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Chronique cinéma
novembre 2013

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Spécial FNC et analyse des films La langue à terre, Gabrielle, Une jeune fille

SPECIAL FESTIVAL DU NOUVEAU CINÉMA

Co-fondateur et directeur de la programmation du FNC, surnommé Boum Boum, désigné Activiste du plaisir par Annie Sprinkle, Claude Chamberlan m'avait photographiée avec Wim Wenders; grâce à norja, en décembre 2011, cette photo a commencé un parcours international sur la toile (le Web). Je souhaitais qu'une photo nous réunisse et, à l'orée de la 42e édition du FNC, que Claude considère « le plus sexy des festivals d'Amérique » nous avons été photographiés ensemble. Claude a fait du cinéma sa vocation. Il a favorisé la reconnaissance de nombreux cinéastes. Il a déjà payé des spectateurs pour assister à une projection de film tant il était convaincu que le film devait être vu. Il a invité Marguerite Duras en 1982. Il m'a impressionnée au cours des ans. Voici donc Super Blondinette et Grand Loup du Nouveau Cinéma; et, si le FNC a de quoi faire rire , il fait aussi s'extasier (La Chute de la Maison Usher), apprécier ( Withewash), réfléchir (La croisée des chemins ) et même s'inquiéter (Miss Violence).

Miss Violence

Elle regarde la caméra, scène qui donne le ton à tout le film : seul le public saura la vérité. Angeliki célèbre l'anniversaire de ses 11 ans avec sa famille, elle danse avec son père, s'éloigne un moment vers le balcon, nous regarde et se suicide.

Aux services sociaux, la famille dira toujours qu'il s'agit d'un accident. Eleni est la mère, elle a une ado de 14 ans, Myrto, un fils Philipos et une fillette Alkmini. Elle vit avec son mari qui a 50 ans et sa mère.

La bénéficiaire de l'aide sociale leur dit froidement que la famille recevra un montant moindre suite à la mort de l'enfant. Le père cherche un emploi. La mère frappe sa fille et les deux enfants. Le père ordonne à Alkmini de faire son exercice : compter les arbres sur la photo d'une forêt puis la punit en la faisant dormir seule. La famille à table attend que le père mange avant de prendre une bouchée. Myrto est en retard, elle n'a pas d'assiette.

Eleni est enceinte et son mari l'accompagne chez le docteur. Il n'est pas son mari, il est son père. Il pèse la quantité de céréales qui reste. Il ordonne à Alkmini de frapper son frère au visage. Il retire la porte de la chambre de Myrto parce que dans ce foyer, on n'a pas de secrets. Le père amène Eleni dans une chambre et ferme la porte. Il amène Myrto dans une chambre et ferme la porte. Il annonce un jeu. Le lendemain, Philipos dit à son père, qui est aussi son grand-père, que la grand-mère n'aime pas jouer à faire semblant d'être un singe. La grand-mère reste couchée pendant des jours puis dissimule des marques sur son corps avec du maquillage avant la visite des services sociaux. Myrto s'automutile. Le père promet d'amener la famille à la plage et ne l'amène pas mais il entraîne Eleni chez Dimitris et la fait coucher avec lui. La grand-mère boit la bière de son mari et exige que Myrto déclare que c'est elle qui l'a bue.

Plan-séquence : nous accompagnons les employés des services sociaux qui visitent le logement et félicitent le grand-père parce qu'il aide beaucoup sa fille Eleni et ses enfants.

Myrto est violée à répétition par différents hommes qui ont donné 30 euros au père qui ,à son tour, la viole. Myrto lui fait remarquer qu'il n'a pas payé 30 euros, lui, pour la violer. Il amène la petite Alkmini chez Dimitris. Quand elle revient, elle tente de parler à sa mère Eleni qui fait semblant de dormir. La grand-mère nettoie un couteau et rejoint son mari. Le lendemain matin, elle ordonne de verrouiller la porte de la chambre où git son mari ensanglanté. Tout va rester caché, comme d'habitude.

Alexandros Avranas a scénarisé et réalisé Miss Violence. Il expose le secret. Il atteste de la réalité de cette dynamique où s'entremêlent comportements de victime devenant complice et même persécutrice, négligences, incompétences, des instances payées pour aider et qui repersécutent. La laideur a visage humain et un prédateur n'est jamais seul dans la perpétration de ses crimes.

Withewash

La nuit, l'hiver, un homme, Bruce Landry, conduit une déneigeuse et frappe mortellement Paul Blackburn au milieu de la route. Withewash d'Emanuel Hoss-Desmarais procède par la voix-off de Bruce et par une narration qui va et vient entre les événements suivant la collision et ceux qui l'ont précédés.

