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Chronique cinéma
Mai 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Gold et Michael Kohlhaas nous offrent des images pures et des sentiments absolus.

EN ANALYSE

Gold

Une femme et trois hommes dans un canot avancent sur l'eau scintillante de la rivière Klondike au Kanada à l'été de 1896. Puis, après avoir rincé des cailloux, un des hommes indique aux autres la découverte d'une pépite d'or. Avec cette introduction, le réalisateur Thomas Arslan vient d'établir la possibilité de la présence d'une femme orpailleur. Son personnage principal est une femme dans le film Gold . À l'époque de la ruée vers l'or, des femmes risquaient l'aventure pour ouvrir un commerce tel qu'un hôtel certes mais, d'autres s'y rendaient pour tenter de faire fortune.

2 ans plus tard, donc à l'été 1898, une allemande, seule , arrive de Chicago en Colombie-Britanique par le train. Emily Meyer est incarnée par Nina Hoss, la magnifique actrice du film Barbara voir ma chronique cinéma de mars 2013.

Emily rejoint un groupe de prospecteurs. Elle achète une concession à Dawson. Six semaines seront nécessaires pour que le groupe parvienne là-bas. Les hommes du groupe l'aident à soigner son cheval, planter sa tente et rapidement, elle s'offre à soigner les chevaux. Muller, un journaliste allemand travaillant à New-York, écrit un reportage sur leur expédition car : « It is worth keeping a record of for posterity » il lui importe de laisser une trace pour la postérité. Muller s'intéresse à Emily qui remarque Carl Boehmer chargé de l'entretien des chevaux.

La misère attise l'espoir. Rossmann, un des hommes du groupe, est père de 4 enfants dans un taudis sans lumière. Laser, l'organisateur leur a demandé de l'argent pour les conduire avec un couple marié qui leur fera la cuisine.

Les péripéties du trajet sont détaillées : un tronc d'arbre bloque la route, il est scié. Une roue du wagon brise, il faut abandonner le chariot et une partie des provisions. Emily remarque dans la forêt un cheval mort. Plusieurs sont sacrifiés. Un soir un homme seul et taciturne croise leur campement en marchant halluciné. Quand ils font une halte dans une ville, le whisky et la poste sont d'un prix exorbitant « You're at the end of the world-Vous êtes au bout du monde ».

Se rendre à Dawson « It's a terrible trip » on la prévient que c'est un trajet pénible. Or, pendant que le groupe continue, deux hommes recherchent Carl pour venger un décès . Emily confie d'ailleurs à Carl qu'elle a travaillé comme servante pendant des années; lorsqu'elle a remis la totalité de son argent roulé dans ses bagages, on pouvait supposer qu'elle a économisé pendant des années pour investir dans ce voyage.

Le groupe découvre que Laser ne connaît le trajet que par une carte, il ne l'a jamais effectué. Devant une rivière, deux amérindiens, pour 5$ proposent d'aider les voyageurs à traverser. Le cuisinier et son cheval tombent dans un escarpement. Le cheval meurt de la chute, le cuisiner a le bras cassé. Le journaliste prend des notes et des photos. Emily lave ses caracos et les étend dans l'herbe. Il faut chasser pour se nourrir. Les conflits personnels comment à émerger. De plus en plus, les scènes sidèrent, attristent, inquiètent.

Laser a beau examiner sa carte, il est complètement perdu. Carl le surprend la nuit quand il tente de s'enfuir avec tout l'argent des voyageurs. La décision de le pendre est exprimée par les membres du groupe à l'exception d'Emily et de Carl; le scénario leur ménage les connotations d'un tel choix. Maria, la cuisinière, Rossmann, Muller sont les personnages qui assument l'aspect drastique d'une conséquence à la criminalité de Laser; ils le sanctionnent pour le vol de leur argent en prévoyant l'exécuter à l'aube. Pendant la nuit, Emily, observée par Carl, délivre Laser. Puis, sans hésitation, Carl abat un cheval épuisé. L'homme fourbe a fui, la brave bête est tuée.

