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Chronique cinéma
Décembre 2016

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Retour sur l'Hommage à Marguerite Duras et Alice Guy, Spécial 22e édition de Cinémania et Film en préparation.

Que sommes-nous à part nos convictions, nos accomplissements, nos relations?
Quelle passion nous anime, quel rêve nous fait continuer?
Quel appât, quel bâton, nous font avancer?

Avons-nous une vie avant la mort?

À travers quelle course, avec quelle appréciation, nous définissons-nous, nous caractérisons-nous?

Que nous manque-t-il au point où nous pourrions renoncer à tout le reste, y compris nous-mêmes?

Ce numéro de ma chronique cinéma propose des débuts de réponses à ces questions.

HOMMAGE À MARGUERITE DURAS ET ALICE GUY

01_danslaloge le9 oct2016Pour La Cour des Poètes, j'ai interprété sur scène le 9 octobre 2016 un poème en quatrains d'octosyllabes à rimes embrassées pour évoquer deux moments déterminants dans ma vie de poétesse et de cinéphile fascinée par deux créatrices en poésie et en cinéma.

J'ai vu Françoise Faucher questionnant Marguerite Duras lors de son passage à Montréal en avril 1981 pour une émission intitulée Femmes d'aujourd'hui. M .D. a alors déclaré : « un mot contient mille images ». J'entendais des successions de paroles intelligentes transmises par deux femmes dont le bagage artistique était impressionnant.

Puis, en 1985, j'ai vu le documentaire de Marquise Lepage Le jardin oublié : la vie et l'œuvre d'Alice Guy-Blaché. J'ai alors commencé à découvrir l'œuvre d'une femme créative et sensible qui savait procéder poétiquement à travers l'invention de la narration cinématographique.

J'ai donc composé un Hommage qui non seulement mentionne les artistes mais aussi celles qui ont contribué à la révélation de leur talent et de leur art.

J'ai interprété mon poème en alternant des parties chantées, récitées et actées et en m'inspirant dans mes intonations et dans mes gestes d'instants de la vie ou d'extraits des œuvres de chacune. Ainsi, pour Marguerite Duras, je dis un titre en suggérant une réplique d'India Song et pour Alice Guy je bouge ma main pour rappeler qu'elle s'est blessée en expérimentant des techniques filmiques lorsqu'elle contribuait à la recherche médicale.

J'ai toujours confectionné mes costumes de scène et encore j'ai voulu refléter ce qui émane de l'univers de chaque créatrice. India Song se déroule pendant un bal : je porte donc une robe noire avec des brillants et j'ai relevé mes cheveux en chignon, ce qui était la coiffure de Delphine Seyrig. Sur la couverture de son autobiographie, Alice Guy porte de longs gants. J'ai cousu, sur des gants d'opéra, une guirlande de feuilles et de roses blanches pour suggérer le titre du documentaire de Marquise Lepage et pour connoter l'époque romantique. J'ai aussi confectionné le collier en perle et en dentelle formant une fleur. Rien n'est trop beau ni ne demande trop de temps ou d'efforts quand il s'agit de contribuer au rayonnement des accomplissements de femmes extraordinaires.

Après le spectacle auquel je participais, le présentateur Normand Lebeau m'a demandé de retourner sur scène pour parler d'Alice Guy. C'était imprévu et improvisé. D'ailleurs, je ne porte qu'une seule manche de mon gilet tellement je ne m'y attendais pas. Mais, l'écoute des gens était absolue. Je reste avec l'impression de les avoir captivés quand je relatais qu'Alice Guy s'est approprié le réel pour changer son destin et influencer une forme d'art. Elle a tout fait à partir d'elle-même, il n'y avait ni précurseurs ni antécédents. Elle est l'inventrice du cinéma et encore aujourd'hui des effets, des genres, des techniques sont reprises dans le sillage de ses expérimentations.

Mes deux prestations ont été filmés par Alex Courchesne et peuvent être vues dans un même film sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=9TC5W3lVRqk  Après les 4 minutes de la présentation de M. Lebeau, vous me verrez interpréter l'Hommage puis à 15 minutes vous assisterez à la conférence que j'ai spontanément prononcée pour honorer Alice, sa créativité, sa personnalité. Elle a commencé sa carrière en France avec Gaumont, l'a continuée aux États-Unis et dans ces deux pays ses émules restent en admiration. Bien qu'elle n'ait pas tourné au Québec, elle y a brièvement séjourné.

Il va sans dire que j'aurais pu continuer tant il y a à partager suite aux recherches que je fais depuis 1985.

À travers la découverte du processus créateur d'Alice Guy, c'est toute une pensée, un idéal et une pratique qui sont retrouvés. Semblable au travail d'une archéologue, c'est aussi une volonté de reconnaissance qui entretient ma ferveur envers cette femme d'exception qui mérite d'être citée comme un modèle.

Spécial Cinémania

Astrid et La route d'Istanbul

Dans le film de Rachid Bouchareb, algérien et musulman, Astrid Whettnall, interprète Élizabeth, une infirmière donnant des soins à domicile, une « mère courage », une femme déterminée à retrouver Élodie, sa fille disparue. Celle-ci, jeune étudiante, avait récemment changé, délaissé ses amis, a cessé de conduire l'auto, quitté son équipe de sportives où elle performait depuis 7 ans après avoir commencé une relation avec un musulman. Élodie, convertie à l'Islam, a utilisé la carte bancaire de sa mère pour aller en Turquie et passer en Syrie.