Bruce se réfugie dans la forêt enneigée et s'y débrouille. Parallèlement, Bruce sauve du suicide Paul et l'amène chez-lui. Les flashbacks reconstituent le passé des deux protagonistes avant leur rencontre, au cours de leur relation jusqu'à la conclusion qui s'éclaire de nouveaux sentiments : la nuit sur cette route déserte les enjeux n'étaient pas ceux qui semblaient déterminer les faits au départ. Les rebondissements de ce film sont psychologiques.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Miss Violence Alexandros Avranas, 2013
  • Withewash Emanuel Hoss-Desmarais, 2013
  • La croisée des chemins Francine Pelletier, 2013
  • La chute de la maison Usher Jean Epstein, 1928
  • La langue à terre Jean-Pierre Roy et Michel Breton, 2013
  • Gabrielle Louise Archambault, 2013
  • Une jeune fille Catherine Martin, 2013
  • Aurore 2 Guillaume Lambert
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Withewash doit son efficacité et son attrait au scénario de Marc Tulin, au montage d'Arthur Tarnovsky, à l'interprétation de Thomas Haden Church et de Marc Labrêche et à la réalisation d'Emanuel Hoss-Desmarais avec lequel je me suis entretenue.

« On a tourné le film il y a deux hivers. On a dû composer en ajoutant de la neige avec des hélices qui projetaient du corn starch. Kim Nguyen m'a donné l'idée du scénario. Soutenir un film avec un seul personnage en survie, oui, mais c'était plus intéressant l'homme versus l'homme. Faire un film sur la détérioration mentale d'un homme seul avec lui-même. Il y a beaucoup d'ermites en Russie. On s'est renseigné.

Ça a été un grand plaisir de travailler dehors. Thomas vient du Texas. Il avait déjà tourné à Vancouver. Il est arrivé en janvier à l'aéroport en t-shirt. Il a tout donné pour le rôle. Les scènes où il parle tout seul ont été exécutées parce qu'il a travaillé cette aisance qu'on peut avoir avec soi-même. Il y avait des scènes écrites et il a improvisé.

L'hiver est le deuxième personnage avec lequel il est tout le temps. On a eu 28 jours de tournage autour de la déneigeuse à varier les plans. Thomas n'avait pas de repos, il a travaillé très fort pour être toujours là.

Pour les aveux, on l'a laissé seul avec la caméra. Après neuf minutes, on voit que ça commence l'imagination. Il fallait donner de la liberté pour avoir ça.

On a fait un western avec des tuques. On a mélangé des tons. On a marché sur la ligne fine : rire ou pas. En le tournant on faisait confiance; on laissait l'humour transgresser en assumant que ce n'était pas clairement une comédie. »

En terminant, Emanuel m'a dit que son film serait distribué dans les salles du Québec en janvier ou février. Avec sa mise en évidence de ce qui influence le comportement humain quand s'imbriquent détresse, déchéance, désarroi, le film interpelle aussi sur l'importance de la relation qu'un homme entretient avec une femme. En effet, les personnages sont sans femme. Bruce a perdu la sienne à cause d'un cancer et sa vie est allée à la dérive. Pour Paul aussi. L'homme du chalet a une femme et une enfant, il agit pour elles, il les protège tout comme celui qui voit Bruce sur la glace, il dit à sa compagne de fuir. L'homme sans femme est dépourvu, sa vie n'est que l'accentuation de sa perte. Le personnage absent de l'histoire, la femme, semble avoir le plus de pouvoir, d'influence. Sans femme, Bruce et Paul ne savent plus organiser une vie sociale.

Withewash met en place des sujets de réflexions sur la nature de l'homme et ses besoins fondamentaux.

La croisée des chemins

Francine Pelletier ouvre son documentaire avec une rafale d'images rappelant des moments significatifs de l'histoire artistique et politique du Québec incluant la déclaration de René Lévesque souhaitant que les Québécois soient maîtres chez eux et celle du Général de Gaule : « Vive le Québec Libre. La rafale de neige succède la débâcle du printemps 2012 relaté dans le film.

La réalisatrice témoigne de la dissolution du politique et de la notion de démocratie devenue jouissance privée des biens. Rappelant que les films étrangers qui se sont rendus en nomination aux Oscars étaient des films québécois, elle souligne que la province est bien une « société distincte ». Elle accompagne Jean-François Lisée et Gabriel Nadeau-dubois pendant des mois.

