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Chronique cinéma
février 2011

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Février, mois de l'amour, mois des RVCQ, mois du rouge de la St-Valentin. Le cinéma nous convie pourtant à la noirceur avec Le cygne noir, La sorcière noire et le deuil du film Une vie qui commence.

EN ANALYSE

Avec un style impeccable, Darren Aronofsky, réalisateur du film d'horreur Le cygne noir, amalgame danse classique, glamour glacé et esthétisme épidermique pour mêler les perceptions, les convictions et les décisions de Nina Sayers, une ballerine du New York City Ballet, magnifiquement interprétée par Natalie Portman. De plus, il réinvestit les procédés filmiques du genre et les stéréotypes séculaires relatifs aux artistes-interprètes et aux femmes.

Avec une fébrile, rapide et même tremblante caméra à l'épaule, il réinterprète la version de la vierge prisonnière de son corps que seule la mort peut libérer à travers le ballet Le lac des cygnes et par l'intermédiaire du roman d'Andrés Heinz qu'il a considérablement remanié.

Portant un aptonyme, le chorégraphe Benjamin Millepied a créé de beaux enchaînements qui permettent d'apprécier les efforts constants de Natalie Portman pour performer dans son rôle. Elle s'est astreinte à un entraînement intensif et varié pour retrouver son expérience en ballet classique et pour acquérir les capacités qui la rendent crédible en tant que ballerine; elle avait suivi des cours pendant son enfance et elle s'y est remise pendant les 10 mois précédant le tournage.

Nina Sayers va danser le double rôle principal du ballet de Tchaïkovski, Odette, une femme qui se transforme en cygne blanc le jour et Odile qui veut séduire le Prince amoureux d'Odette. Nous retrouvons donc la dualité contradictoire et insoluble de la vierge et de la putain représentées par Nina et par Lily, une autre danseuse, qui tente de lui ravir son rôle et l'intérêt qu'elle peut susciter chez Thomas Leroy, le chorégraphe dans le film. Thomas exige de Nina un investissement sexuel pour améliorer son interprétation. Nina est présentée comme une jeune néophyte que Lily se charge de pervertir en l'amenant danser dans un bar et se droguer la veille de la répétition générale. Nina vit avec sa mère et couche dans une chambre d'enfant. Les décors roses de Thérèse DePrez accentuent ce caractère enfantin. Les costumes noirs et les costumes blancs d'Amy Westcott insistent sur le contraste entre Nina et Lily. D'ailleurs, Nina porte fréquemment un manteau rose avec un faux-col de duvet blanc pour réaffirmer son assimilation au cygne blanc.

Nina confond de plus en plus les dérives de son imagination et les faits de la réalité tant elle est troublée par les exigences de son rôle, les attentes de Thomas, les exhortations de sa mère et les suggestions de Lily. Le réalisateur nous montre Nina s'adonnant à l'arrachage d'épiderme ainsi que le fait Hélène, personnage du film Dans ma peau (Marina de Van, 2002). Il reprend la sordidité choquante de l'accidentée fouillant la plaie de sa tête dans Wild at heart (David Lynch, 1990). Nina se perd dans de répétitives hallucinations comme Jack dans The Shinning (Stanley Kubrick, 1980). Elle déraisonne dans une atmosphère claustrale telle que vécue par Carol dans Heart of Midnight (Matthew Chapman, 1988) film dans lequel le scénariste et réalisateur avait excellé à représenter et expliquer les effets d'un traumatisme et les possibilités d'y survivre.

Darren Aronosfsky exprime que le talent auquel la ballerine se consacre l'amène à la folie et que l'apogée de son art ne peut s'atteindre qu'avec son suicide. Le perfectionnement technique et l'interprétation enthousiaste des prima ballerina de l'Histoire heureusement se sont déroulés autrement.

