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Chronique cinéma
juin 2011

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

«Bonne Fête» des Pères déclareront les voix joyeuses le 12 juin après le déroulement du Festivalisimo. Le cinéma nous amène de l'austérité de l'Angleterre à la chaleur de l'Afrique en passant par deux réalisations de la France. Finalement, pour la réplique du mois, c'est à nouveau l'Hexagone qui entretient le souvenir.

EN FESTIVAL

Le 16e Festival de films ibéro-latinoaméricain de Montréal, Festivalissimo, se déroule jusqu'au 5 juin. L'événement fait place aux différentes générations quand déferlent en sélection officielle pour le Prix El Sol :La vida de los peces du chilien Matias Bize, Gatos viejos de Sebastian Silva et Pedro Peirano, Martha du mexicain Marcelino Islas Hernandez dans lequel une femme de 75 ans est brutalement renvoyée de son emploi et Las buenas hierbas de Maria Novaro sur la maladie d'Alzheimer. Les enfants colombiens racontent qu'ils ont grandi pendant la guerre dans le docu-fiction Pequenas voces de Jairo Carrillo et Oscar Andrade alors que dans Los colores de la montana de Carlos César Arbelaez des enfants veulent récupérer leur ballon tombé sur un terrain miné.

La programmation inclut des films sur l'histoire politique du Chili dont Post Mortem de Pablo Larrain, Lucia de Niles Atallah, et sur la dictature en Argentine avec La mirada invisible de Diego Lerman. À remarquer : Dormi al so d'Alejandro Chomski dans lequel une femme est affectée par les conséquences de traitements psychiatriques.

Donc, une trentaine de films qui offrira une version souvent méconnue des diverses réalités de différents pays.

EN ANALYSE

La prémisse d'un groupe réuni dans le fiel, la discorde et l'ironie s'est déclinée en plusieurs réalisations : dans Rachel getting maried (Jonathan Demme, 2008) le prétexte de la réunion consiste en un mariage, dans Un conte de Noël (Arnaud Desplechin, 2008) une famille se rassemble en décembre pour célébrer la hargne, dans Nos enfants chéris (Benoît Cohen, 2002) une réplique résume le film «Parle-moi de tes hémorroïdes» lorsque des couples se retrouvent pour des vacances. Cette dernière situation vient d'être reprise dans Les petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2010).

Des caractériels, souffrant tous du trouble de la personnalité histrionique (tendance marquée à la dramatisation), répètent, dans leur névrose, des relations dysfonctionnelles. Leur logorrhée criarde et vulgaire constitue les pénibles 2h. 34 min. que dure le film.

À l'aube, Ludo, intoxiqué, a un accident de moto. Des gens, qu'il fréquente depuis longtemps, le voient comateux à l'hôpital et partent en vacances. La somptuosité des panoramiques saturés de bleu maritime et de blanc sablonneux fait place aux successions de scènes entre la crise de rage et le balancement de coup de poing. Véritables cas cliniques, ces désaxés hurlent les insultes, les admonestations, les injures, les engueulades dans ce qui constituerait une convaincante publicité sur les bienfaits du Valium ou les avantages d'une retraite fermée dans le carmel le plus proche.

Toujours marié à Juliette, Vincent dit à Max, le parrain de son fils, qu'il est devenu amoureux de lui. Marie, incapable d'intimité affective, méprise les amants attentionnés. Éric dégueule, au sens littéral et figuré, à travers des commentaires scabreux et des aventures compulsives.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

Les petits mouchoirs Guillaume Canet, 2010
Jane Eyre Cary Fukunaga, 2010
Un poison violent Katelle Quillévéré, 2010
Félins d'Afrique. Keith Scholey et Alastair Fothergill, 2011

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

Rachel getting maried Jonathan Demme, 2008
Un conte de Noël Arnaud Desplechin, 2008
Nos enfants chéris Benoît Cohen, 2002
Jane Eyre Travers Vale, 1915
Jane Eyre Franco Zeffirelli, 1996
Jane Eyre Robert Stevenson, 1944
Jane Eyre Julian Amyes, 1983
Mademoiselle Chambon Stéphane Brizé, 2009
Versailles Pierre Schoeller, 2008
Les toits de Paris Hiner Saleem, 2007
Léon Morin, prêtre Jean-Pierre Melville, 1961
La fille du puisatier Marcel Pagnol, 1940
Angèle Marcel Pagnol, 1934
La fille du puisatier Daniel Auteuil, 2011
La Gloire de mon père Yves Robert, 1990