Gabriel considère qu'il est légitime d'avoir un discours politique sans être dans un programme de parti. Il a observé que le plus grand reproche fait aux jeunes pendant ce printemps-là a été : « Vous nous avez dérangés ». La Classe n'a pas de leader et il est difficile pour les gens d'imaginer un tel fonctionnement. Gabriel est un porte-parole, il ne décide pas, il ne dit pas ses doutes mais après sa démission, il admet : « Je ne sais plus ce qu'il faudrait faire. À court terme, je suis plutôt pessimiste. La fenêtre ouverte est en train de se refermer. Il y a 10 ans tous les partis politiques étaient pour la gratuité scolaire. Né en 1990, je n'ai jamais rien vu d'autre que le néo-loibéralisme. ». D'ailleurs, lassé de cette dynamique de personnalisation, d'être constamment attaqué à l'interne, il a en effet démissionné et après une entrevue avec Anne-Marie Dussault, la caméra capte ses pleurs dans les bras des collègues. Il admire Bourgault dont il réécoute un discours « tellement actuel ». Il a entrepris d'écrire un livre « tenir tête » « pour réparer les injustices ».

Jean-François Lisée observe qu'avec le militarisme, la Reine, l'unilinguisme anglais du juge Marc Nadon, « le Canada ce n'est plus notre pays. Tous les signaux nous sont envoyés constamment. Le Québec n'existe pas. Le Canada est en train de nous évacuer. On va se faire mettre dehors ».

Gilles Duceppe est lui aussi filmé. La participation de son épouse est éloquente, elle est une femme amoureuse qui nous confie : « Gilles n'a pas été élu et ça a été un choc extrême. C'est un monde qui s'écroule ». Duceppe déclare : « Les décisions économique qui se prennent à Ottawa sont majeures et ne seront jamais en faveur du Québec ».

Victor Lévy-Beaulieu (qui a participé à un autre documentaire La langue à terre dont je traiterai plus tard dans cette chronique) remet à Gabriel Nadeau-Dubois, un document de 1886, la question Riel par Monseigneur Taché et Monseigneur Laflêche avant de dire : « Il faut un changement de conscience. Il faut que ce qu'on veut comme société soit déterminé ».

Au printemps 2012, à l'idée, le gouvernement Charest a opposé la force et la haine envers les jeunes; pour Fred Pellerin : « Tout a été récupéré dans un sprint politicien. On aurait le goût d'aller dans quelque chose qui grandit. »

Christian Nadeau, philosophe, déplore : « Il n'y a pas une grand diffusion intellectuelle. On a repris notre rôle de spectateur dans une pièce sans acteurs ».

Après la projection de son documentaire, Francine Pelletier s'est entretenue avec le public : « Un an après la plus grande contestation dans l'Histoire du Québec, le mouvement étudiant a-t-il été un début? Est-ce que ça va mener quelque part? Nous sommes dans un autodénigrement, ne pas se donner de la place et après Harper ça n'arrête pas de m'inquiéter. Tout se dégrade et les jeunes n'ont pas vu autre choses que la dégradation. L'insatisfaction des jeunes n'a pas été prise au sérieux. Gabriel Nadeau-Dubois n'a jamais trahi son groupe qui le traitait pire que les opposants. Il a été un modèle de démocratie. »

Dans l'aura du documentaire La croisée des chemins de Francine Pelletier se discernent l'intelligence de ses participants, une dénonciation de la haine envers un peuple qui n'a pas encore su s'attribuer la meilleure part de ce qui le concerne, un peuple qui se divertit au lieu de se conscientiser, qui dépense au lieu de penser. Partir la tête haute permet de réclamer son dû, être exclus confine au dénuement. Ce documentaire projette un éclairage nécessaire sur les fondations ébranlées d'une société qui n'a que trop tardé à s'affirmer et qui risque d'y perdre plus que sa dignité.

La Chute de la Maison Usher

En 1928, Jean Epstein a réalisé le film La chute de la maison Usher où se retrouvent les allégories romantiques : de la brume, des ruines, une revenante, et où se profilent de nouveaux procédés cinématographiques : surimpression, ralenti, accéléré.

Le film fascine et effraie, intrigue et subjugue. Un homme visite un ami dont la femme décède et il participe à son enterrement. Un orage commence et la maison s'écroule. Or la destruction de la maison est évidente d'abord par l'image de piles de livres qui tombent. Déjà, la vue des piles de livres dans une maison sans meubles peut étonner. Mais les rideaux ensuite volent au vent…dans les couloirs sans fenêtre. La morte semble une mariée avec un long voile blanc qui dépasse du cercueil, pend dans l'eau lorsque le cortège voyage dans une barque sur un lac qui nous rappelle le poème de Lamartine.

