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Chronique cinéma
décembre 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Spécial Cinémania. Leçon d'humanité, beauté des dialogues, scènes à contempler; histoire d'amour, d'horreur, études psychologiques, grâce à ce Festival de films francophones, nous renouons avec le cinéma de qualité, un écrin où brillent les films français et belges.

3 cœurs

Commençons ce spécial sur la 20e édition de Cinémania qui se tenait à Montréal du 6 au 16 novembre 2014 par le film: 3 cœurs, le 21e film de Benoît Jacquot. À Lyon, Marc Beaulieu (Benoît Poelvoorde) rate son train, a perdu son cell, prend une eau minérale dans un café qui ferme pour la nuit. Surgit une belle solitaire aux yeux extraordinaires (Charlotte Gainsbourg). « J'ai le sentiment qu'il nous est arrivé la même chose » lui dit-il.

D'une histoire connue, un homme et deux femmes, Benoît Jacquot a fait un chef d'œuvre qui montre l'implication amoureuse. Cette relation débute avec cette nuit du train raté pendant laquelle ils marchent et parlent. L'apprivoisement par les mots : « J'aime bien les femmes. Quand je rencontre une femme je me dis : Je vais entrer dans son intimité et ça me bouleverse. »

Au matin, il prend son train en lui donnant rendez-vous à Paris le vendredi à 18 heures. Elle lui laisse son briquet. Il lui demande son nom, elle répond : « Je serai là ». Alors, cette femme, Sylvie, quitte aussitôt Christophe, prépare sa valise, annonce à sa mère (Catherine Deneuve)  et  à sa sœur Sophie (Ciara Mastroiani) qu'elle va à Paris.

Marc, contrôleur fiscal, le vendredi après-midi, constate qu'approche l'heure du rendez -vous, prend son auto et fait un infarctus. Sylvie attend jusqu'à 19 heures  5 minutes et s'en va. Elle rejoint Christophe; en pleurant, elle lui demande : « Aide-moi, s'il-te-plait, aide-moi ». Ensemble, ils partent à Mineapolis.

Sophie continue seule à s'occuper de leur boutique d'antiquaires jusqu'au jour où elle subit un redressent fiscal. En larmes dans un couloir , elle émeut Marc qui lui propose de l'aider dans sa comptabilité. Il a 47 ans et ressent comme un étau quand le soir tombe, d'ailleurs, il a déjà fait un infarctus. Elle lui confie : « C'est insupportable d'être suspectée. Et puis il faut se justifier ». Il la rassure. Elle ajoute : « J'ai du mal depuis que ma sœur est partie. J'y arrive plus sans elle. J'ai l'impression que tout peut m'arriver. J'imagine toujours le pire. Sophie en grec ça veut dire pire ».

Pour le commerce Bergé sœurs antiquité les choses vont s'arranger. Et pour Sophie, la vie va changer : elle quitte aussitôt son compagnon. Marc a obtenu son transfert à Lyon. Sophie par Skype converse avec sa sœur Sylvie aux États-Unis quand Marc entend sa voix. Lorsqu'un acteur est bon, même de dos, il excelle; Benoît Poelvoorde le prouve.

Pour la première fois depuis le début du film intervient la voix d'un narrateur qui nous apprend que Marc est heureux et que les week-ends le couple emménage leur appartement. Avec elle il trouve un apaisement qu'il n'avait jamais connu. Leur mariage est organisé, Sylvie va venir en France pour la cérémonie.

Une nuit, il prend le briquet, ouvre l'ordinateur de Sophie et laisse Sylvie le voir par Skype. Le jour du mariage, quand le maire lui demande son acquiescement, il regarde la porte, hésite, accepte.