Tous ces êtres sont incapables de sincérité. Lorsque Juliette croit qu'elle va se rapprocher de son mari Vincent, elle revêt un accoutrement de call-girl et Ludo n'est présenté, devant ses copains, que déguisé en travesti crevant avec une brosse à cheveux un condom gonflé d'eau. Ce recours au costume représente leur difficulté à être vrais à laquelle s'ajoute leur impossibilité à parler avec franchise. Lorsque Éric va enfin dire que Léa l'a quitté, il crie à l'intérieur de la maison alors que les autres sont à l'extérieur; il ne peut supporter d'être vu autrement que dans une représentation dissimulatrice. Le verbiage factice compense l'impuissance langagière.

Au téléphone, Marie déclare à Ludo, qui ne peut l'entendre (encore un échec de communication authentique), qu'il est une bonne personne; comment la croire? Aucune scène ne peut favoriser chez le public une telle considération du personnage car rien ne donne accès à qui il est véritablement. Sa seule réplique avant son accident, scène qui se déroule pendant le générique avec une musique tonitruante, consiste en une phrase adressée à une femme qu'il croise dans une disco : «Je t'ai déjà *** toi?».

Il faut souligner l'interprétation méritoire et convaincue de François Cluzet, qui incarne un hyperactif obsédé par les fouines dans les murs de sa maison, et de Marion Cotillard, dans le rôle d'une roche pleureuse.

Sans contrepoids ni aucune nuance, par des excès et des caricatures, en faisant le portrait à larges traits accentués de partenaires jetés et de conjoints cocufiés, Guillaume Canet a réussi son but avoué : faire un film sur le mensonge.

Après avoir attisé la compassion envers les vacanciers qui ratent leur vie, le cinéma présente, dans des lieux et des temps éloignés, deux femmes, Jane et Anna, l'une anglaise du 19e siècle, l'autre française d'aujourd'hui, qui modulent leur dévouement et leur conviction en associant passion et réflexion.

Dans son essai Le temps en ruines, Marc Augé écrivait : «Les ruines sont en train de disparaître en tant que réalité et comme concept. L'histoire à venir ne produira plus de ruines. Elle n'en a plus le temps». Ce triste constat s'ajoute à la nostalgie des œuvres des sœurs Brontë; il précise une partie de leur unicité et il relève leur audace par rapport à la littérature victorienne et relativement à l'idéologie actuelle. Il ne peut y avoir de contextes brontëens sans ruines, sans fantôme, annoncé ou revenant, sans solitude, et même isolement, sans adversité, larvée ou immédiate, sans obédience, forcée puis terminée, sans passion, réprimée ou ravageuse.

Trois sœurs, dans l'émulation de leur éducation, avec un père veuf encourageant leur instruction, et dans l'austérité de leur demeure parmi les landes venteuses, ont laissé une œuvre originale et inégalée. Érudites, Charlotte, Emily et Anne ont écrit et publié des romans qui ont redéfini l'intrigue littéraire en y développant l'aspect psychologique des personnages féminins d'un point de vue intellectuel et sentimental. Elles ont su transmettre leur observation de l'ampleur de l'émoi dans sa manifestation la plus ténue.

Leurs œuvres ont engendré de nombreuses adaptations pour le cinéma, la télévision et la scène. Ainsi , le roman fortement autobiographique Jane Eyre (1847) de Charlotte Brontë est devenu un film dès 1915 dans une réalisation de Travers Vale. Bien que connue, la version de Franco Zeffirelli en 1996 recèle des trahisons de l'œuvre : ses décors ressemblant à la visite virtuelle d'un condo divergent de l'ambiance du roman et William Hurt dans le rôle de Rochester ne peut évoquer le charme ténébreux du personnage. Le défi était difficile à relever depuis l'adaptation cinématographique de Robert Stevenson en 1944 avec Orson Welles et une sage Joan Fontaine et la version télévisuelle de Julian Amyes en 1983 avec Timothy Dalton et une fascinante Zelah Clarke. Ces deux versions respectaient le contexte purement romantique c'est-à-dire une exaltation des sentiments, une allégorie de la nature et une influence du fantastique ; l'amour est souffrant, la nature, sauvage et la demeure, sombre.