Les vagues, les arbres, la tourmente de la nature participent au drame de la mort de la chère disparue qui revient

Dans le cadre du FNC, le film a été projeté à l'extérieur avec une musique composée et interprétée par les quatre Montréalais du groupe Rock Forest. Ils ont fait une bande sonore extraordinaire. En effet, ils ont su adhérer à l'ambiance du film, s'y accorder et la renchérir; leur contribution est édification. Avec leur musique, le film acquiert une force et une nuance, une accentuation et une subtilité. Le film a inspiré le groupe et leur musique a favorisé le film. L'événement s'est donc avéré une expérience unique, chaque œuvre enrichissant l'autre.

Encore une fois, le FNC a assuré son engagement de nous présenter une programmation utile à la diffusion des nouveaux moyens dont se réclame le cinéma, une programmation pour les passionnés d'avancement technologiques, une programmation qui a aussi respecté les œuvres du passé, une programmation organisée en fonction de l'effervescence internationale.

EN ANALYSE

La langue à terre

« Si les québécois étaient mieux renseignés, ils choisiraient de bouger » affirme Charles Castonguay dans le documentaire La langue à terre. Homme remarquable par son amabilité, sa distinction, son charisme et son élocution, anglophone francisé, né à Ottawa et ayant milité pour le Parti Québécois, chercheur et auteur, il a étudié les substitutions linguistiques et il s'inquiète de la perte du français en Ontario, au Québec et dans les Maritimes. Prochainement, sera publié un recueil de ses articles sur la question linguistique sous le titre : La langue commune, un projet inachevé.

J'ai été impressionnée par ma rencontre avec Monsieur Castonguay lors d'une projection de La langue à terre en présence de Jean-Pierre Roy, Michel Breton et Louise Blanchard qui ont élaboré ce film à leurs frais, sans quêter une subvention, afin d'interpeler les populations sur la disparition de l'utilisation du français. Ils se sont intéressés à l'Histoire, à la judiciarisation à outrances, à l'impact de l'immigration, au monde artistique et aux avenues possibles pour circonscrire les dangers.

Jean-Pierre Roy, qui présentait le documentaire, déclarait : « C'est le sujet qui est la vedette, pas nous. C'est la naissance de ce film, ensuite, il vous appartient ». Quant à Serge Losique, présent aussi, il arguait : « Tout québécois de cœur et d'esprit devrait défendre la langue française sur le sol québécois. Un pays n'existe pas sans sa langue ni sans sa culture ».

L'équipe du film a tenu à donner la parole à tout le monde : les victimes de l'éradication, les défenseurs qui luttent et ceux qui rigolent ou insultent en voyant les efforts déployés pour contrer l'anglicisation. Le ton est rapidement donné quand on entend une anglophone de Montréal qui admet n'avoir rien contre les francophones ni contre les « nigers ». Le titre de l'ouvrage de Pierre Vallières Les Nègres Blancs d'Amérique aurait pu être mentionné lors de cette séquence.

Le documentaire rappelle que le français d'Amérique a été un français de résistance. La langue parlée par nos ancêtres, contrairement à ce qui est galvaudé, était un français de qualité parlé par toute la population. Ainsi, Étienne Provost, un homme des montagnes, était reconnu pour son éloquence en bon français. Avec le temps, comme les Amérindiens, les francophones ont été traités de « Maudits Sauvages » et ils ont été relégués à l'est de la rue St-Laurent, considérés comme une tribu d'ignorants.

En 1977, Camille Laurin était le « père de la Charte de la langue française » mais une campagne « scandaleusement immorale du fédéral nous a cassé les reins » lors du Référendum de 1980.

Quand, dans le film, on rappelle : « À Rome on fait comme les romains » John Parisella renvoie les gens au système juridique avec des juges qui ne parlent pas français et qui sont nommés par le fédéral. La loi 101, celle des lendemains qui chantent nous avait-on promis alors qu'on vit dans un désenchantement qui empire, cette loi a connu 247 amendements. D'ailleurs, Josée Legault identifie le recul du français au Québec, dans l'affichage, le travail et l'éducation, à la sape des tribunaux.

