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Chronique cinéma


Mars 2017

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

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Ruffin et Kerviel, Courgette et Catimini, Montréal, Genève, Paris, l'Outaouais, festivals de films, ciné-club, projections; le sort des enfants mal-aimés, la sécurité routière, des manifestations, des César et le bas des portes d'Isabelle Huppert. Allez, suivez-moi dans ce nouveau numéro de ma chronique.

Le Ciné-club Les Dames des Vues

À Montréal, les Réalisatrices Équitables et l'ARRQ, l'Association des Réalisateurs et Réalisatrices du Québec accueilleront Nathalie Saint-Pierre le jeudi 9 mars 2017 à 19 :30h à l'étage du 5154 St-Hubert. Avant la projection, on peut se régaler avec des grilled cheese préparés sur place avec un fer à repasser, boire de l'alcool et discuter en attendant que la réalisatrice invitée partage trois histoires vraies liées à sa carrière.

L'émouvant film Catimini sera projeté. Cette œuvre chorale révèle les aspects cachés du traitement infligé aux enfants de la DPJ, Direction de la Protection de la Jeunesse. De 6 à 18 ans, quatre filles survivent sans constance affective, sans sécurité domiciliaire. Entre mépris et jugements, elles se débrouillent. Ce deuxième film de Nathalie Saint-Pierre affirmait une rupture de ton avec sa précédente réalisation Ma voisine danse le ska, une attendrissante comédie. Toutefois, on retrouve un personnage de fillette brillante et attachante dans le deux films.

Nathalie Saint-Pierre s'est intéressée à des êtres dont les déboires sont rarement abordés ou développés avec une acuité pleine d'empathie. Pas de sensationnalisme. Plus qu'un portrait, avec Catimini, elle a développé une attention et une compréhension des émotions et des renoncements qui concernent ses jeunes personnages. Déni de leur sensibilité et négligence de leurs besoins affectifs sont le lot de ces enfants courageuses. C'est « en catimini » qu'elles ressentent leurs blessures et leurs aspirations. C'est en étant invisibles qu'elles devraient se résigner mais certaines gardent une peine qui frôle une colère justifiée.

D'ailleurs, les 9 et 10 mars, deux jours après la projection, des gens vont manifester devant le palais de justice de différents secteurs dont Montréal, St-Jérôme, Drummondville, Sherbrooke, Québec, Rouyn-Noranda, Lac-Saint-Jean, Saguenay, Chicoutimi, pour demander une enquête publique sur la DPJ.

Déjà, le ciné club a annoncé que le jeudi 6 avril, Over my dead body de Brigitte Poupart sera projeté. Ce documentaire est consacré au danseur et chorégraphe Dave St-Pierre, à sa créativité et à sa maladie, dans les méandres des sursis, des sauts et des sursauts.

Ma vie de Courgette

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Pour rester dans cette thématique de l'enfance malheureuse, intéressons-nous à Courgette. Il s'agit d'un petit garçon de 10 ans, sujet d'un film d'animation qui a été retenu dans la course aux Oscars.

Avec, Céline Sciamma au scénario, pas étonnant que les cheveux bleus de Courgette décoiffent. Elle nous avait fait entrer dans le vestiaire des filles avec le film Naissance des pieuvres et nous avait intéressés à la notion de genre par l'intermédiaire de Laure qui prétend être Mickaël dans le film Tomboy. Avec Courgette, une libre adaptation du roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris, elle a développé une histoire inattendue car «  il en faut de l'audace pour se dire que l'histoire d'un petit garçon qui tue sa mère alcoolique pour se retrouver dans un foyer d'orphelins, c'est le pitch idéal d'un film pour enfants ». Céline Sciamma a reçu le César de la meilleure adaptation.

Dans ce film, aux nombreux rebondissements, nous faisons un tour de montagnes russes émotives. Les enfants partagent une réalité : « on n'a plus personne pour nous aimer ». Le réalisateur suisse Claude Barras a choisi la technique de l'animation en volume, dite aussi stop motion, pour son film qui est « avant tout un hommage à tous les enfants maltraités, qui survivent tant bien que mal à leurs blessures ».

Ainsi que pour le film La loi du marché, le cinéma du Parc a choisi de distribuer le film Ma vie de Courgette. (voir ma chronique cinéma de juin 2016 alors que je m'entretenais avec  Raphael J. Dostie, directeur des communications et relations de presse pour le Cinéma du Parc et le cinéma Beaubien).

