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Chronique cinéma
février 2013

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Amour, titre du récent film de Michael Haneke. Amour, thème de la St-Valentin. Amour, définition donnée par la réplique du mois de la section en souvenir.

EN ANALYSE

De l'Allemagne avec Septième ciel (Andreas Dresen, 2008) et Transfer (Damir Lukacevic, 2010), de l'Angleterre avec Iris (Richard Wyre, 2001), de la France avec Les petits ruisseaux (Pascal Rabaté, 2009), du Canada avec Away from her (Sarah Poley, 2006), du Québec avec Les dernières fiançailles (Jean-Pierre Lefebvre, 1973) et Les eaux mortes (Guy Edoin, 2006), des films ont été tournés par des cinéastes intéressés aux amours ultimes. Michael Haneke à son tour propose sa réponse aux questions : Est-il possible de s'aimer toujours? De s'aimer inconditionnellement? L'amour résiste -il à tout? L'abnégation est-elle essentielle à l'amour? Le dévouement est-il une façon d'aimer?

Michael Haneke nous a habitués à l'intrigue irrésolue ( Caché, 2005) au danger insoupçonné (Le ruban blanc , 2009), à la vulnérabilité irrémédiable (Funny Games , 1997-2007). Il mise sur le malaise, la peur, l'inéluctable. Ce n'est pas tant parce qu'il développe une histoire que parce qu'il l'assène. C'est aussi parce qu'il instille l'énigme du dégoût de l'humain. Or, après nous avoir fait admettre que l'humain se complait dans la méchanceté la plus jouissive, désinvolte et cautionnée, Haneke déploie la finesse d'un lyrisme à même la minutie, l'attention et la constance. Il nous propose les hautes sphères des ressources infinies dont l'Amour amène la concrétisation.

Des pompiers défoncent une porte. Anne (Emmanuelle Riva) git sur le lit entourée de fleurs. Eva (Isabelle Huppert), la fille de cette femme âgée constate la mauvaise odeur et le ruban qui scellait les interstices des portes. Flashback, Anne et Georges (Jean -Louis Trintignant), professeurs de musique à la retraite, ont assisté au concert d'Alexandre, ancien élève d'Anne. À leur retour, avec le regard de la douceur incarnée, il laisse glisser de ces mots qui rappellent le frémissement des fleurs : « T'ai-je dit que je te trouvais très jolie ce soir? »

Tentative de cambriolage de leur appartement, réalités domestiques habituelles, le quotidien et ses répétitions que n'entravent pas quelques exceptions. Soudain, un matin, à table, Anne a une absence. L'opération de la carotide obstruée s'achève avec le résultat des 5% d'échecs. Anne est paralysée du côté droit. Commence alors le temps des soins, des gestes, des détails : se lever, s'assoir, lire, manger, laver les cheveux, remonter la culotte quand elle a fini aux toilettes, les exercices pour les jambes. « Pourquoi dois-je nous infliger ça? » Anne rate une maladroite tentative de suicide.

Georges met le soulier de sa Cendrillon, lui apporte l'album de photos, elle considère : « C'est beau la vie. Si longtemps. La longue vie.» Le pire s'accentue. Elle ne peut plus parler. Quand elle a mouillé le lit, il la rassure : « C'est pas un drame ». Puis, elle ne dit que le mot « mal ». Quand elle se plaint, il caresse sa main gauche, elle cesse de gémir.

Haneke s'est accordé avec le concret des choses, la finesse des sentiments.

Cet amour, qui porte et que porte ce couple, est évoqué dans son parcours et son influence : Eva raconte à son père qu'avant elle les entendait faire l'amour; « Pour moi , c'était rassurant. Ça voulait dire que vous vous aimiez et qu'on resterait toujours ensemble. »

À remarquer : la brève participation du pianiste Alexandre Tharaud qui se révèle un acteur brillant.

Amour de Michael Haneke, Palme d'Or à Cannes, Golden Globe du meilleur film étranger à Beverly Hills, en nomination pour 5 Oscars, nous apporte une éloquente définition de l'Amour donnée par un cinéaste de génie et des acteurs extraordinaires.

Isabelle Guérard offre une interprétation magistrale dans le rôle d'Espérance du film Rouge Sang. Cet huis clos réalisé par Martin Doepner nous ramène en 1799, le 31 décembre alors qu'Espérance vivra la pire nuit de sa vie.

Cinq habits rouges, des soldats britanniques, s'imposent dans la ferme d'Espérance qui vit avec son mari, son fils Mathurin, sa fille Madelon et leur jeune bébé. Elle a déjà perdu deux filles mortes nées et est enceinte depuis deux mois. Son mari est parti et n'est pas encore de retour.

Après une ouverture où alternent les paysages corporels et géographiques, l'action se concentre en une nuit où Espérance doit se défendre, venger son mari qu'elle croit mort tué par les habits rouges et protéger ses enfants.