C'est nous qui abandonnons l'espace à l'anglais. Louise Beaudoin et Maria Mourani affrontent le discours relatif aux immigrants. « Est-ce qu'ils partagent la culture commune des gens qui les accueillent? Le message que comprennent les immigrants c'est que le Québec ne défend pas vraiment sa langue. La loi 101 est à l'abandon alors qu'il faut contraindre. 80% des immigrants vont dans des quartiers où il n'y a pas de francophones et ils peuvent vivre sans parler en français ». Pierre Georgeault ajoute : « Quelqu'un qui parle uniquement anglais va trouver du travail ».

La parole est donnée aux anglophones et l'une d'elles déplore ne pas se sentir chez-elle au Québec, être allée en Ontario et ne pas s'y être sentie chez-elle, être revenue au Québec et ne pas s'y sentir chez-elle; elle fait des reproches aux Québécois mais pas aux Ontariens . Quand elle n'est plus entourée de gens qu'elle blâme et méprise, que manque-t-il à une personne qui revient là où elle se dit malheureuse ? En entrevue pour le film, aurait-il été possible de demander s'il s'agissait du plaisir de persécuter les « french pea soup », ce plaisir que le décrivait Mordecai Richler?

Dans les arts et spectacles, la situation est hypocrite; Christian Rioux observe que des groupes musicaux prétendent au bilinguisme mais la syntaxe est en anglais avec quelques mots en français pour décorer. Quant à l'humoriste Sugar Sammy, devant lequel ARTV se pâme et qui se charge de faire la leçon aux francos, la structure de ses phrases est en anglais. Nos protections à Montréal sont tombées. « Parler anglais c'est plus que la langue, c'est adopter le puritanisme anglais ».

En effet, une langue signifie et transmet une pensée, une conviction, une orientation, un système de valeurs et de morale. Des entrevues ont été faites en Europe où Éric Zemmour remarquait : « La langue c'est aussi une conception du monde. En chantant en anglais, vous entrez dans la soupe mondiale. » Jean-Marie Pinçon parcourt la rue des Martyrs avec des commerces en anglais : « Ça n'ajoute rien. C'est un cas gravissime ».

Bernard Pivot a lui aussi participé au documentaire : « Ce qui me scandalise c'est que les mots français existent mais ils sont évincés. Au Québec, vous êtes phagocytés par un océan de gens qui parlent anglais, vous résistez. Mais, le prix à payer est très lourd. On délègue l'enseignement à l'anglais. On renonce à enseigner les disciplines modernes, c'est grave ».

Diane de Courcy est claire : « Tous les citoyens doivent être des sentinelles ». Yves Beauchemin aussi : « Sinon, on va se transformer en quelque chose qui n'est pas nous » Alors que le gouvernement québécois a sabré 600 000$ dans la francisation des immigrants et octroyé 2 000 000$ pour l'anglicisation des immigrants, Victor-Lévy Beaulieu veut mettre des limites : « Le français devrait être la langue de tout le monde. Québec c'est mon territoire avant d'être le tien et si ça ne fait pas ton affaire il y a d'autres pays. » On ne peut pas s'attendre à ce que les choses se fassent par la bonne volonté, il faut la coercition et s'attendre à la controverse que ça va créer. Pierre Bourgeois renchérit : « Des gens travaillent depuis des décennies à notre assimilation et là on met notre poing sur la table on dit Non et ils se mettent en colère ».

Le film ne fait pas référence au fait que lorsqu'il y avait des bombes qui explosaient dans les boîtes aux lettres à Montréal, les anglophones ne parlaient pas de quitter la province et les immigrants venaient s'y installer. Quand nous tenons à notre distinction et à notre vision du monde, qu'il y a manifestations, chartes, lois, donc expressions et processus démocratiques, les gens crient à la violence, nous comparent à des nazis et menacent de partir du Québec. « Insuffler de la dignité aux québécois » comme l'espère Bizz de Loco Locass, cesser de nous massacrer entre francophones, apprécier ce qui nous particularise, avoir non seulement une fierté langagière mais aussi un courage collectif, tout cela restera-t-il un beau rêve inaccessible?

Yves Michaud recommande : « Il va falloir être en disponibilité de défense et d'attaque » Bernard Landry souhaite: « Un pays complet et reconnu; sinon Bonjour les dégâts, l'atmosphère délétère y compris pour l'économie ».

La langue à terre est un documentaire dont nous avons besoin parce qu'il donne de l'importance à la vérité.

Depuis 1759, y a-t-il eu un temps de paix pour les francophones au Québec? Rappelons le début du film de Michel Brault Quand je serai parti… vous vivrez encore (1999), on y voit Claude Gauthier dans le rôle d'un paysan qui voulait défendre sa langue et que les militaires anglophones ont puni en le marquant au fer rouge, son fils François-Xavier Bouchard représente un patriote de 1838 qui sera condamné à mort avec le Chevalier de Lorimier. Dans le film, on voit aussi les patriotes arrêtés être conspués dans les rues par ceux-là mêmes pour lesquels ils revendiquaient.