Le film Ma vie de Courgette a remporté le César du meilleur film d'animation lors de la 42e cérémonie alors que le réalisateur Claude Barras  déclarait qu'il avait voulu faire un « hommage aux marginaux ».

Festival mondial du film de sécurité routière en Suisse

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Au Palais des Nations à Genève en Suisse s'est déroulé, les 20 et 21 février 2017, l'unique festival consacré à la conduite automobile : le Festival mondial du film de sécurité routière. Organisé par l'ONU qui définit les normes de sécurité routière au niveau mondial,  il est, depuis 2006, l'occasion pour des réalisateurs de faire des films afin d'attirer l'attention des conducteurs et de sensibiliser la population aux dangers auxquels se sont ajoutés l'utilisation du cellulaire, l'envoi de texto, la consultation des médias sociaux, tout en étant au volant.

Cette année plus de 200 films ont été projetés car il importe de diminuer ces accidents de la route qui tuent environ 1,250 millions de personnes  et blessent 50 millions de personnes chaque année dans le monde. Les accidents de la route tuent chaque année autant que le virus du sida.  Est-on blasé ou sensible à cette réalité?

Le jury était présidé par Jean Todt, Envoyé spécial de l'ONU pour la sécurité routière; il était assisté par le réalisateur français Luc Besson et par l'actrice Michelle Yeoh. Participaient aussi à ce jury Zeid Ra'ad Al Hussein, le Chef des Droits de l'Homme des Nations Unies ; Christian Friis Bach Secrétaire Exécutif de la CEE-ONU ; et Thomas Bach, Président  du Comité Olympique International. Il faut aussi mentionner l'implication de Sophie Corret, membre du Comité de sélection du Festival  et présidente du Forum européen des jeunes pour la sécurité routière.

« Il faut mieux faire connaître ces chiffres, remarquait Jean Todt, des films permettent d'éduquer, de mieux faire savoir ce qui se passe dans le monde ».

04_Michelle_Yeoh« Comme dans toutes les histoires, il y a plein de manières de les raconter; certaines seront brutales, violentes, elles vont vraiment vous marquer, déclarait Michelle Yeoh. D'autres vont utiliser l'humour ou des moyens pédagogiques pour les plus jeunes. Et beaucoup de ces films sont racontés sans mots, tout est dans le visuel donc la langue que tu parles est sans importance. C'est le message qui lui, est universel ».

Si ces deux remarques référaient aux techniques filmiques, à son pouvoir et à son impact, Sophie Corret rappelle le danger de l'inattention causée par l'utilisation du cellulaire : « Les distracteurs, notamment les téléphones portables au volant. C'est un sujet prédominant pour tous les pays ayant participé à ce festival ».

La Suisse a proposé un film qui sensibilise au problème du cellulaire certes, mais lorsqu'il est utilisé en marchant. Un présentateur nous fait savoir que Jonas ne connait rien à la magie « Pourtant, dans quelques instants, aidé d'un complice, il va disparaître . »  En effet, Jonas traverse la rue en textant et il est heurté par une auto. Le court métrage finit avec l'image de la devanture d'une entreprise de pompes funèbres.

L'outsider

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Être actionnaire ou ne pas être. À l'ère de la robotique, quand l'humain est superflu, que la force de travail n'est plus utile, que la probité est devenue une tare, que faire avec les individus? Pourquoi ne pas les convaincre qu'il est sexy de faire des placements à hauts risques?

L'acteur, réalisateur et producteur Jacques Perrin a favorisé l'adaptation du livre : L'engrenage Mémoires d'un trader de Jérome Kerviel. Ce travail a nécessité 4 ans de recherches et de remaniements du scénario. Le film L'outsider rappelle donc le périple réel d'un jeune Breton devenu un trader remarquable à 31 ans. Il a été accusé d'avoir presque causé la faillite de la banque européenne la Société Générale. Les banques peuvent acculer les individus à la faillite en toute impunité mais Kerviel, un individu entré dans la banque par la petite porte, a été condamné aux plus lourds dommages et intérêts jamais décidés pour un particulier : 4,9 milliards d'euros. « On m'a laissé faire. Le fric il est dans les caisses. J'ai pas pris un centime pour moi » clame le personnage.