Le soir de son mariage, il est ivre. Sylvie arrive. C'est la première fois qu'ils se revoient quand Sophie les présente l'un à l'autre. Pendant tout le film, Benoît Poelvoorde joue en biais, il dissimule, retient, au point d'effrayer tant sa charge larvée est énorme. Au contraire de Charlotte Gainsbourg qui silencieusement exprime tout, de face, avec son regard. Sans donner l'impression d'être une bonasse, Ciara Mastroiani incarne la femme douce, naïve, avec justesse, naturel, s

Les années passent. Hector, le fils de Marc et Sophie, naît, grandit. Il existe donc un secret, un amour secret, et le comportement de Marc envers le maire qui officiait son mariage révèle l'amertume retenue. Marc impose un contrôle fiscal au maire en lui disant : « Vous gagnez de plus en plus et vous payez de moins en moins d'impôts ». Le maire l'insulte et lui rappelle son attitude le jour de son mariage, à regarder la porte, à s'enivrer. « Qui ne triche pas Monsieur Beaulieu? »s'écrie le politicien vénal (pléonasme) en s'absolvant lui-même.

Le narrateur intervient à nouveau, insistant sur le secret.  Et le film s'achève avec un dénouement dramatique.

Il faut le génie de Benoît Jacquot pour nous inviter dans ce triangle amoureux en nous émouvant jusqu'aux larmes, en nous immisçant dans une intimité qui nous chavire, en nous infligeant une fatalité qui nous abat par son éblouissement. Un vrai film français avec les tortures de l'Amour qui foudroie trois cœurs. Le romantisme contrarié à son meilleur. Les affres du sentiment dans la souffrance la plus jouissive. J'aime donc je souffre. Les poètes l'expriment depuis des siècles. Et quand il est aussi bien scénarisé, interprété et réalisé, que dans 3 Cœurs de Benoît Jacquot, l'Amour absolu et impossible fascine encore.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • 3 cœurs Benoît Jacquot 2014
  • Lambert Wilson Classe de maître
  • Party Girl Marie Amachoukeli, Claire urger et Samuel Theis 2013
  • Hippocrate Thomas Lilti 2014
  • La Belle Vie Jean Denizot 2014
  • Respire Mélanie Laurent 2014
  • Diplomatie Volker Schlöndorff, 2014

Lambert Wilson

Avec sa classe de maître, l'invité d'honneur de Cinémania Lambert Wilson nous a donné une leçon d'humanité.

Les fées se sont penchées sur son berceau. Il a la beauté, la grâce, l'élégance, le charme et un exceptionnel talent. L'authenticité de sa conviction irradie dans chacune de ses interprétations. Il évolue avec une classe monarchique tout en portant ses jeans, ses baskets et sa chemise jean alors qu'il répond avec acuité aux questions lors de cette rencontre du 8 novembre 2014.

Il garde son rêve de toujours : voir son visage démultiplié au cinéma. Son père George Wilson était un comédien qui a aussi réalisé un film pour lequel il a exigé que son fils passe une audition. Lambert Wilson a considéré que le seul moyen d'exister, de se faire aimer de son père « c'était l'écraser au cinéma ».

Dès son adolescence, pour lui le cinéma c'était « la vie sublimée ». Il était inspiré par Robert Redford qui dans les années 70 représentait l'engagement politique et le héros romantique. Mais son père lui demandait : « Est-ce que tu as de la souffrance à apporter à ce métier? » Il avait certes de l'intensité, qui ne s'est pas estompée, et de l'idéal puisque, dans la confusion de l'enseignement qui suivait mai 68, il a choisi de suivre une formation en Angleterre.

Alors que son père le fait auditionner pour un rôle, Fred Zinneman l'a engagé sans audition pour le film Julia avec Jane Fonda et pour Cinq jours ce printemps-là avec Sean Connery. Il avait rencontré Zinneman habillé en guide de montagne et le réalisateur l'avait engagé parce qu'il avait la pureté du personnage.

Même si « Tout me faisait peur au cinéma, pensait-il alors, il maintenait sa résolution : «  ma volonté compensera mon manque de talent »  Je n'ai jamais remis en question cette envie à 13 ans d'être comédien »peut-il assurer encore bien que cette voie, empruntée jeune, l'ait amené à délaisser des choses personnelles qu'il voudrait incorporer aujourd'hui, dont la peinture.

Dans le slalom permanent que représente sa carrière oscillant entre la langue française et la langue anglaise, il reconnait que la notoriété peut être vécue comme un problème. Il déplore que souvent on ne demande aux acteurs que de refaire ce qu'ils ont déjà bien fait. Ce sont les acteurs qui rapportent le plus d'argent qui reçoivent d'abord les scénarios; il y a une pression, il ne doit pas sortir de cette liste de noms d'acteurs qui font des films qui rapportent.