Ce temps de paix pour les francophones au Québec, il importe de l'établir. Parce qu'avec cette langue, qu'on dit complexe, et même compliquée, viendra une pensée plus nuancée que schématique, plus subtile que condensée, plus humaine qu'affairiste, plus élaborée que rapide; « c'est une langue belle » chante Yves Duteil, avec elle, s'établit une mentalité belle.

Gabrielle

Gabrielle de Louise Archambault connaît un grand succès, justifié, au Québec et à l'étranger. Le personnage principal, Gabrielle, insuffle fraîcheur et volonté à tout le déroulement du film. Gabrielle est à la fois actrice et personne réelle dans cette histoire où se mêlent documentaire et fiction, captation directe et mise en scène.

Cette jeune femme est affectée réellement par le syndrome de Williams; elle a simultanément un handicap intellectuel et l'oreille absolue, la possibilité d'identifier la note correspondant à un son.

Gabrielle Marion-Rivard incarne une femme semblable à elle-même dans le film et semblable aux autres jeunes femmes de son temps; la situation de départ ressemble à celle du film The runaways  : les menstruations d'une fille qui aime la musique. Gabrielle demande une nouvelle culotte à Laurent et elle veut qu'il lui achète des tampons. Déjà, il est évident qu'elle a de la volonté et qu'elle l'exprime. Elle habite dans une maison où vivent des personnes déficientes intellectuellement sous la supervision de Laurent. Sa vie est extrêmement riche : elle pratique la natation, fait partie d'une chorale, travaille au déchiquetage des documents, participe à la danse du vendredi. Et, révélation dans sa vie, tumulte pour son entourage, elle est amoureuse de Martin, lui aussi handicapé intellectuellement, lui aussi chanteur dans la chorale et lui aussi capable d'occuper un emploi. Martin est toutefois incarné par l'acteur professionnel Alexandre Landry qui s'est mérité le prix d'interprétation au festival du film francophone d'Angoulême.

Sa vie sociale est plus fournie que celles de sa mère et de sa sœur. Les exclus de la société veulent les signes de la normalité certes mais ont aussi des aspirations affectives, sexuelles, familiales. Gabrielle, 22 ans, reçoit Martin, 25 ans, dans sa chambre. Ils dansent, déshabillés, après s'être posés des tatouages temporaires dans le dos. Les familles se réunissent. On craint que Gabrielle devienne enceinte. Or, Gabrielle veut avoir des enfants. Elle a un appétit de vivre, d'expérimenter, d'aimer, que beaucoup de gens lui envieraient.

La situation met en évidence notre attitude face à la sexualité, aux besoins et aux composantes qui lui sont liés. Gabrielle doit mériter de vivre son histoire d'amour. Elle doit prouver sa débrouillardise, son autonomie… Or, ces exigences interpellent davantage notre acceptation du besoin sexuel que la capacité d'une personne à l'assumer. Des personnes, habiles intellectuellement, se révèlent inaptes à tenir compte de la contraception, de la protection contre les ITS; on ne leur interdit pas la sexualité pour autant.

Le contexte renvoie aussi à l'éducation sexuelle. Gabrielle est capable d'assumer un emploi donc elle pourrait aussi apprendre la contraception. Martin travaille avec une scie électrique, il a appris à faire cette chose dangereuse et dans son entourage personne ne pense qu'on pourrait aussi lui apprendre la contraception. Quoi de plus favorable à l'amour que son interdiction? Gabrielle et Martin s'accommoderont des obstacles, les transgresserons, non sans rappeler un passage du livre La révolution sexuelle de Wilhelm Reich paru en 1936; l'auteur relevait alors que les jeunes n'ont pas de lieu pour vivre leur sexualité, ils le font dans la clandestinité. Des décennies plus tard, ce problème reste entier. Pour Gabrielle et Martin, l'amour sera plus fort que tout; ils incarnent les nouveaux Roméo et Juliette des jeunes pour qui la sexualité est devenue obligation et des aînés pour qui elle a toujours été et reste défendue.

