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Chronique cinéma
mai 2012

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Mai et la Fête des Mères convient à un film montrant les mères, les femmes, qui se consacrent au début et à la fin de la vie  : On ne mourra pas d'en parler de Violette Daneau et à un film dans lequel non seulement les mères sont interpellées, mais, aussi, tout l'entourage des jeunes  : Intimidation.

EN ENTREVUE

«J'ai consacré 7 ans à la construction du film. C'est long. C'est un travail sur un sujet lourd. Pendant ce temps-là, je n'ai pas fait le deuil des gens qui mouraient autour de moi, dont l'infirmière avec qui je voulais faire le film, et celui de mon frère. J'ai fait ce film pour qu'on en parle.»

Réalisation de Violette Daneau, le film, dont me parle la douce femme au sourire lumineux, s'intitule On ne mourra pas d'en parler et propose  : «Un regard plein de vie sur la mort».

«Plusieurs personnes meurent comme cet homme, me disait Violette, accroché aux barreaux du lit en disant  : «je veux pas y aller». La peur, la souffrance, elles peuvent être calmées physiquement mais psychologiquement, il faut s'adapter. Sur ton lit de mort, t'as envie d'avoir des gens que t'aiment. Il y a une fuite de la mort comme il y a une fuite de la vie.»

L.P. «Vous avez rencontré plusieurs personnes, avez participé à des groupes, des ateliers.»

V.D. «Oui et je sais qu'à Sherbrooke il y a un groupe de femmes qui font comme Elisabeth Knox dans le film. Elles font des démarches pour garder le corps à la maison. Pour le préparer. Pour mettre de la beauté dans la mort.»

L.P. «Qu'avez-vous appris de ce film, de l'avoir fait?»

V.D. «La vraie valeur de la vie»

L.P. «Et pour vous, quelle est la vraie valeur de la vie?»

V.D. «C'est l'Amour. Il y a des choses qui ne sont pas dans le film. Une femme mourante est arrivée à l'hôpital de bonne humeur. Son mari avait bu toute sa vie. Quand elle a eu le diagnostique du cancer, son mari a cessé de boire pour l'accompagner dans sa fin de vie. Elle a vécu les plus beaux moments de sa vie avec lui. Après son décès, son mari a recommencé à boire. Très souvent on ne va pas ÊTRE dans notre vie.»

L.P. «C'est un sujet dont il n'est pas facile de parler, la mort, tout le monde en a peur .»

V.D. «En fait on devrait pas dire qu'on a peur de la mort; on a peur de ne plus vivre. Le dire, ça nous met dans une grâce et on va dans la vie. Accompagner un mourant peut nous mettre dans l'apaisement.»

EN ANALYSE

Au début du documentaire On ne mourra pas d'en parler, Violette nage, elle sort la tête de l'eau en évoquant un imaginatif retour aux eaux maternelles «au moins je ne serais pas seule».

Puis, elle ajoute  : «à 60 ans il faut que je m'occupe de la mort». Elle entreprend donc de rencontrer des artistes, des accompagnateurs, une mourante et son conjoint, des femmes qui abordent la mort dans différentes formes d'ateliers et d'intercaler des scènes stylisées avec des acteurs représentant les mourants dans différentes situations.

Pour Michel Faubert, le tabou du mot même, mort, nous a amenés à passer «du baiser de la mort à la pipe de ruelle». Nous occultons cet aspect de la vie par des dénis, par des réflexes consuméristes (une petite fille parlait de magasiner après un décès).

Pourtant, «on se sépare toute notre vie, dit le Docteur Yves Quenneville, psychiatre. Il y a tellement de variations sur ce thème connu. Ce qui était une personne devient un cadavre…mais dans le cœur de ceux qui restent, c'est toujours une personne».

Mario, à 40 ans, est décédé d'un cancer en s'accrochant aux barreaux du lit et en criant  : «Je veux pas y aller».

Cette mort, qui terrifie, n'a-t-elle pas des enseignements à nous prodiguer? Gisèle Laberge anime l'atelier «1 année à vivre». Les rencontres nécessitent de s'impliquer à travers une démarche comportant des rituels, des réflexions, des choix. Cet engagement est consenti pour éveiller la conscience à la vie, au sens du précieux, à la nécessité de ralentir, d'être en relation avec ce qu'on vit jusqu'à utiliser les irritants comme un rappel de ce qui est précieux. En somme, le défi consiste à «rencontrer ce qui est déjà là».