Jane Eyre, orpheline spoliée par une tante, est maltraitée ainsi que toutes les autres enfants d'une institution d'où elle ne sort que pour devenir la préceptrice d'une autre orpheline, Adèle, la mignonne pupille du riche Monsieur Rochester. Jane et Rochester s'aiment éperdument mais leur amour est contrarié. Elle s'enfuit et vit avec des cousines orphelines et un cousin pasteur St-John-Rivers jusqu'à ce que la voix de Rochester (métaphore fantastique) la rappelle à lui. Le roman aboutit à une fin heureuse après de longs et tortueux obstacles.

Le réalisateur américain Cary Fukunaga vient de présenter avec BBC Films une adaptation irréprochable en accord avec les composantes du roman. Procédant avec quelques flashback, il réussit à recréer l'atmosphère émotive de l'environnement que Charlotte Brontë avait développée. Certaines scènes relèvent de l'organisation picturale dont celle où Jane marche isolée dans la nature alors que la caméra fait un zoom out pour exprimer sa solitude tourmentée.

Les romans des sœurs Brontë étaient audacieux par l'emprise influente des sentiments et la force féministe des femmes. Dès le début de leurs conversations Edward Rochester demande à Jane si elle le trouve beau, son opinion compte pour lui, tout de suite, il s'intéresse à elle, la privilégie. Dégourdie, elle l'aide lorsqu'il est blessé puis le sauve des flammes. Elle discute avec lui lors d'une scène filmée en ombre chinoise. Donc, Jane est intelligente, intègre, déterminée, autonome et aimée pour toutes ses qualités de cœur et d'esprit. Son apparence sévère ne rebute pas le mystérieux et puissant Rochester qui sait l'apprécier et qui exprime avoir besoin d'elle.

Fukanaga a fignolé une œuvre magistrale dans une attention à chaque geste et un rendu des conversations si importantes pour ces gens cultivés. Avant le mariage, le soleil filtre à travers un arbre rose. Puis, comme était tombée la robe de Jane à l'orphelinat, tombe sa robe de mariée, symbole de changements dans sa vie. La captation du frimas sur l'herbe témoigne aussi de l'atmosphère romantique. Même l'affiche, aussi sobre qu'édifiante, exprime le caractère fort de Jane et le désir sexuel que Rochester l'amène à ressentir.
Mia Wasikowska incarne Jane à la perfection et Moira Buffini a signé une belle adaptation.

Jane Eyre de Cary Fukunaga est un film superbe par sa fidélité au roman et la minutie esthétique de sa réalisation.

Des faits quotidiens peuvent rester un accablement réitéré ou devenir des moments de grâce. Laver une personne âgée peut s'avérer une tâche exécutée avec cruauté ou constituer des scènes de films chargées de significations. Dans Mademoiselle Chambon (Stéphane Brizé, 2009) le fils lave les pieds du père, il prend soin de lui. La scène est répétée pour exprimer la constance de l'attention accordée, la patience du fils, la confiance du père. Dans Versailles (Pierre Schoeller, 2008), la préposée lave les seins de la résidente du centre pour les aînées. La scène, unique, révèle le parcours de Nina, la mère célibataire sans ressource qui a maintenant un emploi; lorsque la dame se penche pour lui chuchoter : «Vous êtes gentille» il devient évident que la jeune femme rejetée est désormais appréciée. Dans Les toits de Paris (Hiner Saleem, 2007), Marcel, lui, est oublié de son fils, mais, une amie, Thérèse, qui n'est guère plus jeune que lui, s'occupe de lui assurer la dignité que confère la propreté; lorsqu'elle frotte sous son ventre, Marcel rigole. Dans Un poison violent (Katelle Quillévéré, 2010) Anna, 14 ans, répond à la demande de son grand-père, Jean, et lave ses pieds. Lorsqu'il a une évidente réaction d'excitation, il ouvre les bras en proclamant : «Je me sens beau».

La jeune réalisatrice Katelle Quillévéré s'est intéressée aux millénaires dilemmes, antagonismes, paradoxes, qu'ont représentés la chair et l'esprit. Avec sa co-scénariste, Mariette Désert, elle propose une conciliation de la ferveur religieuse et du plaisir sexuel.

