Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

Chronique cinéma
février 2012

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Février est consacré à l'Amour à cause de la St-Valentin. À Montréal, il amène une autre édition des Rendez-vous du Cinéma Québécois et une rétrospective consacrée à Claude Sautet pendant qu'est projetée L'industrie du ruban rose, la dénonciation d'un mercantilisme qui se présente sous de nobles prétextes.

EN ANALYSE

Le livre de Samantha King, Pink Ribbons, Inc. : Breast Cancern and the Politics of Philantrhopy a inspiré les scénaristes Patricia Kearns et Nancy Guerin ainsi que la réalisatrice Léa Pool. La cinéaste a abouti le documentaire L'industrie du ruban rose, sur les écrans québécois depuis le 3 février, après une première mondiale au Festival international du film de Toronto en septembre 2011 et une première européenne au Festival international du film documentaire d'Amsterdam.

Léa Pool a convié les victimes du cancer du sein et des représentants des nombreuses sphères qui gravitent autour d'elles et dont les intentions sont diversifiées , même opposées, entre dévouement et capitalisation, entre bénévolat et marketing. Il n'y a pas de narration dans le documentaire, que la succession des propos tenus par les personnes qui s'expriment permettant d'évaluer les deux cotés de la médaille, les tendances divergentes.

Rares sont les personnes n'ayant pas été concernées par cette réalité, personnellement ou parce qu'une personne de l'entourage en souffre. Les produits, les campagnes, les événements «roses» pullulent et ne peuvent que susciter des questionnements qui dérangent autour de la véracité des propos véhiculés dans ce contexte.

Déjà le documentaire s'annonce en déclarant : «Le ruban rose n'aura jamais plus le même sens lorsque vous aurez vu ce film» et s'adjoint une citation de John Anderson : «Révoltant et subversif, L'industrie du ruban rose crève avec éclat le resplendissant ballon rose du mouvement et de l'industrie du cancer du sein en discréditant les « mensonges lénifiants » et les propos ambigus des entreprises qui s'insinuent dans la campagne aussi gigantesque qu'inefficace menée contre une maladie dont meurent près de 60 000 femmes chaque année en Amérique du Nord.»

Les différentes captations du documentaire nous montrent l'ampleur des événements qui s'accordent avec une des premières images : la terre représentée par un ballon rose, la planète rose. Des gratte-ciels, les chutes Niagara, la Maison Blanche, tout devient rose, y compris les barils du Colonel Kentucky, les chapeaux de cowboy, les petites culottes, les parures de pierres précieuses, les autos, les chiens, les oursons…pour un peu on raconterait que le Pepto Bismol a été inventé pour la cause.

Militantisme et surconsommation se sont unis pour prétendre aider les victimes du cancer du sein. Léa Pool a intercalé des séquences saisies lors des événements grandioses et des interventions avec diverses contestataires de cette industrie du ruban rose dont sa créatrice qui avait des intentions différentes de ce que son initiative a entraîné.

Où va tout cet argent?

Encore des femmes ressortent avec des bleus sur les seins après une mammographie au nom de la prévention. Pourquoi un moyen moins douloureux n'a-t-il pas été trouvé? Encore des femmes ressortent avec des larmes sur les seins quand elles entendent le diagnostique, quand elles entreprennent les traitements, quand elles sont elles-mêmes devenues des zones de guerre investies par des spécialistes. Pourquoi des moyens de prévention ou de guérison n'ont-ils pas été trouvés?

Car le cancer devient synonyme de lutte, de combat, de survivance, de triomphe du mal, le cancer devient synonyme de responsabilité individuelle. Comme dans les cas de viol, de harcèlement, la victime est blâmée, responsabilisée, culpabilisée.

La pensée magique exprime désormais que la femme qui ne survit pas à son cancer n'a pas été assez optimiste, positive, joyeuse, combative; une femme malade doit devenir la militaire du cancer. Liées aux grandes compagnies, la lutte doit revêtir une aura de folle gaîté mêlée à une attitude belliqueuse. Or, les malades sont fragiles, vulnérables. Leur décès ne résulte pas de leur échec à elles, c'est une réalité parce que le cancer est une maladie mortelle.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Classe tous risques Claude Sautet, 1960
  • L'Arme à gauche Claude Sautet, 1965
  • Les Choses de la vie Claude Sautet, 1969
  • Max et les ferrailleurs Claude Sautet, 1971
  • César et Rosalie Claude Sautet, 1972
  • Vincent, François, Paul... et les autres Claude Sautet, 1974
  • Une histoire simple Claude Sautet, 1978
  • Un mauvais fils Claude Sautet, 1980
  • Garçon ! Claude Sautet, 1983
  • Un cœur en hiver Claude Sautet, 1991
  • Nelly et Monsieur Arnaud Claude Sautet, 1995

Léa Pool rappelle que l'ancien président américain Ronald Reagan, en matière de santé, a transféré la responsabilité du gouvernement à l'industrie. Le marketing social est particulier au capitalisme. 80% des achats courants sont faits par les femmes, il faut les influencer.