02_AstridWhettnallRencontre avec Astrid Whettnall, actrice talentueuse et femme intelligente, qui a vécu le déroulement du tournage de La route d'Istanbul pendant 4 ans et qui incarne Élisabeth.

L.P. « Vous vous êtes beaucoup impliquée lors du tournage . D'après vous, pourquoi des gens veulent rejoindre un pays que d'autres essaient de quitter? »

A.W. « C'est une grande question. Ça ne va pas dans la société avec l'économie libérale à tout prix. On n'est plus transcendé par la politique. Nous, on avait des mouvements , le communisme, les kibboutz, que les jeunes n'ont pas. Et, ça, les radicaux l'ont compris, les rabatteurs ont des réponses. »

L.P. « Comment peut-on éradiquer cette réalité? »

A.W. « Ça va mettre des années à être éradiqué. Si on essayait par la culture et l'éducation. Les touts petits, dès 3, 4 ans, si à l'école on leur apprenait la paix, le respect de l'autre, à entretenir des relations. On retire de l'argent à l'enseignement et à la culture. Moi, s'il y avait en politique, un dirigeant qui dirait On s'est trompé et qui poserait des questions, qui écouterait la jeunesse qui n'a plus la possibilité de rêver, je voterais pour lui. »

L.P. « Comment s'est développé le projet? »

A.W. « Il y a 4 ans, Rachid a vu un documentaire sur une mère cherchant sa fille. Avec Yasmina Khadra, il a écrit le scénario. Puis, Zoe Galeron et Olivier Lorelle ont collaboré . L'événement Charlie Hebdo a ensuite précipité le tournage. Pour le tournage, ça s'est passé entre la Belgique, l'Algérie, Istanbul. »

L.P. « La radicalisation est devenu un problème de société, un problème fulgurant, vous l'exprimez bien quand vous dites : en lien avec un désarroi. »

A.W. « Ça nous concerne tous. C'est difficile de connaître son adolescente. Ado, on cherche un chemin de vie qui nous élève. En 2 mois, la radicalisation se passe par Internet. Nous, des familles nous ont accompagnés sur des lieux. Des parents ostracisés. Parce qu'il n'y a pas de fin heureuse pour les familles. L'enfant veut retourner ou il est emprisonné s'il est retrouvé.

L.P. « Je remarque que vous dites que : ça nous concerne tous. »

A.W. « On est tous perdu face à l'ampleur de ce phénomène. Nous devons nous poser des questions. Il faudrait se respecter. »

03_LaroutedIstambulLe film ouvre et finit par une contre plongée. Un plan qui englobe un lac, une forêt et deux maisons avant de cadrer Élizabeth marchant sur une route entourée d'arbres. Un endroit magnifique en Belgique. Un lieu extérieur avec une nature foisonnante. Mais, déjà, l'écrasement dans l'ampleur. À la fin, Élizabeth est prise sur un pallier entre deux escaliers, à l'intérieur de la grisaille d'un hôpital où elle pleure. Un lieu de claustration avec un tourment envahissant. Encore, l'impuissance dans la douleur.

Entre ces deux lieux contrastés, des paysages en accord avec le parcours de l'héroïne. Comblée dans la nature, puis désemparée dans un champ sans culture, dans le plat pays, enfin dans des étendues désertiques, pierreuses où s'imposent le son des tirs avant l'enfermement dans l'inéluctable de la situation : Élizabeth constate que rien n'altère la détermination de sa fille à retourner en Syrie.

Le quotidien d'Élizabeth est montré. Malgré le drame qui s'impose, elle reste obligée de continuer à travailler, à faire la lessive. Justement, après le départ de sa fille, le lave -linge est brisé. Quand elle sait la cause du départ, elle essaie de réparer l'appareil. Lorsque la police lui assène n'être pas alibilité pour intervenir en dehors des frontières, elle lave ses vêtements dans un évier.

Élizabeth participe à un groupe de parents dont les enfants se sont radicalisés. On les incite à garder le contact, à miser sur les souvenirs, sur l'affectif.

Avec Julie, la marraine d'Élodie, elle va en Turquie, cherche sa fille dans des cybercafés, des hôtels; Julie lui fait prendre conscience : « Ta fille n'est l'otage de personne. Elle a choisie d'être là ».

Elle essaiera même, en vain, d'entrer en Syrie. Ramenée au poste de police, elle découvre qu'Élodie est à l'hôpital. Quand elle la voit, elle constate qu'elle a été amputée de la jambe droite…et qu'elle veut repartir en Syrie. Élizabeth pleure de rage et d'impuissance dans une cage d'escaliers.

Lors de cette scène à l'hôpital, le réalisateur aurait pu insérer un flashback d'Élodie pratiquant son sport avec ses copines puisque c'était autrefois une activité à laquelle elle s'était consacrée; la mesure de la perte aurait été plus accentuée.

L'actualité du sujet confirme la nécessité d'en faire l'exploration à travers des films. Surtout que le point de vue parental, de l'ordre de l'intime, est peu souvent développé. Considérer une femme d'un certain âge, une mère, et en faire le personnage principal confère au film de Bouchareb une originalité importante, une réconciliation avec la réalité, celle des victimes dites collatérales.

L'interprétation d'Astrid Whettnall est remarquable, juste, contrôlée et puissante. À part son amie Julie, Élizabeth est seule pour accumuler la charge de la confrontation avec la transformation de sa fille et pour assumer l'adversité et l'inconnu dans la recherche désespérée mais absolue.