Mais, la notoriété permet aussi d'aider des entreprises humanitaires, avec sa célébrité il peut aider les associations qui ont besoin de parrainage. Ainsi, il a réalisé son premier documentaire en Haïti pour la série Faites Tourner; ce film de 26 minutes a été fait pour la chaîne de télévision française Canal Plus.

Lambert Wilson aime qu'un rôle le mette en danger, lui permette de la nouveauté. Il veut qu'un film puisse ouvrir les yeux sur la misère, sur la vie des autres, qu'il développe «des vrais sujets sur l'humanité dans ce qu'elle vit au présent ».

Party Girl

« Épouse-moi s'il-te-plait. Je t'aime ».

Angélique, sémillante, originale, qui a dansé nue à Las Vegas, est aimée de Michel Henrich. Ils se sont connus au Cabaret Ève à la frontière franco -allemande. Angélique entraîne les hommes à boire, à payer des bouteilles de champagne. Elle boit, fume, danse, flirte, vit intensément la nuit. Jusqu'à la demande en mariage de Michel à laquelle elle répond oui. Elle quitte donc sa petite chambre au-dessus du Cabaret et vit avec lui.

Cette trame scénaristique est une fiction greffée à la personnalité d'Angélique . En effet, tous les personnages de Party Girl réalisé par Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis,  sont des acteurs non-professionnels qui ont participé à un scénario basé sur Angélique, sa personnalité, sa famille, son mode de vie, son passé.

Donc, Samuel Theis s'est inspiré de sa mère. Il m'a dit : «Angélique m'a marqué, pas seulement en tant que mère, elle m'a marqué pour développer un personnage. Je voulais créer à partir d'elle. Sans penser qu'elle jouerait le personnage. Et quand je lui ai proposé le rôle, elle a accepté tout de suite. On peut faire ça qu'une fois. On est parti de mon idée de faire un portrait d'elle avec sa vie privée, ses propres enfants. Elle a 64 ans. Elle croyait sa vie finie et là, elle rayonne. »

C'est vraiment une histoire de famille. Angélique Litzenburger a eu 4 enfants : Mario et Samuel Theis ainsi que Séverine et Cynthia Litzenburger. Rappelons que Samuel m'a bien précisé qu'autour de faits biographiques, le film est de la fiction : « On s'inspire de gens qui existent, on ne peut trahir leur nature. On voulait filmer des gens, des visages, qu'on n'a pas l'habitude de voir au cinéma français.  »

Relativement à sa relation avec les deux co-scénaristes et co-réalisatrices, Samuel Theis a précisé : « Il n'y a pas de cassure de ton même si on était trois parce qu'il y a une chose qui est plus forte que trois égos, c'est le film. Quand on n'était pas d'accord, le film trouvait son évidence. On ne se sécurise pas. Les acteurs improvisaient. On a un scénario construit mais on cherche à créer le chaos. La justesse du jeu tient aussi au montage. On tenait à la rigueur du film. On avait envie de rester cohérent. Un auteur c'est une autorité; on peut être plusieurs autorités à faire grandir un film ».

Donc, aux quatre enfants d'Angélique s'est joint l'acteur non-professionnel Joseph Bour dans le rôle de Michel. Ému et émouvant, il impressionne; il transmet toute la charge tragique du fil.  On a l'impression d'une caméra-vérité alors qu'il acte. Angélique, elle, incarne son personnage tiraillé par des oppositions avec une fascinante capacité de paradoxes.

Tout dans ce film est touchant, crédible, pur, beau et fantasque à la fois. On nous transmet l'intimité sans exhibition; ce film est comparable à la marche d'un équilibriste sur un fil.

Mais, eh oui je vous préviens car le choc fait mal, la fin est triste. J'ai demandé pourquoi à Samuel. Il m'a répondu : « Il faut un conflit pour susciter l'intérêt. Même dans les contes de fées il y a toujours un conflit. Il le faut pour toucher les gens. »

Angélique, avec laquelle vous pouvez me voir sur la photo entre Samuel et elle, m'a déclaré : « Ce film a été fait avec amour et avec force. Et c'est un film qui porte beaucoup de force et d'amour. S'amuser, des femmes qui sont seules peuvent aussi le faire ». Samuel a ajouté : « Si elle n'avait pas eu cette personnalité hors cadre, hors tout, on n'aurait pas eu l'idée de faire le film ».

