « Une femme comme un rocher, une plante, une émanation directe de la nature. J'ai poursuivi ça toute ma vie sans jamais l'atteindre. L'équilibre, il faut le trouver pour ensuite le troubler ».

Werner va quitter pour la Russie. Son ouvrage sur Marc le passionne autant qu'il l'inquiète : « Travailler sur un artiste français c'est très mal vu. Je suis obligé de me cacher pour écrire ».

Marc continue à créer la statue inspirée par Merce. Et quand il la dessine en disant « C'est bien », à nouveau, fermeture à l'iris. La progression dans sa création, lors des moments charnières, est exprimée par ce code de transition, cette façon de noircir l'image.

Quand il y a contact physique entre Merce et Marc, c'est elle qui le touche : les yeux fermés, ses mains parcourent le visage du vieillard qui pleure. Pour Marc, une des preuves de l'existence de Dieu, c'est le corps de la femme : « Tu imagines Dieu créant le corps de l'homme . Il faut pas prendre Dieu pour un con. Dieu et Ève eurent un fils qu'ils appelèrent Adam. Dieu a surpris Adam couchant avec sa mère; c'est ça le péché originel. »

Le film s'achève avec le bombardement de Rome, la fin de la création de la statue, le départ de Merce et la décision de Marc… Émouvant et solennel, dans la magnificence de la délicatesse, ce film est une transmission de beauté.

Dominique Besnehard et Grand départ

J'ai rencontré Dominique Besnehard lors de la projection du film Grand départ réalisé par Nicolas Mercier et produit par Besnehard. Pourquoi s'est -il intéressé à ce projet »

« Un producteur trouve de l'argent. Le scénario était plus gai que le résultat que vous avez vu parce le metteur en scène son père est décédé et le scénario est devenu plus noir. J'ai trouvé de l'argent auprès des télés, des régions, des distributeurs. En France, le cinéma fonctionne. Un pourcentage de chaque billet vendu est retourné au producteur pour qu'il réinvestisse en cinéma. J'avais produit Mince alors qui a bien fonctionné, j'ai réinvestit. Les Américains sont fâchés de cette loi mais il faut qu'on se protège. En Italie, en Espagne, il n'y a plus de cinéma. Woody Allen a l'Europe pour le financer , sinon, il ne ferait rien. Les grands acteurs américains comme William Hurt et Kevin Klein ils n'ont plus de rôle. Ils tournent dans des séries télé. Hurt a tourné pour J'enrage de son absence et Klein dans Joueuse. Avec la loi du pourcentage, nous, en France, on sort 220 films par an. »

Dans Grand départ , Romain est le souffre-douleur de son frère Luc, scénariste. Romain a un nouveau boulot mais il est tiraillé entre cet emploi et la démence de son père qu'il faut placer dans un lieu de vie « où personne n'a envie de vivre ».

Romain est frappé par son père qui réclame de voir son frère Luc. Romain doit aller payer les dettes de consommation de prostitués de Luc qui lui dit qu'il a des amis auxquels il aurait pu emprunter mais « J'ai trop de respect pour eux ».

Par ailleurs, Dominique m'a dit que c'est lui qui avait suggéré Eddy Mitchell pour le rôle du père. Grand départ explore le thème de la famille confrontée à la vieillesse et à la disparition d'un des leurs; pour Romain, le départ dans la vie coïncide avec le dernier départ de son père.

Arrêtez-moi

« Y'aurait beaucoup de choses à dire mais à quoi ça servirait? » Une femme boucle sa valise et quitte un appartement où des signes de violence sont évidents. Elle croise une clôture où est écrit : « Arrêtez-moi ». Elle entre dans un commissariat pour qu'on règle son affaire.

