Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

Chronique cinéma
juin 2013

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

EN ANALYSE

Inventive, déconcertante, mystérieuse, la caméra induit des significations ou attire notre attention avec des réalisateurs tels que Florian Micoud Cossen et Abbas Kiarostami. Aussi, Thomas Vintenberg permet à Mads Mikkelsen d'exceller dans La Chasse pendant que Luchini et Wilson déclament Molière à Bicyclette . En ce début d'été, c'est dans les neiges de McMurdo que se déroule le film d'où est extraite la réplique du moi en souvenir.

La ville vue d'un hélicoptère alors que l'image se brouille. La caméra ensuite, est au niveau de la ville, encore, l'image est flouée. Puis, plan rapproché, cadrage sur Maria, 31 ans, dans un taxi. Plan titre. Das lied in mir The day I was not born . Ensuite, Maria dans une compétition de natation. Ce début de film s'accorde avec l'intrigue : de plus en plus, malgré le trouble, avec beaucoup d'effort, Maria se rapprochera de la vérité.

Entre la douleur du père inquiet et l'insistance de la fille dubitative, la recherche des origines bouleverse les liens familiaux. Venue d'Allemagne, en route vers Santiago, de passage à Buenos Aeres, Maria se transforme en détective du passé, de son passé, lorsqu'elle reconnait une berceuse chantée par une maman dans l'aéroport. Après avoir entendu sa fille mentionner ce fait, Anton, le père, veuf, la rejoint aussitôt. Il lui révèle alors qu'elle a été adoptée.

Fréquemment, Florian Micoud Cossen, le réalisateur, brise le déroulement du récit par des flash-forward. Il nous annonce le futur proche de Maria qui cherche son passé éloigné. Anton apprend à sa fille qu'elle est née en 1980 en Argentine. Pendant les trois premières années de sa vie, sous la dictature militaire, elle a vécu avec ses parents. Il a connu le couple amené un matin par des militaires quand Maria était à la garderie où Anton l'a recueillie. Il ne lui a jamais dit que ses parents avaient été torturés à mort.

Anton cherche à se rapprocher de Maria qui veut trouver des traces de ses géniteurs. La quête affective du père est parallèle à la quête factuelle de la fille dans une déstructuration du temps événementiel et du temps narratif. Cette complexification correspond à l'enchevêtrement des sentiments et des émotions.

Dans un cadrage symbolique, Cossen fait le focus sur le profil de Maria quand Anton est hors champs, il fait le focus sur Anton et Maria devient hors focus. Il reprécise le profil de Maria. Cette scène est importante car elle exprime le va et vient inclusif du réalisateur qui accorde autant d'importance à la volonté de Maria qu'au tourment d'Anton.

Abbas Kiarostami, réalisateur iranien de Like someone in love, tourné au Japon, lui aussi travaille avec une caméra qui interpelle. Il ouvre son film avec un monologue hors cadre pendant que se déroule l'action dans un restaurant. Nous sommes d'ailleurs au cœur d'une duplicité, un mensonge : une escorte, Akiko, fait croire à son copain qu'elle ne travaillera pas. Puis, elle dupe sa grand-mère.

Pour mieux miser sur la dichotomie présence/absence, Kiarostami capte le reflet d'un homme dans une vitrine alors qu'apparaît simultanément la scène à l'intérieur. Puis, dans un long plan séquence Akiko écoute dans un taxi les messages téléphoniques de. sa grand-mère jusqu'à ce que le taxi contourne la place où la mamie attend en vain.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • The day I was not born Das Lied in mir Florian Micoud Cossen, 2010
  • Like someone in love Abbas Kiarostami, 2012
  • La Chasse Jagten Thomas Vinterberg, 2012
  • Il n'y a pas de fumée sans feu André Cayatte, 1973
  • Les moissons du futur Marie-Monique Robin, 2012
  • L'école du soupçon Les dérives de la lutte contre la pédophilie Marie-Monique Robin, 2007
  • Molière à bicyclette Philippe Le Guay, 2013
  • Elvire-Jouvet 40 Benoît Jacquot, 1986
  • Jules et Jim François Truffaut, 1962
  • La nouvelle Rupert Nicolas Renaud, 2012
  • La cicatrice Jimmy Larouche, 2012
  • Encounters at the End of the World Werner Herzog, 2007
  • Eight below Frank Marshall, 2006
  • Antartica Nankyoku Monogatari Koreyoshi Kurahara, 1983

Chanson référée au cours de la chronique :

  • La bicyclette Francis Lai, Pierre Barouh, 1968

 

Akiko, 20 ans, se rend chez Watanabe, un traducteur de 80 ans. Encore un mensonge avec l'histoire de l'oncle qui disait avoir peint La leçon du perroquet. À nouveau, le jeu de la représentation grâce au reflet : Akiko est dans le lit mais, quand elle parle au vieux monsieur on voit son reflet dans l'écran de la télévision, elle-même n'est pas dans l'image. Le lendemain, le phénomène du reflet nous fait découvrir dans le pare-brise Watanabe qui conduit quand Akiko enfile ses bas gris en baillant. Elle a donné de mauvaises réponses à son examen, encore de la fausseté. À la fin du film, le copain surgit chez le professeur Watanabe en criant : « Menteur ».