Le réalisateur Christophe Barratier a misé sur Arthur Dupont parce qu' « avec son allure très juvénile, il dégageait une innocence totale. Le glissement progressif du personnage serait donc plus éloquent. Quand je l'ai vu jouer les scènes où le personnage perd le sens des réalités, il m'a bluffé. »

Intégrer le lieu suprême, faire partie de l'équipe privilégiée, mériter d'y rester, se hausser soi-même jusqu'à avoir une réputation enviable, profiter des avantages, être grisé, fonctionner à l'adrénaline, marcher sur ses principes pour avoir l'approbation, être inventif pour impressionner les plus cupides, être  rapace pour satisfaire les plus voraces.  Plus haut certains montent, plus dures sont les chutes.

Le Festival du Film de l'Outaouais

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La 19 e édition du Festival du film de l'Outaouais se déroulera du 23 au 31 mars 2017. Les projections auront lieu du Cinéma 9 et au cinéma Aylmer. 28 pays proposeront leurs productions cinématographiques; parmi eux la France avec 39 films et le Québec avec 16 films. Ateliers de formation dont un avec le peintre et cinéaste Marc Séguin ainsi que des classes de maître avec Yann England et Gabrielle Boulianne Tremblay complèteront la programmation. Les présidents d'honneur sont Michel Cusson et Roc Lafortune et animeront eux aussi des ateliers.

Avant même le début du Festival, le film Demain tout commence sera projeté. Réalisé par Hugo Gélin, on voit Omar Sy et Antoine Bertrand dans cette nouvelle mouture du film mexicain Ni repris, ni échangé; habituellement, les Américains font des remakes de films français, cette fois ce sont les Français qui se sont inspirés du cinéma mexicain pour tourner un film à Londres. Un homme se découvre père d'une petite fille, que lui avait laissé la mère, avant de revenir huit ans plus tard.

De la réalisatrice Emmanuelle Bercot, La fille de Brest sera projeté lors du gala d'ouverture. Après nous avoir donné Elle s'en va, un film qu'elle avait écrit pour Catherine Deneuve (voir ma chronique de décembre 2013), elle s'est attaquée au scénario basé sur l'histoire d'Irène Frachon qui a dénoncé les morts causés par le médicament Mediator.

La route d'Istanbul, pour lequel j'avais interviewé Astid Whettnall et que j'analysais dans ma chronique de décembre 2016, sera projeté. Le film de Rachid Bouchareb est inspiré de la recherche indéfectible d'une mère dont la fille est partie pour la Syrie.
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Sera aussi au programme D'encre et de sang que j'analysais et pour lequel j'avais interviewé les trois réalisateurs Alexis Frotier Gauthier, Maxim Rheault, Francis Fortin, dans ma chronique de décembre 2016.

I, Daniel Blake de Ken Loach, Julieta de Pedrot Almodovar dont c'est le 20e film, La tortue rouge de Michael Dudok de Wit  et de nombreux autres films seront projetés.

Isabelle Huppert et François Ruffin!

08_isabelle-hupperEn regardant à Paris, salle Pleyel, la 42e cérémonie des César le 24 février 2017, j'ai souhaité à Isabelle Huppert de faire poser des portes chez-elle car elle n'en aura plus suffisamment pour utiliser tous les trophées qui peuvent les bloquer en cas de courants d'air. Elle a reçu le César de la meilleure actrice pour son interprétation dans le film Elle de Paul Verhoeven après avoir reçu, le 8 janvier 2017, un Golden Globe pour la même prestation.
 
Elle accumule les récompenses et dans son sillage grandit l'espoir que son exemple influence des décideurs. Une actrice peut avoir plus de 30 ans et continuer sa carrière. En cette ère de hargne envers toutes les « têtes blanches » et d'évincement immédiat des femmes d'un certain âge, Madame Huppert prouve qu'il y a à gagner en misant sur le talent d'une femme d'expérience qui semble carburer au défît et à laquelle il est approprié d'en proposer. Elle a joué la mère dénudée  dans Nue propriété, la mère dépossédée dans Un barrage contre le pacifique, la mère pornographe dans My little princess et la fille déconcertée à la fin du film Amour, avant d'être la femme violée du film Elle.  Isabelle Huppert est une présence unique au cinéma.