Avec Élizabeth, ce personnage principal, Bouchareb nous a livré un aspect inusité mais réel. Au-delà de la politique, de la religion, de l'aliénation, il se concentre sur l'aspect humain, affectif, familial. Il reconnait l'importance du drame secret des parents démunis , drame de plus en plus fréquent.

LA DANSEUSE

04_ladanseuseLe film La danseuse réalisée par Stéphanie Di Giusto est annoncé comme une histoire vraie concernant Loïe Fuller (1862-1928). Dans le film, cette américaine développe un spectacle qu'elle se rend présenter à Paris grâce à l'argent qu'elle a volé au Comte Louis D'Orsay. Toujours dans le film, on nous montre Loïe Fuller incapable de finir un spectacle car elle est trop épuisée. Elle dépérit dans un château, les yeux rougis à cause des projecteurs de lumières, trempant son corps meurtri dans des seaux de glace. Elle prépare une présentation qui aura lieu à l'Opéra de Paris. Elle rencontre Isadora Duncan, devient obsédée par elle, couche avec le Comte Louis, se drogue, a les yeux rouges, s'automutile avant un baiser d'Isadora, se mouille dans des bacs d'eau glacée, présente son spectacle, tombe d'épuisement et pleure en apprenant la mort de Louis.

De cette histoire supposément vraie, on peut retenir quelques scènes qui permettent d'avoir un aperçu du talent et de l'inventivité de Loïe Fuller : deux scènes de danses avec ses voiles. Ces scènes ont une certaine éloquence. De plus, on aperçoit quelques dessins laissant croire que Loïe préparait ses spectacles. Une scène nous suggère que ses mouvements étaient calculés.

De ce film, ignominie impardonnable, il importe de diverger afin de rétablir des faits indiscutables et de les sortir du bourbier d'inventions faisant de Loïe Fuller une épave à diffamer. Le Comte Louis D'Orsay, personnage principal masculin, n'existe pas, la réalisatrice l'a inventé. Donc, Loïe Fuller ne l'a pas volé. Elle, au contraire, a été volée, toute sa vie, des imitatrices l'ont copiée. Ce fait grave n'est montré qu'une fois dans le film alors qu'il a nuit à toute la carrière de Loïe Fuller.

Loïe Fuller a donné des spectacles complets dans sa vie. En fait, elle a présenté des tournées à travers le monde pendant au moins 15 ans.

Un film biographique doit rendre compte de faits éloquents, représentatifs. Loïe Fuller mérite mieux qu'être exhibée en laideron ahuri et errant avec une phobie sociale, une instabilité mentale, une propension à la toxicomanie et une obsession érotomane. Qui était-elle? Quels sont les faits?

Américaine, Loïe Fuller a créé une forme de spectacle, pas une variation, une réelle nouveauté : un enchainement de mouvements exigeant une force athlétique et permettant le déploiement de tissus qui, ainsi agités, fascinent par leur grâce légère et leur pouvoir évocateur avec des figures telles que le lys, le papillon, l'iris, autour de sa principale création : la danse serpentine. Sa carrière s'est principalement développée à Paris; des affiches de ses spectacles, une captation de sa danse serpentine, des œuvres, la représentant, ont souvent symbolisé Paris au tournant du 20e siècle.

Loïe Fuller a toujours poursuivi ses recherches sur les effets scéniques dont ceux de la lumière, de sels phosphorescents, de miroirs. Elle avait contacté Marie et Pierre Curie dans l'espoir d'utiliser le radium pour des effets lumineux. Dans le film Les palmes de Monsieur Schutz de Claude Pinoteau en 1997, Suzanne Andrew est aperçue dansant chez les Curie. Dans les faits, elle a créé une Danse du Radium et a fait construire, chez-eux, une scène pour y interpréter sa danse afin de les remercier même si le projet d'utiliser le radium ne pouvait aboutir.

Loïe Fuller était travaillante, dédiée à son œuvre. Son assistante, associée et amante, Gabrielle Bloch était une créatrice consacrée elle aussi à l'œuvre de Fuller. Elle créait des chorégraphies. Cette relation privilégiée entre 2 femmes inventrices artistiquement et impliquées amoureusement aurait pu être développée en un magnifique film d'art et d'amour. Hélas, quand il s'agit de lesbiennes, l'exhibition les réduit à de dangereuses déséquilibrées : ainsi, le film Je te mangerais de Sophie Laloy en 2007, le récent La Reine-Garçon (voir ma chronique d'octobre 2016) et La danseuse dans lequel Loïe Fuller est obsédée par la jeune Isadora Duncan au point de s'automutiler et d'être déconnectée du réel.

Or, Loïe Fuller organisait ses spectacles avec minutie et dirigeait une troupe de danseuses et de techniciens, jusqu'à 40 personnes. Elle a inspiré des artistes de la littérature, de la sculpture, de l'orfèvrerie et même de l'architecture; en 1900, pour l'Exposition Universelle à Paris, un pavillon au toit ondulé a été construit par Henri Sauvage (1873-1932)  pour rappeler les multicolores voiles dansants de La Fée Lumière.

Pourquoi avoir montré Loïe Fuller hétérosexuelle droguée et homosexuelle masochiste? Pourquoi tant d'importance sur des fabulations à propos de sa sexualité? Ce choix biaisé rappelle le film Pandemonium de Julien Temple 2000 (voir la section En souvenir de ma chronique de février 2011), dans lequel le talent créatif était occulté au profit de la consommation de drogues. La grandeur d'un artiste vient de ses œuvres, pas de son mode de vie.

