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Chronique cinéma
Mars 2016

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Mustang, Hubert Aquin, les Percéides, Évangeline, Ville-Marie ont inspiré la chronique cinéma de mars 2016.

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En effet, le cinéma accompagne en mars la journée internationale de la Femme le 8 alors que le 20 est la journée internationale de la Francophonie et que le 22 est la journée mondiale de l'eau. Ces journées mettent l'accent sur des besoins de base, des considérations essentielles, et le cinéma avec « Mustang » reflète principalement l'aspiration à la liberté pour les femmes, leur accession à la parole, une soif de s'exprimer aussi importante que l'eau pour vivre.

Mustang

01_Mustangenanalyse«Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité » Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844-1900). Co–production de la Turquie, de la France et de l'Allemagne, « Mustang » est la première réalisation d'un long métrage de Deniz Gamze Erguven. La jeune femme s'est inspirée de souvenirs personnels pour tourner son 1er film tout en menant sa 1e grossesse.

Dans un village de la Turquie, Lale (environ 11 ans) embrasse en pleurant Dilek sa professeure qui tente de la consoler et lui remet son adresse à Istambul; elle part vivre là-bas avec son compagnon. Dans l'exubérance de la belle température, toujours vêtues de leur costume d'école,  Lale et ses 4 sœurs se baignent dans la Mer Noire et jouent dans l'eau avec des garçons; elles s'assoient sur leurs épaules et s'amusent à se faire tomber.

En arrivant à la maison, elles découvrent que tout le village parle de leurs obscénités, de leurs entrejambes sur le visage des garçons. Vous lisez bien, on ne relate pas qu'elles touchaient leurs nuques, mais leurs visages. On se passe de la vérité et c'est le scandale. Les filles sont sous la supervision de leur grand-mère puisque leurs parents sont morts. Leur oncle Erol, lui, est bien vivant et il reproche à sa mère : « On en est là car tu n'as pas rempli ton rôle ». Et prestement, il amène les cinq gamines subir l'examen pour un rapport de virginité.

Au retour, même s'il est rassuré, il n'est pas tranquille et il retire aux filles l'usage de vêtements, ordinateurs, maquillage, cellulaire, chewing gum. Lale, qui est la narratrice de l'histoire, ajoute que toutes les portes de la maison sont verrouillées. Or, l'ainée, Sonay, a un amoureux, Ekin, qui écrit sur la route « Sonay tu es à moi » et qu'il ponctue d'un cœur. Lale résume : « La maison est devenue une usine à épouses ».

Elles subissent donc des cours de cuisine par des vieilles femmes traditionalistes et complices. Elles doivent aussi porter des robes dites « couleur de merde ». La dissidence est immédiate : Sonay s'enfuit par la fenêtre et rejoint Ekin.  Elle admet à ses sœurs « avec Ekin, on fait ça par en arrière pour préserver ma virginité ». Des robes couleur de merde, de la sodomie, décidément on s'éloigne de considérations d'élégance et d'intellectualité. Car, il a été décréter aussi que les filles ne pourront plus aller étudier.

Or, un match de football doit avoir lieu à Trabzon. Les hommes y sont interdits puisque, lors du précédent match, ils se sont battus entre spectateurs. Donc, les femmes peuvent y assister et un bus va amener les filles du village. Erol refuse aux sœurs la possibilité d'y aller. Elles y vont donc clandestinement. Grâce à Yasin, un chauffeur -livreur qui participe à l'émancipation de Lale en lui apprenant à conduire, et qui leur permet de rejoindre le bus. Elles vivront une grande joie en étant dans cette foule de filles et en encourageant les joueurs.

Toutefois, leur sortie secrète étant découverte, les murs sont haussés et l'endroit a vraiment l'air d'une prison. Les deux plus âgées, Sonay et Selma sont mariées; par chance pour Sonay, on la marie à Ekin mais, Selma est unie de force à Osman. L'oncle Erol sort son pistolet et tire en l'air pendant la cérémonie. Le lendemain matin, sans aucune délicatesse, Osman et son père, qui lui aussi a une arme, traînent Selma chez un docteur car elle n'a pas saignée. Le médecin confirme qu'elle a encore son hymen. L'écœurement et la résignation sont perceptibles sur le visage de Selma. On peut supposer que dans quelques années elle sera une malheureuse ou une complice.