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE  :

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE  :

  • Les voleurs d'enfance Paul Arcand, 2005
  • Murder by proxy Emil Chiaberi, 2010
  • Bowling for Columbine Michael Moore, 2002
  • Être et avoir Nicolas Philibert, 2002
  • Tourments d'amour Secrets of a sex addict Grant Harvey, 2008

Le Père Benoît Lacroix, Dominicain accompagnateur, remarque que dans ces moments ultimes «c'est toujours beau, c'est toujours vrai. On a envie de les aimer avec leurs limites, accepter la mort avec tout ce qu'il y a de plus étrange. C'est riche la mort.»

Cet accompagnement des mourants est aussi prodigué par Fleet Maull, prisonnier, il a choisi d'être là auprès de ceux qui déjà sont morts à la liberté, aux relations avec leur famille et qui vont mourir seuls, incarcérés. Il se souvient de l'un d'eux particulièrement brutal qu'il rencontrait un peu à contrecoeur tant il était désagréable. Un jour, il l'a trouvé, abandonné dans son lit souillé. Alors qu'il le nettoyait, il peut témoigner avoir senti «l'amour inconditionnel jaillir de moi».

Violette a cadré Françoise en plans de plus en plus rapprochés alors que cette infirmière qui fut accompagnatrice est elle-même mourante  : «là, il y a une perte de mon identité, je deviens une maladie. Quand j'émerge de ça, je suis capable de reconnaître des capsules de paix, d'être encore plus vraie, entre la terreur et la félicité».

Le compagnon de Françoise, Yves Allaire, admet que parler de la mort c'est «trahir un espoir de guérison. Elle m'a aidé, elle voulait vivre. Elle est morte en paix, en priant. Dans le Je vous salue Marie on dit «  Maintenant et à l'heure de notre mort ainsi soit-il».

En Suisse, Violette a rencontré André Melly et ses tonneaux d'accompagnement. Vous lisez bien, il s'agit de tonneaux contenant du vin. Une coutume veut que les gens préparent vin et fromage pour le jour de leur enterrement. Un blond garçonnet aux yeux bruns a déjà son tonneau et son fromage. Les gens ne baptisent plus, ne se marient plus, reste le cérémonial du décès. André serait content de sa mort s'il partait en croyant avoir rendu les gens heureux. Car la mort rappelle les questions fondamentales telle que Pourquoi la vie?

Bernard Crettaz, sociologue et ethnologue, organise des Café Mortel. Des rencontres pour favoriser l'expression des gens relativement à la mort qui est le non-sens  : «nous sommes en train de liquider la mort après avoir écrit le roman de nous-mêmes».

Sculpteure, Horta Van Hoye, prend son cahier de dessins, ses bandages de plâtre, pour faire des masques de mort «quand le visage intérieur ressort»

Norbert, qui a vécu sans femme, meurt en regardant une femme dans les yeux. Alors qu'Édith est morte avec le tonnerre qui a donné une voix à sa colère, Serge a soupiré, puis a dit  : «Pas maintenant c'est juste une pratique». Pendant que tout le monde éclatait de rire, il est mort.

Violette instille des confidences concernant son enfance alors qu'elle a été abusée par son père qui a été emprisonné. Elle avait peur de la violence de ce père qu'elle n'a plus revu mais qui l'a indélébilement marquée  : «J'avais mal à l'amour. C'est difficile l'amour, l'amour de soi. Le plus difficile  : se pardonner à soi-même. Prendre en charge de s'aimer, de vivre sa vie. La mort c'est la dernière chance de guérir de l'enfance.»

Elle se rend à la prison de Bordeaux pour s'entretenir avec l'aumônier Jean Pattry qui considère que la mort est un tel scandale que même Dieu veut qu'on aille au bout de notre cire comme une chandelle; il ajoute qu'une belle mort selon lui, c'est «un orgasme éternel».

Avec ses propos, Michel Doré, sociologue, bifurque des réflexions soutenues par des convictions religieuses. Il sait qu'un jour l'Univers va mourir et qu'il n'y aura plus personne pour se souvenir. Il pense que ses cendres vont être répandu dans un escalier pour empêcher qu'on glisse sur les marches.

En Espagne, lors d'une cérémonie religieuse, les gens bravent la mort en se couchant dans un cercueil; «si ce n'est pas un sacrifice, on ne le fait pas» confie l'un d'eux.

Violette retrouve Gisèle Laberge. Pour renouer avec l'importance des rituels, elle brûle sa fiche avec les expériences de vie qu'elle ne veut plus traîner.

