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Chronique cinéma
Mai 2015

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

La symbolisation de notre présent, le rappel de notre passé, l'Art pour mieux nous faire réfléchir, Poupée et Augustine, des personnages, des vies représentatives de la conviction et de la persévérance.

EN ENTREVUE

Poupee_de_Zoe_DuchesneZoé Duchesne est intelligente, courageuse, créative et impressionnante. Mannequin célèbre, invitée remarquée au Festival de Cannes, comédienne, elle a été Chloé dans la télésérie française In America, Zoé affirme son talent d'artiste francophone d'origine québécoise avec une exposition et des performances qu'elle a travaillées pendant 3 ans.

En 1979, Nicole Deslauriers, mannequin québécoise faisait paraître Le corps tremplin, un livre dans lequel elle relatait sa carrière. Puis, en 1983, elle écrivit Si mon père m'était conté, un ouvrage sur le chef d'orchestre Jean Deslauriers. Je suis particulièrement touchée par ces faits puisqu'enfant, l'une des premières émissions de télévision à laquelle j'ai participée comportait une musique sous la direction de ce chef d'orchestre. Nicole Deslauriers était une belle femme certes mais elle était aussi une auteure convaincue. Elle prouvait qu'elle n'était pas seulement un corps, fut-il un tremplin.

Puis, en 1994, dans Dangerous Indiscretion, C. Thomas Howell déclarer à Joan Severance que son corps avait été son destin. Du tremplin, on passait au destin.  En 2001, une autre québécoise, Nelly Arcan publiait Putain dans lequel elle amorçait une exploration du paradoxe qui concerne les femmes et leur corps. En 2014, Léa Clermont -Dion lui a dédié son livre La revanche des moches et a réalisé le documentaire Beauté Fatale. Le destin était inéluctable puisqu'en 2009 Nelly Arcan s'est suicidée.

Lucie_a_la_projection_de_Poupee_pour_l-entrevueEn mars et avril 2015, Zoé Duchesne réinsuffle l'espoir en commençant la tournée de son exposition et performance intitulées : Poupée. Le rapport au corps, le culte de la beauté, la tyrannie de l'image ont intéressé les plus belles femmes qui ont pris la plus plume pour partager leurs pensées. Zoé Duchesne, elle, a articulé son témoignage à travers l'image même en se plaçant presque simultanément derrière et devant la caméra.

J'ai assisté à sa performance Cercle vicieux avec Forestare, un groupe de 2 musiciennes et 10 musiciens, j'ai vu son exposition de 34 photos et vidéos et je me suis entretenue avec elle. Son père, Réjean, était aussi présent; il lui est arrivé d'accompagner sa fille dans son parcours professionnel et il a contribué à ses œuvres.

Le travail de Zoé Duchesne s'inscrit dans la lignée des interrogations sur l'image de la femme en parvenant à connoter les méandres entre reflet et trahison. Les dilemmes qui tiraillent les femmes dans leur relation à leur propre corps sont exprimés par le personnage Poupée, inventé, incarné, assumé par Zoé.

L'artiste prépare tout entièrement seule. Elle planifie la mise en scène avec décor et accessoires, se costume puis se photographie et se filme elle-même. Dans cette importante préparation, s'insinue une déterminante spontanéité, une acceptation de l'imprévisible.

Pour une femme, le rapport au corps reste toujours conflictuel et Zoé en témoigne avec acuité. Pour incarner Poupée, elle porte une perruque blonde aux longs cheveux frisés, les mamelons de ses seins dénudés sont couverts de rouge à lèvres qui se répand sur la pointe de ses cheveux. Elle porte aussi une culotte à froufrous qui évoque à la fois l'enfance et la prostitution; encore des pôles que la femme doit simultanément intégrer. Elle n'a généralement qu'un seul soulier à talon haut, ce qui contribue à sa claudication . Car Poupée tremble, boite, tombe, git, se redresse, recommence, persévère. Sa difficulté à être interpelle et questionne la résistance aux pièges de l'image, l'attrait des satisfactions du miroir. Poupée plait, elle correspond aux diktats, elle est convoitée parce qu'elle satisfait l'attente basée sur les stéréotypes; mais, cette attirance qu'elle exerce amène l'autre à profaner la belle image, car le corps abrite une femme, une femme oubliée, niée, dénigrée. Ce massacre de la femme limitée au corps aboutit à l'intolérable vidéo :'L'Abus 2012 de 1m56s tourné à New-York.

Poupée a intégré les normes pour se définir, elle participe donc à sa négation avant d'amorcer un processus de renaissance. Alors, elle admet sa dangerosité pour elle -même, elle est aidée par Papa ange et elle tente une nouvelle façon de considérer ce qu'elle est et ce qu'elle vit. Elle ré-aborde les éléments de sa symbolique pour intégrer ses déterminismes et réorienter son destin : corde, cerceau, bouquet de roses reviennent avec une signification différente. Poupée renait, elle sort de l'eau en tenant un bébé dans ses bras.

