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Chronique cinéma
ÉTÉ 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Le cinéma cet été nous convie en salles et à l'extérieur. Maléfique et Ida nous présentent des portraits de femmes exceptionnelles. De rares films font honneur à notre cinématographie dont Ressac et Maina. Et Station Vu nous invite dans sa charmante salle du quartier Mercier.

EN ANALYSE

Maléfique

Angélina Jolie a produit le film Maléfique réalisé par Robert Stromberg et scénarisé par Linda Woolverton, John Lee Hancock et Paul Dini. Cette actrice et Ambassadrice de bonne volonté pour le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a donné naissance à trois enfants et en a adopté trois autres de différentes nationalités rappelant la famille arc -en-ciel de la chanteuse Joséphine Baker. Trois de ses enfants participent au film : Vivienne, Pax et Zahara. Pas étonnant que la belle ait financé et joué dans Maléfique puisque le film valorise l'amour familial à travers l'adoption.

Le parcours affectif de Maléfique déboulonne l'hyper -idéalisation de l'amour avec le Prince pour introduire l'importance de l'évolution d'une femme blessée vers l'actualisation de sa capacité de bonté.

Le scénario propose une nouvelle version du conte de Charles Perrault La Belle au Bois Dormant. Revisitant donc la célèbre histoire, le film débute par une narration qui contextualise le personnage : Maléfique, fée cornue et ailée, soigne les arbres dans un monde enchanté appelé La Lande. Près de la mare aux joyaux, elle rencontre un humain, Stéphane, orphelin comme elle.

D'abord, il lui prouve son amitié en jetant sa bague en fer car le fer brûle les fées. Leur relation se transforme et le jour de ses 16 ans, Maléfique lui donne le baiser d'un amour sincère. Elle est la grande protectrice de La Lande où tous les êtres redoutent la guerre avec les humains. Stéphane est ambitieux. Henri, le roi des humains attaque La Lande, Maléfique défend son peuple et son territoire. Le roi Henri promet sa couronne à celui qui tuera Maléfique. Stéphane drogue la fée et couple ses ailes; il a trahit l'amour de Maléfique. Il obtient la couronne et la fille du roi.

Maléfique rencontre alors Diaval, un être fantastique qu'elle transforme de diverses façons (corbeau, dragon..) pour qu'il vole à sa place. De plus, il espionne pour elle et l'informe de la naissance de la Princesse Aurore la fille de Stéphane et de la reine. Maléfique inflige une malédiction à l'enfant : elle sera délivrée par le baiser d'un amour sincère après avoir dormi.

L'histoire prend alors un tournant qui change tout. Il reste un fond de bonté chez Maléfique qui sauve Aurore plusieurs fois et veut révoquer sa malédiction ce qui est impossible. Aurore s'endort après s'être piquée le doigt au fuseau d'un rouet. Aurore est embrassée par le Prince Philippe, en vain. Maléfique s'approche d'elle, lui parle de son regret de lui avoir infligé un sort. Elle embrasse le front d'Aurore qui se réveille. Diaval constate : « un amour sincère ».

L'histoire regorge de péripéties complexes dues à des puissances extrêmes : la bonté et le mal « Le mal existe en ce monde et je ne pourrai pas t'en protéger ».

Les scènes de combats alternent avec les moments de tendresse. Les liens sont mouvants changeants ce qui confère une connotation réaliste : les gens peuvent changer; ou pas. Batailles, amour, maternité, se succèdent.

Puisqu'il s'agit de numérisation, d'images de synthèse, on perd en clarté ainsi que je le mentionnais à propos de Pirate des Caraïbes voir ma chronique cinéma de Les scènes se déroulent dans des lieux sombres, nocturnes. Les paysages à perte de vue gardent l'impression claustrale d'un enfermement en studio. Le tournage échelonné sur cinq mois s'est déroulé dans six studios britaniques.

Heureusement, à travers ses scènes d'action, Angelina Jolie acte quelques scènes d'émotion surtout lorsqu'elle exprime la douleur à travers la peine et la colère quand elle découvre qu'elle n'a plus d'ailes.

Jolie porte des cornes, des prothèses et un maquillage qui nécessitaient 4 heures de préparation avant le tournage. Pour les différents personnages, 2 000 costumes ont été confectionnés.

Il est salutaire que le cinéma modifie les clichés misogynes et passéistes. Il faut une femme d'exception telle qu'Angelina Jolie pour insuffler l'importance des liens d'Amour . Car ce n'est pas tant la beauté de son apparence qui la rendent admirable mais celles de ses idéaux et de ses accomplissements. De quoi rêver d'un conte dans lequel elle serait la première femme à la présidence des États-Unis.