Elisabeth Knox enseigne des ateliers de toilette des morts. Il faut fermer les yeux, avec un bandeau, la bouche, avec un foulard, vider la vessie. Ses gestes sont faits en présence de femmes qui veulent apprendre les soins à donner. Ensemble, elles lavent une femme qui pour la circonstance a accepté de simuler la défunte; elles la portent, la déposent, l'entourent.

Elisabeth a perdu sa fillette Alison. Depuis, elle sait que «nos défunts sont toujours avec nous». Elle souhaite que ses fils creusent sa tombe parce qu'il s'agit de s'occuper. On fait des repas, des collations, ce qu'on organise, c'est pour s'occuper.

Après toutes ces rencontres, Violette repense à l'enfant qu'elle était, à l'être qu'elle est  : «la petite fille qui avait peur de mourir est une vieille femme qui a peur de vivre».

Ce périple qu'elle a partagé avec nous par l'intermédiaire de ce film contient cette citation de Gilbert Cesbron  : «la mort ferme les yeux des mourants pour ouvrir les yeux des vivants». Après la projection, je me permets d'embrasser Violette en lui disant  : «Merci, vous nous apporter beaucoup de vie».

Le documentaire Intimidation-Bully débute avec une mignonne frimousse, un bébé qui marche, un papa qui pleure. Tyler s'est suicidé à 17 ans, Ty s'est enlevé la vie à 11 ans. Les deux étaient victimes d'intimidation.

Parce qu'il a été lui-même victime d'intimidation, parce qu'il veut changer l'acceptation tacite généralisée de cette cruauté, le réalisateur Lee Hirsch s'est immiscé avec sa caméra dans une école secondaire à Sioux City, Iowa, dans le tribunal du Comté de Yazoo, dans le comté de Murray et dans la Bible Belt en allant à Tutle, Oklahoma.

Pour Intimidation-Bully, il a filmé Alex, 12 ans, Kelby, 16 ans et Ja'Meya, 14 ans, ainsi que leurs parents et leurs amis alors que tous témoignent du problème grave de l'intimidation à l'école.

La persécution la plus évidente concerne les coups donnés à Alex dans l'autobus scolaire. Nous voyons les coups de poings, les étranglements, les crayons utilisés comme des poignards, les gifles, les étouffements. Kelby, elle, a été frappée par la fourgonnette des «sportifs du vendredi soir». Toutefois, ces gestes ne convainquent pas le directeur du centre de détention juvénile pour qui il aurait fallu qu'une victime, Ja'Meya, soit fouettée tous les jours pour justifier que son cas soit sérieux.

La violence physique n'est pas toujours exercée dans les cas d'intimidation. La violence verbale, minimisée, est pourtant effective. Alex attend l'autobus scolaire et déjà un garçon le menace de mort. David Long se souvient que son fils Tyler lui avait confié que des jeunes lui avaient dit d'aller se pendre.

Le cours d'éducation physique devient l'occasion, non pas de parfaire sa santé, mais, de développer des techniques de tyrannie. David, encore se souvient  : «Il pleurait à cause des cours d'éducation physique». Pourtant, Kelby et Ja'Meya y excellaient.

Toutes deux réussissaient très bien en classe, ce qui n'est pas le cas d'Alex. Donc, relativement aux performances scolaires ou sportives, on ne peut dégager de constantes qui de façon sure représenteraient des critères de conditions préalables au harcèlement. Afficher une différence, de quelque ordre qu'elle soit, et avoir une vulnérabilité par sa sensibilité, sa gentillesse, sa bonté, représentent des risques de devenir une victime. Une spécificité et des qualités constituent l'équation aboutissant à la persécution. Une personnalité d'exception avec de la douceur, de l'amabilité, de la probité, une candeur remarquable avec de la fascination, de l'empathie, de l'idéal, suscitent une telle jalousie, un si grand mépris, que les phrases assassines se multiplient.

Alex écrit des mots d'amour à sa mère, rêve des filles, se promène près des trains entre les séances de tortures mentales et physiques qu'il subit à l'école. Tyler est décrit par son père  : «C'était contagieux, vous attrapiez son rire. Il ne supportait pas les grosses foules, le bruit des foules. Je savais qu'il allait un jour devenir une victime».

«Je vais te lacérer» dit un enfant à Alex dans l'autobus. «Je m'automutilais» dit Kelby. Les histoires deviennent sanglantes, mortelles. Kelby a essayé de se suicider trois fois. Ty s'est tué ainsi que Tyler.

