Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

Chronique cinéma
Octobre 2012

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Pendant le mois du 41e FNC, voici le Spécial 36e FFM avec un résumé des propos du cinéaste francophile Volker Schlöndorff et l'analyse des films The Queen of Versailles.et L'affaire Dumont.

EN SPÉCIAL FFM 2012

À Montréal, le 23 août 2012, grande, mince, la belle actrice italienne Greta Scacchi et Michel Coté, l'élégant, imposant, talentueux acteur québécois, formaient le couple princier de l'ouverture du 36e Festival des Films du Monde.

Parmi les films projetés, La mer à l'aube de Volker Schlöndorff et Closed Season Ende Der Schonzeit de Franziska Schlotterer mettent en évidence la complexité des relations vécues par les Allemands pendant la 2e guerre avec les Français et avec les Juifs. Réalisés par des cinéastes qui ont signé le scénario de leur film respectif, ces deux productions révèlent les nuances qui s'immiscent dans les rapports humains.

Volker Schlöndorff

Le Festival cette année a permis d'assister à une classe de maître avec le réalisateur allemand Volker Schlöndorff qui s'est confié dans l'évocation de son cheminement créatif, de son travail avec les acteurs et de son intérêt pour la littérature souvent en lien avec son œuvre cinématographique. Francophile, le cinéaste s'est entretenu avec le public en parlant en français.

Schlöndorff a relaté qu'à 17 ans, il voulait faire du cinéma. Après deux mois chez les Jésuites, il est resté dix ans en France. Il a fait des rencontres l'incitant à suivre ses inclinations. Le film Nuits et Brouillards d'Alain Resnais l'a bouleversé. Bien qu'il soit allemand, personne ne l'a blâmé. Il ne percevait pas d'hostilité même si on parlait de la guerre encore récente. On lui a raconté qu'en 42 des exécutions avaient eu lieu en France, à Châteaubriant, en Loire-Atlantique, et que ces actes féroces ont fait naître la Résistance.

Il se demande encore comment a pu être possible l'Holocauste. Il a constaté que le poids de la culpabilité allemande a été porté par la génération suivante. Sa fille de 20 ans, elle, ne s'identifie pas à cette époque. Schlöndorff a vu une armée en déroute, des soldats allemands, hagards, tristes et des GI heureux qui arrivaient. Il continue à faire des films sur la 2e guerre. Il a signé un livre intitulé La mer à l'aube : les dernières heures de Guy Môquet et a réalisé un film qui fut projeté lors du Festival.

Revenant sur son parcours, Volker Schlöndorff mentionne qu'il a fait cinq ans d'assistanat sur des plateaux de tournage. Il a appris que chacun travaille différemment. Il n'y a pas une seule méthode. Mais pour raconter une histoire il faut que l'équipe soit fascinée. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise histoire, il y a l'urgence de la raconter.

Le réalisateur Melville intimidait. Bergman changeait la préoccupation de l'acteur pour diminuer sa nervosité. D'autres cinéastes séduisaient. Le bon film doit exercer une urgence d'être raconté au point où l'équipe de tournage est fascinée. Bergman avait refusé qu'un médecin le regarde travailler. Un intrus risque de rompre le charme.

Schlöndorff a un projet avec André Dussolier. Le temps de la guerre est un temps d'extrémités, les hommes montrent leurs forces et leurs faiblesses. L'extermination systématique d'êtres humains est devenue une industrie avec la 2e guerre alors qu'avant c'était des guerres de conquêtes.

Quant à son rapport à la littérature, il confirme qu'elle contribue à son inspiration. Il a adapté Un amour de Swan considéré inadaptable. D'ailleurs, Les Désarrois de l'élève Törless son premier film, à 25 ans, était une adaptation d'un roman de Robert Musil qui l'a amené à raconter ce qui le préoccupait : la désignation d'une victime, celui-là, il est autre. « Je suis meilleur quand j'adapte des romans » a-t-il déclaré. « La littérature m'a aidé à me comprendre, à comprendre le monde. Les écrivains sont ceux qui se sacrifient en se retirant du monde pour écrire ».

Sa relation à l'autre s'actualise aussi dans son travail avec les acteurs, même les non -professionnels parce que c'est une façon de communiquer avec d'autres. Il répète beaucoup avec les comédiens. « Il y a des moment juste une fois qu'il faut capter ». Il se souvient alors d'une scène avec Sam Sheppard qui a avoué après le tournage « Je ne pourrais pas supporter une autre séparation dans ma vie ».

Schlöndorff aime que l'acteur tire le rôle vers lui-même. Il cite John Huston : « Il n'y a que dans ce métier qu'on peut rencontrer autant de gens intéressants ». L'acteur n'a pas le droit de jouer. Il survit, il donne de sa propre expérience, il ne joue pas qu'il souffre, ce serait obscène, conclut Schlöndorff.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Nuits et Brouillards Alain Resnais, 1956
  • Les Désarrois de l'élève Törless Volker Schlöndorff, 1966
  • Bilitis David Hamilton, 1977
  • Picnic at Hanging Rock Peter Weir, 1975
  • Illegal Alliens David Giancola, 2007
  • Les adieux à la reine Benoit Jacquot, 2012
  • Citizen Kane Orson Welles, 1941

 

La mer à l'aube

La plus récente réalisation du cinéaste La mer à l'aube s'ouvre avec la poésie de Lamartine et de Pierre Louÿs dans le camp d'internement de Choisel, à Châteaubriant, pendant la 2e guerre, en 1941. Des jeunes communistes, gaullistes, et des prisonniers politiques, de droit commun, se retrouvent ensemble. Parmi eux : Claude Lalet, qui doit être libéré pour reprendre ses études et retrouver sa femme, Jean -Pierrre Timbaud, dit Tintin, un syndicaliste, Charles Michels, 38 ans député communiste de Paris, Victor Renelle, Désiré Granel, Léon Bloch et Guy Môquet, un militant communiste de 17 ans arrêté pour avoir lancé des tracts et trouvé avec un de ses poèmes composé sur une page de son cahier d'écolier : « Les traitres de notre pays Ces agents du capitalisme Nous les chasserons hors d'ici » .