Loïe Fuller est une créatrice d'exception et lui rendre hommage aurait été une contribution, non à des divagations sur sa sexualité et à des allégations d'incapacités dues à des déficiences mentales, mais à une reconnaissance de son inventivité et de ses accomplissements. Car, il est difficile d'imaginer l'ampleur de ses spectacles et de ce qu'ils exigent puisqu'elle-même refusait d'être filmée. On peut interroger sa propension à être remplacée par des doublures : refusait-elle, détestait-elle, son corps différent de la liane anorexique caractéristique de la danseuse classique? Une vérité pourrait plus être trouvée dans un tel questionnement, et non une affirmation, que dans une succession de scènes diffamantes à l'égard d'une si grande artiste. Elle a été la première à danser sans corset dans un contexte artistique. Elle a été la première à vouloir qu'il fasse noir dans la salle de spectacle afin de favoriser l'attention sur les effets de lumière pendant ses numéros.

Cette absence d'attestations visuelles nuit à la pérennité de son œuvre. Certes, elle voulait son art vivant mais aujourd'hui c'est nous qui en sommes privés. Avec le temps, Loïe Fuller a été oublié; avec le film La danseuse, Loïe Fuller a été trahie.

Puisqu'un malheur ne vient jamais seul, alors que le public américain votait pour Donald Trump, le public de Cinémania votait pour désigner le film La danseuse Prix TFO du Meilleur premier long métrage. À quoi ça tient? Là encore, c'est une question qui mérite d'être posée.

THOMAS LILTI MÉDECIN DE CAMPAGNE

Je m'étais entretenue avec Thomas Lilti en 2014 lorsqu'il était venu présenter Hippocrate son précédent film. Benjamin, un interne dans un hôpital  découvrait les histoires d'horreur qui caractérisent le milieu médical et concluait : «  C'est pas un métier, c'est une espèce de malédiction ». (Voir ma chronique de décembre 2014)

05_ThomasLiltiCette fois, le réalisateur a présenté Médecin de campagne avec François Cluzet et Marianne Denicourt. Je l'ai à nouveau rencontré :

L.P. « Que représente ce long métrage dans votre parcours? »

T.L. « C'est important de faire exister un film français en dehors des frontières. Je suis content d'avoir raisonné avec des sujets chers, d'avoir trouvé une solution pour sortir au Québec. C'est important que les gens aient accès à des films francophones. »

L.P. « Vous êtes médecin et à nouveau vous avez tourné un scénario qui concerne un médecin ».

T.L. « Je veux rendre hommage à ce métier de médecin, à ceux dans un métier de la santé. Quand on me demande ma profession dans un formulaire, j'écris encore médecin. Mais, je n'ai pas été assez fort pour continuer à être médecin. Je me suis senti disqualifié, c'est trop de solitude. J'ai été médecin de campagne pendant 4 ans. Je faisais les 2 en même temps, médecin et réalisateur. Le cinéma a marché. Ce que j'ai appris en médecine, je le réinvestis au cinéma. Mon père était médecin et il m'a manqué. J'ai compris pourquoi, il lui fallait être tourné vers les autres mais exclus de ses proches. »

L.P. « Ça peut influencer votre façon de tourner ? »

T.L. « Avec les acteurs, il n'y a aucun tabou. Tout peut être remis en question. Tout le monde est un cinéaste. La confiance est le maître mot sur un tournage. C'est pour la recherche de la sincérité, un moment de grâce c'est quand on ne distingue plus l'acteur et le personnage. »

L.P. « Vous avez confié un rôle important à Marianne Denicourt, une femme avec de la maturité alors que les actrices de son âge sont exclues des castings. Qui plus est vous ne l'impliquez dans une histoire d'amour avec le médecin. Vous abordez une coopération entre une femme et un homme, une histoire de respect sans la finale d'une comédie romantique. Êtes-vous conscient de votre originalité? »

T.L. « J'ai voulu cela. Il y a peu de rôles pour les femmes de plus de 40 ans. J'ai écrit le rôle pour Marianne. Je voulais éviter que la femme soit dans une histoire d'amour. »

L.P. « Vos films répondent à quelle ferveur en vous? »

T.L. « Je veux porter un regard bienveillant sur les gens, montrer la générosité chez les gens. Je veux des fins heureuses en forme de politesse. La médecine peut combattre la maladie. Moi, je ne pouvais sauver d'une tumeur en tant que médecin donc en tant que réalisateur je peux sauver le personnage. »

L.P. « Préparez-vous un autre film? »

Il semble que cette fois c'est ma ferveur pour ses films qui était perceptible car il s'est mis à rire et m'a touché l'épaule en répondant :

T.L. « Oui. C'est un film sur la 1e année de médecine. Je veux montrer que les qualités humaines sont plus importantes que les notes scolaires. Je vais revenir vous voir dans deux ans. Ne vous inquiétez pas. »

 

06medecindecampagneJ'ai su la posologie. En effet, je considère les films de Thomas Lilti indispensables; ils offrent une version possible de la médecine. Il imagine une humanité, une bienveillance, dans l'exercice de cette profession. Puisque c'est imaginé, c'est déjà le début d'une concrétisation.

Autrefois, la médecine était une profession de prestige, une vocation. Maintenant, aller consulter un médecin ou se rendre dans un hôpital relève d'un terrifiant parcours du combattant. Thomas Lilti a parlé avec le public après la projection de son film et a demandé aux gens, si dans la salle, certains voulaient mourir à l'hôpital. Aucune main ne s'est levée. Il a admis qu'en France, 80% des gens meurent à l'hôpital alors que personne ne veut cela.