Maria et son mari renoncent. Restent Emily, Muller, Rossmann et Carl. Muller tribale du whisky, Rossmann s'encourage en regardant la photo de sa famille. Muller marche dans un piège à ours et découvre la cruauté infligée aux bêtes en la subissant lui -même. La gangrène risquant de le tuer, Carl chauffe une scie pour l'amputer. Muller est ensuite trainé sur un brancard à l'arrière d'un cheval. Il demande que ses notes et sa caméra soient envoyées dès leur arrivée à la prochaine ville et donne 2 pépites d'or à Emily avant de mourir.

Les trois derniers voyageurs voient ensuite qu'un père s'est pendu en laissant une lettre à envoyer à sa famille. Rossmann se dénude et se laisse tomber dans la pente de la forêt montagneuse.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE:

  • Gold Thomas Arslan 2013
  • Barbara Christian Petzold 2012
  • Audrey Rose Robert Wise 1973
  • Magic Richard Attenborough 1978
  • Mussolini and I Alberto Negrin 1985
  • Dylan Thomas : Return journey Anthony Hopkins 1990
  • The silence of the lambs Jonathan Demme 1991.
  • La chasse Thomas Vinterberg 2012
  • Michael Kohlhaas Arnaud des Pallières 2013
  • Coco Chanel et Igor Stravinsky Jan Kounen 2009
  • Deux jours, une nuit Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2014
  • Foxcatcher Bennett Miller 2014
  • Gui Lai Coming Home Zhang Yimou 2014
  • The salt of the earth Le sel de la terre Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgafo 2014
  • Malèna Giuseppe Tornatore 2000
  • Le crime d'Ovide Plouffe Denys Arcand 1984

Une image met l'amoncellement de neige en évidence, une autre, fixe, est accompagnée des hurlements des loups. Pour de l'argent, un homme indique Telegraph Creek où le couple dort à l'hôtel. Carl dit à Emily qu'il l'aime bien et qu'il sent être « a new man ». Emily a envoyé le compte-rendu de Muller et la lettre du suicidé quand surgissent les deux hommes recherchant Carl.

Arslan a filmé les paysages dans leur beauté et leur âpreté. Une scène de soir a été captée sans ajout d'éclairage. Les séquences de la progression sont sans cesse marquées par les embûches et les contraintes, les difficultés et les fatalités. Bien qu'on ne nous montre pas le retour des orpailleurs guettés par des voleurs, rarement, un film atteste de la réalité des rêves, du parcours exigent des projets de vie comme Gold le fait.

Michael Kohlhaas

Anthony Hopkins se révélait un acteur exceptionnel dès le début de sa carrière. Il fascinait dans Audrey Rose de Robert Wise en 1973, surprenait en ayant appris la ventriloquie dans Magic de Richard Attenborough en 1978, impressionnait dans le rôle du Comte Ciano dans Mussolini and I en 1985, étonnait en ayant composé la musique de sa première réalisation Dylan Thomas : Return journey en 1990 mais, il a acquis une renommée fulgurante en interprétant Hannibal Lecter dans The silence of the lambs de Jonathan Demme en 1991.

Mads Mikkelsen montre une exceptionnelle capacité de nuances dans La chasse de Thomas Vinterberg en 2012 voir ma chronique cinéma de juin 2013 et dans Michael Kohlhaas film dans lequel cet acteur danois s'exprime en français. Car, pour Coco Chanel et Igor Stravinsky de Jan Kounen en 2009 il avait déjà appris le français et le russe. Mais, actuellement, on parle de lui à cause de son interprétation du personnage Hannibal Lecter à la télévision. C'est décidément un personnage qui a un impact sur le public.

Le talent de Mads Mikkelsen se déploie dans des registres subtils et Michael Kohlhaas écrit et réalisé par Arnaud des Pallières nous permet de l'apprécier. Basé sur un roman d'Heinrich von Kleist inspiré par un fait réel, le film se déroule au 16e siècle. Kohlhaas, marchand de chevaux est spolié par un jeune baron. Ainsi que dans Gold, les chevaux souffrent énormément. Les humains aussi. Les deux magnifiques chevaux noirs saignent, le valet de Kohlhaas est attaqué par les chiens du baron et la femme de Kohlhaas est mortellement blessée.