D'ailleurs, c'est l'intérêt de Jolie pour une femme puissante mais méconnue qui a maintenu le projet du film Cleopatra : true life. En effet, ce personnage historique a été décrit par ses adversaires et les versions nous la présentant ne sont pas à la hauteur de la femme qu'elle était : médecin, polyglotte (5 langues) fondatrice d'une bibliothèque; c'est en brûlant sa bibliothèque que ses ennemis ont signifié leur mépris pour l'intelligence de cette femme. Il semblerait qu'à travers ce rôle, Angelina Jolie veuille faire éclater le stéréotype de sex-symbol arriviste au privilège de l'aspect maternel et intellectuel. Le film se baserait sur la biographie de Stacy Schiff et est attendu depuis longtemps.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE:

  • Maléfique Robert Stromberg 2014
  • Ida Pawel Pawlikoswki 2013
  • Borgman Alex van Warmerdam 2013
  • The Congress Ari Folman.2013
  • Grand Central Rebecca Zlotowski 2013
  • Nicostratos le pélican Olivier Horlait 2010
  • Ressac Pascale Ferland 2013
  • Maina Michel Poulette 2013
  • Mesmer Roger Spottiswoode 1994
  • Leaves and thorns Ilayum Mullum K.P. Sasi 1994
  • Ben X Nick Balthazar 2007
  • Toyland Spielzeugland Jochen Alexander Freydank 2007
  • Googbye Babylon Amer Alwan 2010
  • Charley Dee Austin Robertson 2010

 

Ida

Des phrases, des bribes même, indiquent deux destins contrariés : « Une none juive !» « J'avais un frère plus âgé? Non tu étais fille unique » « Depuis quand buvez-vous? L'âge de 12 ans ».

Le noir et blanc du film Ida de Pawel Pawlikoswki accentue l'austérité des décors minimalistes ou marqués par la pauvreté, la misère de la Pologne en 1960. Anna s'apprête à prononcer ses vœux 4 autres novices. Mais, auparavant, la mère supérieure l'enjoint de rencontrer sa tante Wanda, sœur de sa mère Roza, qu'elle n'a jamais connues.

Première phrase choc, Wanda la voyant avec ses vêtements de religieuse ui assène : « Une none juive ! » Wanda raconte à Anna que sa sœur Roza et son mari ont été tués pendant la 2e guerre, ils étaient juifs et Anna s'appelait Ida. Bébé, elle a été confiée aux religieuses d'un couvent. Wanda décide de retourner au village des parents d'Anna pour découvrir où ses parents ont été secrètement enterrés.

Pourquoi Wanda n'avait-elle pas fait cette démarche plus tôt puisque la tombe renferme aussi son fils, ce petit garçon qu'Anna-Ida croyait être son grand frère? Savait-elle que la douleur serait trop forte et qu'elle ne pourrait plus continuer ensuite? Voulait-elle qu'une autre prenne en même temps qu'elle les ossements au milieu de la forêt après avoir marché dans le grand champ guidé par l'exécuteur?

Car la démarche exige des forces énormes : Wanda tient le crâne de son fils, Ida ceux de ses parents et elles se rendent clandestinement les enterrer dans un cimetière.

La petite Anna vit des situations extrêmes car s'ajoute, dans ces quelques jours de sortie, la relation avec son premier amant. Wanda lui avait reproché que si elle n'avait pas de pensées coupables, ses vœux ne seraient pas un sacrifice. Ses vœux sont un choix. Conscient. Aussi avec lucidité, détermination, assurance, elle avance finalement sur un chemin où autos et mot la croisent. Elle marche seule dans la direction opposée à celle des autres, dans ce contraste entre la modernité des véhicules et sa force individuelle qui la mène.

Grâce à EyeSteeleFilm en cet été 2014, deux autres productions étrangères seront accessibles au Québec : le 4 juillet Borgman d'Alex van Warmerdam et le 29 août The Congress d'Ari Folman.

EN ENTREVUE

Au Québec, dans un quartier de Montréal, Mercier, une charmante salle vient d'ouvrir : Station Vu. L'endroit rappelle les ciné-clubs. L'écran , du plafond au plancher, et les 40 places permettent des séances conviviales. La programmation est concentrée sur le cinéma de répertoire.

J'ai rencontré Stéphane Hardy l'initiateur de Station Vu.

Lucie Poirier : Comment décrivez-vous la salle de Station Vu?

Stéphane Hardy : Un cinéma comme chez-vous. Les gens ne se sentent pas dans l'impersonnel. On est bien assis pourtant. Les gens se sentent comme chez-eux. Dans le quartier il n'y a rien. Alors on a des fidèles mais notre défi c'est allez chercher plus de public.

