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Chronique cinéma
Juin 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

En juin, au Québec, nous pouvons voir Suzanne, un film essentiel, Amazonia nous charme et nous convainc de l'importante beauté de la nature et Un été en Provence nous permet d'apprécier la possibilité de lire les dialogues au grand écran. En souvenir, nous retraçons le parcours admirable et bref de Malik Bendjelloul.

EN ANALYSE

Suzanne

Katell Quillévéré s'avère une scénariste et réalisatrice d'exception tant par les sujets qu'elle traite que par sa façon de les transmettre. Elle a montré le rapport spiritualité et sexualité dans Un poison violent (voir ma chronique cinéma de juin 2011 sur norja.net). Elle nous revient avec Suzanne dans lequel elle développe les destins de Nicolas, père veuf, chauffeur routier, et de ses deux filles, Maria et Suzanne. Encore, ainsi que dans Un poison violent, Katell Quillévéré a co-écrit le scénario avec Mariette Désert

Enfant, Suzanne, danse sur scène pendant que son père et sa sœur la regardent dans la salle. Adolescente, elle est enceinte. Mère de Charlie, elle rencontre Julien et quitte tout pour lui. Les péripéties de sa vie vont continuer en causant des impacts toujours plus accentués à sa famille.

Car c'est dans l'affection familiale que se fonde ce groupe qui éclate et se reforme; distance et proximité, séparation et fusion, départ et retour, Quillévéré cisèle les nuances et présente les extrêmes. L'amour qui unit les trois protagonistes perdure, fil conducteur entre les revirements énormes qui marquent fondamentalement le père et les filles. Avec Nicolas, l'expression père de famille prend tout son sens.

Par rapport à lui-même, Nicolas privilégie ses filles, son petit-fils, puis sa petite-fille. Il dort sur le divan pour que Suzanne ait la chambre avec Charlie. Il refuse une nouvelle relation avec une femme. Et il amène ses filles fleurir la tombe d'Isabelle, sa femme, morte à 30 ans. Sa famille est soudée mais pas malsaine, quand Maria demande si elle peut encore dormir avec son père, il lui répond qu'elle a passé l'âge. D'ailleurs, elle saura s'assumer.

En effet, Maria, l'ainée, est autonome. Elle a son appartement. Elle garde son emploi de couturière dans une manufacture. Elle conduit son auto. Elle prend soin de Charlie quand Suzanne surgit pour squatter son appartement afin de se rapprocher de Julien.

Suzanne, elle, privilégie son amour pour Julien. Elle est monopolisée par cette relation . Après leurs premiers ébats à l'hôtel, elle ne peut quitter Julien, revient sans cesse vers lui pour l'embrasser. La scène les cadre de loin parmi la foule sous la pluie, sans dialogue, dans l'éloquence de l'élan qui la ramène toujours vers lui. Elle quitte son emploi. Et son fils. Elle participe à une criminalité nouvelle pour elle à cause des activités de Julien. Encore une scène sans dialogue montre toutes les parties de l'auto où la drogue est cachée pour traverser la frontière. Charlie a grandi dans une autre famille, c'est la dame de la famille d'accueil qu'il appelle maman et ne se souvient qu'un peu de sa génitrice. Suzanne perd beaucoup mais elle vit son amour, l'Amour, avec absolu, avec sacrifice, comme une entrée en religion.

On retrouve la violence, qui qualifiait le poison dans le titre du premier film de Quillévéré, dans cet amour ressenti par Suzanne pour Julien et dans cet amour ressenti par Nicolas pour sa progéniture. Suzanne frappe Julien quand elle le retrouve après avoir fait de la prison alors que lui était en cavale. Quand Suzanne discute de sa première grossesse avec son père, il la gifle. Un an après son départ avec Julien, Nicolas distribue encore des photocopies avec sa photo, demandant au jeune qu'il prend dans son camion s'il ne l'aurait pas vue. Quand, au procès de Suzanne, les charges et les peines qui la concernent sont énumérées, il pleure. Sa constance est indéfectible. Il maintient les liens. Il assure les soins quotidiens de Charlie après le départ de Suzanne; mais, la psy et l'assistante sociale considèrent qu'il s'absente trop à cause de son travail et le gamin lui est retiré. Grand-père à nouveau, il amène Charlie, jeune homme, rencontrer sa demi-sœur, bébé en prison avec sa maman Suzanne, incarcérée pour la deuxième fois. L'amour familial a déterminé sa vie. Rares sont les portraits d'hommes pères de famille au-dessus, au-delà même, de toute autre considération.

On pourrait appeler ellipses, le passage des ans qui n'est pas référencé dans la narration. Mais, ce ne sont pas des manques. L'important est montré, le reste est suggéré. À peine mentionne-t-on qu'un an a passé, que Charlie va entrer au collège, que Suzanne a eu un autre enfant, l'essentiel réside dans cette affection, cette fidélité , cet amour, initié par Nicolas, qui ramène ensemble les membres de cette famille.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE:

  • Suzanne Katell Quillévéré, 2013
  • Un tendre poison Katell Quillévéré, 2010
  • Amazonia en 3D Thierry Ragobert, 2013
  • Un été en Provence Avis de mistral Rose Bosch, 2013
  • La rafle Rose Bosch, 2010
  • Searching for Sugar Man Malik Bendjelloul, 2012
  • Man on a wire James Marsh, 2008
  • Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de trace Bernard Émond, 1992

Au niveau de l'interprétation, François Damiens manifeste la force de la justesse, Sara Forestier incarne la beauté de l'émotion et Adèle Haenel affirme l'importance de la simplicité.