Dans un autre ordre de considérations, puisque c'est le mois de l'amour, une petite mention romantique : Natalie Portman vit une relation amoureuse avec le chorégraphe français Benjamin Millepied qu'elle a connu lors du tournage du film Le cygne noir et leur enfant naîtra dans quelques mois.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

Le cygne noir Darren Aronofsky, 2010
La sorcière noire-Season of the witch Dominic Sena, 2010
Une vie qui commence Michel Monty, 2011

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

Dans ma peau Marina de Van, 2002
Wild at heart David Lynch, 1990
The Shinning Stanley Kubrick, 1980
Heart of Midnight Matthew Chapman, 1988
Le nom de la rose Jean-Jacques Annaud, 1986
Chevalier Brian Helgeland, 2001
Un ange à la mer Frédéric Dumont, 2009
En terrains connus Stéphane Lafleur, 2011
Dimanche Patrick Doyon, 2010
Goodbye Babylon Amer Alwan, 2010
Charley Dee Austin Robertson, 2010
Le vagabond Avishai Sivan, 2010
Adèle H François Truffaut, 1975
Les Soeurs Brontë André Téchiné, 1979
Un ange à ma table Jane Campion, 1990
Tom & Viv, Brian Gilbert, 1994
Total eclipse Agnieszka Holland, 1995
Les enfants du siècle Diane Kurys, 1999
Before night fall Julian Schnabel, 2000
Pandaemonium Julien Temple, 2000
Iris Richard Eyre, 2002
Sylvia Christine Jeffs, 2003
Mon amour Bright Star Jane Campion, 2009

L'acteur Ron Perlman n'est pas le seul point commun entre La sorcière noire-Season of the witch (Dominic Sena, 2010) et Le nom de la rose (Jean-Jacques Annaud, 1986). D'emblée, images numérisées, ralentis, accélérés, plans de coupe avec les masques, les épées, les discours d'exhortations et le fast-forward avec la fête à la taverne confèrent un rythme débridé à ce road-movie médiéval qui, ainsi que Le nom de la rose, fera d'un grimoire l'enjeu déterminant de l'intrigue aboutissant, elle aussi, dans la bibliothèque d'un monastère.

Après la mort de 3 femmes accusées de sorcellerie en 1235, un prêtre est assailli et son livre de la Sagesse de Salomon brûle. De 1332 à 1344, Behmen (Nicolas Cage) et Felson (Ron Perlman) combattent avec les Croisés. Ils désertent après avoir constaté que des femmes et des enfants sont tués lorsque des villes sont envahies. Behmen déclare vouloir se battre «pour Dieu, pas pour ça». Ils sont alors recrutés pour livrer une jeune fille accusée de sorcellerie et d'avoir répandu la peste noire qui sévit depuis 3 ans et 1 saison causant la mort de 3 habitants sur 4.

Avec évidences, le scénario résulte de recherches historiques et religieuses relatées avec une certaine critique; Behmen, admet que les critères pour évaluer si une femme est une sorcière laisse peu de chance aux accusées; elles sont jetées à l'eau avec des pierres, celles qui survivent sont des sorcières donc elles sont exécutées, celles qui ne survivent pas ont prouvé la pureté de leur âme.

Sur son cheval blanc à longue crinière, Behmen traverse la forêt d'Armoise pour atteindre une abbaye. Lors du trajet, la recherche de la jeune fille qui s'est échappée dans une ville nocturne, le passage du pont suspendu et la traversée de la forêt sont l'occasion de scènes où le rythme contribue au suspense. Aussi, lors de son parcourt, Behmen réfléchit à ses actes car il reste tourmenté d'avoir enfoncé son épée dans le corps d'une mère lorsqu'il participait aux Croisades. Considérant qu'il a versé trop de sang, il conclut que «Jamais un dieu de bonté n'exigerait ça des Hommes».

Dans Le nom de la rose le jeune moine Adso de Melk s'intéresse à la jeune fille accusée de sorcellerie, dans le film de Sena, l'enfant de chœur Kay se rapproche de l'accusée qui lui sauve la vie. Au contraire du film d'Annaud, la jeune fille est nommée, Anna, et elle chevauche avec Kay à la fin. L'ambiance et l'adoubement de Kay rappellent le film Chevalier (Brian Helgeland, 2001) dans lequel un roturier William (interprété avec sensibilité par le regretté Heath Ledger) est fait chevalier par le Prince Édouard.