L.P. Comment avez-vous trouvé le nom Station Vu?

S.H. En écoutant Station-Service d'Alain Bashung. Je pensais Espace Go, Espace Vu Puis, c'est venu Station Vu. Cela rappelle l'expression Aller aux vues. Et le mot station ça suggère faire un arrêt. S'arrêter pour aller aux vues.

L.P. Cette salle est la première étape d'un projet ambitieux. De quoi rêvez-vous? Comment en êtes -vous venu à commencer la réalisation de ce projet?

S.H. J'habitais le quartier dans mon enfance. Il faut toujours aller loin pour le cinéma. J'en ai parlé avec ma blonde et le 1 septembre 2010, j'ai commencé. J'ai monté un plan d'affaires, établi des contacts. Un ami m'a suggéré d'appeler le maire, le député. Ils m'ont demandé de monter une équipe. Il y a eu beaucoup de rencontres de cuisine, c.a., corporation, puis, l'assemblée de formation et une étude de faisabilité. C'est un projet de 3 salles. On a eu nos premières projections au parc Bellerive à l'été 2012. Des projections à la maison de la culture Mercier et finalement l'ouverture de la salle en mars 2014. C'est une salle-test de 40 places.

L.P. Ça semble un combat de tous les jours. Comment pouvez-vous garder la ferveur?

S.H. Oui c'est un combat de tous les jours. Je suis fatigué mais j'ai une tête de cochon. Je suis déterminé. Mais, c'est usant être une locomotive. Hey j'ai laissé mon emploi mais j'espère qu'un jour ma fille va se promener dans le quartier et qu'elle dira c'est grâce à mon père que c'est devenu un coin attrayant. Monsieur Réal Ménard le maire a désigné Station Vu Coup de cœur 2014

Je voudrais que la rue Hochelaga change, qu'elle soit vivante. Les gens ne se promènent pas. Je veux que Station Vu soit un moteur de revitalisation. Il n'y a pas de boulangerie-croissanterie, pas de micro-brasserie. Je veux que tout se fasse à pied. Longue-Pointe a été une des premières paroisses d'Amérique du Nord au 17e siècle. Les Sulpiciens se sont établis en bas. Donc le quartier existe depuis longtemps, c'est peuplé depuis longtemps mais le pont-tunnel a changé les choses il y a 50 ans. Ça a tué le quartier Longue-Pointe. Avant Tétrautville était un quartier autonome. On est enclavé, au bord du fleuve, pas de vie. Pour revivre, je veux que Station Vu soit un élément culturel, que le quartier reprenne une place enviable.

Les projections ont lieu du vendredi au dimanche à Station Vu au 8075 rue Hochelaga. Cet été 3 projections sont prévues à 20h à l'extérieur, au Parc de la Promenade-Bellerive. Des comptoirs d'alimentation et des prestations de groupe de musique encadrent les projections. Le public pourra voir le 10 juillet 2014 Grand Central de Rebecca Zlotowski le 31 juillet Nicostratos le pélican d'Olivier Horlait et le 21 août un film dont le titre reste à préciser.

À Station Vu régulièrement des personnes ressources présentent un film avant la projection. Le 6 juin, en tant qu'analyste et chroniqueure, j'ai présenté le film Ressac de Pascale Ferland dont j'avais déjà fait l'analyse voir ma chronique d'octobre 2013. J'ai relevé les aspects appréciables du film.

Aussi documentariste, la jeune réalisatrice a abouti avec Ressac un film qui permet de croire en notre cinéma québécois. Elle circonscrit la réalité quotidiennement humaine des personnages. Elle montre des femmes en temps de guerre. La guerre des puissants, des hypocrites et des incompétentes contre le petit peuple, contre les gens de bonne volonté, contre les travailleuses, travailleurs et leurs familles. À Chandler en Gaspésie la fermeture de l'usine de pâtes et papiers Gaspésia a fermé progressivement de 1998 à1999 laissant une population dans la misère. Les hommes tentent d'aller travailler ailleurs, les femmes veulent continuer la vie dans un monde de morosité.

Après la projection de Ressac c'était la projection du film Maina présenté par le réalisateur Michel Poulette. Il a relaté que plus de 5 ans ont été nécessaires pour faire le film. Il a convoqué des anthropologues et des consultants pour les langues parlées dans le film. Le film nous fait voir des paysages impressionnants, découvrir des pratiques traditionnelles et constater le défi de la conciliation quand deux groupes ont se découvrent.