Le 21 octobre 1941, le lieutenant-colonel Karl Hotz est abattu par trois jeunes communistes. En représailles, Hitler ordonne l'exécution de 150 otages français. Les prisonniers de Choisel représentent un bassin d'otages à fusiller. Les prisonniers sélectionnés sont des politiques, des communistes, pas des souteneurs.

Or, la version de Schlöndorff ne se réduit pas à un manichéisme; il présente le côté humain des allemands. Ainsi, un officier allemand, Ernst Jünger, est écrivain, il ne veut pas de carnage « Je suis un officier, pas un boucher ». Plus tard, il voudrait s'installer à Paris. D'ailleurs, il courtise Charmille, une belle chanteuse française, à qui il offre une édition vénitienne du 16e siècle (sur le pénible sujet de la chasse aux Sorcières, le Malleus Maleficarum) « Vous me gâtez trop » reproche Charmille, « C'est ma stratégie » rétorque Jünger.

D'ailleurs, Jünger révèle que des allemands veulent tuer Hitler en ajoutant qu'il faut : « Ne jamais oublier qu'on est entouré de malheureux » .

Les soldats allemands sont principalement représentés par le personnage de Max qui doute de sa capacité à tuer. Effectivement, lors de l'exécution, il s'effondre, ce n'est pas de la comédie, son corps se refuse à exécuter les ordres, réaction répondant à l'exhortation des prisonniers qui réclamaient : « Prenez-moi mais pas ces gosses. Je me suis battu pour vivre. Ne soyez pas esclave de vos ordres. Écoutez plutôt votre conscience ».

Aussi, un gendarme doit s'enivrer pour assumer la situation.

Volker Schlöndorff a élaboré sa construction narrative sur un fait et non autour d'un personnage; on assiste à un rayonnement diversifié et non à un seul focus. Les émotions et les sentiments, sourdent des deux camps; le point de vue est avant tout humain. Il n'y a pas les bons et les méchants; il y a une exécution et des êtres qui y sont confrontés. Ces trente-trois heures avant la mort vécues par les condamnés, leurs bourreaux, les décideurs, les amoureuses.

Donc, les attitudes diffèrent entre le fanatisme d'un des trois communistes de l'attentat et la répulsion des allemands, l'abnégation des fusillés et le désarroi des soldats.

La guerre est toujours une affaire sale et le film en rend compte en culminant vers la scène des lettres d'adieux des 27 condamnés; des extraits se superposent: « Maintenant vous pourrez dire à Camille que je l'aimais comme un fou, pauvre fou que j'étais » « Ton mari qui te remercie de la vie d'affection que tu lui as faites » incluant ceux de la lettre célèbre de Guy Môquet, le plus jeune des condamnés : « Ma petite maman chérie 17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret si ce n'est de vous quitter tous en vous embrassant de mon cœur d'enfant »..

Ainsi que l'annonçait l'un des otages « Finie la collaboration pénarde, les Français vont se révolter ». Indignés, les gens se révolteront et renforceront la Résistance.

Pour élaborer le scénario, Volker Schlöndorff s'est basé sur le roman qu'il a écrit certes mais aussi sur une nouvelle d'Heinrich Böll et un texte de Ernst Jünger paru en 2005; les journaux de guerre de Jünger ont été publiés dans la collection Bibliothèque de la Pléiade.

De son film, Schlöndorff déclarait qu'il était un « chant polyphonique fait de toutes ces lettres dans lequel il n'y a pas vraiment de héros. Ce qui était intéressant dans ce sujet, c'est qu'il n'y avait rien de spectaculaire. C'était une espèce de machine implacable. On sait comment l'histoire va se terminer mais on espère que tout s'arrêtera en route ». Et ce qui intéresse Volker Schlöndorff dans une histoire, c'est « l'urgence de la raconter ».

Closed Season Ende Der Schonzeit

Route désertique. Musique magnifique. L'ambiance nostalgique débute Closed Season Ende Der Schonzeit de Franziska Schlotterer, une co-production israélo -allemande. Incessant va et vient entre deux époques, entre deux réalités, entre dissimulation et révélation, entre fécondation et suicide, entre continuation de la vie et interruption par la mort.

En 1970, en Israël, Bruno, seul, descend d'un autobus. Dans sa valise, les vêtements le disputent aux livres. Il s'adresse en vain à un fermier mais, déterminé, il insiste. La fille du fermier, elle, aborde le jeune homme ce qui fâche le père.

Retour en 1942, en Allemagne. Albert, un jeune Juif en fuite veut traverser la frontière. Il rencontre Fritz, un paysan, qui le cache dans sa grange. Emma, sa femme, et lui sont sans enfants. Parce que Fritz a oublié l'anniversaire d'Emma, Albert fabrique un médaillon que Fritz donne à sa femme. Peu à peu, le projet de Fritz prend forme. Il demande à Albert de coucher avec sa femme pour que celle-ci devienne mère.

Superbe scène sous la pluie en ombre chinoise, les 3 déchargent le bois. Puis, Fritz qui voulait observer le couple procréateur choisit de les laisser seuls. « Je ne te ferai pas mal » lui dit Albert en la caressant. « Tu sais te servir de tes mains ». Aux nécessités de la reproduction s'ajoutent des baisers, des positions, des conversations.

« J'aimerais lire un peu » Emma par l'intermédiaire de l'institutrice procure un livre à Albert. Emma devient amoureuse et Fritz pleure après avoir surpris le couple uni dans le plaisir. Il va se saouler au village.

Albert est arrêté. En 1945, il retourne à la femme pour voir son enfant mais Emma avait perdu le bébé. Albert, contrairement à sa première intention de ne pas faire mal à Emma, la viole. Fritz se suicide.