Lors de la même cérémonie, François Ruffin a mérité le César du meilleur documentaire pour son film Merci patron! Parmi les autres vêtus de smoking, il arborait un t-shirt anti-Bolloré, vêtement qui succédait à son t-shirt anti-Bernard Arnault.

Dans son documentaire, le réalisateur avait sur son t-shirt le portrait de Bernard Arnault , propriétaire du groupe de luxe LVMH qui se place lui-même en 14e position sur la liste des milliardaires du monde. Ruffin voulait représenter auprès de lui la famille Klur dont la mère et le père avaient été licenciés de l'entreprise ECCE, sous-traitant de LVMH, pour cause de délocalisation.

Le film a connu un succès phénoménal auprès du public. Quand la plupart des politiciens et des médias mentent au public, celui-ci saute sur l'occasion d'entendre  la vérité.

François Ruffin arbore maintenant la photo de Vincent Bolloré, 10e fortune de France, à la tête du groupe de surveillance de la télévision Canal + il a empêché la diffusion  d'un épisode de l'émission Spécial Investigation sur la fraude fiscale. La justice italienne, le parquet de Milan, enquête sur lui à cause de soupçons de manipulation de marché.

Recevant son César, François Ruffin, (quel être d'exception!) s'est exprimé sur le phénomène de délocalisation : « qui laisse derrière un paquet de misère et un paquet de détresse. Pourquoi ça dure comme ça depuis 30 ans?  Parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés et donc on n'en a rien à foutre. Mais imaginons que ce soient les députés, qu'on dise les députés ne sont pas assez compétitifs…qu'on dise demain, il faut délocaliser l'hémicycle à Varsovie. Immédiatement, y'aurait des débats à l'Assemblée nationale, y'aurait un projet de loi à l'Assemblée nationale, y'aurait un projet de loi…pour les ouvriers… y'a pas de projet de loi. Donc dans ce pays  y'a peut -être  des «sans-dents » y'a  surtout des dirigeants sans cran. Donc François Hollande par exemple il a l'occasion de montrer sur le dernier fil que son adversaire c'est la finance. »

Déjà, la caméra qui le captait avait fait un zoom-in afin de cadrer seulement son visage de façon à empêcher la vue de son t-shirt. Après la manipulation visuelle, la manipulation sonore, une musique s'est fait entendre empêchant le réalisateur de continuer à prendre la parole alors qu'il énumérait des remerciements à la famille Klur et à Marie-Hélène Bourlard, la déléguée CGT.

J'ai calculé : Neils Schneider, César du meilleur espoir masculin, a parlé pendant 2 minutes 18 secondes, il a relaté son scepticisme à 16 ans à l'idée de faire carrière et il a eu la rare gentillesse de remercier son père venu de Montréal pour assister à la cérémonie. Beaucoup de classe.

Deborah Lukumuena, César du meilleur second rôle féminin, débutant par un 30 secondes sans rien dire, a été devant le micro pendant 3 minutes 7 secondes; elle a détaillé les circonstances qui l'amènent à dire qu'elle reçoit les meilleures nouvelles quand elle est dans son train-train quotidien, métro, salle de bain…elle a laissé cramer ses toast dans le four…elle ne les a pas mangées… elle a finalement eu la noblesse de citer Annie Girardot.

François Ruffin a fait son discours, incluant la proposition du boycott des compagnies qui se délocalisent, pendant  1 minute 58 secondes avant que la musique lui signifie de cesser de parler.

Qui va crier à la censure?

Parc at Midnight

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En ce mois de mars débutent les projections Parc at Midnight  au Cinéma du Parc à Montréal. À partir du vendredi 3 mars 2017, tous les vendredis et les samedis se dérouleront des projections nocturnes débutant à 23 :30h. Remarquez bien, 30 minutes avant minuit. La programmation, toujours en langue anglaise, sera reprise le dimanche à 14 :30h.

François Lamarche, directeur de la programmation au cinéma du Parc, considère : « Depuis notre ouverture en 2006, plusieurs spectateurs nous demandent le retour des projections de minuit et nous n'avions jamais l'occasion de concrétiser cette idée. Nous voyons dans Minuit au Parc une façon propice de faire renaître la tradition des séances tardives, une tradition chère à notre public en quête de découvertes et d'expériences cinématographiques alternatives. »