Les jours passent, à la télé on précise qu'une femme ne doit pas rire. La troisième sœur, Ece, quitte la table, marche dans la maison, hors du cadrage de la caméra, et on entend la détonation d'un pistolet. Scène remarquable : les 4 sœurs se retrouvent pour pleurer, blotties comme des chatons.

Alors Lale coupe des mèches de ses cheveux et les coud sur un coussin : elle prépare son évasion. Une nuit, elle distingue l'oncle Erol qui marche vers la chambre de Nur, la 4e sœur. Par après, la gamine frotte ses draps. Lale, lors du mariage de Nur, l'aide à s'enfuir. Toutes les deux auront la collaboration de Yasin pour atteindre la gare d'autobus et aboutir à Istambul chez l'ancienne professeure, Dilek qui les accueille avec son copain.

Le personnage de Yasin est très important. Il permet l'espoir, la possibilité que tous les hommes ne soient pas violents et coercitifs envers les femmes. De plus, pour la scène des retrouvailles, quand Lale demande son aide, elle court et saute dans ses bras. Il s'agit là de l'expression d'une rare affection, sans convoitise sexuelle.

Dans cette histoire d'une oppression croissante, d'une perte d'identité, d'une dépossession des rêves, d'une impossibilité d'épanouissement, la liberté est précaire puis éradiquée.  La construction du film est basée sur une oscillation entre l'élan de l'enthousiasme essentiel et la répression du besoin vital. Les scènes de rires et d'amusement des filles (porter un maillot de bain et plonger dans des couvertures sur le sol) alternent avec une progression de l'amertume et des gestes qu'elle entraîne (Lale crache dans le café avant de le servir).

Les femmes en Turquie ont obtenu le droit de vote en 1934 et celui d'avorter en 1983. Que s'est-il passé là-bas, comme dans le reste du monde, pour que les droits des femmes soient en régression?

C'est pourtant avec une reconnaissance des droits des femmes que se sont améliorés les droits des enfants et ceux des hommes; droit à l'expression des émotions, droit à la possibilité de relations. Parce que les femmes ont réclamé la présence des pères, ceux-ci s'impliquent auprès de leur progéniture. Parce que les femmes ont voulu leur sécurité et celle de leurs enfants, elles ont cessé des liens toxiques et favorisé le rassurement de leurs enfants. L'avancée des femmes a été un avancement de l'humanité.

Hélas, que cache le prétexte de la religion? À moins que la religion ne soit vraiment fondamentalement un danger. Pourtant, au cours de l'histoire, des représentants religieux se sont dévoués et sacrifiés. Aujourd'hui, les exactions du passé et les abus du présent sont de plus en plus  mis en évidence; on reconnait, entre autres, les Internats pour les Amérindiens tenus par des religieux afin de tuer l'indien dans l'enfant, les Orphelins de Duplessis administrés par des religieux qui prétendaient que des enfants étaient déficients mentalement afin d'avoir des subventions du gouvernement fédéral alors que des orphelins étaient pupilles de gouvernement provincial Il ne faut pas occulter toutefois que des religieuses et des religieux ont accompli beaucoup pour l'instruction et la santé.

Rappelons ce film de Jean-Daniel Lafond, « Folle de Dieu », dans lequel on constate que Marie de l'Incarnation a quitté la France en 1639 pour favoriser le rapprochement des tribus entre elles au Canada et pour améliorer les relations entre ces tribus et les Européens. Elle a, non pas réformé mais, fondé.

En 1938 à Nankin quand les japonais ont massacré des chinois et, surtout, violé à répétition des fillettes et des femmes, le missionnaire épiscopal américain John Magee a tenté de porter secours aux victimes. De plus, il a utilisé une caméra 16 mm filmant à 6 images par seconde; sa captation des atrocités inimaginables et inadmissibles a constitué la preuve des ignominies. Il a toujours refusé de vendre son film ou de le détruire, il voulait qu'il circule gratuitement et qu'il témoigne de la vérité; et ce, malgré que Nietzsche avait opposé foi et vérité.