Le film ouvre et termine avec des combats conçus par le même directeur de cascades. Dans les combats du début, les hommes s'entretuent; à la fin, les humains affrontent des représentations du démon car la bataille finale se déroule pendant un exorcisme. Anna était possédée, les signes de sorcellerie étaient un subterfuge du démon pour forcer l'entrée de l'abbaye et détruire le dernier exemplaire du livre de la Sagesse de Salomon.

Co-production États-Unis-Hongrie-Autriche-Croatie, Season of the witch, en France, s'intitule Le dernier templier mettant davantage l'accent sur le personnage joué par Nicolas Cage. Avec ce film, Dominic Sena prouve sa maîtrise du rythme.

Les années 1960 reconstituées dans Une vie qui commence nous ramènent à l'époque où les médecins fumaient dans les hôpitaux, où les mots en anglais infestaient les expressions courantes (la bonne motion et non le bon mouvement), où la messe du dimanche représentait une obligation et les robes de nuit étaient en nylon.

Après la mise en situation (le décès subit du père modèle pour Étienne, le fils), le montage parallèle avec une alternance de plans de coupe met en évidence la différence des réactions de Louise, la mère , et d'Étienne : elle se sépare des vêtements du père pendant que le fils accumule les souvenirs tels que sa trousse de médecin.

Les deux moments charnières du film sont exprimés par les mêmes mises en scène, cadrages et angles de prise de vue. En plongée, Étienne dans une baignoire bleue (dans les années 60, le bleu est associé au masculin), plan fixe, le garçon se recroqueville sur le coté en position fœtale; sa dérive va commencer. En plongée, Étienne, immobile, est allongé sur la tombe de son père et la caméra fait un zoom out; l'enfant assume son processus de deuil. Dans un geste symbolique, il a placé une croix et des pierres pour façonner un monument sur la tombe et accepter la mort.

Le scénario se concentre sur Étienne qui porte sans cesse l'habit que son père lui a acheté avant son décès, consomme les médicaments que son père cachait, fume ses cigarettes et cause un accident dangereux pour un autre enfant en conduisant l'auto de son père. Louise, mère de trois jeunes enfants, n'a plus droit à l'assurance-vie car son mari est mort de sa dépendance aux narcotiques, elle ne peut plus assumer l'hypothèque de la maison, ni même payer pour une pierre tombale «Ça coûte cher mourir» apprend-elle. Elle se ressaisit et affronte la réalité en s'y adaptant. Le conflit avec son fils, qui refuse la réalité, ne cesse d'augmenter. Julie Le Breton interprète Louise de façon prenante, particulièrement lors du décès de son mari et lorsqu'elle décolle les photos de lui sur le mur en exprimant l'amour qu'elle ressent toujours pour lui.

Le fait que la grand-mère a elle-même un problème d'alcool suggère un facteur héréditaire dans la dépendance du médecin qui avait même été surpris à voler la pharmacie de l'hôpital. La trame sonore est soignée : quand une scène se déroule dans la chambre d'Étienne, on entend sa sœur intimer à son petit frère : «Martin sort de ma chambre».

Ce thème de l'influence du père en lien avec la mort a été inspiré au réalisateur Michel Monty par un souvenir, à 3 ans, il a vu son père s'effondrer sous ses yeux. C'est aussi à partir d'un fait vécu que Frédéric Dumont avait réalisé Un ange à la mer, une co-production Belgique-Canada-France, dans laquelle son alter ego, le jeune Louis, 12 ans, recevait de son père la confidence qu'il allait se suicider, Louis devenait alors le protecteur de son père pour lui éviter de passer aux actes d'autodestruction.

Avec Une vie qui commence Michel Monty a mérité le Bayard d'or de la meilleure première œuvre.

EN CONSÉCRATION

Quelle consécration pour un cinéaste quand son film est choisi pour ouvrir un événement ou pour participer à une compétition!

En février à Montréal, se déroule la 29e édition des Rendez-vous du Cinéma Québécois, les RVCQ, du 16 au 27 février alors qu'en Allemagne a lieu le 61e Festival international du Film de Berlin, la Berlinale, du 10 au 20 février.

Stéphane Lafleur a réalisé son 2e film, En terrains connus, projeté lors de l'ouverture des RVCQ et le cinéaste Patrick Doyon a signé Dimanche, un court métrage d'animation réalisé au crayon sur papier, sélectionné dans la section jeunesse de la Berlinale.