Il faut reconnaître à Katell Quillévéré de s'être concentrée sur les valeurs humaines. Oublier les carriéristes vénales sans scrupules et les capitalistes cupides sans honnêteté, la numérisation des effets spéciaux et les cascades impossibles, nous sommes dans des considérations fines et puissantes, quand ce qu'il y a de plus ténu acquiert une magnificence imposante, quand le détail est solennel, quand l'émotion, trouble ou enthousiaste, foudroie ou propulse.

Avec Katell Quillévéré, le subtil mène au sublime; elle nous montre que, rarement, mais réellement, l'humain est capable du meilleur. Avec Suzanne, comme avec Un poison violent, elle a signé un chef d'œuvre.

En ce mois de juin où est célébrée la Fête des Pères, le film Suzanne valorise l'homme qui se consacre à ce lien exigeant et indispensable et rend hommage à celui qui assume ce rôle influent et incomparable : la paternité.

Amazonia en 3D

Thierry Ragobert a réalisé un film qui mêle scénario attrayant et documentaire intéressant. Dans Amazonia, présenté en 3D, Saï, un jeune singe capucin élevé en captivité voyage en avion jusqu'à ce qu'un orage fasse tomber l'appareil. Il se retrouve alors seul et sans expérience dans la forêt amazonienne. Nous partageons sa découverte du monde sauvage, aussi fascinant que redoutable, qui abrite plus de 60 000 espèces de plantes et 5 000 espèces animales.

Notre jeune ami rencontre un oiseau imposant, un insecte qui se camouffle, des colimaçons qui avancent par groupe de trois, un herbivore énorme qui effraie; ils se succèdent en portraits qui jouxtent des plans descriptifs de végétaux dont un arbre à épines.

Il imite les techniques de ses congénères qui volent des œufs, les cassent avant de s'en délecter. Puis, il mange des fruits hallucinogènes, s'endort et rêve.

Petite bête attachante, Saï voyagera sur une branche flottant dans l'Amazone en crue, verra une maman de l'espèce des paresseux, avec son petit accroché à elle avant de rejoindre la berge. Il trouvera une compagne. Puis, voyant à nouveau des humains, entendant et constatant leurs ravages, il choisira de retourner dans la forêt avec sa compagne. Alors, il retire son collier rouge et, après que nous l'ayons regardé pendant tout le film, c'est lui qui tourne son regard vers nous.

Ce film superbe aux images magnifiques convient aux enfants et aux adultes. La musique de Bruno Coulais contribue certes à la dramatisation en annonçant le danger mais elle exprime aussi des aspects des animaux; ainsi, un gros insecte bleu est accompagné par le basson.

Le montage parvient à induire un contexte relationnel; après quelques plans montrant un serpent et sa langue bifide, le petit singe est montré tirant la langue comme s'il avait répondu à une impolitesse du vivipare.

Ce film résulte d'une patiente élaboration : il a fallu deux ans de repérages et de recherches scientifiques, un an pour que les animaux acceptent l'équipe et le matériel, deux ans de tournage et un an de montage. Saï avait même une doublure. De plus, il existe un ouvrage livresque aux Éditions de la Martinière pour retrouver l'écosystème de Saï, notre jeune héros.

Tourné au Brésil, avec des vétérinaires et un biologiste, Amazonia est un ravissement et un avertissement : voilà toute la beauté naturelle que l'humain détruit. Rappelons-nous que de toutes les espèces qui ont vécu sur la planète Terre, l'humain est la seule à détruire son habitat.

Un été en Provence Avis de mistral

Au Québec, une belle initiative a été prise. Le Cinéma Beaubien à Montréal et le Cinéma Le Clap à Québec ont projeté le film Un été en Provence avec des sous-titres en français pour les spectateurs affectés par des difficultés auditives. Appelé SME, ce sous-titrage retranscrit les dialogues, la musique, les bruits et autres composantes audibles.

Le choix du film promulgué peut laisser perplexe. Production multi-générationnelle mêlant GPS et oliviers, Facebook et mistral, motos et chevaux, alcoolisme et cyclisme, projets en Provence et souvenirs de Woodstock, le scénario et la réalisation de Rose Bosch a une affiche séduisante consacrée à l'unique belle scène du film : le grand-père et son petit-fils dans le jardin, concentrés sur l'arrosage à proximité des grands arbres.

Or, le reste du film c'est une grand-mère qui cache à son mari que leurs trois petits-enfants viendront passer l'été avec eux, les récriminations incessantes des jeunes, les radotages des vieux, les chansons uniquement en anglais, les mensonges galvaudés, les blagues misogynes et la banalisation du viol.