À la fin du film, Angélique danse pendant que Chinawoman chante : « I used to be so fragile but now I'm so wild ». Quand j'ai parlé avec elle , nous nous sommes fait la bise; je suis repartie avec le parfum et le goût de son maquillage sur mes lèvres et l'influence du film dans mon cœur.

Hippocrate

Thomas Lilti était à Montréal pour présenter son film Hippocrate. Il a fait simultanément des études en médecine et en cinéma. Il a choisi de montrer en gros plan une main qui agrippe et une main qui réconforte, un patient qui pleure, lorsque Benjamin, le nouvel interne pour 18 mois à Widal 2 où l'équipe regarde Dr House.

Benjamin connaît Abdel, un collègue dont la vocation contraste avec la désinvolture d'autres membres du personnel soignant. Benjamin est inquiet parce que M. Lemoyne, qui se débattait comme un tsunami à son arrivée à l'hôpital, est décédé alors que la machine ECG était en panne et que la superviseure lui a dit de mentir.

Les médecins mentent à répétition. Une patiente, Madame Richard, agonise et tout ce qui peut être fait se résume à la soulager; elle monopolise un lit. On lui enlève sa morphine et elle souffre.

Dans ces histoires d'horreurs, de mensonges, de meurtres, d'acharnements, de partys, de fêtes, de sexe obsessif, de laisser-aller compulsif, Benjamin, 23 ans constate : « Tout le monde se désinvestit, se disculpe, se déresponsabilise. C'est pas un métier, c'est une espèce de malédiction ». Quant à Abdel, il admet : « les arrivistes vont y arriver, c'est fini pour moi ».

En France, François Hollande a demandé à voir le film qui se termine incroyablement bien. J'ai demandé au réalisateur Thomas Lilti pourquoi il concluait avec autant d'optimiste, il m'a répondu : « J'aime quand ça se termine bien. J'aime mes personnages. Je veux qu'ils aillent vers la lumière. Je fais le constat de beaucoup de dysfonctions. Je veux aussi montrer que la mise en œuvre du collectif peut faire en sorte que les choses s'améliorent. J'ai choisi ce message du changement possible, que l'espoir vit encore ».

La Belle Vie

Jean Denizot a réalisé le magnifique film La Belle Vie qui se révèle une minutieuse étude psychologique de l'adolescence au masculin. Le scénario s'est appuyé sur l'exil consenti de deux fils avec leur père qui ont vécu dans la clandestinité pendant 11 ans en France alors qu'ils étaient recherchés.

Les scènes dès le début nous convainquent de la beauté de la vie en accord avec la nature. La famille vit avec des ruches, des chevaux, des poules. Yves le père enseigne à Pierre, son aîné, et à Sylvain, son cadet, que : « Les besoins, on se les crée toujours. Ni exploiteur, ni exploité. La  nature a mis des millions d'années à créer son équilibre et nous on bousille tout ».

Les deux garçons se baignent sous un chute, se promènent dans la montagne et assistent la nuit au spectacle d'un guitariste. Pierre est prêt à vivre sans son père. Sylvain continue avec Yves en trouvant refuge chez Éliana. Elle exprime une conviction rare : « Ma vie, c'est pas mon travail; c'est les autres que j'aime, que j'aide ».

Sylvain rencontre Gilda, une adolescente qui lui fait découvrir l'amour et contribue à la prochaine étape de sa vie : quitter son père avec le bagage qu'il a reçu de lui : des valeurs personnelles solides et exceptionnelles.

Une scène symbolise ce qui a particularisé cet homme et sa transmission à ses fils : Sylvain dans la Moselle nageant à contre-courant.

J'insiste La Belle Vie est un film à voir parce qu'il transmet effectivement la beauté telle qu'elle s'offre dans les paysages, la musique, les animaux, le jeune couple d'acteurs, et, surtout, la beauté telle qu'elle peut s'établir entre des êtres capables de prendre soin de ce qui vit.