Aussi, l'abbé Henri Péan pendant la 2e guerre a secouru des enfants juifs, organisé des réseaux de résistance, accueilli des agents secrets, des parachutistes et des prisonniers en fuite. Après des tortures, il est décédé à la prison de Tours en 1944. Il pourrait inspirer un cinéaste.

Sont-ce vraiment des convictions de foi religieuse ou des déficiences de santé mentale ou des propagandes misogynes qui amènent à tant de crimes quand d'autres au nom de leur foi ont agi avec bienveillance? Des auteurs, des dessinateurs, des cinéastes ont dénoncé et continuent de faire connaître la vérité de la misère des femmes qui en cas de conflits finit par les impliquer sexuellement. Il faut donc des films comme Mustang de Deniz Gamze Erguven. Tout comme il importe de rappeler que des hommes d'Église convaincus ont agi selon ce que résumait le prêtre Michel Quoist (1947-1997) « Le monde a été fait sans la femme alors il est inhumain ».

Pour saluer les 50 ans de Prochain épisode

02_HubertAquinDepuis le 18 février et jusqu'au 6 mars 2016, on peut assister à l'événement Hubert Aquin : profession écrivain tout en assistant à des projections concernant l'auteur québécois et en voyant l'exposition commémorative.

Mardi le 1er mars à 20h seront projetés : Entrevue d'Hubert Aquin avec Edgar Morin pour l'émission « Carrefour » en 1960  De plus, on pourra voir « À Saint -Henri le cinq septembre », ce documentaire réalisé par Hubert Aquin et 27 autres cinéastes en 1962 et dans lequel le retour à l'école des enfants du quartier populaire est filmé en noir et blanc. La minutieuse photographie de ce film capte les gens et les lieux avec authenticité.

Enfin, ce même soir, sera aussi projeté le documentaire de 2011 intitulé «  À Saint-Henri le vingt-six août » et réalisé par Shannon Walsh.

Samedi le 5 mars à 20h Ce sera la projection de « Faux bond », une réalisation de Louis-Georges Carrier, un scénario de Jean-Charles Tachella et une interprétation d'Hubert Aquin dans le rôle principal. Suivra le film de Jacques Godbout « Deux épisodes dans la vie d'Hubert Aquin »; ce titre fait référence à l'énigmatique et littéraire roman d'Hubert Aquin intitulé Prochain épisode. Adolescente j'avais lu ce roman troublant; adolescent mon fils l'a lu, je l'ai donc relu et s'il remarquait la symbolique de la nudité, j'observais l'importance de l'hydre, monstre dont la tête repousse dès qu'on la coupe. Et concernant Hubert Aquin parler de tête ne peut qu'attrister puisqu'il s'est suicidé d'une balle dans la tête, c'est ainsi que part un cerveau où se côtoient le génie créatif et la souffrance insupportable.

Dimanche le 6 mars 2016 plusieurs projections précéderont une table ronde autour de l'héritage d'Hubert Aquin : « Premier plan » entrevue d'Aquin avec Francis Poulenc, « Les grandes religions » sur un texte d'Aquin, « La fin des étés » sur un scénario d'Anne-Claire Poirier et d'Hubert Aquin.

Ce bel événement, qui unit cinéma, littérature et exposition, se déroule à la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie à Montréal, Québec, Canada, 1214 rue de la Montagne.

Appel de films pour les Percéides en Gaspésie

04_appelfilms2016_perceidesJusqu'au 20 mars il est possible de soumettre un film pour participer à la 8e édition du Festival international de cinéma d'auteur Les Percéides à Percé en Gaspésie du 24 au 28 août 2016.

Le film, long ou court métrage, peut être une œuvre de fiction, un documentaire, un film d'animation,  de l'art vidéo ou un film de cinéma expérimental. Il doit avoir été réalisé après le 1 er janvier 2015.

On peut consulter le site Internet du Festival : www.perceides.ca

À la recherche d'Évangéline

Il arrive que dans ma chronique je mentionne mon amoureux, amateur de l'auteur français Marcel Proust (1871-1922) dont l'œuvre a été adaptée au cinéma avec les films : Un amour de Swan de Volker Schlöndorff 1984, Le temps retrouvé de Raoul Ruiz 1999 avec une scène finale superbe dans laquelle Proust retourne à la plage  La Captive de Chantal Akerman 2000, À la recherche du temps perdu de Nina Companeez 2010.