Nos sociétés sont pornographisées. La porno, c'est l'interdiction du sentiment, de l'émotion, de la communication; c'est le contraire de la libération sexuelle, c'est l'imposition de nouvelles obligations. Donc, l'interdiction de vivre sa sexualité concerne toujours les jeunes certes mais, aussi les handicapés, physiques et mentaux, et les personnes âgées. Ce refus de la sexualité des êtres qui ne correspondent pas aux normes des stéréotypes met en évidence un malaise social, une incapacité à reconnaître la sexualité en tant que besoin. Le sexe est porno ou n'est pas. Les sociétés n'arrivent pas à l'admettre avec la nécessité de l'éducation. De plus, nous sommes loin de la possibilité de l'intégrer dans les lieux où sont confinées les personnes âgées, les « hainés ».

Quand, habituellement, les gens se tournent pour dormir, se précipitent pour partir ou pour vérifier que la caméra a tout enregistré afin de mettre la vidéo sur Internet, n'est-ce pas le rêve secret de plusieurs, peut-être même de la majorité, de pouvoir dire, dans le prolongement du rapprochement, comme le fait Gabrielle : « Martin, j'suis bien »? Dans Gabrielle , les scènes alternent entre cinéma vérité, documentaire et cinéma scénarisé, mis en scène. Louise Archambault a rencontré Gabrielle au centre des arts de la scène appelé Muses et qui offre une formation professionnelle à des personnes vivant un handicap. Pendant un an, elle a côtoyé les participants et elle s'est laissée guider par eux pour réécrire son scénario. Elle a filmé les membres de la chorale lorsque le chanteur Robert Charlebois est venu les rejoindre. Leur réaction a été captée au moment où elle se passait en plans-séquences. Elle a aussi tourné la scène du karaoké et de la danse du vendredi avec les deux cents adultes atteints d'un handicap intellectuel qui participent aux activités que lui a fait connaître Jean -Martin Lefebvre-Rivest. Cet homme s'occupe d'une famille d'accueil pour déficients intellectuels. Un reportage, intitulé Une famille particulière, consacré à Jean-Martin et à son entourage, a inspiré la réalisatrice. Elle s'est basée sur Jean-Martin pour créer le personnage de Laurent dans le film Gabrielle. De plus, des scènes ont été tournées en Inde, dans une école-pension spécialisée en musique traditionnelle indienne, avec l'organisme Jeunes musiciens du monde, au cœur d'une région agricole pauvre, Le Kamataka.

La spontanéité des participants, la candeur de Gabrielle, la disponibilité de Laurent, le mélange de documentaire et de fiction, donnent un apport d'oxygène aux convictions étriquées et contradictoires de nos sociétés. Ce film ouvre à une révision de nos convictions.

Gabrielle de Louise Archambault a nécessité des années de préparation; toutes les questions que le film pose pourront désormais alimenter des années de réflexions, de discussions et, espérons-le, de réformes.

Une jeune fille

Catherine Martin avait montré le monde privilégié de la madame bourgeoise préservée du pragmatisme de la vie et surtout épargnée du corolaire de la mort et du crime; que des états d'âme, pas de salon funéraire, de vidage de logement, de questions des policiers, de laxisme du système de justice pour l'assassin dans les Trois temps après la mort d'Anna , son précédent film. Avec Une jeune fille, sa plus récente réalisation qu'elle a aussi scénarisée, Catherine Martin a délaissé les favorisés du monde et elle a actualisé le contexte de son histoire en montrant les difficultés du monde rural. Elle a su amalgamer faits, sentiments, réalités socio-économiques, croissance intérieure, développement relationnel.

Une jeune fille nous permet d'accompagner Chantal. Elle cache l'argent de son salaire, en tant que laveuse de vaisselle, sous l'oreiller de sa mère malade pour que le conjoint ne le boive pas puis, dans la pochette sous son chandail. Sa mère lui montre une photo prise sur une plage de Gaspé en mentionnant qu'elle aurait aimé y retourner et décède. Chantal part donc vers le nord du Québec. Pour Catherine Martin, la mort, encore, détermine la traversée d'un nouveau parcours.

Une jeune fille aussi courageuse est vulnérable puisqu'elle est capable d'en prendre. Dehors, elle dort habillée en tentant de réchauffer ses mains, mange sous un pont, remplit sa bouteille avec l'eau sortant d'un tuyau. Quand elle n'a plus d'argent, elle lève les yeux vers la mer qui allonge ses roulis.

Trouvée allongée au bord d'une route, elle est amenée par Serge, un cultivateur en difficulté. Peu à peu, alors qu'elle travaille chez-lui, elle découvre qu'il écoute de la musique classique et lui dit : « J'en avais jamais entendu de la musique de même, c'est beau ».