Respire

Avec Respire, Mélanie Laurent a réalisé une délicate étude psychologique de l'adolescence au féminin. Elle avait lu à 17 ans le roman Respire écrit par Anne-Sophie Brasme alors qu'elle avait 17 ans et le personnage principal Charlène, dite Charlie, est une adolescente.

La jeune fille est fascinée par une nouvelle élève à l'école, Sarah, délurée, désinvolte, imprévisible, redoutable. Une rafale de séquences signifie l'amitié grandissante des deux filles jusqu'à un revirement de Sarah. Charlie découvre que son amie lui ment, trahit sa confiance, répète ses confidences, la harcèle de plus en plus. La manipulation de Sarah est grave et destructrice.

Une scène cristallise la dynamique entre la victime et la prédatrice : dans la classe, les élèves regardent un documentaire sur les plantes parasitaires. De plus, le portrait de la mère de Charlie atteste de la répétition d'un modèle comportementale; en effet, la mère est dépendante affective, elle accepte le mépris de son conjoint.

Respire nous apprend la progression du mal qu'on nomme intimidation, harcèlement, bullying. Et met en évidence la peine d'amour, l'impossibilité relationnelle, sous-jacentes à ce problème.

Diplomatie

4 heures du matin, le 25 août 1944, le général Dietrich von Choltitz (Niels Arestrup) a été informé de la volonté du Führer : détruire Paris. Dans l'Hotel Meurice, le consul suédois Raoul Nordling (André Dussollier) tente de le dissuader d'aboutir le projet.

Ouvrant la 7e de Beethoven, Diplomatie a été réalisé avec maestro par Volker Schlöndorff d'après la pièce de Cyril Gély. Les acteurs qui l'avaient interprétée au théâtre se sont donc retrouvés pour le film.

Les Allemands s'affolent « Le bon temps est fini ». Jacques Lanvin, soumis aux Allemands, leur a indiqué où miner les 33 ponts de façon à reproduite la crue de 1910 avec 3à 4 mètres d'eau, Notre-Dame, le Louvre, l'Opéra, 4 torpilles de sous-marin sous chaque pilier de la Tour Eiffel. Rien ne résistera.

« La splendeur de Paris est intolérable pour Hitler ». Panne de courant. Scène symbolique : quand la lumière revient le consul est là. Il s'est introduit auprès du général grâce à un passage secret qu'utilisait Napoléon III pour rejoindre sa belle maîtresse Miss Howard. Dans l'étonnement du général, le consul précise : « Je suis chez-moi. C'est vous qui n'y êtes pas »

Le général a libéré les prisonniers politiques (dans les faits, il a aussi libéré les femmes). Il doit obéir aux ordres. Commence alors une entreprise de conviction, de défense, d'argumentation et d'aveux.

« Paris est le territoire le plus docile. Les parisiens sont des lâches, ils se sont terrés chez -eux pendant 4 ans. 3 millions de civils c'est rien » dit le général. « Si je peux contribuer à apaiser les choses » rétorque le consul.

« Je suis là pour ça. Toutes les choses qu'on voit de votre balcon. Une ville irremplaçable. Il y a bien une limite au-delà de laquelle l'obéissance cesse d'être un devoir » insiste le consul.

Mais, on comprend l'enjeu du général. Lors de sa nomination, pour le contrôler, Hitler a fait une loi : la famille répond des actes d'un officier « Si je capitule je les condamne à mort (mes enfants) ».

Et le consul en rajoute : « Les généraux ont souvent le pouvoir de détruire rarement celui d'édifier. Cela ne vaut-il pas toute la gloire d'un conquérant? »

À la force des poings, des bombes, s'oppose soudain, le langage, l'argumentation, l'intelligence, le dialogue, la transmission de la vérité, l'admission des sentiments, des faits.

Rarement, voit-on déploiement de langage et d'incitation à la réflexion ainsi que dans ce film. Encore aujourd'hui, quels arguments, quels sentiments, pourraient influer sur la décision de renoncer à détruire?

Cinémania pour sa 20e édition nous a comblés de films qui laissent de beaux souvenirs et de sérieuses pistes de réflexions sur des thèmes toujours d'actualité.