Retour en 1970 Bruno sait la vérité sur ses origines. Il est venu pour remettre une lettre d'Emma, sa mère, à Albert. Elle écrit que le 17 octobre 1942 Albert l'a repoussée, elle est tombée sur le sol. Emma a dénoncé la présence d'Albert aux autorités qui l'ont arrêté et déporté à Auschwitz d'où il s'est enfuit vers l'Italie.

J'ai pu m'entretenir avec Franziska Schlotterer qui a étudié le cinéma à Paris, à Chicago et à New York. Née à Munich, elle a des souches israéliennes. Elle est intéressée par les relations qui ont influencé sa génération. Suite à un article relatant qu'un fermier avait caché un juif à qui il avait demandé de faire un enfant à sa femme, elle a développé son sujet. Les paysans se considèrent encore aujourd'hui, comme à l'époque, en marge de l'antisémite.

Elle était préoccupée par le personnage de Fritz, un homme plus déprimé qu'arrogant, sa vie a basculé. Il devait être fort mais les 2 ans de séparation ont miné le couple. De plus, il redoutait d'avoir, en état d'ivresse, trahi le secret d'Albert.

Un juif caché, un adultère caché, une dénonciation alléguée, une admission divulguée, Franziska Schlotterer a développé une narration aux rebondissements nombreux : Bruno n'est pas l'enfant conçu avant l'arrestation d'Albert mais lors de son bref et violent retour, Fritz n'a pas parlé de la présence d'Albert mais Emma l'a fait. Ses bifurcations factuelles viennent de changements temporels. Schlotterer a osé faire un film qui interpelle par sa version subtile et nuancée.

Le voile

Le court métrage de Max Rheault, Le voile se caractérise par son intensité. Intensité dans la beauté des images de la nature : la cascatelle chantante dans l'émeraude scintillante de la forêt. Intensité dans la beauté de la fillette au visage doux, angélique. Intensité du contraste : cette enfant devenue religieuse doit veiller un mourant. Intensité du fait : cet homme était dans la forêt.

Intensité du procédé de divulgation : l'image. Image du médaillon au cou de la gamine, médaillon arraché, médaillon au cou du mourant, médaillon repris par la religieuse.

Puis, plan titre, Le voile, permuté rapidement par un plan insert avec les mots : Le viol.

Le voile de Max Rheault nous donne envie de voir la progression de ce cinéaste.

A girl like her

Dans le documentaire d'Ann Fessler, A girl like her , sur des images d'époque se superposent les témoignages actuels de femmes qui ont subi l'ampleur de la répression envers des femmes enceintes sans être mariées.

Ce blâme imputé aux amoureuses, aux vulnérables, aux violées, aux influençables, est concentré dans l'extrait d'un film éducatif en noir et blanc montrant une mère qui reproche à sa fille d'être la fautive, d'avoir suscité le désir chez le garçon.

La suite des grossesses menait les jeunes femmes à une décision qui relevait presque de l'obligation : donner son enfant en adoption. Or, ces adoptions d'autrefois ont signifié des tragédies cachées. Cet acte de prédation par lequel on supprimait la relation mère-enfant était perpétré au nom de critères dits moraux; un couple marié était préférable à la génitrice seule.

La réalisatrice a été une enfant adoptée et elle a signé un livre sur cette tragédie qui accablait les femmes séparées de leur enfant. Elle a recueilli les souvenirs de ces femmes.

Elles se rappellent, de l'enthousiasme au désespoir : « I felt very important. Wow! That is what dating is like ». Les choses allaient mal au Vietnam. L'une est devenue amoureuse d'un soldat. Pour une autre : « He's White and I'm Black ». « I was learning from him ».

Les faits reviennent dans leur horreur. Une jeune fille a subi une douche vaginale avec du Lysol infligée par sa mère. Car la mère d'une fille enceinte avait été une mauvaise mère puisque sa fille ruinait leur réputation par sa grossesse. L'opinion des autres était importante. Les structures sociales étaient tellement rigides que la pire chose aurait été que l'enfant reste avec sa mère.

« Mes parents ne voyaient pas que j'étais leur fille ayant besoin d'aide. » « You are so bad there is no way you can provide for a child ». » « Ma mère disait que je devais être punie donc donner mon enfant. »  «Il had to get their approval back. » «  My baby was taken from me, I never gave him »

Les aveux des femmes, qui avaient entre 13 à 42 ans, continuent.

Quand l'une d'elles a pris son bébé, elle a réalisé « I thought I loved, this was different ». Certaines ne pouvaient pas même voir leur enfant. « I turned myself into a stone. » « Chaque nuit je me couche en ayant peur pour elle ».

Les travailleuses sociales, les religieuses, les familles forçaient les femmes à signer pour abandonner leur bébé. L'une des mères a refusé, elle a été placée dans un hôpital psychiatrique jusqu'à ce qu'elle signe.

Entre 1945 et 1973, aux États-Unis, 1,5 million de femmes ont donné leur enfant. Jusqu'en 1972, une personne célibataire ne pouvait acheter des moyens contraceptifs, il était interdit à une mère célibataire d'étudier. On parlait de libération sexuelle mais on n'informait ni les jeunes ni les adultes des implications inhérentes aux relations sexuelles. 30% des femmes enceintes qui tentaient de s'avorter ou qui avaient recours aux avorteurs mouraient. Maintenir les gens dans l'ignorance sous prétexte de ne pas les inciter n'a pas empêché les gens d'avoir des pulsions.

A girl like her d'Ann Fessler se termine avec cette triste statistique : sur les 100 femmes qui ont témoigné pour le documentaire, 30 n'ont jamais eu d'autres enfants.

Little Black Spiders

Développant le même thème, dans un film de fiction, Patrice Toye a réalisé une oeuvre basée sur plusieurs témoignages et intitulé Little Black Spiders. En Belgique, en 1978, cachées dans le grenier d'un hôpital, 10 filles vivent leur grossesse.