Léa, l'adolescente, est nerveuse de vivre sa première fois avec Tiago; il lui donne un comprimé pour qu'elle se détende. Or, elle est retrouvée inconsciente et il faut même l'intervention d'un médecin. Puis, tout est beau et rigolo. Certes, pour une victime, il y a des traumatismes qui sont longs à conscientiser mais, pour une cinéaste, rendre compte de cette situation avec désinvolture irrite et inquiète d'autant que le frère de Léa, Adrien, s'intéresse à Magali, une femme mature qui l'assure qu'elle va attendre qu'il soit plus âgé avant qu'ils soient ensemble. L'agression de Léa est minimisée. Quand on veut faire des bouffonneries parce que c'est rentable, on n'aborde pas des sujets aussi graves. Et quoi encore? Les hilarants lynchages du Mississipi? Les joyeux kidnappings d'étudiantes au Nigeria? Les loufoques crimes d'honneur à travers le monde?

À remarquer : Michel Drucker en vélo, le visage expressif de Lukas Pélissier, le garçonnet de sept ans, sourd de naissance, et qu'on espère revoir au cinéma, le film en Europe s'intitulait Avis de Mistral et lorsque Paul, Jean Reno, reçoit sa médaille pour la qualité de son huile d'Olive on dit 2013 et dans les sous-titres il est écrit 2014. Après La Rafle en 2010 et ce récent film, Jean Reno et Roselyne Bosch prévoient travailler ensemble pour la troisième fois; ils projettent de faire un film sur Raspoutine, un prédicateur pacifiste russe qui voulut influencer Nicolas II en le dissuadant de s'engager dans la 1e guerre mondiale de 1914-1918 et qui est toujours présenté comme un illuminé d'autant plus redoutable qu'il apaisait Alexis, le fils hémophile du Tsar, au téléphone et satisfaisait les femmes au lit. Souhaitons que, cette fois, le résultat de leur collaboration soit plus habile.

EN SOUVENIR

Il était beau, jeune, talentueux, éminent et développait un projet de documentaire. Malik Bendjelloul s'est enlevé la vie à 36 ans, le mardi 13 mai 2014. Son frère ainé, Johar, a déclaré qu'il s'était suicidé après un long combat contre la dépression. Il semble que la douleur a été plus forte que lui.

Il a consacré son documentaire Searching for Sugar Man au chanteur et guitariste Sixto Diaz Rodriguez qui, aux États-Unis, avait enregistré deux disques Cold Fact en 1970 et Coming From Reality en 1971 avant de retourner à son métier de maçon.

Le temps passe. En Australie et en Afrique du Sud la population blanche sous le régime de l'apartheid découvre son répertoire à la suite de la circulation d'un bootleg. Les gens l'apprécient au point d'entonner ses chansons pour lutter contre l'apartheid. Des rumeurs et légendes circulent, on raconte même que Rodriguez est mort après s'être tiré une balle dans la tête ou s'être enflammé sur scène. Deux fans partent à sa recherche et le trouvent bien vivant. Rodriguez depuis donne des tournées triomphales.

En 2006, découvrant ce parcours fabuleux, Malik Bendjelloul veut le relater dans un documentaire. Né à Ystad (ville réelle où se déroulent les enquêtes de Wallander), d'une peintre suédoise et d'un médecin algérien, vedette de la télé dans son enfance, il avait étudié le journalisme. Pendant des années, il a cherché du financement. Son film documentaire a été produit par Simon Chinn qui avait précédemment produit Man on a wire oscarisé en 2009 voir ma chronique cinéma de septembre 2009 sur norja.net

Malik, humble et débrouillard, avait assumé presque seul le tournage et savait faire toute la place à son sujet. Manquant d'argent, il avait même achevé la captation avec son téléphone.

En 2012, c'est la consécration. Le documentaire est apprécié à travers le monde et remporte de nombreux prix. Le réalisateur ira chercher l'Oscar du meilleur documentaire de 2013. Un seul suédois avait tenu la statuette avant lui, Ingmar Bergman. Et pour Simon Chinn c'est un deuxième Oscar en tant que producteur d'un documentaire.

Le réalisateur, qui a doublé le rêve de tout producteur déjà oscarisé, a choisi d'interrompre ses rêves et sa vie.

On raconte que des gens se suicident parce qu'ils ne se projettent plus dans l'avenir. Or, Malik Bendjelloul travaillait à un documentaire sur Lawrence Anthony, un homme ayant recueilli des éléphants qui devaient être abattus. Il faisait des allers-retours entre Stockholm et Manhattan, où il habitait une cambuse au sud de Harlem.

 Une personne ne se résume pas à son décès sauf que Bendjelloul a fait un choix fatal. Il nous prive de tout ce qu'il aurait pu créer, lui, un artiste, un génie, un transmetteur de beauté et d'humanité. Lui, un être aussi important que tous les autres, que la plus inconnue des personnes, que le plus méprisé des êtres. Qui sait ce qui reste de nous même si Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de trace (titre d'un documentaire de Bernard Émond)? Chaque vie est importante comme il suffit d'une seule goutte d'eau pour nous apprendre que la mer est salée.