Dans Médecin de campagne, des scènes se déroulent en parallèle, d'autres se poursuivent au long du film.

Le médecin, Jean-Pierre Werner fait ses visites. Des patients seront vus une fois, d'autres reviendront au cours de l'histoire. La Dre Nathalie Delezia recevra un homme arrogant puis, Ninon, la compagne de celui-ci sur une période de plusieurs mois. Le procédé narratif amène les situations à se répondre, se prolonger, s'éclaircir et même se résoudre.

La mère de Jean-Pierre a régulièrement besoin d'aide avec des objets de son quotidien, avec des aspects administratifs et une fois, elle regarde la télé debout. À son fils qui lui demande pourquoi, elle répond que c'est pour éviter de s'endormir. Car il y a régulièrement des cocasseries qui font sourire et qui détendent entre les problèmes pénibles.

Car, le Dr Werner est exceptionnel : remarquant la godasse d'un enfant, il investigue pour savoir qui la porte, examiner l'enfant et constater un déséquilibre lombaire. (On n'a pas de réponse quand on demande et lui n'attend pas la question pour solutionner un problème; rêvons un instant,  ça change l'humeur).

Avec une telle personnalité, il ne faut pas s'étonner qu'il ait remarqué qu'un médecin interrompt un patient toutes les 22 secondes. Il fait la démonstration des conséquences d'un tel comportement lorsqu'il laisse la Dre Nathalie Delezia interroger un patient en l'interrompant et parvenir à une conclusion. Il demande au patient ce qu'il aurait voulu ajouter avant que la Dre lui coupe la parole, sa réponse change tout. Le Dr Werner précise l'importance de l'écoute : « Le diagnostique est fait par les patients ».

De plus, il ne faut pas s'étonner que le docteur manigance pour sortir de l'hôpital le vieux Monsieur Sorlin voulant mourir chez-lui. Il s'agit d'un important segment du film, d'un manifeste là encore pour une médecine plus humaine. Monsieur Sorlin, somnole avec son chien allongé, collé à lui. Il mourra à 7h25 et les femmes laveront son corps.

Entre l'hameçon dans la cuisse du fils du maire et le coup de meuleuse à la main du maire lui-même, Nathalie rencontre Alexis, un garçon dont on a toujours dit qu'il est déficient. Après quelques questions, elle considère la possibilité qu'il s'agisse d'un cas d'autisme. Donc, il est possible de changer la vie des gens…pour le mieux. (Ce garçon, vraiment autiste, Yohann Goetzmann, tourne des films dans lesquels il joue)

D'ailleurs, ce maire a un projet de maison de santé. Nathalie et Jean-Pierre sont contre : « Les maisons de santé, c'est de la spéculation immobilière ».

La Dre Nathalie a plus de 40 ans mais le Dr Jean-Pierre voit comme une preuve de sa persévérance le fait qu'elle ait abouti un retour aux études. Le Dr Jean-Pierre reçoit un diagnostique de tumeur au cerveau et devra recevoir des traitements. De tels aspects disséminés dans le film témoignent là encore de la réalité humaine.

Le médecin soigne non seulement la santé physique mais aussi la santé mentale, sociale, régionale. Jean-Pierre aide une mère à avoir des allocations et redonne de la vitalité à une femme dépressive. Nathalie voit Ninon après son 2e avortement et l'entend dire que le couple n'utilise pas de moyens de contraception parce que son conjoint et elle veulent un enfant mais il insiste à chaque grossesse pour qu'elle avorte; la Dre déclare : « Un sale type comme le vôtre, j'en ai vu plusieurs, faut partir maintenant ».

Un seul bémol : Nathalie examine un jeune homme pour savoir s'il a des condylomes. Le garçon est pudique et Nathalie prend cela en riant. Si le personnage avait été une jeune fille avec un docteur…Dans une situation comme dans l'autre, la pudeur d'une personne doit être respectée, pas ridiculisée. Cette scène est l'exception qui confirme la règle car dans le film l'humour est intelligent.

À remarquer : l'importante scène du monologue de Jean-Pierre au bout de la table dans la cuisine est une occasion de réflexion et même d'introspection pour le Dr Werner : « La nature c'est une barbarie Pourquoi on se bagarre en permanence contre une barbarie? »

Dernière observation : le film a été projeté, entre autres, pendant la soirée du jeudi 10 novembre 2016 au cinéma Impérial à Montréal (Québec, Canada). Dans une scène du film, Nathalie danse avec Alexis pendant la chanson Hallelujah de Leonard Cohen; or, le chanteur et compositeur né à Montréal décédait ce soir-là précisément à Los Angeles pendant la projection du film Médecin de campagne avec sa chanson.

RAPHAEL PERSONNAZ  DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE

07_RaphaelPersonnaz« Je suis parti parce que le vie m'étouffait. J'étais étourdi de n'avoir plus de temps. On ne peut pas garder l'essentiel. On le découvre. » Ces phrases, en voix-off,  ouvrent le film Dans les forêts de Sibérie avec Raphaël Personnaz.

L'acteur Raphaël Personnaz incarne Sylvain Tesson dans le film basé sur le récit autobiographique Dans les forêts de Sibérie. Pour ce livre, Tesson a reçu le Prix Médicis. Cet auteur a eu une vie d'aventurier téméraire; un inassouvi de sensations fortes prenant des risques de suicidaire inavoué. Aujourd'hui, toujours vivant, il garde un handicape au visage et la surdité de l'oreille droite Dans le film, le personnage s'appelle Teddy.