Pourquoi ce titre? Ai-je demandé à la scénariste et réalisatrice présente pour la première mondiale de son film au FFM. Elle avait plusieurs réponses : « Pour suggérer les araignées dans la tête, les pensées tumultueuses…Je veux garder le mystère de la raison du titre ». Patrice Toye a traité son sujet avec une charge dramatique et des interstices stylistiques. Entre des scènes de crainte, de confidences, se glissent des scènes psychédéliques, de théâtre, de danse, de créativité, hors contexte, qui particularisent le langage filmique de la cinéaste. Là encore, j'ai voulu l'interroger sur ce choix. Elle m'a dit : « Les filles s'ennuyaient, voulaient oublier leur grossesse. Les scènes artistiques, c'est parce que j'adore utiliser le surréel Dans mes autres films, aussi, j'aime qu'il y ait des scènes hors du monde, dans un au-delà. Dans ce film, les filles sont dans une bulle très chouette puis ça change. Ces situations se sont passées à travers le monde. En Belgique, l'avortement était défendu. La grossesse dans les années 60 jusqu'à 80, c'était la honte. C'était une solution donner son enfant et il y a eu des abus. Des enfants veulent connaître leur génitrice et des mères veulent connaître leurs enfants. Il y a un site web de femmes de 30 ans et d'ado qui se cherchent. »

Et comment Patrice a-t-elle choisie Line Pillet, l'actrice qui incarne Katja, elle réunit talent troublant et beauté remarquable? Patrice répond : «  Elle a un air très fragile avec sa peau de porcelaine. Elle a une personnalité expansive et a dû apprendre à intérioriser. Je voulais suggérer le film Bilitis (David Hamilton, 1977) et le film Picnic at Hanging Rock (Peter Weir, 1975). Je voulais quelque chose hors du temps avec elle et avec les autres. Pour Line, c'était son premier rôle au cinéma. Elle mérite une belle carrière ».

Dans Little Black Spiders Katherina arrive dans le grenier où l'introduit Sœur Simone en lui disant qu'elle doit maintenant s'appeler Katja « Ici tu deviens quelqu'un d'autre ». Elle signe un document sans le lire et retourne écouter ses audio-cassettes. Or, Katja, au contraire d'autres filles, est heureuse de sa grossesse car elle est follement amoureuse de Guy auquel elle écrit régulièrement. Avec les autres, elle joue une pièce grecque. Elle découvre que le document signé implique de donner son bébé. Elle s'enfuit voir Guy. C'est un homme marié, professeur de langues mortes. « Tu as honte de moi » lui demande-t-elle. « Oui » répond-il avant qu'elle lui crache à la figure.

La suite de l'histoire est tragique. Katja meurt d'une hémorragie après son accouchement et Roxanne, qui a perdu son bébé, recueille l'enfant de Katja.

Addicted to fame

David Giancola était un réalisateur spécialisé dans le tournage de films de série B. L'acteur John James a joué dans la télésérie Dynasty. En 1975, les deux ont décidé de tourner un film intitulé Illegal Alliens et d'engager Anna Nicole Smith, « célèbre pour sa célébrité ». Dès lors, plus aucune compagnie d'assurances ne voulait les soutenir. Anna investit dans le film pour y jouer avec son fils Daniel. C'est le début d'une série de déboires relatés dans le documentaire Addicted to fame

Anna arrive avec son entourage dont son avocat, son coach et trois chiens qui éliminent partout. À chaque heure, elle change le scénario. Puis, oublie les répliques, y compris celles qu'elle a écrites. Le 2e jour de tournage elle fait des crises de colère. Tout le monde lui dit qu'elle est OK!

Elle est si droguée qu'elle ne parvient pas à parler. Une autre actrice dit son texte en l'imitant si parfaitement que personne ne s'en aperçoit. Puis, alors qu'il ne restait que trois jours de tournage, elle décide de ne plus tourner. David et John sont découragés.

« She came back on the set but she wasn't on earth » Puis, Daniel, le fils d'Anna, meurt. Il est impossible de sortir le film. David en profite pour ajouter des effets spéciaux, des scènes supplémentaires, des dialogues.

En 2007, ils tentent de projeter le film dans un patelin mais Anna meurt. David se rend à Cannes et fait projeter le film dans un cinéma. Mais, la confusion fonctionne et la publicité fait son œuvre. L'avocat raconte qu'Anna a réécrit le film avec les meilleures répliques. David est vert de rage. C'est lui qui a performé pour rattraper toutes les bourdes et manquements d'Anna.

À Jonhston, New York, le film Illegal Alliens a été présenté gratuitement. À Montréal, le réalisateur et le producteur étaient présents lors de la projection du documentaire Addicted to fame . John James considérait : « Notre petit film Illegal Alliens est devenu une explosion partout dans le monde. Nous avons vu le mauvais côté du show business et nous sommes épuisés. Anna était diabolique mais sa maison était aussi propre qu'un laboratoire. Et elle faisait un agenda de grossesse. »

David, lui, se souvient que tout le monde disait « oui » à Anna et elle ne pouvait plus faire confiance à personne. Elle n'était jamais en contact véritable avec les gens.

David est ressortit amer de toutes ces péripéties. Il n'a plus tourné aucun film. Mais, il s'est réjoui que le FFM ait été le premier festival à accepter son documentaire qui nous a révélé l'envers du décor.

Towing

Dans Towing , la réalisatrice Wenhwa Ts'ao n'a pas laissé entendre les dialogues que les personnages articulent. Tout son court métrage se déroule avec des sons mais sans paroles audibles. Le film acquiert ainsi une force particulière.

Après avoir constaté que son poisson est mort, Dana « Red » Cumpion conduit une dépanneuse. Elle est hantée par des souvenirs du temps où elle était soldate. Un contact humain par l'intermédiaire d'un animal sera déterminant. Sur la route, Sean Westin, avocat ivre au volant, a heurté un chien. Alors que l'avocat refuse d'assumer ses responsabilités, Red se rend chez le propriétaire du chien tout en se remémorant les soldats qui tiraient sur des chiens. Elle achètera un nouveau poisson et sera disponible pour l'amour que son compagnon veut vivre avec elle.