L'utilisation des gros plans, des très gros plans, des flashbacks, des ombres chinoises et surtout de la caméra subjective rendant compte de la situation du point de vue de la victime, structure ce huis clos entre la lieutenant de police et la femme battue qui se dénonce pour le meurtre de son mari. La technique visuelle et l'enchevêtrement narratif transmettent l'ampleur de ce qui affecte la victime.

Jimmy revenait de l'hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Des coups elle en avait pris de partout mais ce matin-là pour trois gouttes de café sur son uniforme de factrice, elle l'a poussé du haut du balcon où il menaçait de sauter.

La violence dont elle était victime? « J'avais honte, je préférais pas trop que ça se sache ». Elle faisait exprès de heurter des portes au travail pour faire croire qu'elle était distraite et que c'était la cause des marques sur son visage et son corps; alors, on l'avait surnommée Gaston, à cause de « Gaston la gaffe ».

Elle a déjà été dans un Centre d'hygiène mentale où on lui a fait faire des dessins avec du sable. C'est ce que contient sa valise : du sable de diverses couleurs; rien pour l'aider, elle le jette à l'eau près du commissariat.

Son fils Cedric placarde dans tout l'appartement des photos du père décédé. Elle prie : « Faites que je sois reconnue coupable parce que j'étais victime ».

Et la lieutenant reçoit la plainte de cette anonyme pleine de cicatrices. Après sa condamnation, au parloir de la prison, elle explique à Cedric que le pouvoir de son père n'était pas absolu. « Je n'ai pas fait que subir. C'est important pour le reste de ta vie »

Jean-Paul Lilienfeld a adapté le roman Les lois de la gravité de Jean Teulé qui s'était lui-même inspiré d'un fait réel. Sophie Marceau et Miou-Miou sont impressionnantes dans cette production franco-luxembourgeoise. Sophie Marceau a accepté de porte un dispositif inventé pour le film et qui permettait de filmer de son point de vue : elle portait la caméra sur un casque de moto tout en actant.

Arrêtez-moi est un film efficace impliquant le spectateur sur un sujet grave qui ne cesse d'être méconnu tout en étant réel.

Elle s'en va

Une femme au bord de l'eau. La caméra la suit de dos. Quand elle se retourne, brièvement, une photo d'elle, jeune. Des devantures de commerces dans un village français. Après la beauté des lieux, retour à celle d'une femme, Betty, interprétée par Catherine Deneuve.

Betty a déjà été une reine de beauté, Miss Bretagne, à 19 ans. Veuve de Maurice, elle s'occupe de sa mère et d'un restaurant alors que s'accumulent les difficultés financières et sentimentales. Étienne, son amant, vient de quitter sa femme pour une fille de 25 ans enceinte de lui.

Encore la caméra suit Betty de dos. Elle prévient : « Je reviens » et part. Au cours de son voyage en auto, seule avec ses larmes, elle s'arrête parfois. Un fermier lui parle de sa fiancée morte de tuberculose à 21 ans. La caméra fait un zoom in, un zoom out, rappelant la mise au point des documentaires. Or, on pense de la fiction à la réalité car il s'agit d'un monologue fait par le monsieur dont c'est l'histoire réelle, sa fiancée lui avait fait promettre de ne jamais se marier.

Lors d'un concours de fléchettes, Titi lui fait le bruit du marcassin et Marco la saoule aux caipis pour la faire voyager jusqu'à la lune. Le matin dans la chambre il embrasse ses pieds et quand elle repart il lui crie « Je t'aime ».

Betty est traumatisée lorsqu'elle intervient pour aider une femme, battue par son conjoint, qui se rebiffe contre elle. Ce problème se remarque aussi dans le film Un château en Italie traité plus loin dans cette chronique.

Casimir la laisse dormir dans un magasin de meubles. La plupart des personnages rencontrés par Betty ont été interprétés par des non -professionnels. Puis, elle rencontre son petit-fils, Charlie qui l'accompagne à une réunion des anciennes « Miss », les « sexa sexy » où on lui dit qu'à 62 ans l'orgasme d'une femme décuple.