Zoé Duchesne parle avec éloquence de son œuvre : « Mon travail est spontané, improvisé. Le mot Poupée pour le titre est venu dans l'action. C'est la créativité qui me choisit. Je prends la caméra, je m'installe. Avec ma première photo Le bordel en 2012 à Paris j'ai vu là  une poupée gonflable, une poupée morte. Après j'ai fait la deuxième photo, Les Vidanges toujours à Paris en 2012. »

« Je me suis demandée comment mettre mon vécu dans la poupée, étapes par étapes, pour parler de l'autodestruction, la fuite de l'émotion, la dualité désirs et peurs. Ma poupée est plus vivante que les humains. »

« La Poupée est responsable aussi, elle reste assise sur le banc, dans la vidéo L'Abus, 2012 à New-York, elle mange dans la vidéo La Boulimie, 2012 tournée à St-Sauveur -des-Monts. Elle souffre mais elle va vers l'inconnu, se bat avec elle-même, avec l'image formée par le regard des autres; elle doit s'en séparer. Elle va à la mer. »

Zoé m'a résumé le fil conducteur de son exposition : « Il y a tout le cycle de la vie. L'importance du regard des autres pour devenir ce que veulent les autres. Son inquiétude, elle sèche parmi son linge, elle est prisonnière; dans la vidéo La corde à linge, 2012 filmée à Black Rock, Nevada. Dans la vidéo L'Abus, elle se laisse abuser. Dans Miroir cassé, 2014 à Gourgoubes en Provence, c'est le reflet déformé d'elle -même. Elle n'écoute pas ses émotions, elle a des compulsions, c'est la fuite. »

« Poupée passe par l'acceptation, elle se donne l'Amour pour renaître. Dans L'Envolée, 2012 à Black Rock, Nevada, une plume est tombée des ailes de l'ange. Je l'ai ramassée, c'était imprévu. Elle, Poupée, elle s'y concentre au lieu de voir les plumes qui lui restent. »

« Dans Le fouet de l'abeille en 2013 à Paris, entre désir et peur, le fouet va la faire avancer, elle l'attache autour d'elle. Et dans la vidéo Le Dernier bouquet, 2014 à Paris, elle fait le deuil de la femme qu'elle a été. Elle va vers la renaissance. Elle renaît et va prendre soin d'elle. »

Je me suis entretenue aussi avec Réjean Duchesne, son père. Il avait accompagné sa fille en Allemagne : « elle ne parlait pas la langue, allait aux castings pour mannequins, elle vivait le rejet, elle était courageuse mais elle a fait son chemin. Elle le fait encore. Elle veut promener son exposition. »

L'admiration que Réjean ressent pour sa fille est perceptible, il considère qu'elle est très créative. Et très spontanée. Ainsi, elle est arrivée un jour et elle lui a fourni une perruque, l'a maquillé et le tournage de la vidéo Premiers pas, 2013 à St-Liguori a été fait. Réjean a participé aussi au vidéo Papa ange, 2013. Il relatait qu'elle installe sa caméra puis les choses se passent. Il m'a fait remarquer que dans cette vidéo, Poupée est allongée sur l'herbe dans un grand champ quand soudain un nuage se déplace et toute la scène est ensoleillée. Elle qui me disait que la créativité la choisit, elle pourrait ajouter que le hasard la favorise; cette éclaircie insiste sur la signification qu'elle voulait donner à cette étape, celle d'une embellie, d'un sauvetage.

Zoé s'occupe donc de la captation et du montage tout en laissant une place à l'imprévu , elle règle son appareil puis, n'a que dix secondes pour se placer, donc, il y a de la spontanéité dans la photo. Elle accepte les aléas, les imperfections, elle insiste, il n'y a aucune manipulation d'images, aucun des artifices utilisés par les photographes de mode.

Zoé Duchesnel avec son œuvre appelle à la libération de la femme enfermée dans des codes aliénants toujours plus intimes. Cette libération de la femme, qu'on ne croyait plus nécessaire, s'avère de plus en plus urgente. L'image de la femme exige un renoncement à sa vérité, blanchiment de la vulve, transplantation des cheveux pour augmenter les sourcils, ablation d'orteils pour que le pied paraisse mieux dans une sandale; nous sommes encore aussi obsédés que ceux qui ont pratiqué une clitoridectomie sur Cléopâtre ou placé des colliers au cou des femmes-girafes. Pourquoi la femme consent-elle à sa destruction? Pourquoi ressent-elle une telle haine d'elle-même?