Wenhwa Ts'ao a été sélectionnée avec 7 autres réalisatrices pour participer au programme Directing Workshop for Women de l'American Film Institute (AFI). Le scénario de son film a été écrit par Cari Callis.

Towing est un film fort qui rend compte d'une étape de vie franchie avec résilience.

Cliquez ici pour entendre l'interview avec
Megan Durnford

Une brique à la fois

Pour son documentaire Une brique à la fois Megan Durnford s'est intéressé au monde des Lego. Certains des créateurs adultes les plus talentueux sont québécois. Michel Labelle a créé une ville imaginaire : Utopolis. Nathalie Boucher a contruit une réplique du World Trade Center. Marc-André, informaticien, crée des robots avec une brique intelligente dont Wally 5.

Lors de conventions, d'évènements, une communauté adulte peut échanger, partager, de façon à s'améliorer.

Il existe grâce à Internet la possibilité de faire circuler des photos ou des vidéos de ses œuvres. Aussi, il existe un réseau de vendeurs de briques. Ainsi, pour sa création, Nathalie a commandé des pièces de partout dans le monde dont 800 à un vendeur italien.

La seule limite c'est ton imagination m'a dit Nathalie. Quant à Marc-André, il considère que Lego lui permet d'actualiser son aspect maternel en tant qu'artiste et son côté paternel en tant qu'ingénieur. Dans les créations de groupe, il dit : « On ne cherche pas à qui mette la faute, on cherche à comprendre l'erreur ».

Megan a rencontré des adultes qui ont découvert Lego et d'autres qui les aiment depuis leur enfance. « La brique fonctionne toujours » ajoute-elle en souriant.

Hiljaissus Silence

« When nobody talk. The begining of the last silence. Created by experiences that can't be shared » le réalisateur finlandais, Sakari Kirjavainen, évoque des souvenirs traversés de tristesse. La Finlande a été le seul pays à promettre le retour des soldats morts à la guerre. Sakari m'a dit qu'encore aujourd'hui à chaque été des volontaires essaient de retrouver des restes humains dans cette partie de la Finlande qui est maintenant possession russe. Staline a attaqué la Finlande sans préavis. Il a envahi 1/3 du pays puis les Allemands sont arrivés et ont brûlé la ½ du territoire. La Russie a pris une partie des terres et les 5 millions de Finlandais ne font pas le poids avec les Russes.

Les parents de Sakari venaient de cette partie perdue de la Finlande. Son grand-père était dans l'armée. Ce temps de la guerre avec les Russes, avec les Allemands, personne n'en parle. Ce silence affecte encore les gens. « Ce silence, il faut le briser » ajoute-il en français avec sa voix très calme. Sa présence grave est impressionnante. Près de Sakari, l'acteur Joonas Saartamo impose lui aussi une conviction tranquille mais absolue. Il porte un t-shirt sur lequel on peut lire : « If they have nothing to hide they have nothing to fear ». Ces êtres savent parler de souffrance et de revendication avec un contrôle éloquent et un idéal tenace. Leur douceur est forte. Les rencontrer est bouleversant.

Le film Hiljaisuus- Silence commence avec l'arrivée de deux jeunes soldats, Eino et Antti, près de la frontière, dans les baraquements où les corps des défunts sont préparés pour être remis à leur famille.

Eino est subjugué par Antti dont il assume toutes les bourdes et déficiences. Antti trompe sa fiancée enceinte, refuse d'aller chercher les cadavres, se plaint pendant qu'Eino travaille. La mère d'Eino lavait les morts. Il les veille lui aussi pour les aider à passer dans l'au-delà. Quand Antti vole jusqu'aux dents en or des morts, Eino ne le dénonce pas.

Eino répète « Antti est mon ami » Mais une collègue, Jaana, lui demande « Es-tu le sien? »

Quand Antti meurt, Eino le ramène à sa famille et prétend qu'il était brave. Eino se croit responsable de la mort d'Antti et tente de se pendre. Jaana l'en empêche. Ils deviendront amants.

Les morts parlaient à ceux qui les écoutaient. Puis, les morts ne parlent plus, ils écoutent. Une énormité va survenir. Tout le monde fuit. Il reste des corps. Eino veut les ramener avec le cheval tirant la carriole dans la neige.

Il croise les ennemis qui le laissent passer devant eux. Superbe cadrage final : Eino avance, les bombes explosent près de lui.

La mère d'Eino lavait les morts. Il porte ce souvenir en lui, comme il porte ses souvenirs d'avoir soigné les morts, comme Jaana porte leur enfant à naître.

Al guien a visto a Lupita? Have you seen Lupita?

Gonzalo Justiniano a réalisé neuf films avant l'histoire de Lupita mais pour lui « chaque film est le premier ». Avec Lupita, il voulait montrer que le monde est fou. Il m'a dit qu'il voulait mettre l'émotion et la musique avant tout. Lupita va prendre une marche et tout arrive. Les gens ont besoin de créer à travers elle. Il voulait montrer l'universalité des gens, des contextes. Montrer la réalité de la condition humaine.

L'actrice Dulce Maria, qui incarne Lupita, est connue au Chili parce qu'elle est comédienne depuis l'enfance. Ce film est le premier qu'elle tourne pour le grand public. Son visage est expressif à travers la succession de drames et de magie qui la concernent.

Lupita est mignonne. Elle tourne un journal personnel grâce à la caméra de son téléphone. Le film est construit selon des flash-forward et des flash-back. Lupita voyage en bus loin de sa famille où son frère la protège malgré sa naïveté. D'autres membres de sa famille veulent l'interner et mettre la main sur l'argent qui lui revient. On tente même de lui faire une ligature des trompes. Lupita ne pleure pas au décès de sa mère parce qu'elle sait qu'elle est avec Dieu, la Vierge et son chien mort déjà.