Raphaël Personnaz est un acteur au talent remarquable et à la beauté indéniable; il a aussi une personnalité aimable : d'abord parce qu'il répond aux questions avec beaucoup de détails et ensuite parce qu'après la projection du film il s'est entretenu personnellement avec des gens du public, acceptant d'être pris en photo, échangeant même des informations et serrant avec joie dans ses bras un monsieur d'origine russe.

J'ai demandé à Raphaël Personnaz deux questions et son enthousiasme fascinant et communicatif a permis le déferlement de souvenirs et d'informations. Je voulais savoir si Tesson avait été présent sur le tournage et ce que Raphaël espérait de sa carrière d'acteur.

Raphaël Personnaz a parlé de son expérience de tournage, de sa quête d'informations et de ses convictions : «Se retrouver au lac Baïkal, c'est être dans l'instant et en accord avec ce qui nous entoure. Un endroit pur. Des gens vrais. Un endroit aussi lunaire je pensais même pas que ça existait. Un lieu tellement merveilleux. Avec un silence fascinant. Il faut claquer des doigts pour se convaincre qu'on est pas sourd. C'est agréable d'être déconnecté de tout. Tesson est venu après le tournage s'installer dans la cabane du tournage. J'ai un respect de la philosophie plus que des faits. De la sensation de liberté. Ce film est fait de plein de hasards. Il y a tellement de hasards improbables. Pour ma carrière, je n'ai aucun plan, j'essaie de rester dans la même philosophie. »

Rapidement, Sylvain Tesson a proposé à Safi Nebbou d'ajouter un personnage pour le film. Donc, l'auteur du récit biographique a lui-même suggérer le personnage d'Aleksei, tiré d'une nouvelle de Tesson. Aleksei a fuit la civilisation et Raphaël Personnaz a aussi parlé d'une famille, le père, la mère et deux filles qui avait fuit le communisme et avait vécu totalement isolée. Cette famille été retrouvée et les filles parlaient d'une façon un peu datée, elles n'avaient jamais vu d'autres humains que leurs parents. Dans le film, toutefois, il n'est question que d'Aleksei.

Les prises de vue sont magnifiques car elles savent mettre le lieu en valeur certes mais aussi accompagner ce qui est ressenti par le personnage de Teddy. Des contre plongées, des panoramiques, des plans d'ensemble du haut d'un avion expriment la félicité à l'arrivée puis la peine et la solitude quand Teddy fait glisser le corps d'Aleksei dans l'eau. De plus, on voit ainsi les stries blanches de la glace.

Le talent de Raphaël Personnaz s'actualise dans des extrêmes et dans des nuances. Sa joie est perceptible quand il profite du vent sur son visage, son émotion lui fait mouiller les yeux quand une vieille lui interprète un chant de bienvenue mais va jusqu'aux pleurs à la mort d'Aleksei.

La vie d'ermite a été planifiée. Il a l'argent pour acheter sa cabane. Il a emporté sa trompette (en fait c'est Raphël qui a emporté à la demande de Safi, l'instrument dont il joue; quand il parlait de hasards qui contribuent à un ensemble). Teddy a aussi des livres, une carte qu'il fixe au mur, des chandelles, de quoi écrire. Et des patins.

Un bref instant imprévu au tournage mais conservé au montage : le personnage Teddy patine mais l'acteur Raphaël a un petit déséquilibre et sourit en continuant à patiner. Charmant. Et la preuve encore de ces imbrications qui participent au résultat.

Certes, il rencontre Aleksei quand il se perd en voulant aller chercher du bois pendant une tempête de grésil. Un homme le transporte inerte, c'est le début d'une amitié développée dans le film comme rarement on en voit. Le contexte de vie et de mort accentue la relation. Mais, on n'est pas si isolé qu'on le voudrait, des chasseurs en hélicoptère survole l'endroit, ce qui stresse les deux protagonistes puisque la présence d'Aleksei doit restée secrète. Des visiteurs s'arrêtent à la cabane. Ce qui n'est pas rare d'après Raphaël Personnaz car des gens entrent dans des cabanes puis en repartent tout simplement. Dans le film, la présence d'Aleksei ne doit pas être sue donc la visite est moins agréable.

Une scène est particulièrement significative symboliquement. Après qu'Aleksei ait sauvé Teddy, celui-ci se retrouve seul dans sa cabane le soir et fait une partie d'échecs avec un jeu électronique. Il relève la tête et son reflet est double dans la vitre de la fenêtre.

Une autre scène est à la fois drôle et éloquente : Teddy se présente, chef de projet multimédia, Aleksei répond qu'il était chef d'équipe dans un moulin à scie.

Si la beauté du lieu nous rappelle l'importance de préserver ce qui reste de nature intacte, la beauté d'une réplique a elle aussi un impact; Teddy apprécie Aleksei qui a fuit la civilisation parce qu'il a tué un homme et il lui dit : « Tu as tué un homme mais tu en as sauvé un. Tu m'as sauvé la vie. »

Raphaël Personnaz a aussi mentionné que lorsque des séquences ont été montrées aux gens de là-bas, ils applaudissaient quand ils voyaient leur lac; le 31 décembre une projection de la version finale du film est prévue avec les gens du lac Baïkal.

À retenir, la superbe musique d'Ibrahim Maalouf et une autre des belles répliques du film : « J'avais besoin de savoir si j'ai une vie intérieure ».