Anna fera sa confirmation dans une semaine à l'Église St-Louis. Pour les vacances, elle vit avec son grand-père et sa mère, Jeanne, qui souffre du départ de son mari et demande conseil au Père François. Pierre, jeune enfant de chœur, invite Anna sur sa mobylette rouge…

Katelle Quillévéré a abordé avec délicatesse des considérations qui d'emblée suscitent des réactions marquées et elle a développé avec justesse les implications et les enjeux des pulsions et besoins, qui de l'adolescence à la vieillesse, préoccupent les humains.

Tous les êtres dans Un poison violent ressentent des désirs sexuels, tout en ayant des aspirations spirituelles. L'originalité des propos du film réside dans cette conciliation de tendances toujours présentées en opposition, en affrontement.

La vie suit son cours, la pluie glacée tombe sur une statue, Jean écoute ses vieux disques, Jeanne pleure, le Père François pleure, Anna et Pierre s'embrassent, se touchent… Les évidences côtoient les suggestions. Plusieurs scènes musicales accompagnent l'émotivité des êtres et le passage des jours.

À la différence de Léon Morin, prêtre (Jean-Pierre Melville, 1961) où l'attirance sexuelle et l'amour humain deviennent des torts punis par le prêtre, les confidences de Jeanne sont reçues par le Père François sans être sanctionnés. Même s'ils ne s'uniront pas physiquement et que Jeanne finira par admettre «J'aimerais bien ne plus me réveiller», François a, pour elle, des paroles de compréhension et de réconfort : «Vous ne croyez pas en votre avenir. Vous croyez que quelque chose se termine. La souffrance est humaine. Il faut la voir comme une preuve d'humanité. Dieu veut que nous ayons pitié de nous-mêmes. [Donc aussi des autres] »

Constamment, le discours religieux et le parcours sexuel s'accompagnent en parallèle jusqu'à ce qu'Anna retrouve Pierre et que le plan final de son visage épanoui et souriant exprime la sérénité de l'amour assumé dans toutes ses dimensions.

Avec Un poison violent, Katelle Quillévéré assure une prise de position forte et nuancée, tributaire de connaissances et de réflexions assumées. Chaque point de vue est respecté dans un déroulement élaboré avec des touches fines et artistiques. Elle a circonscrit un sujet rarement aussi bien traité.

EN FAMILLE

Les films Disneynature ont toujours assuré une qualité d'images que confirment les minutieux gros plans et les éloquents panoramiques de Félins d'Afrique. La particularité de cette récente production réside aussi dans le récit qui favorise un attachement aux animaux; ceux-ci deviennent des personnages dans une histoire avec des péripéties. La présentation transforme donc les faits en dilemmes pour la survie.

Cette co-réalisation de Keith Scholey et Alastair Fothergill, a montré la réserve nationale Maasai Mara qui est divisée par une rivière au sud de laquelle vivent 6 lionnes et leurs lionceaux dont Leila avec sa petite lionne Mara auprès de Fang, le chef, alors que Kali et ses 4 fils contrôlent le territoire au nord. Sita et ses 5 petits guépards côtoient Kali.

Les lions dépendent les uns des autres pour leur bien-être et leur protection. Sita, elle, est seule pour assurer sa survie et celle de ses petits. Le guépard ne vit pas en clan et mise sur sa vitesse pour chasser, fuir ou leurrer; par contre, son manque d'endurance limite sa course à 30 secondes avant l'exténuement. La guéparde est indispensable à ses petits alors que pour les lionceaux, rien n'est plus précieux que l'appartenance au clan.

Lors des scènes de course, de chasse, les impressionnants gros plans permettent d'apprécier le travail musculaire des félins en montrant jusqu'à la peau qui se tend sur les os. À la caméra, Sophie Darlington, Owen Newman et Simon King ont su anticiper parfois les déplacements des bêtes afin de capter les mouvements subits et les réactions élaborées. Le récit va au-delà d'une simple description, la sentimentalité et l'humour s'ajoutent à la beauté des images. Plusieurs autres animaux interviennent avec leurs caractéristiques relevés de façon amusante par la narration et la sélection des images : zèbres, gazelles, aigrettes, hyènes, traversent les temps d'apprentissage ou de souffrance. Les plans raccords des ciels ennuagés et teintés ponctuent les épisodes avec une touche artistique inspirant la contemplation méditative. Même les images nocturnes sont belles pour nous faire découvrir la plaine du Kenya. La musique appuie, dynamise ou dramatise les scènes dans un véritable accompagnement.