L'autobus est en panne. Lupita rencontre Chepita, une madame qui la protège quand elle est convoitée. Chepita dit aux hommes que c'est avec elle qu'ils devraient coucher car son surnom est Tsunami.

Quand une fusillade survient, Lupita sauve un enfant et devient aux yeux de la planète Internet une véritable Sainte.

Mais, Lupita pense sans cesse à Angel, un garçon connu sur la plage. Elle l'embrasse. Elle a aimé sa 1e fois mais elle considère qu'elle doit pratiquer beaucoup.

Lupita sauve un homme d'affaires du suicide. Encore elle est considérée comme une Sainte. Angel a été tiré par un cowboy. Et Lupita, célèbre, est aux États-Unis avec Chepita. Elle attend l'enfant d'Angel. Comme la Vierge qu'un ange avait visitée. Elle est internée, attachée . Son frère la retrouve. Chepita prendra soin d'elle et du bébé. Lupita sur la plage avec son gros bedon rond rêve toujours à Angel.

Conte de fée contemporain, fable lucide sur notre époque et ses dérives, ses excès, ses ignorances, Al guien a visto a Lupita? Have you seen Lupita? de Gonzalo Justiniano procure une bouffée de bonheur.

EN ANALYSE

The Queen of Versailles

Dans ma précédente chronique j'analysais le film Les adieux à la Reine consacré aux derniers jours de Marie-Antoinette à Versailles. Une nouvelle reine de Versailles a été filmée par une cinéaste. Elle habite aux États-Unis et Lauren Greenfield l'a accompagnée pendant les 4 ans de tournage du documentaire The Queen of Versailles. Avec ce film, Lauren Greenfield a mérité le Prix de la Meilleure Réalisation pour un documentaire américain au Festival de Sundance 2012.

Lors du déroulement du générique, le couple David et Jackie Siegel pose pour une séance photos pendant qu'apparaissent des extraits de leur dossier de presse. David Siegel, 74 ans, est le fondateur de Westgate Resorts. La tour de son entreprise est la plus haute de Las Vegas; David voulait faire l'envie de Donald Trump. Westgate vend des séjours de vacances à travers 28 resorts (complexes touristiques et vacanciers) dans 11 états américains. David Siegel offre des vacances à la Rockefeller pour que les gens qui ne sont pas riches se sentent riches. Il vend des unités partagées à vie. De nombreuses célébrités sont photographiées avec lui. La politique américaine lui est redevable. « I changed a lot of people lives ».

Son épouse, la belle Jackie, a 43 ans. Elle a travaillé pour IBM, est allée à New-York, s'est mariée. Battue par son mari, elle a divorcé, a été Miss Floride, a rencontré son 2e mari, David Siegel. Elle a eu 7 enfants avec lui et a recueillie sa nièce qui n'avait plus de mère. Elle s'occupe donc de 8 enfants. Superbe, aimable, dévouée à sa famille, Jackie a de longues cuisses bronzées, des chaussures à semelles compensées, des micro shorts jeans et des décolletés apparents. Elle achète des surplus d'hôtels pour les offrir à des centres de dons. Elle arbore tout ce qu'il faut pour faire fantasmer certes mais aussi pour susciter l'admiration.

Le couple décide de faire construire une maison en s'inspirant du Palais de Versailles, commencé par Louis XIV, habité par Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoinette. Cette maison sera plus grande que la Maison Blanche, aura 2 terrains de tennis, un praticable de ski de bosses, 1 sushi bar, 30 salles de bain, 10 cuisines, 1 allée de quilles…

Septembre 2008. Crise financière. George Bush fils déclare à la nation : « We have a problem ».

Comme beaucoup d'autres, David avait basé ses affaires sur un « easy access to cheap money ». Toute leur vie est changée. Jackie est une femme de rêve en plein cauchemar. Elle doit assumer le stress d'un changement de vie, de conditions de vie, pour elle, pour sa famille . Les enfants fréquentent l'école publique, le couple a dû renvoyer ses employés de maison et vendre son avion, ses autos, son yacht…

Les banques ne voulaient pas laisser les Siegel continuer à faire des ventes pour refaire de l'argent. « Les banques sont des vautours » dit Jackie, une des banques les a forcés à renvoyer 6 000 employés. « When you don't have the information, it makes you look stupid ». David ne veut pas déclarer faillite, ni céder sa tour de Las Vegas. Il a vu Trump, est allé en Suisse, à Dubaï. Il dit : « Nothing makes me happy these days. I can't separate personnal and business ».

Maintenant le couple argumente à propos de la facture d'électricité. Jackie retourne dans son entrepôt où elle a accumulé des antiquités, un œuf géant de Fabergé, des armures, des statues. On se croirait dans les salles de Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

Depuis des mois, David tente de vendre son château dont la construction n'est pas terminée. Les banques veulent le vendre aux enchères sur Internet, il parvient à emprunter 1 million afin de retarder la vente.

Jackie fait preuve de courage, adore ses enfants, les responsabilise de son mieux. Maintenant, des gens ne leur parlent plus. Elle voyage dans des avions commerciaux; à son arrivée, elle demande le nom de son chauffeur, le préposé la regarde, ahuri, en répondant qu'elle n'a pas de chauffeur. Elle achète un billet de loterie. Elle a connu des hauts et des bas dans sa vie. Elle a fait fortune en étant mannequin, a lavé des morts et se dit : « You can't cry for the things you can't change ».

Jackie subit encore de douloureux traitements de beauté « My face is burning ». Son mari qui avait dit à ses 40 ans qu'il devrait prendre 2 femmes de 20 ans ajoute que lorsqu'elle aura 60 ans, il devra en prendre 3. Il voudrait seulement retrouver sa vie d'avant : « Get back on top again ».