D'ENCRE ET DE SANG : ANALYSE ET ENTREVUE

La force et la spécificité du film D'encre et de sang vient de cette imbrication solide d'une intrigue développée progressivement et du portrait minutieux des protagonistes dans une révélation mutuelle.

Nous connaissons les personnages comme nous découvrons la solution de l'énigme parce qu'ils se reflètent. À chaque avancée dans le mystère, un aspect de la personnalité et une étape de l'évolution d'un des protagonistes s'ajoutent à l'ensemble des divulgations.

L'amalgame au début du film représente tout ce qui constitue le sujet : les faits et les êtres sans qu'il soit possible déjà de les préciser. Images d'archives en noir et blanc, Haïti et Papa Doc, et mouvements des deux corps qui s'agitent dans une bataille captée en couleurs, tout est noué pour annoncer une charge émotive dans un mélange de passé et de présent.

Sébastien s'occupe de sa librairie de livres d'occasion, Romans Savon, et accueille sa fille Sasha qui va étudier au cégep. Il gonfle pour elle un matelas de sol et lui a acheté du tofu avant qu'elle lui annonce qu'elle n'est plus végétarienne. Le prénom Sébastien distingue cette première partie autour d'un père qui travaille, fonctionne, mais garde une déception constante accumulée avec la conservation de manuscrits et de lettres de refus.

Un auteur reconnu entre chercher un livre d'Homère. Sébastien déclare à Joseph Fontaine : « J'admire beaucoup votre travail ». Joseph indique des pistes de travail à Sébastien : « Il faudrait que le lecteur réalise ce que le personnage ne sait pas lui -même ».

La peine et la frustration s'amplifient quand Sasha exprime à son père ses rancœurs et que Madame Rivard, éditrice, vomit son mépris à l'égard de l'auteur rejeté. Alors, l'impasse s'ouvre. Joseph en sortant de la librairie est heurté mortellement par une auto et Sébastien détient le manuscrit de l'auteur.

Sébastien a acheté un nouveau matelas pour sa fille. En voix-off,  lisant le texte du livre Nous étions le chaos, la voix de Joseph est estompée par celle de Sébastien. Ce procédé exprime la substitution d'auteur. Un long travelling dans le corridor aboutit à Sasha.

Deuxième partie : Sasha. Elle s'éveille chez un amant d'une nuit, s'habille d'une robe rouge devant un rideau rouge. Cette couleur s'accorde avec l'impact de la mort de Joseph et le sang qui a couvert sa main. Elle consulte un psychologue pour explorer l'impact de ce décès.

Simultanément, elle découvre qu'un jeune homme regarde l'endroit dans la rue où Joseph est mort et en visionnant la vidéo de sécurité du 7 juin 2015 elle voit que son père a conservé le manuscrit de Joseph. Chacun a gardé ce qui le changera désormais. Par la vidéo, Sasha sait le stratagème de son père, par le livre, Sébastien saura influencer son destin.

Près du rayonnage de livres, gros plan superbe du visage de Sasha. Toute cette section du film magnifie sa beauté.

Sasha aborde le garçon pensif, ils deviennent amants. Sidney vient de perdre son père et Sasha lui remet l'épreuve du livre de Sébastien qui a proposé un ouvrage dont on prépare maintenant le tirage : Nous étions le chaos.

Troisième partie : Sidney. Lors de cette partie, Sidney à quelques reprises voit son père qui se tient debout. Référence aux croyances voudou? À la lecture du livre et en le comparant avec le journal laissé par Joseph à la date du 23 mai 1987, Sydney s'inflige des révélations qui assènent leurs conséquences. Que faisait son père en Haïti pendant la dictature?

L'expression du visage de Sidney est éloquente et chargée grâce au talent de Iannicko N'Doua. Il ne cessera de faire des découvertes : Sasha a vu son père mourir, dans le texte de Joseph, le passage : « Les chasseurs sont devenus les proies. J'ai du partir. Les remords sont venus plus tard » et, surtout, la vue du pendentif au cou d'un ami avant la signification du silence de sa mère.

Le parcours de chaque personnage a bifurqué; il est question de changements de vie.

D'encre et de sang a réuni plusieurs talents qui ont su s'affirmer dans la cohésion. Chacun s'est vraiment mis au service de l'œuvre. Trois scénaristes : Kelly-Anne Bonieux, Ariane Louis-Seize, Rémi Dufresne. Les acteurs : Martin Desgagné, Lysandre Ménard, Iannicko N'Doua et Fayolle Jean.

Et les trois réalisateurs : Alexis Fortier Gauthier pour la partie Sébastien, Maxim Rheault pour la partie Sasha et Francis Fortin pour la partie Sidney. Les réalisateurs et les scénaristes ont tous fréquentés l'INIS. La productrice Jeanne-Marie Poulain a insufflé au projet une influence bénéfique.

Je me suis entretenue avec les trois réalisateurs. Comme pour le film, leurs contributions respectives s'entremêlent pour articuler la rétrospective de leur œuvre : leur premier long métrage.

Le désir de faire un projet collectif s'est affirmé avant même l'histoire que développerait le scénario. L'octroi de la subvention dans le cadre du programme de long métrage à micro budget a été favorisé parce qu'il s'agissait d'un projet collectif, il réunissait plusieurs personnes de la relève. Il s'est agi d'un travail de groupe dès la genèse. Très tard est survenue la division des tâches. Même si les trois aimaient les trois histoires, des inclinaisons, des envies étaient là.