Parfois, certes, il y a les coups et blessures. Parfois, aussi, il y a la violence psychologique, banalisée, alors que cette forme d'agression a poussé Tyler au suicide; «il avait une cible dans le dos» rappelle son père.

Que font les responsables à l'école  ?

La directrice de l'école d'Alex, Mme Lockwood, force Cole, un autre garçon victime, à serrer la main de son agresseur. Elle exige qu'il essaie de s'entendre avec le garçon violent. Vicky Reed, directrice d'école, déclare  : «C'est faux de dire que c'est un problème majeur». James Ramsey, directeur d'école, refuse d'admettre qu'il y avait de l'intimidation quand Ty s'est suicidé.

Devant les dangers croissants qui concernent Alex, particulièrement dans l'autobus scolaire, Lee Hirsch montre les images à la direction de l'école et à ses parents. Ceux-ci lui reprochent de n'avoir que des liens de violence avec ceux qui le frappent. La directrice dit qu'elle a pris l'autobus 54 et que ses chérubins étaient sages comme des images «Faites-moi confiance» ose-t-elle prétendre. Alex lui rappelle qu'en 6e année il avait parlé d'un garçon qui écrasait sa tête dans le bus. La directrice lui répond qu'elle a parlé au garçon qui a cessé ce comportement; Alex ajoute que le garçon s'y est pris autrement pour continuer à rendre sa vie misérable.

Que peuvent faire les parents  ?

Après le suicide de leur fils, les parents de Tyler ont fait une assemblée à laquelle ils ont convié des parents, policiers et administrateurs de l'école. Les jeunes et les parents y ont assisté et ont constaté l'absence des autres. Kirk Smaley, le père de Ty, 11 ans, qui s'est suicidé, considère  : «Nous sommes des gens simples. Des gens inconnus. Si c'était l'enfant d'un politicien, on passerait une loi».

Que font les jeunes victimes  ?

Kerby, qui a affirmé son homosexualité, a cru que toute seule elle pouvait amorcer un changement dans sa communauté. «Pour faire changer les choses, ce ne sera pas seulement moi». De son coté, David Long croit que tout commence avec 1 personne et s'amplifie quand on espère un changement.

Ja'Meya, 14 ans, se rappelle  : «Quand j'ai essayé de le dire à un adulte, la situation a empiré». Alors, le 9 janvier 2009, dans l'autobus scolaire, elle a brandit l'arme de sa mère. Elle avait vu qu'un garçon battait des filles pendant que tout le monde riait. «Je voulais juste leur faire peur» dit-elle. Depuis, 45 accusations de délits incluant le kidnapping des enfants dans l'autobus, plusieurs centaines d'années de prison pèsent sur elle qui n'a pas tiré un seul coup de feu. Le directeur du centre d'incarcération déclare  : «Rien ne justifie qu'elle ait apporté cette arme dans l'autobus».

L'insensibilité, l'hypocrisie, l'humiliation, blessent aussi l'entourage des victimes. La cousine de Ja'Meya résume avec éloquence  : «Rien n'est fait».

Un barman est tenu responsable des actes d'un client en état d'ivresse. Pourquoi une direction d'école et les enseignants ne sont-ils pas tenus responsables de ce qui se fait relativement à leur école et même dans leur école  ? Un parent a soulevé cette corrélation lors de l'assemblée organisée par les Gordon.

Le problème désigné par les mots harcèlement, intimidation, diffamation, et qui se manifeste par une constance, une croissance, d'agressivité, de violence, verbale et/ou physique, augmente dans la société, au travail, entre voisins, à l'école. Le 6 avril 1999, Pierre Lebrun, qui avait travaillé pour la Société de transport en commun d'Ottawa-Carleton, est entré dans l'un des garages d'OC Transpo et est passé devant des dizaines d'employés avec une carabine. Il s'est suicidé après avoir tué 4 employés à la suite des moqueries répétées dont il était victime et dont il s'était plaint. Des membres de la direction avaient même empiré le problème. Marjorie Raymond, 15 ans, s'est pendue dans le garage de la maison familiale en Gaspésie. Parce qu'elle ne voulait plus aller à l'école et que la direction refusait de reconnaître qu'elle y était martyrisée, Marjorie avait été menacée de devenir une victime de plus avec la Direction de la Protection de la Jeunesse. La DPJ a été l'objet d'un documentaire de Paul Arcand  : Les voleurs d'enfance (2005). Dans l'agence gouvernementale du service postal américain, la tragique réalité des employés excédés qui prennent les armes et le phénomène des «mass murders» sont relatés dans le documentaire Murder by proxy d'Emil Chiaberi