Il conclut : « Don't spend money we don't have. Don't spend money that we think we eventually have. »

Avec The Queen of Versailles , nous rencontrons une femme qui résiste aux revers de fortune en maintenant ses priorités familiales, en voulant maintenir sa beauté, sa vie sociale, sa relation de couple. Pas une fois, elle ne pleure ou se fâche. Ne disait-on pas de Marie -Antoinette qu'elle avait gardé une dignité exemplaire dans l'adversité? Cette Reine contemporaine y parvient aussi.

L'affaire Dumont

Plan rapproché avec une dénégation. Un homme seul doit répondre à la question « Avez-vous de quoi à vous reprocher? » Puis l'image est floue pour suggérer la difficulté à voir du personnage. Cet homme, c'est Michel Dumont, interprété par Marc-André Grondin dans le plus récent film de Podz (Daniel Grou) L'affaire Michel Dumont .

Cet homme a été impliqué dans une autre des nombreuses erreurs judiciaires qui concernent les cas d'abus sexuels : Steven Truscott, David Milgard, Anthony Hanemaayer, Guy Paul Morin, Ivan Henry, Simon Marshall, du côté des accusés à tort, et des centaines de femmes qui, lorsqu'elles sont encore vivantes, à l'instar de la victime du film, n'obtiennent jamais un peu de tranquillité en sachant que leur agresseur a été identifié et maintenu à l'écart de la société. Depuis le viol et le meurtre de Blanche Garneau au Québec en 1920, de Lynne Arpeur en Ontario en 1959, de Gail Miller aussi en Ontario en 1969, pourquoi les erreurs judiciaires sont-elles aussi nombreuses dans les cas de viol? Pourquoi faut -il demander l'aide des médias? Pourquoi le système payé par les contribuables ne rend-il pas justice ? Pourquoi l'amère phrase « Y'en n'a pas de justice » est-elle si souvent déclarée? »

L'affaire Dumont a été scénarisé par Danielle Dansereau, réalisé par Podz, produit par Nicole Robert dans une conjugaison d'efforts d'authenticité. Le résultat est un film-preuve; preuve d'acuité, de sensibilité, d'intelligence, d'impartialité et d'idéal de justice. Le résultat veut exposer, avec précision, les circonstances, les émotions, les sentiments de Michel Dumont, un homme accusé d'un viol qu'il nie en vain avoir commis, de Danielle Lechasseur, la victime qui a cru reconnaître l'agresseur en voyant Michel Dumont puis a vu un autre homme qu'elle considérait être l'assaillant sans que la police tienne compte de sa déclaration subséquente et de Solange Tremblay, l'extraordinaire amoureuse de Michel qui a entrepris la colossale tâche de faire réviser la décision concernant l'homme qu'elle a demandé en mariage pendant son incarcération.

Pour garder la proximité du sujet, Podz utilise le cadrage serré et la caméra à l'épaule qui accompagne le personnage, qui rend compte de son point de vue. Pour témoigner du contexte, il inclut des détails tels que l'obligation pour Michel de conduire en tenant la porte de sa Datsun déglinguée. Pour exprimer la charge émotive, il installe ses scènes en montrant les moments d'hésitation, de réflexion : le temps d'inspirer que prend Solange avant d'aller vers Michel pour leur première nuit, le temps d'expliquer que prend Michel dans une scène en ombres chinoises quand il avoue être accusé d'un crime qu'il n'a pas commis.

Podz a développé une construction narrative en flash-back. Il a délaissé la linéarité chronologique pour induire l'importance des conséquences psychologiques et pour mettre en relation des faits connexes bien qu'éloignés dans le temps, des causes et des effets.

L'exactitude est tributaire de scènes telles que l'obligation pour la famille reconstituée avec 3 enfants de se lever la nuit pour être comptée par le gardien de prison et du fait que les répliques de toutes les scènes se déroulant à la cour sont les phrases dites au moment du procès d'après les notes sténographiques. Le vocabulaire a de quoi laisser perplexe : le viol à la cour est désigné par les mots « faire l'amour ».

Des montages de coupures de presse appuient le déroulement en rapportant le fait que la juge avait été condamnée pour conduite en état d'ivresse (avec le miroir de sa Pontiac elle a heurté un cycliste le jour de la Fête des mères) et le fait qu'un des amants de Céline, la mère des deux enfants de Michel, a été en couple avec un pédophile.

Lors du mariage de Michel et Solange en prison, un des gardiens regarde la retransmission du mariage de la chanteuse Céline Dion avec son gérant. Cette scène met en évidence les différences de classe. La pauvreté des protagonistes est évidente. La succession des avocats de la défense, leur négligence, leur incompétence, sont évidentes : Michel n'est pas informé de la tenue de son appel, ni de son résultat; Solange se rend chercher la transcription des 1000 pages du dossier concernant Michel, on veut lui facturer 2,00$ la page, on lui dit qu'elle fait le travail de l'avocat, elle se démène et obtient les documents pour 50 cents la page. Elle vend le congélateur, les vélos des enfants et prend son épargne-retraite.

Après l'admission d'un autre cas d'erreur judiciaire, où la victime accusée à tort était Réjean Hinse (un homme lui aussi défavorisé financièrement) Solange rencontre Maître Jean-François Longtin qui l'écoute quand elle énumère tous les faits qui ont été ignorés dans le processus : la présence d'un policier avec Michel au moment du crime perpétré ailleurs, le fait que la victime a déclaré avoir vu un homme qu'elle considérait être l'assaillant après l'incarcération de Michel. (Mme Lechasseur avait même signé une déclaration solennelle innocentant Dumont.) L'avocate de la poursuite n'a jamais donné suite à la déclaration de la victime. Quand elle doit rendre compte de ce qu'elle a fait, et surtout n'a pas fait, cette avocate, Nathalie Duperron-Roy, répond qu'elle s'est conformée aux procédures.