Or, il a déjà trouvé une thèse de doctorat « L'image de l'eau dans À la recherche du temps perdu »  rédigée par le japonais Akio Ushiba. Puisque je sais, cher lectorat, que vous êtes disséminés à travers le monde, ce qui me touche beaucoup, je relais donc internationalement la demande du cinéaste Claude Fournier d'Éléphant, mémoire du cinéma. Fondé en 2008 pour sauvegarder, en standard et en numérique, notre patrimoine cinématographique, ce projet de restauration et de numérisation est tributaire de la philanthropie de Québécor, qui a investi 8 millions de dollars, ainsi que je le relatais dans ma chronique de janvier 2016.

En effet, Monsieur Fournier est, non pas « À la recherche du temps perdu » mais, à la recherche du film perdu. Claude demande : « Évangéline serait le premier long métrage tourné au Canada. Il a été tourné en Nouvelle-Écosse, en 1913. Mais tout élément de ce film semble aujourd'hui avoir disparu. Je sais que c'est une bouteille que je lance à la mer, mais sait-on jamais. Quelqu'un, quelque part, saurait peut-être quelque chose à propos de ce film disparu. »

Ce film réalisé par Edward P. Sullivan (qui interprétait le rôle du Père Felician) et William H. Cavanaugh (qui jouait le personnage René LeBlanc), a été scénarisé par Marguerite Marquis; elle s'était basée sur le poème d'Henry Wadsworth Longfellow et fut amenée à jouer dans le film le rôle d'une indienne Shawnee. L'actrice Laura Lyman interprétait le romantique rôle d'Évangéline. La première du film a eu lieu le 2 février 1914.

Si vous détenez, où que vous soyez, ne serait-ce qu'une bribe d'information sur la possibilité de retrouver des photos, des informations ou même la pellicule de  cette  œuvre du cinéma muet tournée en noir et blanc puis colorée, vous pouvez la communiquer sur la page Facebook d'Éléphant : mémoire du cinéma.

Ville-Marie

05_Ville-MaireC'est ce mois-ci qu'est présenté  au Festival international du film de Miami, le film de Guy Édoin , « Ville-Marie », avec Monica Bellucci.

La belle y joue le rôle d'une actrice européenne. Quant à Ville-Marie, il s'agit d'un hôpital.

Aussi, le film vient de remporter le Best International Film Award de la compétition internationale du Festival de Santa-Barbara.

De plus, Martin Lapointe pourrait remporter un Prix pour la meilleure coiffure et Serge Desrosiers en aurait un pour la meilleure photographie.

(En 1999, Roger Frappier avait contribué à la création du Prix Jutra en l'honneur du cinéaste Claude Jutra; des allégations récentes concernant ce cinéaste, des changements sont actuellement discutés. D'après Roger Frappier, le nom du Prix Jutra sera remplacé. Au moment de rendre cette chronique, les décisions de  l'organisme Québec Cinéma n'ont pas été complétées quant à la nouvelle appellation.  Il est aussi question de renommer une salle de la Cinémathèque Québécoise située à Montréal. Des noms de rue à Québec et à Lévis seront changés.)

Malgré ce qui précède et qui ne concerne pas le film, il s'agit d'un beau parcours international pour « Ville-Marie », un long métrage de fiction du Québec qui sera peut -être projeté en France, en Corée du Sud et en Pologne.

 

 

 

 

Films mentionnés dans la chronique :

  • Mustang  Deniz Gamze Erguven  2015
  • Folle de Dieu  Jean-Daniel Lafond  2008
  • Nankin massacre  Missionnaire épiscopal John Magee  déc 1937
  • À Saint-Henri le cinq septembre  Hubert Aquin et 27 autres cinéastes  1962
  • À Saint-Henri le vingt-six août Shannon Walsh  2011
  • Deux épisodes dans la vie d'Hubert Aquin  Jacques Godbout  1976
  • Un amour de Swan de Volker Schlöndorff 1984
  • Le temps retrouvé de Raoul Ruiz 1999
  • La Captive de Chantal Akerman 2000
  • À la recherche du temps perdu de Nina Companeez 2010.
  • Évangeline  Edward P. Sullivan et William H. Cavanaugh  1913
  • Ville-Marie Guy Édoin 2015