Serge a une sœur, Laura, qui veut vendre la ferme familiale. Quand elle arrive, Chantal et Serge regardent dans la même direction. Ce regard exprime leur union, leur but désormais commun car pour Serge : « J'peux pas vivre sans animaux. C'est ma vie être sur la ferme. »

Avec le vent dans les hauts sapins clôturés, Chantal, qui se fait appeler Anne-Marie, découvre la sève de l'arbre, l'eau bouillonnante enchâssée par la forêt. Serge se confie : « Mes parents, j'aurais voulu qu'y meurent jamais. Mon père m'a montré le beau. Ma mère, la propreté. Elle disait : La propreté, c'est la fierté du pauvre. »

Les rayons de soleil dans le ciel plombé, les vagues qui scintillent accrochant la lumière comme les toiles d'araignées dans les arbres, sont en harmonie avec ce que ressent Anne-Marie : « J'aime ça être dans le bois ». La rivière qui écume devient l'eau baptismale, elle va garder son nouveau prénom. Et Serge, le taciturne, lui déclare : « J'ai besoin de toi ».

Leur histoire d'amour, de cet amour qui diffère des histoires de couple et de désir, avec le vent des embruns, insuffle une respiration à notre cinéma. Ancrée dans le réel, concentrée sur la relation avec l'autre dans la résistance à l'adversité économique et personnelle, capable d'incitation à la contemplation, Catherine Martin, avec Une jeune fille répand son austérité séduisante, son charme âpre et captivant.

EN PRÉPARATION

Aurore 2 réalisé par Guillaume Lambert, produit par Vincent Olivier, interprété par Yvonne Laflamme et Debbie-Lynch-White, en est à sa version 7. Le film réunit des captations lors de répétitions et de séances de travail, un faux documentaire sur la préparation d'une comédie musicale faisant suite au film de 1952 réalisé par Jean-Yves Bigras, des scènes avec un écran vert, des entrevues avec, entre autres, un spécialiste en sociologie, une parodie dans un cimetière. Le film, à l'époque, avait entaché la carrière de l'actrice Lucie Mitchell qui incarnait la marâtre. Dans une autre version, réalisée en 2005, le même rôle interprété par Hélène Bourgeois-Leclerc n'a pas eu le même impact sur la carrière de l'actrice.

Initiée en décembre 2011, le film est ainsi résumé : « Madame Laflamme est fatiguée. À 73 ans, la première enfant-vedette du Québec, connue pour avoir joué le rôle de la petite Aurore dans le film de 1950 monte une comédie musicale sur le supplice de l'enfant martyr pour se débarrasser du fantôme qui a ruiné sa carrière de comédienne et qui pourrit sa vie depuis des lustres. »

Comédie critique, intrigue hétéroclite, projet en évolution, la version 7 d' Aurore 2 a été projetée le 19 septembre dans le ciné-parc St-Eustache. Il reste beaucoup de matériel à monter avant une projection attendue qui s'annonce fascinante.

EN PÉDALIER

À Montréal, au coin du boulevard St-Laurent et du boulevard Maisonneuve, sur le sol, 4 lettres géantes proposeront aux gens d'activer des pédaliers enclenchant la projection de documentaires projetés sur le mur extérieur. Cette activité aura lieu durant les RIDM, les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal, du 13 au 24 novembre 2013.

Daïchi Saïto, cinéaste et programmateur de l'association Double négatif, le collectif Pete et Vegas, l'artisan numérique transmédiatique Guillaume Arseneault ont collaboré pour cette installation qui permettra de voir des documentaires contemporains et des films d'archives de l'ONF.

EN SOUVENIR

Alors que je courais entre deux festivals de films, j'ai eu l'accord d'un pianiste de le photographier en pleine interprétation sur le trottoir. Belle initiative sur la rue Ste -Catherine que d'offrir aux gens l'occasion de jouer, d'écouter, d'apprécier l'inusité artistique. Des pianos publics avaient été disséminés à Montréal.

Qui plus est, et ça ne s'invente pas, il jouait : As time goes by qu'on entendait dans le film Casablanca en 1942, Someone to watch over me reprise dans le film de Ridley Scott en 1987 et il a enchaîné avec la trame sonore du film de Jean-Pierre Jeunet, Le fabuleux destin d'Amélie Poulain en 2001.

Merci beau musicien d'avoir instillé un moment d'appréciation, une pause dans la course, une beauté dans le quotidien. Ce sont de tels instants que je vous souhaite avant de vous retrouver avec les films des RIDM et ceux de Cinémania qui se déroulera du 7 au 17 novembre 2013.