Dans ces confins où longue sécheresse et pluie glacée se succèdent, les mamans sont bien braves et leurs petits particulièrement craquants, leurs feulements ne faisant qu'amplifier la tendresse qu'ils inspirent. À la fin du film, malgré tous les dangers, grâce à son courage maternel, Sita a élevé 3 magnifiques guépards. Mara, devenue une lionne adulte, et les petits de Sita, maintenant autonomes, témoignent de la force de l'amour maternel.

La narration en français est due à Grégory Charles. Un des grands intérêts de ce générique réside dans cet humour qui fait le lien entre l'aspect technique du tournage et les animaux qui ont été filmés : la tortue léopard que les lions retournaient est présentée comme une apprentie cascadeuse, l'outarde de Kori est styliste, le crocodile assume le service de traiteur, le phacochère s'avère le responsable du maquillage, la girafe, la préposée à la grue, l'hippopotame est responsable de la photographie sous-marine et l'aigle ravisseur, de la photographie aérienne.

Les images aussi majestueuses que détaillées des Félins d'Afrique de Disneynature témoignent de l'importance de protéger notre planète dont la Savane et ses animaux en péril. Portrait émouvant et somptueux d'une des dernières terres sauvages.

EN SOUVENIR

Cinéaste, écrivain, académicien, Marcel Pagnol a révélé la Provence et les marseillais dans des œuvres qui ne cessent de traverser le temps. Encore, un de ses films La fille du puisatier (Marcel Pagnol, 1940) qui permettait à Fernandel d'interpréter ainsi que dans Angèle (Marcel Pagnol, 1934) un personnage attachant et dramatique, un homme compréhensif et aidant, vient d'être repris; l'acteur Daniel Auteuil a réalisé cette nouvelle version dont on attend la sortie au Québec. En effet, si nous avons vu Jane Eyre (Cary Fukunaga, 2010) avant sa sortie en France prévue pour septembre 2011, la date de projection du film d'Auteuil n'est toujours pas annoncée pour ici.

Marcel Pagnol avait narré ses souvenirs dans une suite de quatre livres dont le premier La Gloire de mon père a été adapté par Yves Robert en 1990. Joseph, le père de Marcel, est instituteur public, c'est dans sa classe que l'enfant apprend à lire dès son plus jeune âge; sa passion des mots sera inextinguible. Marcel vénère son père : «J'admirais la toute puissance paternelle». Lors des premières vacances dans la garigue, «mon père préparait l'ouverture de la chasse avec une application si minutieuse et si humble que pour la première fois de ma vie, je doutais de sa toute puissance». Aussi Marcel suit-il secrètement ce père impressionnant, véritable puits de connaissances, dans une situation nouvelle pour lui. Joseph avance et tire en vain jusqu'à ce qu'il fasse un doublé; il tire deux bartavelles, des perdrix des roches au cri grinçant. Marcel retrouve les oiseaux qu'il brandit fièrement : «Et dans mes petits poings sanglants d'où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père dans le soleil couchant».

La saison s'achève «et l'été déjà mort n'avait pas une ride», il faut quitter l'endroit merveilleux qui restera l'inspiration de Pagnol. «De douces gouttes de pluie pleuraient pour moi sur mon visage» pense-t-il en saluant Lili des Bellons le compagnon qui l'a initié à la vie extraordinaire dans les rochers des collines, dont une grotte abrite un grand duc, qui l'a amené contempler les orages, qui lui a fait découvrir la végétation et ses bêtes spécifiques.

Alors, le curé du village offre à Joseph, l'anticlérical absolu, une photographie en trois tirages représentant Marcel près de son père qui arbore le résultat de sa chasse. Pour mieux souhaiter une belle et agréable Fête des Pères à tous les papas, géniteurs ou d'adoption, que nous adorons toujours même après avoir grandis, rappelons la déclaration de Marcel constatant chez son père une fierté triomphante qui l'amène à montrer autour de lui l'éloquente photographie : «J'avais surpris mon cher surhomme en flagrant délit d'humanité. Je sentis que je l'en aimais davantage».