Un personnage traverse le film avec une déclaration percutante : un policier, ancien élève de Watanabe, a quitté ses fonctions parce que, dit-il, « Je cherche à comprendre la violence ».

Il faudrait aussi comprendre pourquoi nous sommes aussi malhabiles dans les contextes d'agression.

Pour son film suédois intitulé Jagten- La Chasse , Thomas Vinterberg a été inspiré par un psychologue qui lui avait remis 10 ans plus tôt des documents en le prévenant qu'une pensée peut se répandre comme un virus. En travaillant avec le thérapeute et le scénariste Tobias Lindholm, le réalisateur a abouti un film grave, minutieux porté par des acteurs talentueux.

Mads Mikkelson interprète Lucas, ancien enseignant, qui travaille dans une garderie. Klara, une petite fille de la garderie devient amoureuse de Lucas et l'embrasse. Quand Lucas l'avertit : « Les bisous sur la bouche c'est pour papa et maman. Klara confie à la directrice que Lucas lui a fait du mal.

Un enquêteur interroge Klara. L'abus est annoncé aux autres parents. La procédure est suivie et plusieurs enfants décrivent le sous-sol de Lucas où ils ont été agressés. Marcus, le fils de Lucas, n'a plus le droit de voir son père. Il se rend quand même le visiter et est battu par un parent du village. Klara dit à sa mère qu'elle a raconté des bêtises, sa mère lui rétorque que son cerveau préfère oublier. Lucas est battu, son chien est pendu, la police l'arrête devant Marcus.

Il n'y a pas de sous-sol chez Lucas. Un an plus tard, tout le monde du village se fréquente comme avant. Les batteurs embrassent les battus. Dans la forêt, une ombre tire sur Lucas.

Des vies sont détruites par des mensonges. Les accusés à tort restent victimes de suspicion au nom de l'expression qui devint un titre de film Il n'y a pas de fumée sans feu. Dans ce film d'André Cayatte, une femme est victime d'atteinte à sa réputation par l'utilisation d'une photo truquée alors que son mari est en pleine campagne électorale. C'est l'assistant du politicien au pouvoir qui a tout manigancé pour maintenir son chef en place. Quand l'innocence de la victime est prouvée, que le politicien en chef démissionne, c'est l'assistant qui se dirige vers le pouvoir; le nettoyage a facilité une saleté plus grande encore. Le film fait référence à l'affaire de Salah Kaced, tué en posant des affiches en 1971.

Les personnes prédatrices ciblent les êtres vulnérables et la contrepartie de la démonstration pertinente faite par Vinterberg aurait pu consister à montrer que Marcus, blessé, tourmenté, battu, avec un père arrêté, serait consolé par un sauveur se révélant un bourreau; Marcus ne serait pas cru quand il demanderait de l'aide. Le portrait aurait été plus complet, la réalité plus totalement représentée. Car nous échouons à protéger des victimes et nous triomphons à en créer.

Marie-Monique Robin, journaliste d'investigation, dont j'analysais l'ouvrage et le documentaire Les moissons du futur dans ma précédente chronique, a signé un livre et un film intitulé L'école du soupçon-Les dérives de la lutte contre la pédophilie . Le film La chasse abonde dans le même sens.

De La Chasse, une très belle scène est à retenir : pendant l'incarcération de son père, Marcus à la flamme d'un briquet regarde des photos de Lucas quand il était enfant. Tous les personnages représentaient un rôle exigent avec de la nuance et de l'intensité. Dans le rôle de Klara, Annika Wedderkopp et dans celui de Marcus, Lasse Fogelstrom prouvent que la valeur n'attend pas le nombre des années. Pour la scène dans l'église lors de la messe de Noël, fête de l'amour, pendant que tout le village est haineux envers Lucas, Mads Mikkelsen a pleuré pendant les 8 heures qu'a nécessités le tournage. D'ailleurs, au Festival de Cannes 2012, il s'est mérité le Prix d'interprétation masculine.

Deux valeurs sures du cinéma français, Fabrice Luchini et Lambert Wilson sont au générique de Molière à bicyclette de Philippe Le Guay. Gauthier Valence (Wilson) signe rapidement un contrat d'acteur avant le départ du train. Il se rend à l'Île de Ré pour demander à Serge Tanneur, acteur, de revenir à la scène après une longue absence.

Or, Serge (Luchini) fait des casse-têtes et de la peinture en brûlant ses anciens scénarios pour se chauffer. Gauthier joue le Dr Morange dans une série-télé qui lui apporte la vénération du public, ce qu'il apprécie jusqu'à la dépendance.