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Alexis : « Je venais d'être père d'un bébé donc le lien entre le père et la fille dans le film m'amenait à m'imaginer comme je serais avec ma fille si elle revenait après une absence. J'avais un angle plus personnel ».

Maxim : « Je devais faire apprécier Sasha dans son enquête. Son déchirement. Elle protège son père mais si elle dévoile la vérité à Sidney, elle va le perdre. Son destin c'est de s'affranchir de son père qui la déçoit toujours. »

Francis : « Avec Sidney je voulais montrer Montréal en 2016. Un personnage noir mais montréalais. Qui n'a pas d'accent. Il est d'ici. Et cette cosmogonie, c'est Montréal aujourd'hui »

Le film, tous trois l'attestent, montre le travail d'une vie. À la fin du film, les choses sont plus claires. Il y a la perte, l'inéluctable, il y a l'irréparable mais c'est pour sauver sa peau.

Tous ont souligné le travail de leurs très bons collaborateurs. Leur monteuse Dominique Fortin a même déjà travaillé au montage d'un film de James Bond. La musique de Peter Venne est tout aussi délicate que dramatique, jolie et grave. Et je peux assurer que leur attaché de presse, Philippe Belzile, est dévoué car il a accepté de nous photographier près de l'affiche du film en noir et rouge, comme l'encre et le sang. Sur la photo, près de moi, dans le même ordre que leur participation aux parties du film : Alexis Fortier Gauthier, Maxim Rheault, Francis Fortin.

Ils ont tous les trois travaillé au film sans salaire. De plus, on dit que le cinéma est en crise. Je leur ai répété ce qu'un de mes professeurs de cinéma, Michel Larouche, nous avait enseigné : on dit toujours que le cinéma est en crise. Donc, ce n'est pas le gain monétaire ni le contexte favorable qui miroitent pour les attirer. Je leur ai demandé ce qui les maintient dans leur volonté de se consacrer au cinéma :

Alexis : « Je veux partager une vision du monde. Puisque j'ai commencé, je continue. Il y a un degré d'inconscience. Moi, j'ai 36 ans. Maxim en a 39. Les gens sont de plus en plus vieux quand ils font leur premier long métrage. On veut avoir une filmographie. Si on en a une de 4 films, c'est ça avec le système qu'on a. »

Maxim : « C'est un besoin. Une façon de m'exprimer. Un besoin des raconter des histoires, de toucher des gens. »

Francis : « Qu'est-ce qu'on ferait d'autre? Il me manquerait quelque chose. Quand on a la chance, on saute dessus. L'avenir n'est pas reluisant mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. »

Toute l'équipe a collaboré et abouti un beau projet. Dans le film, par ces faits qui les unissent et les séparent, les personnages ont traversé les défis de leur cheminement émotif et psychologique. Quant aux participants à ce film, ils ressortent  avec un résultat minutieux et significatif qui leur fournit l'occasion d'être fiers.

D'encre et de sang fait incontestablement partie de ces films dont on dit qu'ils sont essentiels.

EN PRÉPARATION

Chien de garde de Sophie Dupuis

À Montréal, en 2013, Étienne Hansez a co-fondé une maison de production de films : Bravo Charlie. Cette maison vient de produire Chien de garde le 1er long métrage de  Sophie Dupuis qui avait précédemment réalisé cinq courts métrages dont Félix et Malou, nommé au Gala du cinéma québécois en 2011 dans la catégorie du Meilleur court/moyen métrage de fiction et Faillir, présenté au Festival international du film de Toronto (TIFF) et au Festival du film francophone de Namur en 2012. 

Le film, dont le tournage devrait se terminer le 19 décembre 2016, est ainsi résumé : JP vit avec son frère Vincent, sa mère Joe et sa copine Mel dans un petit appartement de Verdun. Constamment sur la corde raide, JP tente de conserver un équilibre entre les nombreux besoins de sa famille, de qui il se sent responsable, son travail de collecteur qu'il fait avec son frère et ses fonctions dans le petit cartel de drogue de son oncle Danny qu'il considère comme un père. Tout se complique lorsque ce dernier lui demande de faire quelque chose qui dépasse largement ses limites.

La distribution réunit Jean-Simon Leduc, Théodore Pellerin, Maude Guérin, Paul Ahmarani et la chanteuse Marjo. Celle-ci avait déjà été entendue dans le film La femme de l'hôtel de Léa Pool, en 1985 quand elle chantait Touch me. Alors, elle disait avoir été  stupéfaite en voyant Marthe Turgeon faisant du lip sinc sur sa voix. Avec Yves Laferrière , elle avait reçu le Prix Génie de la meilleure chanson originale.

Le long métrage sera distribué par Axia Films.

 

 

 

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE :

  • Le jardin oublié : la vie et l'œuvre d'Alice Guy-Blaché Marquise Lepage 1985
  • India song Marguerite Duras 1975
  • Lucie Poirier Alex Courchesne 2016
  • La route d'Istambul Rachid Bouchareb 2016
  • La danseuse  Stéphanie Di Giusto 2016
  • Les palmes de Monsieur Schutz  Claude Pinoteau 1997
  • Pandemonium  Julien Temple 2000
  • Hippocrate Thomas Lilti 2012
  • Médecin de campagne Thomas Lilti 2016
  • Dans les forêts de Sibérie Safi  Nebbou 2016 
  • Chien de garde Sophie Dupuis
  • La femme de l'hôtel Léa Pool 1985