Le film démontre que c'est hélas depuis des siècles que l'humanité refuse de rendre justice aux victimes. Kohlhaas honnête et naïf s'implique dans un processus judiciaire. Les avocats des victimes ne sont jamais très zélés aussi Kohlhaas constate qu'il perd son argent, que son avocat l'abandonne et que le tribunal protège toujours les fortunés et les puissants quand ils agissent mal. Tout est laid dans ce mépris du peuple « La mort d'un paysan c'est une blague ». Le temps passe et la cruauté persiste, « ce sont toujours les meilleurs qui partent » : après le décès de sa femme qui avait été tuée en demandant l'aide de la Princesse Marguerite, dite la Reine Margot, Kohlhaas est condamné à être décapité pour sédition. Car il a tenté de retrouver le baron, qui s'est enfui déguisé en femme, et il a rassemblé des paysans, des pauvres, des vagabonds, pour ravager des résidences de nobles. Il ne pillait pas, il protestait contre l'injustice. Son influence grandissait car il donnait un écho à la misère du peuple.

Arnaud des Pallières a filmé avec rigueur un contexte aride, pénible, ses images de la nature sans artifice confèrent au film un réalisme qui nous convainc de l'époque et de la mentalité. La réalisation exacte et soignée d'Arnaud des Pallières et l'interprétation sobre et émouvante de Mads Mikkelsen font de Michael Kohlhaas un film rare et essentiel.

EN PRÉPARATION

Du 14 au 25 mai 2014 se déroulera le 67e Festival de Cannes. Déjà, trois des films en compétition officielle ont été retenus pour être distribués au Québec par Métropole Films : Deux jours, une nuit des frères Dardenne sur l'impitoyable réalité de l'emploi, et deux films à caractère biographique :Foxcatcher de Bennett Miller sur John du Pont, le millionnaire qui créa un club de lutte et Mr Turner de Mike Leigh sur le peintre britannique impressionniste.

Aussi seront distribués : Gui Lai Coming Home de Zhang Yimou, présenté hors compétition, sur la dissidence d'un intellectuel chinois et sa vie tragique de 1920 à 1990. Le documentaire The salt of the earth Le sel de la terre de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgafo présenté dans la sélection Un certain regard est basé sur le photoreportage du brésilien Sebastiao Salgado qui s'est intéressé au quotidien dans une mine d'or.

EN SOUVENIR

1914-2014 Il y a 100 ans commençait la 1e guerre mondiale dite La Grande Guerre. Elle a été la dernière guerre basée sur les combats de soldats à soldats avec une force brute dans les tranchées. Elle a été la première guerre où furent testées et utilisées des armes chimiques.

On entend souvent que le contraire de l'Amour est la haine ; ne serait-ce pas la guerre ? La cruauté se masque de légitimité. La guerre est décidée par des politiciens, des affairistes et des militaires mais, elle est assumée par le peuple.

Au cours des guerres, la souffrance des femmes est grande mais peu relatée. Inquiétude, famine, viol, deuil les concernent. Et l'après -guerre ne signifie pas une accalmie.

Les femmes qui ont couché avec l'ennemi pour nourrir leurs enfants, elles-mêmes ou par désir, pire, par amour, sont humiliées et torturées. Atteintes dans leur dignité et dans leur corps. On les punit, non pour des actes violents , des manigances vénales, mais, pour leurs mœurs. Le film Malèna de Giuseppe Tornatore en fait l'éloquente démonstration.

L'actrice Arletty, qui aima un Allemand, fut en danger. L'actrice Mireille Balin subit les pires outrages. Des acteurs, chanteurs, affairistes qui travaillèrent pour des nazis ne furent pas inquiétés. D'ailleurs, Bernard Gensane a écrit un texte : « Et si Mireille Balin avait été un homme ? »

Ces femmes, comme bien d'autres, ont privilégié l'Amour, l'ont placé au-dessus de toutes les autres considérations . Elles ont fait l'Amour, pas la guerre. Marie, personnage du film Le crime d'Ovide Plouffe de Denys Arcand en 1984, déclare : « Personne ne peut juger la conduite des femmes en tant de guerre ».