(voir ma chronique ). Dans Bowling for Columbine Michael Moore n'a pas mentionné que les jeunes tireurs Eric Harris et Dylan Klebord le 20 avril 1999 ont d'abord fait feu sur les élèves qui les harcelaient à l'école Columbine dans le comté de Jefferson aux États-Unis avant de se suicider. Parfois, c'est l'agresseur qui pousse la violence du harcèlement jusqu'au meurtre ainsi que l'a fait Rolland Belzil à Verchères le 13 janvier 2012. Prouvant qu'il est faux de banaliser en considérant «Ce ne sont que des mots», voisin injurieux, Belzil est passé des paroles aux gestes et a poignardé à mort Ronald Malo.

Entre enfants, entre adultes, la destruction de l'autre peut être perpétrée par la manigance, le dénigrement, la brutalité. Généralement, les agresseurs n'ont pas la structure psychologique pour comprendre, regretter et réparer les torts causés. Souvent, ils ne ressentent pas d'empathie. De plus en plus, une fierté de leurs actes agressifs les pousse à filmer leur violence pour la diffuser sur Internet. Aussi, le réflexe de blâmer les victimes contribue à empirer le problème. Les personnes méchantes rassemblent plus facilement des complices que les victimes trouvent des alliés. Des êtres doux, sérieux, vulnérables, se transforment en suicidaires et/ou en tueurs. Un groupe, une école, un voisinage, une entreprise, une société, se privent de ses meilleurs éléments en décidant de se «débarrasser» de la victime. «Qui ne dit mot consent»; tolérer le harcèlement ne s'inscrit pas parmi les plus nobles ni les plus aidants des comportements.

Dans le film, Être et avoir de Nicolas Philibert (2002), l'instituteur, Georges Lopez, dans une école à classe unique d'enfants de 4 à 11 ans, l'école Saint-Étienne-sur-Usson, prend le temps de rencontrer deux garçons qui vivent une violence croissante. La discussion est calme et franche, des larmes sont versées, des faits sont avoués et la réconciliation a lieu.

L'équipe du film Intimidation-Bully souhaite que chaque personne fasse la différence. Si vous voyez un enfant malheureux, maltraité, «Soyez ceux qui changent les choses. Soyez prêts à l'aider».

EN SOUVENIR

Le 13 mai 2012 marque les célébrations de la Fête des Mères. La réplique du mois de cette section En souvenir cristallise l'importance de la parole individuelle et collective, l'influence des mots qui forgent, qui briment, qui incitent, qui endiguent. La transmission des mots concerne tellement les mères qu'a été établie l'expression «langue maternelle».

Le 7 avril 2012, des cinéastes ont participé à l'événement intitulé Nous? Pol Pelletier a alors déclaré «Le Québec est une femme»; elle métaphorisait la réalité d'une entité abusée dans un bris de confiance. Femme, enfant, homme, peuple, tout être, toute entité qui dresse le bilan de sa dépossession prend des risques, favorise des possibilités, ceux et celles du langage qui mène aux conscientisations, aux décisions, aux actions.

Sue William Silverman a écrit les livres autobiographiques  : Love Sick  : one womans's journey through sexual addiction et Because I remember terror father I remember you. Le film Tourments d'amour Secrets of a sex addict a été basé sur les ouvrages de l'auteure. Cette réalisation de Grant Harvey s'est méritée des nominations pour deux prix en 2009.

À 5 ans, Sue a été incestuée par son père. Sa perception de la réalité a été déformée. Elle se précipite vers des partenaires multiples, sabotant la possibilité d'élaborer une relation privilégiée, se donnant elle-même l'identité de quêteuse d'approbation pour prolonger le stéréotype de la pré-pubère séductrice.

Sue, comme tant d'êtres, femme, homme, enfant, comme tant de peuples, dont celui du Québec, a besoin de la parole guérisseuse, salvatrice; cette parole inclut toujours des mots d'amour. Sue apprend qu'elle doit se comporter différemment pour exister en dehors de sa dépendance, de son angoisse, de son passé, pour être vivante même si aucun homme ne la désire, pour établir son droit à se sentir mieux avec elle-même; elle a compris que  : «Les mots sains doivent remplacer les autres. Les mots peuvent nous sauver».