Avant les scènes sanglantes, on joue de la cuiller, de la planche à laver et du violon, les enfants dansent. On accompagne Espérance dans l'intimité de sa peur, de sa peine, de sa douleur. Elle fait une fausse-couche. Son angoisse est constante, sa vulnérabilité croissante et sa défense drastique.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Transfer (Damir Lukacevic, 2010)
  • Septième ciel (Andreas Dresen, 2008)
  • Iris (Richard Wyre, 2001)
  • Les petits ruisseaux (Pascal Rabaté, 2009)
  • Away from her (Sarah Poley, 2006)
  • Les dernières fiançailles (Jean-Pierre Lefebvre, 1973)
  • Les eaux mortes (Guy Edoin, 2006)
  • Caché , (Michael Haneke, 2005)
  • Le ruban blanc (Michael Haneke, 2009)
  • Funny Games (Michael Haneke, 1997-2007).
  • Roméo onze (Ivan Grbovic, 2011)
  • Mars et Avril (Martin Villeneuve, 2012)
  • L'affaire Dumont (Podz, 2012)
  • Liverpool (Manon Briand, 2012)
  • Sleepy Hollow (Tim Burton, 1999)
  • Le cœur est un chasseur solitaire (Robert Ellis Miller, 1968)
  • Les liaisons dangereuses (Stephen Frears, 1988)
  • Forest Gump (Robert Zemeckis, 1994)
  • La tête en friche (Jean Becker, 2010)

 

Isabelle Guérard défend son personnage avec conviction, humanisant ce contexte de film d'horreur. Elle porte le film sur ses épaules et lui confère une pertinence.

À remarquer : le talent du jeune André Kasper Kolstad qui interprète Mathurin et le fait que Charlotte St-Cyr, qui joue Madelon, est réellement la fille d'Isabelle Guérard.

EN EXPOSITION

Cette année je me suis rendue sur la rue Émery à Montréal pour l'exposition Plan Large III. Douze photos de six photographes témoignent du récent cinéma québécois. J'ai posé devant la photo du film Roméo onze d'Ivan Grbovic avec le magnifique acteur Ali Ammar (voir ma chronique de novembre 2011). Parmi les films évoqués : Mars et Avril de Martin Villeneuve (voir ma chronique de décembre 2012), L'affaire Dumont de Podz (voir ma chronique d'octobre 2012) et Liverpool de Manon Briand (voir ma chronique de septembre 2012).

C'est un nouveau lieu pour cette exposition extérieure gratuite organisée par les Rendez-vous du Cinéma Québécois et qui se poursuit jusqu'au 19 mars 2013.

EN SOUVENIR

Le 14 février, la St-Valentin, symbolise l'amour dans son aspect relationnel vécu en couple. Cette forme d'Amour inclut une dimension sexuelle exprimée par le syntagme « faire l'amour ». C'est l'intention dans Sleepy Hollow (Tim Burton, 1999) qui amène Ichabod Crane à rétorquer à Katrina Van Tassel lui demandant : « Pourquoi êtes-vous dans ma chambre? Parce que c'est la vôtre ».

Faire l'Amour se réalise aussi en dehors du couple. C'est l'actualisation de l'élan menant à des gestes qui consument et régénèrent l'être. Ainsi, le film Le cœur est un chasseur solitaire (Robert Ellis Miller, 1968) a été adapté du roman écrit par Carson McCullers à l'âge de 23 ans. Un sourd-muet, John, devient le confident de tous dont Mick, une jeune fille malheureuse. Après le suicide de John, Mick sur sa tombe avoue : « Je vous aimais ». Dans la préface du livre, Denis de Rougemont relatait sa rencontre avec l'auteure lorsqu'il lui a dit : « Il n'y a pas d'histoires d'amour, dans ce roman. Elle me regarde étonnée, presqu'indignée : Il n'y a que cela ! Elle voulait dire l'amour des êtres, l'amour réel ».

Faire l'Amour se réalise aussi dans le couple. C'est ce que constate Valmont dans Les liaisons dangereuses (Stephen Frears, 1988) : « Croyez-le, avant de vous voir, je n'avais jamais éprouvé que le désir, l'amour jamais ».

L'Amour est l'avantage et l'exigence des âmes sensibles. « Je ne suis pas quelqu'un d'intelligent…mais je sais ce qu'est l'amour » confie le personnage de Forest Gump (Robert Zemeckis, 1994).

Le synonyme d'où émerge le plus la particularité de l'Amour, son exigence, et sa conséquence, serait le mot bienveillance. Aimer, c'est être bienveillant. Chercher à participer à l'Amour universel c'est vouloir devenir l'instrument de l'Amour, se faire l'étoile dont le rayonnement peut être perçu aussitôt ou longtemps après, c'est promulguer, procurer le rassasiement en beauté, en bonté, dans l'authenticité de l'intention, la vérité de la volonté. Aimer, c'est agir. Faire l'Amour, c'est faire le bien, faire l'affection, faire le bonheur. Aimer c'est répondre en n'étant que poussière d'or quand les bombes explosent en torrents de sang. Aimer c'est murmurer un dernier vers de poésie quand la mort a tué avec des mots d'humiliation et de haine. Aimer c'est survivre en boitant aveugle dans un pas de deux, un pas de mille, quand règne le chaos de la méchanceté répétée. Aimer c'est vivre ce que décrit Germain dans La tête en friche (Jean Becker, 2010)  alors qu'à 45 ans, illettré, il connait une vielle dame qui l'initie à la lecture: « « Il y en a qui passe en force, elle est passée en douceur, de mon écorce à mon cœur. Elle était au milieu des mots, des noms communs comme moi. Elle m'a donné un livre, puis deux, des pages qui m'ont éclaté devant les yeux. Dans les histoires d'amour y,a pas toujours que d'l'amour. Parfois, y'a même pas de Je t'aime. Pourtant on s'aime ».