Notre cinéma s'affirme ici et rayonne jusqu'ailleurs.

EN APARTÉ

En janvier, j'ai reçu de Paris un téléphone du cinéaste irakien Amer Alwan, qui me souhaitait une Bonne Année 2011. Dans ma chronique cinéma d'octobre, je relatais avoir rencontré ce réalisateur du documentaire Goodbye Babylon et le cinéaste américain Dee Robertson alors qu'ils présentaient leurs films respectifs lors d'une même projection. Là où échouent les politiques, les artistes réussissent à s'unir.

Quelques jours plus tard, je recevais un message d'Israël suite à ma chronique de décembre dans laquelle je traitais du film Le vagabond d'Avishai Sivan.

À travers cette chronique que vous lisez (et j'en ai été le relais) des liens pacifiques sont possibles entre des êtres que des conditions antagonistes pourraient diviser. Pour les Américains, les Irakiens, les Israéliens, et pour tant d'autres, que de possibilités d'Amour pour guérir de la toxicité de la haine. Tout ce qui vit appelle la grandeur croissante de l'Amour; c'est notre commune aspiration fondamentale à la naissance comme nous avons besoin d'air pour vivre. Chaque pensée laisse une trace dans le cerveau, une pensée est déjà un acte d'Amour.

Le 14 février célèbre l'amitié et l'amour dans le couple certes mais chaque jour offre des occasions d'Amour, de cet Amour qui signifie pardon et bienveillance, bonté et compassion et surtout paix dans la rencontre de l'autre.

Merci de me lire et merci à Monique Coutu, Normand Aubry et Normand Daigneault sans lesquels cette chronique ne se rendrait pas jusqu'à vous.

EN SOUVENIR

Au mot Amour se greffe souvent le mot Poésie. Le cinéma nous a donné des films consacrés à des poétesses et à des poètes. Certains de ces films sont basés sur des faits biographiques : Adèle H révèle l'amour absolu et désespéré de la poétesse, diariste et musicienne Adèle Hugo, Les Soeurs Brontë offre une reconstitution fidèle à l'atmosphère dans laquelle vécurent ces exceptionnelles soeurs, Un ange à ma table relate la vie de Janet Frame, auteure du recueil The Pocket Mirror et de plusieurs romans, diagnostiquée à tort schizophrène et que l'écriture a mené à la candidature du Prix Nobel, Tom & Viv présente Thomas Eliot qui ne publiait rien sans que sa dévouée femme Vivienne Haigh -Wood ait corrigé et supervisé l'impression, Total eclipse pour la relation tumultueuse entre Verlaine et Rimbaud, Les enfants du siècle pour la relation tourmentée entre George Sand et Alfred de Musset, Before night fall sur la détention du poète cubain Reinaldo Arenas, Pandemonium montre le processus créateur de Dorothy Wordsworth quand elle re-travaille les poèmes de son frère William qui trahit la confiance du poète Coleridge, Iris pour la relation prévenante, attentionnée et absolue entre Iris Murdoch et John Bailey, Sylvia est consacré à Sylvia Plath qui par son suicide nous a privé du développement de son œuvre si originale tant par la forme que par le contenu, et Mon amour-Bright Star alors que Jane Campion nous présente la relation romantique entre Fanny Brawne et John Keats.

Fanny, jeune créatrice de mode au 19e siècle, instruite, minutieuse, autonome par sa pensée et son travail, souhaite, malgré la différence de fortune et les ragots, épouser et soigner le tuberculeux poète John Keats. Elle veut tout braver pour lui, même l'éloignement qui la rend malade jusqu'à dépérir: «On ne peut être créé pour souffrir autant» mais dès qu'il lui écrit, elle constate : «je reçois une nouvelle lettre, je sais que notre monde est réel» . Leur amour se déploie dans une dévotion réciproque puisque «s'il est une chose sacrée, ce sont les élans du cœur». Il l'appelle Bright Star, Brillante Étoile et lui dédie une ode ainsi intitulée. Dans un paroxysme d'empathie, d'altruisme, qui caractérise véritablement l'Amour, il déclare : «Je suis si heureux de ton bonheur Sur les invisibles ailes de Poésie Tendre est la nuit».