Maina met en scène les peuples Innu et Inuit avant l'arrivée des européens. C'est la première fois qu'on les voit à l'écran et qu'on les voit ensemble. Pour favoriser que leurs langues respectives soient entendues, Michel Poulette a fait une version avec des sous-titres; de plus ceux-ci sont courts afin de ne pas distraire de la contemplation des images magnifiques. Il déplore que les distributeurs aient exigé qu'il y ait une version du film avec doublage.

Enfin, nous pouvons avoir accès à la façon de vivre de ces cultures à travers des images somptueuses tournées sur les lieux. Maina et Michel Poulette accumulent les prix à travers le monde. Encore un film superbe qui nous permet de ressentir une fierté de notre cinéma québécois.

EN FESTIVALS

Les organisateurs de festivals s'inquiètent de leurs problèmes d'argent. Or, les événements culturels liés aux arts contribuent à la dynamique d'une société. Pour cet été, il sera encore possible de profiter de deux d'entre eux.

La 24e édition du Festival Présence autochtone va se dérouler à Montréal du 29 juillet au 5 août 2014 comme l'a annoncé André Dudemaine, président et directeur des activités culturelles de Terres en vues. Ce festival contribue à la connaissance de la culture des amérindiens et favorise l'essor créatif des artistes.

La 38e édition du Festival des Films du Monde à Montréal, Québec, Canada se déroulera du 21 août au 1er septembre 2014.

Le festival est dédié à la mémoire de Gabriel Garcia Marquez. Serge Losique, président du FFM, l'avait déjà rencontré : « Le FFM tient à saluer sa mémoire en hommage à son immense talent et à son engagement humaniste constant pour la défense des cultures de l'Amérique du Sud. Il est un des adeptes du réalisme magique qui a influencé non seulement ses collègues écrivains mais aussi nombre de cinéastes latino-américains et autres que nous avons accueillis ici ».

Cette année, une délégation chinoise et une délégation européenne seront présentes en plus des nombreux artisans qui accompagnent leurs films. Aussi, le jury délibèrera en incluant l'actrice et chanteuse Jane Zhang et l'actrice Ana Torrent.

Il importe de mentionner que le FFM s'adresse aux cinéphiles et aux cinéastes comme aux producteurs et distributeurs plus qu'aux amateurs de vedettes glamour. De plus, le FFM est le seul festival compétitif en Amérique du Nord reconnu par la Fédération internationale des associations de producteurs de films, FIAPF.

Alors que la continuation du FFM est remise en question, je peux attester que le festival permet de connaître le cinéma d'ailleurs et je me consacre beaucoup à écrire sur des films dont peu de journalistes prennent le temps de traiter.

Cette édition correspondra au 20e anniversaire de la 1e fois où j'ai couvert le FFM en tant que journaliste. Le festival rayonne dans une diversité de langues et de cultures. J'ai donc abordé ou approfondit ma connaissance de plusieurs cinématographies et je me suis entretenue avec des gens de tous les continents.

En 1994, j'avais écrit à propos d'Alan Rickman dans le film Mesmer et il avait eu le prix d'interprétation. J'avais fait une entrevue avec K.P. Sasi, réalisateur du film Leaves and thorns Ilayum Mullum un des premiers films à révéler la gravité du sexisme en Inde en montrant l'histoire vraie d'un harcèlement qui avait poussé des jeunes filles à aboutir un pacte de suicide. Pour la première fois, je faisais une entrevue en anglais bien que ce n'était pas la langue maternelle de Sasi (il parle le malayalam) ni la mienne; nous nous parlions en anglais parce que c'était la seule langue que nous avions en commun et en 1994 une telle situation n'était pas aussi banale qu'aujourd'hui.

Depuis 1994, le FFM m'a donné des occasions de m'émerveiller et d'exceller. En 2007, j'ai été la première journaliste à parler du film belge BenX et son réalisateur Nick Balthazar est reparti avec 3 prix après m'avoir dédicacé un tapuscrit du livre qu'il prévoyait publier. J'ai aussi été la seule à m'entretenir avec l'équipe de Toyland Spielzeugland de J.A Freydank puis la seule à écrire sur ce court métrage qui a obtenu ensuite un Oscar en 2009. J'étais la seule journaliste en 2010 à relater la présence simultanée pour une même séance de projection d'un cinéaste irakien Amer Alwan avec son documentaire Godbye Babylon et d'un réalisateur américain Dee Austin Robertson avec son court métrage Charley; ils ont réalisé l'idéal d'une entente.

J'ai vécu des moments intenses, de belles anecdotes, des rencontres sublimes et j'ai vu des films qui méritent d'être diffusés, qui nous réconcilient avec notre humanité et notre idéalisme.