Aux chirurgies s'ajoutent les transformations sur les photos des femmes, rendant l'idéal encore plus inaccessible, irréalisable, impossible. Les femmes s'abiment, se détériorent, se font souffrir pour ressembler à une femme qui n'existe même pas. Zoé a été désignée Plus belle femme du monde et a été atterrée quand elle a constaté qu'une photo d'elle avait été retouchée. Comment la femme peut-elle dissiper cette aliénation qui ne devrait pas être appelée lavage de cerveau mais salissage de cerveau?

Avec son œuvre de courts métrages, de tableaux photographiques et de performances intitulée Poupée, Zoé Duchesne réclame notre besoin d'humanité.

EN ANALYSE

« À chaque accord il y a une émotion nouvelle qui apparaît » Sœur Augustine se perd dans un souvenir, s'interrompt rattrapée par la cessation d'un rêve. Au Québec, le ministère de l'éducation reprend le contrôle. C'est l'exode vers les écoles publiques.

Lea_PoolÀ l'automne 2012 (voir ma chronique cinéma de novembre 2012) je m'entretenais avec la réalisatrice Léa Pool qui me parlait de la préparation de son prochain film : « J'ai déposé un projet à Téléfilm, la SODEC, un long métrage qui s'appelle La Passion d'Augustine et on va avoir une réponse en décembre. C'est sur un petit couvent de musique en 1967. C'est une belle histoire très musicale. » 

En effet, c'est une belle histoire que celle d'Augustine qui dirige un couvent dédié à l'apprentissage de la musique sur le bord du Richelieu. Cette religieuse dévouée à ses élèves a vécu un grave événement : amoureuse d'un musicien, enceinte de lui, elle se résout à avorter. En pleine tempête de neige arrive une nouvelle élève, Alice, la fille de sa sœur.

Passion_d-augustineDans son couvent, les parents les plus riches paient pour les élèves les plus pauvres. Mais Vatican 2 change l'autel et le place face aux fidèles, passe du latin au français et essaie d'attirer les foules avec des messes à gogo. La révolution tranquille va bouleverser la vie des religieuses. Augustine remarque que les prêtres eux ont négocié la préservation de leurs biens. Ainsi que le remarque Sœur Claude : « Notre pire ennemi c'est une femme. Ceux qui pourraient nous sortir du trou, c'est ceux qui nous ont mis dedans ». La Sœur Générale a toujours reproché les dépenses du couvent, elle a donc décidé de le vendre.

Les images du film sont superbes, elles témoignent des beautés de la nature, le cheval qui se roule dans la neige, les filles qui rient en faisant de la luge, les religieuses qui patinent, les images accompagnent le passage des saisons, la fonte de la glace, le terrain inondé, le retour des oies blanches et, paroxysme de l'union de l'image et du son : ce cadrage du couvent avec le son de l'eau qui coule.

Les gros plans des petits pieds des élèves le matin, les différents angles des prises de vue quand Alice joue du piano, confèrent encore aux images une grande beauté. Quand les religieuses jouent aux cartes, que Sœur Lise fait des mots croisés pendant qu'on parle de contraception à la radio, Sœur Augustine seule écoute un disque. Quand il faut retirer le costume qui les a vêtues pendant toute leur vie, Sœur Onésime pleure. Ces scènes révèlent la personnalité de chacune malgré l'uniforme et les enjeux qui métamorphosent l'époque.

Confrontée à une adversité invincible, Sœur Augustine va redevenir Simone Beaulieu et va ouvrir une école de musique. Quand Alice gagne une médaille dans un concours, elle la place autour du cou de Simone.

À remarquer : Benedicite la musique de François Dompierre. Extrêmement bien filmé scénarisé, réalisé, La Passion d'Augustine témoigne de la ferveur et du dévouement de ces religieuses courageuses dont on a peu parlé, sinon pour blâmer certaines alors qu'elles ont fait l'Histoire du Québec.

La Passion d'Augustine est un hommage à ces femmes qui ont transmis l'art et le savoir, un hymne à la nature québécoise, un rappel de notre Histoire et le reflet de cette double signification du mot Passion : amour et souffrance. La Passion d'Augustine s'inscrit dans la lignée de nos grands films québécois.

EN PRÉPARATION

Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes 2015, a présenté la 68e édition depuis le cinéma UGC Normandie à Paris. Le film Sicario de Denis Villeneuve a été sélectionné. Il sera projeté au Québec et au Canada à partir du 25 septembre 2015.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE:

  • Poupée Zoé Duchesne 19 courts-métrages vidéos et expo, 2015
  • Dangerous Indiscretion Richard Kletter, 1995
  • Beauté Fatale Léa Clermont-Dion, 2014
  • La passion d'Augustine Léa Pool, 2015

LIVRES CITÉS DANS LA CHRONIQUE :

  • Deslauriers, Nicole Le corps tremplin Beauchemin 1979
  • Deslauriers, Nicole Si mon père m'était conté Inédit 1983
  • Arcan, Nelly Putain Seuil 2011
  • Clermont-Dion, Léa La revanche des moches VLB 2014