Le film a été écrit pour Catherine Deneuve par Emmanuelle Bercot. Elle s'en va nous présente une femme qui, de ravagée devient peu à peu apaisée jusqu'à s'ouvrir à de nouvelles relations. Un film charmant.

À remarquer : dans Arrêtez-moi on entend une comptine de Robert Desnos et dans Elle s'en va on entend Une petite fille de Claude Nougaro. Des poètes ne sont pas oubliés.

Avant l'hiver

Dans Avant l'hiver scénarisé et réalisé par Philippe Claudel, l'utilisation des couleurs est symbolique. Lucie, l'épouse de Paul, jardine et est toujours habillée de vêtements verts. Lou, qui surgit dans la vie de Paul, est associée à la couleur rouge. À l'opéra la chanteuse a une robe verte, le psychiatre de Lou a des accessoires rouges dans son bureau. La cassette audio de Lou est rouge, elle se suicide dans son bain donc l'eau est rouge.

Le temps, lui, est blanchâtre, grisâtre, brumeux. La saison automnale du lieu et de l'être. Le couple dans l'aube blanche. La malade évoque tous les membres de sa famille décédés : « On a fait d'eux des nuages ».

Paul est neurochirurgien. Soudain, on lui livre des roses rouges chaque jour, chez-lui, à son bureau, à l'hôpital, sur son auto. Pourquoi? Qui? Un homme riche, marié, devient victime de prédatrices. Alors qu'il risque de tout perdre, il admet : « Elle m'émouvait. Elle me ramenait très loin en arrière ». Pour la dernière fois de sa vie, elle le ramenait avant l'hiver.

Un château en Italie

Valeria Bruni-Tedeschi a scénarisé, réalisé et joué dans Un château en Italie. Sa mère joue sa mère dans le film, son ex-amant joue son amant dans le film, le château du film était le château de famille, l'histoire du frère mourant du sida est basée sur son frère mort du sida, elle voulait favoriser une histoire entre sa mère et Omar Sharif, elle lui a donc demandé de jouer une scène avec sa mère dans le film. Il y a beaucoup de similitudes avec la biographie de Valeria, pourtant il lui a fallu deux autres scénaristes et l'aide de sa famille pour achever le scénario.

Elle a choisi de s'appeler Louise dans le film. Ludovic, son frère du film, demande Jeanne en mariage puis la laisse tomber. Louise et Ludovic s'amusent à ce qu'il l'étrangle pendant qu'elle dit : « Harder » puis s'embrassent sur la bouche. La mère et la sœur voudraient que Jeanne devienne enceinte de Ludovic mourant du sida ou qu'elle devienne enceinte en s'assoyant sur une chaise miraculeuse. Puis, Ludovic épouse Jeanne et la laisse encore tomber pour danser avec sa mère qui ouvre sa chemise et ils s'embrassent.

Louise est avec Nathan son amant qu'elle trouve beau avec son nævus noir et poilu sur la joue. Quand Nathan la gifle, Gérard, le serviteur de Louise, surgit afin de l'aider et Louise le traite avec mépris. Quand la famille a des ennuis avec le fisc puisque son train de vie n'est pas en adéquation avec son revenu officiel et qu'il est question que la mère aille en prison Ludovic et Louise pouffent de rire.

Le ton désinvolte contraste avec les soudaines crises histrioniques telles que celle de Louise pour un ventilateur ou pour reprendre sa toile après une vente aux enchères. Le film est un irritant accentué.

9 mois ferme

Le film scénarisé, réalisé et interprété par Albert Dupontel mérite des éloges à profusion. Inventivité, tendresse, minutie font de ce film une comédie intelligente et réellement drôle. « Pour échapper aux autres, il faut faire comme les autres se dit la juge Ariane Felder au palais de justice en acceptant un verre lors de la fête du nouvel an. Un verre en entraîne un autre.