Or, elles sont aussi utilisées. Pour restaurer l'image d'une équipe de footballeurs, une campagne rose a été organisée. Au nom de la solidarité, des marches, des levées de fond, des sauts en parachute, des ventes se multiplient. Des femmes marchent, suent, grelottent, érigent des tentes, y passent des week end, s'épuisent, pleurent, se blessent, aux pieds, aux jambes, boitent. Pour les yogourts, breuvages, sacs et autres produits qui leur sont alors distribués, il s'agit d'une visibilité payante; plusieurs nouveaux produits sont d'ailleurs testés lors de ces événements.

où va tout cet argent?

En 1940 1 femme sur 22 mourait du cancer; aujourd'hui 1 femme sur 8 en meurt. Toutes les 23 secondes, 1 femme est diagnostiquée cancéreuse, toutes les 69 secondes, 1 femme en meurt.

L'évocation du cancer génère des millions de dollars. Samantha King déplore : «Le public ne se montre pas critique». Les compagnies utilisent des composants cancérigènes dont des formaldéhydes, du plomb, du pétrole. Les utilisatrices de rouge à lèvres appliquent du plomb sur leur bouche, les employées d'usine respirent des formaldéhydes; aucune loi ne protège les clientes, ni les travailleuses.

Les compagnies qui réclament que l'on consomme leurs produits, en prétendant verser une partie de l'argent récolté, utilisent des composants cancérigènes et augmentent leurs profits.

En 2002, American Express incitait à la consommation en déclarant verser un montant pour chaque achat fait avec la carte; des femmes ont dénoncé cette campagne après que fut découvert le fait que la compagnie versait 1 sous par achat.

L'argent versé pour la recherche sur le sida a été plus profitable parce que la maladie avait d'abord touché une majorité d'hommes. Malgré un plus grand nombre d'années de recherches, la cause du cancer reste inconnue. Le cancer est complexe et nous ne savons pas pourquoi nous développons des cancers.

Des femmes malades témoignent. Dao Tran mentionne qu'elle soignait sa santé, tel que prescrit, elle a développé un cancer. De plus, elle a subi tous les traitements et le cancer est revenu, elle fait partie de celles qui souffrent du cancer au stade 4, le stade final.

Toutes ces femmes du groupe IV league l'admettent, le cancer est la chose la plus terrible qui leur soit arrivée. Mais ce discours est éradiqué des campagnes. Lorsque Léa Pool est revenue de filmer la marche Revlon présidée par Halle Berry à New York, elle avait remarqué : «je n'ai jamais vu le mot cancer. Ils ne veulent même pas montrer que c'est du cancer dont il s'agit. Tout est effacé pour contribuer à donner un sentiment d'espoir. C'est une image falsifiée.»

Les principaux pollueurs améliorent leur image et leurs profits en participant aux campagnes roses. La nocivité des procédés de fabrication, de transformation, propage le cancer. Des plastiques oestrogéniques imitent l'hormone, jusqu'à récemment le RbGH, l'hormone bovine était autorisée, plusieurs produits contiennent des perturbateurs endocriniens. Eli Lilly vend des produits cancérigènes et des médicaments contre le cancer. Pour Léa Pool, «cela représente la quintessence du cynisme : que vous profitiez de quelque chose qui rend les gens malades, pour ensuite profiter de quelque chose qui traite la maladie. Je n'avais pas réalisé à quel point on profitait des femmes».

Un chercheur de Windsor, le Docteur James Brophy a prouvé le lien entre le développement du cancer du sein et le travail en agriculture, dans les soins de santé et dans la fabrication des automobiles. Janet Collins, qui a contribué à organiser la 1e Conférence mondiale sur le cancer du sein tenue en juillet 1997, s'insurge contre le fait que les femmes pauvres ne peuvent manger bio ni acheter de la viande rouge maigre, elle réclame que les composants cancérigènes soient retirer des produits de consommation.

