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Chronique cinéma
mars 2013

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Le cinéma bénéficie des droits acquis par la Femme dont c'est la journée le 8 mars. Une femme, chirurgienne pédiatre, est le personnage principal du film Barbara , des femmes participent à la direction de la maison d'édition Écosociété, une femme, Ségolène Roederer, directrice générale de Québec Cinéma participe à la 31e édition des RVCQ.

EN ANALYSE

Est-il un amoureux ou un espion? Barbara s'interroge, se méfie, se demande si le bel André, médecin-chef de l'hôpital où elle est chirurgienne-pédiatre, tisse une toile de fausse confiance, de fausse entraide, de fausse sentimentalité, pour la piéger.

Le cinéaste allemand Christian Petzold a réalisé Barbara avec Nina Hoss et Ronald Zehrfeld. Ce casting judicieux a servi l'atmosphère, l'intrigue et le dénouement du film. Le talent de ces deux acteurs crée l'angoisse latente à laquelle se greffent les faits pour causer un impact grandissant et culminer vers des enjeux existentiels.

Barbara arrive dans un hôpital de province, La Charité, après avoir été en détention à Berlin. « On dirait qu'elle boude » dit-on d'elle. Barbara vit en Allemagne de l'Est en 1980, cet endroit d'où il ne faut pas même rêver de s'échapper. Soupçonnée de vouloir s'enfuir à l'ouest, elle est surveillée constamment. Une toute jeune fille croise alors son quotidien et, là encore, l'influence de cette rencontre s'amplifie.

Stella s'est cachée dans un champ plein de tiques pendant 6 jours lorsqu'elle arrive dans le département de Barbara et André. Elle a déjà été incarcérée 4 fois, a besoin d'une ponction lombaire et est enceinte.

Barbara, secrètement dans un resto, reçoit de l'argent transmis par Jörg, son amant qui vit à l'ouest et veut l'aider à s'échapper. Elle le cache sous une croix de chemin; symbole des destins qui ont culminé jusqu'à s'imbriquer. À son retour chez-elle, parce qu'elle a été introuvable pendant quelques heures, elle subit une fouille au corps et une perquisition de son appartement. Cette scène, reprise, actualise l'importance de la surveillance dont elle est victime par les autorités.

Barbara est magnifiquement interprétée par Nina Hoss qui tournait avec Petzold pour la cinquième fois. Ce personnage représente le départ et la convergence d'une mise en abime. À Jörg, qui lui dit qu'il l'aime au point où il quitterait l'ouest pour vivre avec elle, elle rétorque : « On ne peut pas être heureux ici ». Pour illustrer cette réalité, les personnages, avec leur implication dans une suite événementielle, interviennent. Barbara rencontre Steffi, une jeune femme qui espère être épousée pour passer à l'ouest et qui regarde avec elle le catalogue Quelle, édition printemps/été 1980, numéro spécial de plus de mille pages. Elles le feuillètent à la section des bagues. D'ailleurs, pour Petzold, ce catalogue « a probablement précipité la chute de l'Allemagne de l'Est encore davantage que le prêt Strauβ ».

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Welstadt Christian Klandt, 2008
  • Les trains de la vie André Melançon, 2013
  • Vic + Flo ont vu un ours Denis Côté, 2013
  • Parlez-moi de vous Pierre Pinaud, 2012

BIBLIOGRAPHIE :

Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher. Ecosociété. 2008 352 pages Retiré

De plus, Barbara s'occupe de Mario, un jeune qui a tenté de se suicider, qui ne se souvient plus de ses sentiments et qui doit être opéré. Donc, les divers personnages aboutissent les résultats de l'oppression et ils évoquent les tentatives pour s'y soustraire : fuite (Stella), mariage (Steffi), suicide (Mario). André, lui, représente la résignation tolérable avec l'art et la science : il voudrait voir à la Haye l'original d'un Rembrandt dont il a accroché une reproduction et il a installé un laboratoire de fortune dans l'hôpital.

L'officier de la Stasi, Klaus Schütz concrétise l'autorité dans son intransigeance et son paroxysme; il refuse même d'épargner la moindre fouille au corps à Barbara. Nuance dans ce portrait : Friedl, l'épouse de Klaus, malade, est soignée par André. Le mari est inquiet pour sa femme, l'officier est implacable envers ses victimes. Barbara ne peut que s'interroger sur la nature de l'intérêt que lui manifeste André dans un tel contexte.

Barbara a été informée du plan de son évasion organisée pour le samedi soir alors qu'André l'attend pour l'opération de Mario et que Stella ressurgit. Que fera Barbara? André est-il un amoureux sincère, un espion perfide? Doit-elle tout quitter? Doit-elle faire partir Stella à sa place?

Le dénouement, qu'il ne faut pas révéler, est tributaire du talent de Ronald Zehrfeld, ses traits, ses muscles faciaux, son regard, révèlent ce qu'a toujours été son intention.

Petzold a beaucoup misé sur ses acteurs certes mais il a aussi instillé son suspense à travers des portraits brefs mais éloquents et grâce à des scènes bien circonstanciées; chaque détail, chaque image, portent une signification multiple : l'autre locataire est une espionne, le chauffeur de l'auto devant chez-elle est un espion, le vélo est vieux et abandonné mais il va devenir son moyen de se déplacer entre les espions qui peuvent se manifester partout.