6 mois plus tard, elle découvre qu'elle est enceinte. De qui? Elle enquête et découvre qu'il y a pire que d'ignorer ce qui s'est passé, c'est de le découvrir. Complètement saoule, elle a galéré jusqu'au quartier des prostituées où elle a « sympathisé » avec Bob Nolan, le meurtrier, présenté avec un masque comme Hanibal Lecter. On est dans l'excès, la caricature, l'exagération, même si des scènes ont été tournées dans le véritable palais de justice de Paris; d'ailleurs, c'est une juge dans la vie, Michelle Bernard-Requin, qui apparait dans le film.

Ariane, l'austère et stricte juge, doit instruire une affaire de femme battue : le mari dit que c'est la femme qui a foncé vers son poing après avoir glissé sur le savon et heurté le lavabo. La juge déclare qu'elle va donc entendre le savon et le lavabo mais la femme retire sa plainte. Encore le thème de la violence à caractère conjugal qui fait réfléchir sur la réalité sous-jacente à la caricature.

Évidemment, Nolan n'a pas tué, et la représentation de la vie fœtale est émouvante. Dupontel a élaboré longtemps son projet. Il a convié des collègues pour de brèves apparitions : Terry Gilliam, Jan Kounen, Gaspar Noé, Yolande Moreau et Jean Dujardin mime des séquences incongrues en supposé langage des signes pour malentendants. Après avoir pensé confier le rôle de la juge à une femme aux cheveux bruns, il a auditionné Sandrine Kiberlain qui a décroché le rôle. Nicolas Marié en avocat bègue fait rire jusqu'à en avoir mal.

9 mois ferme est une comédie noire, et même noire foncée, avec des scènes hilarantes.

Michael Kohlhaas

Michael Kohlhaas est un film magistral, d'une grande magnificence par ses images arides, sa mise en scène âpre et son éloquence basée sur le talent de l'acteur Mads Mikkelsen. Arnaud des Pallières a adapté le roman d'Heintrich von Kleist qui s'était lui-même inspiré d'un fait réel.

Au 16e siècle, un marchand de chevaux, Michael Kohlhaas, est spolié par un jeune baron. Deux de ses magnifiques chevaux noirs sont maltraités jusqu'au sang et le valet du marchand est blessé par des chiens. Plein d'illusions, il entame un processus judiciaire où il ne fait que perdre son argent. Son avocat le laisse tomber. Sa femme va porter sa plainte chez la princesse Marguerite, Reine de Navarre et Princesse d'Angoulême où elle est blessée mortellement.

La mort d'une femme comme « La mort d'un paysan c'est une blague » et le peuple est épuisé. Les paysans se plaignent en vain. Quand Michael tue des agresseurs les paysans forment une armée avec lui.

Michael Lohlhaas sera condamné à mort. Dans le plan séquence final cadrant son visage, alors qu'il entend la sentence et va être décapité , Mads Mikkelsen exprime son désarroi et sa souffrance avec une intensité qui monopolise notre attention et notre émotion. D'ailleurs l'acteur danois s'exprime dans un français impeccable.

Film rare, Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières, aborde les thèmes de la guerre et de la justice d'une façon innovatrice et respectueuse de l'aspect historique.

Les films en langue française sont appréciables et appréciés puisque Cinémania connaît un succès qui ne se dément pas. C'est un privilège d'avoir ce festival.

EN SOUVENIR

Établi à Montréal depuis longtemps, Peter Wintocick est décédé le lundi 18 novembre à 60 ans à cause d'un cancer fulgurant.

Je vous propose de relire l'entrevue que j'avais faite avec lui dans un contexte innovateur pour ma chronique de novembre 2009.

Figure originale du cinéma, connaisseur et chercheur exceptionnel, Peter Wintoncik s'intéressait aux productions indépendantes. Il laisse dans son sillage le souvenir d'un homme passionné.