La solution de l'argent n'est pas la véritable réponse puisqu'il n'y a pas d'amélioration certes et il n'y a pas de concertation, d'infrastructure. La Docteure Olufunmilayo I. Olopade, qui fait des recherches sur les interactions complexes entre les gènes, le mode vie et l'environnement liés au cancer du sein, s'insurge : «il n'y a pas de recherche fondamentale donc on ne peut légiférer».

Où va tout cet argent?

15% va à la recherche et 5% à la recherche sur les causes environnementales.

Une des participantes du groupe IV league considère : «Pour moi voir un ruban rose c'est comme lire Made in China». Les membres du groupe sont excédés par le manque d'intégrité des compagnies.

Mais d'où vient ce ruban?

Dans les années 1990, Charlotte Haley, suite aux cancers du sein ayant affecté sa fille, sa soeur, sa grand-mère, commence à distribuer des rubans de couleur saumon avec l'inscription : «Le budget annuel du National Cancer Institute est de 1,8 milliards de dollars; seulement 5% de cet argent va à la prévention du cancer. Aidez-nous à réveiller nos législateurs et la population américaine en portant ce ruban.» Son but était donc clairement politique et social. Elle a toujours refusé d'être que son ruban soit utilisé dans des entreprises commerciales. Hélas, rapidement, il allait être récupéré. Le magazine Self et la compagnie de cosmétiques Estée Lauder ont engagé des avocats et il leur suffisait de changer la couleur du ruban pour pouvoir l'utiliser. Dans le documentaire, l'intervention de la mannequin et actrice Elisabeth Hurley lors d'un lancement d'accessoires de maquillage dans le cadre d'une campagne rose de la compagnie Estée Lauder consiste à énumérer les produits à vendre.

Maintenant, il existe un mouvement «Think before you pink. Réfléchissez avant d'acheter rose». Léa Pool reprend ce message du Breast Cancer Action : «Je ne veux pas dire qu'il ne faut absolument pas recueillir de l'argent. Réfléchissons un peu plus aux actes que nous posons et sur le fait qu'en agissant avec une conscience politique, nous réussirons davantage à faire changer les choses».

Fallait-il s'étonner que le corps des femmes soit encore utilisé pour faire vendre, pour amasser de l'argent, pour faire vivre des personnes qui n'améliorent rien mais prétendre beaucoup en ce qui concerne la santé, la sécurité, la qualité de vie des femmes? Or, le cancer du sein atteint les femmes dans leur identité sexuelle et maternelle, dans leur féminité; l'utilisation de la couleur rose traditionnellement girlie, féminine, est un message contradictoire car, pour une femme, le cancer est tout sauf doux, réconfortant, affectueux et féminin. Nous ne vivons pas sur une planète rose, nous vivons sur une planète polluée, guerrière, capitaliste où la majorité des analphabètes, des victimes d'homicides contre la personne, des pauvres et des malades incurables sont des femmes

Pour les femmes malades du cancer, et elles sont de plus en plus nombreuses, le parcours reste le même après toutes ces marches auxquelles, en toute bonne volonté, des milliers de leurs consoeurs, et des hommes compatissants, participent; la Docteure Susan Love constate les mêmes options en matière de traitements qu'il y a 40 ans : la chirurgie, la radiation et la chimiothérapie «cela équivaut pour les femmes à se faire : charcuter, brûler et empoisonner». Pas de quoi voir la vie en rose.

EN EXPOSITION

À Montréal (Québec, Canada) à la Place Pasteur se tient jusqu'au 13 mars l'exposition Plan Large 2. Six photographes exposent à l'extérieur les photos de 12 films représentants la production québécoise. Les Rendez-vous du cinéma québécois ont organisés à nouveau cette vitrine qui s'ajoute à l'événement annuel se tenant du 15 au 26 février 2012.

Les photos sont extraites des films : Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau), Une vie qui commence (Michel Monty), Starbuck (Ken Scott), Pour l'amour de Dieu (Micheline Lanctôt), Jo pour Jonathan (Maxime Giroux), Le vendeur (Sébastien Pilote) , Marécages (Guy Édoin), Coteau Rouge (André Forcier), En terrains connus (Stéphane Lafleur), Gerry (Alain DesRochers) Nuit #1 (Anne Émond); quant aux amants dénudés de Café de Flore (Jean-Marc Vallée), ils contrastent avec le froid hivernal dans lequel ils apparaissent.

Exposées l'an dernier, les photos de Plan Large 1 sont à nouveau accrochées, cette fois, dans la salle d'exposition de la Place des Arts et ce, jusqu'à la mi-février.