Petzold a été inspiré par une citation de l'écrivaine Anna Seghers : « Quand vous perdez votre passé, vous n'avez plus d'avenir ». La famille du réalisateur avait fui la RDA, il n'y a pas grandi, alors que l'acteur Ronald Zehrfeld y a toujours vécu, ce qui a teinté son interprétation : « Nous avons cherché à recréer la mélancolie qui existait à l'époque, tous ces niveaux de sens qui comprimaient l'espace entre les êtres : "Est-ce que je peux lui faire confiance? Agit-il par intérêt, ou bien est-il sincère?" Mais il fallait aussi rappeler l'interaction sociale qui était courante à l'époque et que l'on regrette de plus en plus aujourd'hui ».

Par ailleurs, dans le paysage se profile un véritable ancien tramway de l'Allemagne de l'Est et les décors incluent des accessoires d'époque (d'authentiques dossiers médicaux venant de Dresde). Les répétitions en amont ont été nombreuses; Petzold se souvient : « quand Barbara lâche sa tasse de café…Je ne savais pas vraiment comment boucler cette scène. Mais pendant les répétions, quelque chose s'est produit... Ronald pose tout simplement la main sur Nina. Et là, c'est comme si une vague de chaleur la submergeait, elle se sent à la fois protégée et vidée… Je n'aurais jamais pu l'imaginer à l'avance ».

Alors qu'avec Welstadt (2008), Christian Klandt s'est intéressé aux gens qui vivent en Allemagne de l'Est après la RDA, avec Barbara, Christian Petzold, lui, s'est intéressé à leur vie avant la chute du mur. Son scénario ne se résume pas à l'élaboration factuelle d'une évasion mais développe les aspects psychologiques, affectifs, sociaux : comment se parle-t-on, se regarde-on, dans la tension de la dissimulation, dans la possibilité de la simulation?

Dans ce malheur de la traque continuelle qui se déroule dans un décor bucolique, dans cette volonté de pourrir la vie des autres qui est conjointe aux efforts pour sauver la vie des malades, le film questionne la notion de risque, l'impression de liberté, le prix de l'amour, les enjeux d'un choix, les exigences d'un secret, la condition du bonheur de vivre.

Ours d'Argent du meilleur réalisateur au festival de Berlin, Barbara, écrit et réalisé par Christian Petzold, est un grand film.

EN RENDEZ-VOUS

La décision de subventionner en fonction de la performance commerciale des films ne cesse d'être commentée et trouve une occasion d'être à nouveau discutée lors des RVCQ.

Ségolène Roederer, directrice générale de Québec Cinéma, Dominique Dugas, directeur de la programmation, et Mathieu Grondin, programmateur des Nuits des Rendez-vous, se sont réjouis de la 31e édition des RVCQ, Rendez-vous du Cinéma Québécois, qui se poursuit jusqu'au 3 mars 2013.

Comment renouveler la fréquentation en salle? Comment met-on en marché le cinéma québécois sur la scène internationale? Cette année, Le Rendez-Vous Pro du Cinéma Québécois réunit des décideurs internationaux autour des questions de programmation et de distribution. On y parle d'argent et d'intérêt du public. Les 5 à 7 des Rendez-vous permettent aussi des discussions sur des sujets sensibles et d'actualité dont : Qu'est-ce qu'un film rentable?

Les RVCQ sont aussi l'occasion d'un Hommage à André Melançon. Le réalisateur, qui a su filmer les enfants avec un réel intérêt, est le récipiendaire du Prix Albert-Tessier 2012. Il présente sa plus récente réalisation Les trains de la vie.

EN SOUVENIR

Vic + Flo ont vu un ours titrait Denis Côté pour sa plus récente réalisation tourné à St-Antoine-sur-Richelieu. Or, l'ours en question pourrait, à la blague, être l'Ours d'argent qu'on vient de lui remettre au 63e Festival International du Cinéma de Berlin. Côté a affirmé et assumé sa créativité et sa marginalité. Au cours des ans, la démarche et la filmographie de Côté, scénariste et producteur, ont été remarquées en parallèle avec le financement et le rayonnement de notre cinéma.

Le succès est-il le corolaire de la qualité? Un prix est-il une preuve de réussite?

Dans Parlez-moi de vous de Pierre Pinaud, la sexologue Mélina, interprétée par une Karin Viard fascinante d'élégance, anime chaque nuit à la radio une ligne ouverte très populaire. Elle se nomme en fait Claire Martin et tient à préserver sa vie privée. Mais, elle multiplie les compulsions. Elle a été abandonnée par sa génitrice et la recherche. Elle parvient à la retrouver. Elle s'en rapproche anonymement. Dans l'entourage de cette inconnue, elle rencontre un jeune peintre, Lucas, joué par Nicolas Duvauchelle. Le jeune artiste explique que la stagnation de sa carrière vient du fait qu'il ne fréquente pas certains milieux, ceux du marché de l'art.

Avec une célérité et une sagesse condensées magnifiquement en quelques mots, Claire lui rétorque « Le marché de l'art n'est pas l'Art ».