Or, voilà le véritable tort : la déshumanisation du processus judiciaire qui est devenue une entreprise monolithique et commerciale. Monolithique car, le déclare la juriste Myriam Jézéquel : « Centrée sur l'objet du droit, la justice peut en oublier le drame humain ». Commerciale car, le système judiciaire favorise les clients (remarquez le mot clients) qui ont des moyens financiers et néglige les démunis; les contribuables paient pour des services qui desservent ceux qu'ils doivent servir. Podz précise que depuis « l'affaire Dumont », la juge Céline Pelletier et l'avocate Nathalie Duperron-Roy ont eu des promotions. Celles et ceux que l'on qualifie méprisamment de citoyens ordinaires deviennent les victimes sans recours de situations extraordinaires pendant que d'autres se prélassent en toute impunité; la juge Pelletier avait libéré sans condition le juge Claude Léveillé reconnu coupable de s'être trouvé dans une maison de débauche.

Le génie de Podz est d'avoir inclus un extrait de la télésérie d'informations intitulée Enjeux; cette séquence a été filmée lors de la sortie du véritable Michel Dumont qui retrouve Solange alors que Madame Lechasseur vient elle aussi lui parler. Cette scène est importante car elle est authentique et parce qu'elle résume tous les parcours, concentre tous les ressentis, lève tous les doutes, chaque protagoniste s'exprime. C'est un moment culminant.

L'autre mérite de ce film est de montrer les conséquences de tous ces événements : le fils de Michel est envahi par la rage (il a été abusé) , la fille de Michel s'automutile (elle a été abusée) et la victime Mme Lechasseur, qui a pris la parole, qui a fait savoir qu'elle avait vu un autre homme (alors qu'elle aurait pu se taire), est la victime revictimisée; elle déplore : « On m'a salie. On me détruit ». Jamais elle n'a fait preuve de mauvaise volonté ou de mauvaises intentions. Elle a espéré être protégée par un système qui a failli.

Certes, l'erreur judiciaire est déterminante dans ce film mais toute cette affaire n'aurait jamais été connue, n'aurait jamais abouti sans cette femme extraordinaire, d'un amour patient et puissant, d'un courage inlassable et inébranlable : Solange Tremblay.

Incarner cette personne/personnage était exigent et Marilyn Castonguay est d'une beauté magnifique par son talent lumineux. Merveilleuse actrice. C'est une histoire d'amour qui se déroule parallèlement à cette sordide affaire. Il lui dit : T'es la femme de mes rêves », elle lui affirme : « T'es l'homme que j'ai toujours attendu ». D'ailleurs, Solange arrive dans la vie de Michel alors que la musique de Man an ocean commence dans le film.

Le choix des acteurs répond à une belle initiative. Des acteurs peu connus, issus du théâtre, rendent les personnages encore plus crédibles. Le mérite de ce film tient aussi à l'ensemble des versions qui sont données, à la volonté d'énoncer des certitudes.

Ni la victime du viol, ni la victime de l'erreur judiciaire n'ont obtenu justice.

L'affaire Dumont se termine par l'éloquente mention : « L'affaire n'a jamais été résolue ».

EN FESTIVAL

À Montréal, du 10 au 21 octobre 2012, se déroule la 41e édition du Festival du Nouveau Cinéma. Pourtant le plus vieux au Québec, ce festival est consacré à la projection de films qui se caractérisent par leur aspect innovateur.

Le FNC, par l'intermédiaire de son fondateur et directeur de la programmation, Claude Chamberlan, s'est mérité le 27e Grand Prix du Conseil des arts de Montréal.

Ce mois-ci, le FNC présente le Projet Jafar Panahi. Des cinéastes de l'animation ou du cinéma expérimental réclament la libération du cinéaste iranien condamné à 6 ans de prison et 20 ans d'interdiction de faire des films, de sortir du pays et d'accorder des entrevues. 4 films s'inscrivent dans ce projet : Des femmes libres de Francis Desharnais, Free Speech de Steven Woloshen La cage de Pierre Hébert et Joda de Theodore Ushev.

En compétition pour le Loup Argenté, 27 courts métrages et, sélectionnés pour la section Focus, 21 films dont 17 du Québec, s'ajoutent à 2 films de l'ONF dans la section les P'tits Loups pour composer la programmation.

EN RENCONTRES

Les RIDM, Rencontres internationales du documentaire de Montréal, sont consacrées au documentaire canadien et international. Pour leur 15e édition, 15 personnalités ont choisi un documentaire qu'elles considèrent primordial au genre.

Les programmateurs invités et leurs choix sont :

Gael García Bernal : Megacities (Michael Glawogger) Philippe Falardeau : Une délégation de très haut niveau (Philippe Dutilleul) Philip Glass : The Color of the Prism, the Mechanics of Time (Jacqueline Caux) Patrizio Guzmán : Arcana (Cristóbal Vicente) Gilles Jacob : L'homme à la caméra (Dziga Vertov) Naomi Kawase : Reminiscences of a Journey to Lithuania (Jonas Mekas) im Longinotto : Into the Abyss (Werner Herzog) Samira Makhmalbaf : Afghan Alphabet (Mohsen Makhmalbaf) Alanis Obomsawin : Reel Injun (Catherine Bainbridge, Neil Diamond, Jeremiah Hayes) Laura Poitras : Blowjob (Andy Warhol) et Crossroads (Bruce Conner) Lou Reed : Visions of Light (Arnold Glassman, Todd McCarthy, Stuart Samuels) Barbet Schroeder : Capturing the Friedmans (Andrew Jarecki) Agnès Varda : La France qui se lève tôt (Hugo Chesnard) Frederick Wiseman : Hôtel Terminus (Marcel Ophüls) Jia Zhang Ke : El cielo gira (Mercedes Álvarez)

L'homme à la caméra , le choix de Gilles Jacob, figure de proue du Festival de Cannes et connu pour prendre des photos des vedettes qui viennent vers lui en montant le fameux escalier près de la Croisette, fait sourire et impressionne à la fois.

Les RIDM se dérouleront du 7 au 18 novembre 2012.