Gauthier espère amener Serge à accepter de jouer Alceste dans Le Misanthrope de Molière. « Les rôles n'ont pas d'âge; 20 ans au temps de Molière c'est 50 ans aujourd'hui ». Ils répètent donc, nous offrant la prononciation des alexandrins : « Tu peux pas raisonner le vers, ça passe par le corps ».

La répétition, l'ampleur de ce travail intime, caché, secret deux entre comédiens, ce travail en dégradés et en accentuations, nous est donné dans ce Molière à bicyclette qui n'est pas qu'à l'air libre du vélo sur la route de l'Île de Ré mais qui se développe surtout dans le huis clos de la maison vétuste. Jouissif, à en avoir le frisson.

D'abord, Lambert Wilson a volontairement mal joué la scène 1 de l'acte 1 afin de faire affleurer la progression du travail d'acteur de Gauthier qui finalement excelle, bien sûr. Ce qui rappelle Elvire-Jouvet 40 dans lequel une comédienne, Maria de Medeiros, interprète une élève du Conservatoire que Louis Jouvet, pendant 7 leçons en 1940, fait travailler pour le rôle d'Elvire dans le Dom Juan de Molière; la comédienne devait d'abord mal jouer et progresser peu à peu.

En Europe le film s'intitulait Alceste à bicyclette . On y entend la magnifique chanson La bicyclette d'Yves Montand et on se souvient de la scène de bicyclettes du film Jules et Jim . Les personnages du film de Le Guay révèlent des traits communs avec Philinthe et Alceste, les personnages de la pièce de Molière : l'un a besoin d'être aimé, l'autre a besoin d'être méchant. Tous les rires suscités mènent à un chagrin réel, à un drame profond. Molière à bicyclette scénarisé par Luchini et Le Guay est un vrai délice.

EN BREF

Avec son premier long métrage La nouvelle Rupert , Nicolas Renaud, réalisateur métis huron-wendat, a remporté la Palme du meilleur réalisateur canadien émergent au festival Hot Docs de Toronto.

Dans ma précédente chronique, en entrevue je vous présentais Jimmy Larouche et son long métrage La Cicatrice; nous avions effleuré son intention de réaliser un film intitulé Le Lac . C'est officiel, la maison Avanti va produire son film. Jimmy peut donc continuer à développer son projet.

EN SOUVENIR

L'humain va disparaître comme les dinosaures, déclare Werner Herzog dans la narration de son documentaire Encounters at the End of the World (2007) qu'il a tourné à McMurdo dans l'Antarctique.

C'est aussi dans cette région que se rendent le Dr Davis McClaren et le guide Jerry Shepard dans le film Eight Below réalisé par Frank Marshall en 2006. Ce film est repris d'un autre film Antarctica Nankyoku Monogatari réalisé par Koreyoshi Kurahara en 1983. L'origine du film ne s'arrête pas là car le film japonais était lui-même inspiré par quinze chiens de traîneau qu'une équipe de scientifiques japonais avait abandonnés en Antarctique en 1958. Deux seulement avaient survécu.

Dans le film Eight Below , huit chiens sauvent Shepard et McClaren qui sont amenés en laissant les braves bêtes dans la tempête. Les chiens tentent de survivre. Dès le début, Old Jack, le plus vieux, ne peut se libérer de sa chaîne et décède. Puis, Dewey est blessé mortellement en tombant dans une pente abrupte; Max reste près de lui pendant son agonie. Les chiens se déplacent et quand la carcasse d'un épaulard les rassasierait, un léopard de mer en surgit et mord Maya. Les chiens font preuve d'une solidarité qui fait souvent défaut aux humains : Max distrait le terrible phoque des mers australes pour que les autres puissent manger et quand Maya blessée se déplace peu, de la nourriture lui est apportée.

Le paroxysme du film est atteint quand Jerry revient avec une équipe pour finalement sauver les chiens mais que Max refuse de l'accompagner parce que Maya, toujours blessée, est hors de vue. Les chiens sont amenés mais Max résiste à l'insistance de Jerry qui décide de le suivre. Maya est alors découverte et transportée.

Avant de décider de retourner secourir les 3 alaskiens malamutes et les 5 sibériens huskies, Jerry continuait son existence mais restait préoccupé. On ne peut pas tricher avec ce qu'on ressent. On peut mentir, colporter des mensonges, mais, le mal-être finit toujours par se manifester que ce soit avec évidence ou indirectement. Pour les personnes qui ont encore une conscience, des remords, la volonté de réparer les torts causés, agir peut devenir libérateur; avoir tout fait pour aider, pour sauver, peut procurer un apaisement ainsi que Katie, l'amie de Jerry, le lui dit : « Ce qui est important, c'est de trouver ce qui va t'apporter la paix ».