EN SOUVENIR

La réplique du mois s'inscrit dans un hommage mérité par un cinéaste qui mêlait doucement les affres de l'amour à la quiétude de l'admission exigeante. Les personnages de ses films ont toujours été transfigurés par leurs sentiments. Son œuvre fondamentalement psychologique a le goût de l'eau, la force tranquille de la brise fraîche sur la peau brûlante, l'impact fracassant du reflet fugace qui révèle l'immensité du bouleversement; l'effondrement de l'être qui se reconstruit en payant de sa vie.

Romy Schneider disait qu'il était le meilleur ami d'une femme. Pour des actrices telles que Romy, Léa Massari, Sandrine Bonnaire et Emmanuelle Béart, pour des acteurs dont Yves Montant, Patrick Dewaere, Michel Picoli, Daniel Auteuil, et plusieurs autres, il a été le réalisateur qui donne à l'interprète l'occasion d'exceller. La Cinémathèque Québécoise (située à Montréal) consacre à Claude Sautet une rétrospective du 2 février au 15 avril 2012.

Claude Sautet (1924-2000) a d'abord su allier sentiments et suspens dans des films qui lui permettaient l'intrusion dans des milieux louches avec Classe tous risques (1960) et L'arme à gauche (1965); il retrouvera le genre policier avec Max et les ferrailleurs (1971). Mais, c'est avec Les choses de la vie (1969) qu'il se démarque et qu'il commence l'affirmation de choix qui le caractériseront : sa patiente insistance dans ses plans sans dialogues, son élégance langagière dans ses répliques, ses rires sur fond de musique grave.

Bien que dévoué à l'évolution intérieure de ses personnages, il ne lésine pas sur la technique, la célèbre scène de l'accident d'auto dans Les choses de la vie comporte 66 plans et reste exemplaire de lyrisme et de précision. (Deux réalisateurs avaient refusé d'entreprendre le film à cause de la nécessité d'inclure cette scène; Sautet l'a traitée de façon symbolique, charnière dans le récit et dans l'histoire.)

Peintre des portraits intimistes, Sautet révèle des sentiments à la limite du supportable; César dans César et Rosalie (1972), incarne premièrement l'amoureux malhabile avec l'expression de sa peur quand il craint de perdre Rosalie puis, dans la scène finale, David, regarde en direction de César lorsque Rosalie revient, de l'un à l'autre la peur a transité autour de cette femme aimée qui n'a pas hésité à les quitter pour mieux retourner vers eux.

Sautet a peint finement des portraits de groupes, familles, amis, tous mêlés autour des tables dont celle de la maison estivale dans César et Rosalie mais celles aussi de Vincent, François, Paul… et les autres (1974). Il a observé les trios amoureux dans Les choses de la vie, deux femmes pour un homme, César et Rosalie, deux hommes pour une femme, Un cœur en hiver, deux hommes pour une femme. Puis, il s'est concentré sur une dissection métaphorique des sentiments individuels, ressentis par des hommes Un mauvais fils (1980) Garçon! (1983), éprouvés par des femmes Une histoire simple (1978) Un cœur en hiver (1991).

Dans l'ampleur de l'émotion ciselée, Sautet est le maître de la nuance et du ravage. La vie n'est jamais plus massacrée que lorsqu'elle continue son cours impeccable alors qu'elle a pris un tournant extraordinaire, irrémédiable. C'est la finale de Les choses de la vie, différente du roman de Paul Grimard : un homme avait décidé une rupture mais aucune des deux femmes de sa vie n'en souffrira, les deux garderont le souvenir intact de l'amour de cet homme, parce que Sautet a utilisé le texte et l'image dans leur éloquence.

Il a achevé sa filmographie avec Emmanuelle Béart dans Un cœur en hiver (1991) et Nelly et Monsieur Arnaud (1995) réexprimant la difficulté masculine à accepter le déterminisme amoureux. Dans Un cœur en hiver, Stéphane comprend le trouble qu'il cause à Camille quand il remarque que l'accord sur lequel la jeune violoniste achoppait est exécuté après son départ. Dans Nelly et Monsieur Arnaud, film à la trame sonore très parisienne, alors que Pierre Arnaud, incarné par Michel Serrault, dicte ses mémoires à la jeune Nelly, il découvre l'Amour. «On veut l'amour mais quand il se montre, on freine, on a peur d'y aller». Le sentiment n'étant pas partagé, il choisit de tout quitter, sans amertume, avec tristesse, après avoir changé sa vie, après avoir admis : «   Il y a des débuts tardifs».