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Chronique cinéma
Octobre 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

EN SPÉCIAL FFM 2014

01Depuis 38 ans le Festival des Films du Monde est consacré aux esthètes du cinéma, qu'ils soient des artisans ou des spectateurs. Dans sa programmation se côtoient des films, longs, courts, d'un genre peu projeté ou provenant de pays dont la cinématographie circule peu. Cette année pour sa cérémonie d'ouverture, c'est le film d'un vétéran qui était projeté, celui de Claude Lelouch : Salaud, on t'aime.

Cérémonie d'ouverture

Rares sont les représentants des médias admis à cet événement mais, votre chroniqueure cinéma de norja, elle, a été invitée à y assister. Vous avez donc accès à des informations exclusives. Sur la photo, vous me voyez avec l'affiche du Festival et l'obligatoire tenue de soirée agrémentée des parures que j'ai créées (fleur blanche, bracelets, sac).

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Sur la photo suivante, vous pouvez voir réunis les membres du jury du FFM. De gauche à droite, le président du jury qui a déclaré Ouvert le festival : Sergio Castellitto. Acteur italien chevronné, en 2004 il a réalisé Don't move À corps perdus en donnant à Penelope Cruz l'occasion de transcender ses personnages habituels . Jane Zhang, dans sa belle robe longue, a créé des chansons thèmes de films et son album Reform a dépassé tous les records de vente en Chine. Ana Torent, actrice madrilène, à l'âge de 7 ans, dans Cria Cruervos de Carlos Saura, était attachante, à Montréal, sur la scène de l'Impérial, avec sa robe souple, elle était élégante. D'Islande, Fridrik Thor Fridriksson, réalisateur, acteur et surtout producteur, a favorisé le cinéma dans son pays par la création d'une corporation. Andréanne Bournival, du Québec a soutenu pendant 7 ans la diffusion quotidienne d'un magazine consacré au FFM. Rachid Bouchareb, franco-algérien a été remarqué au FFM en 1994 avec sa réalisation Poussières de vie.
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Puis, Serge Losique a remarqué que Salaud, on t'aime film d'ouverture, s'avérait le 11e film de Claude Lelouch à être programmé au FFM. Aussi pour souligner ses réalisations qui expriment que «dans tout être humain il y a quelque chose de positif et qu'il nous fait aimer la vie» Serge Losique lui a remis le Grand Prix des Amériques. D'ailleurs, par ses deux silhouettes, le trophée remis rappelle le premier succès de Lelouch : le film Un homme et une femme . Pour sa récente réalisation, Lelouch a admis avoir été inspiré par sa situation de père de 7 enfants avec 5 mères. Il a terminé son allocution en souhaitant que le FFM «ait encore plein de belles années devant lui»

Salaud, on t'aime

04Au début de Salaud, on t'aime dans une image en couleurs, un feu brûle la photo de Jacques Kaminsky. Un très gros plan en noir et blanc cadre son œil. Kaminsky est photographe, la bande sonore nous suggère, par les tirs et les hélicoptères, qu'il a couvert des zones de guerres. Plan séquence, une route de montagne enneigée. Nathalie fait visiter à Jacques un hameau de plusieurs bâtiments avec une source, une forêt, une piscine, 10 chambres et Georges, un aigle qui donne son nom à l'endroit Le domaine de l'aigle. Il choisit d'acheter, il dira que c'était pour être certain de la revoir. Elle a eu des jumeaux, une fille et un garçon, d'un homme décédé en étant guide de montagne. Jacques a eu 4 filles de 4 mères et les a nommées Printemps, Été, Automne, Hiver. Sa conjointe se débrouille avec Maître Pujold parce qu'Automne a écrit un livre sur son père; son bouquin ne contient pas que des aspects agréables puisqu'il a été plus un photographe qu'un père.

Jacques rompt avec cette conjointe par une lettre collée sur le miroir de la salle de bain. Nathalie, Jacques et les jumeaux vivent maintenant chez Jacques et accueillent Frédéric, un médecin, Marie, sa conjointe, et leur fille. Jacques ne cesse de solliciter ses filles pour qu'elles les rejoignent; elles ont leur vie d'où il s'est lui-même exclu et ne veulent pas retourner ses appels. Frédéric initie la réunion en faisant croire aux filles que Jacques a de sérieux problèmes de santé. Elles rappliquent aussitôt.

La chanson Les eaux de mars rythme le film car les radios la font tourner à l'occasion du décès de Georges Moustaki. Les captations d'animaux dans la nature, des cascades qui coulent, alternent avec des phrases telles que : «Entrer dans une nouvelle maison c'est comme entrer dans le lit d'une femme; ça fait un peu peur» «Toutes les femmes sont photogéniques quand elles sourient» «Le hasard a souvent du talent».

L'amitié, le couple, la famille résument la thématique. Le film s'achève par une comparaison avec l'authenticité d'un funambule qui ne peut simuler l'équilibre. Le drame se prépare, une arme traîne dans la maison avec une jeune enfant, des chasseurs veulent tirer sur ses terres, Jacques part en forêt. Bien qu'il interprète un photographe, Johnny Haliday garde son côté rock star : célébrité, autographes, pâmoison, richesse,

On reconnaît le style Lelouch dans ses gros plans de visages qui instillent un caractère intimiste, ses scènes sans qu'on entende les paroles suivies de divulgations de secrets, de ruptures désinvoltes et de coups de foudre auxquels on cède. Nul doute que Lelouch reste le spécialiste des amours immédiates qui chamboulent la vie

M66 : la route de la liberté

05Lors de cette même cérémonie d'ouverture, Roger Otis nous a entretenus de son film : M66 : la route de la liberté. Après le 11 septembre 2001, il a commencé à tourner. Depuis 14 ans, il a constaté que plusieurs pays ont une route 66; il a parcouru le monde pour les filmer. Cette route est mythique. D'ailleurs, j'avais déjà vu, d'un autre réalisateur ,un court métrage sur la route 66 des États-Unis et une fiction télé hebdomadaire montrait 2 hommes qui y circulaient. Roger Otis a découvert qu'il y a même une route 66 en Afrique; il s'y est rendu. Otis, sur un banc, regarde la mer. La trame sonore consiste en extraits de propos de Nelson Mandela; on l'entend préciser son numéro de prisonnier 46664 et répéter la phrase : «Nous ne sommes pas encore libres». Dans un rythme effréné défilent des images de zèbres, d'enfants, de vendeurs, de mères, d'hommes du cap de Bonne-Espérance. Puis, on revoit Otis sur son banc..

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS du FFM 2014
traités dans la chronique
:

  • Salaud, on t'aime Claude Lelouch
  • M66 : la route de la liberté Roger Otis
  • Healing Craig Monahan
  • La vie pure Jérémy Banster
  • Un ragazzo d'oro Pupi Avati
  • Travelator Dusan Milic
  • Da gong lao ban Le patron de l'usine Zhang Wei
  • Kurmanjan Datka Sadyk Sher-Niyaz
  • Chagall-Malevich Alexandre Mitta
  • Today, I did my laundry Zach Patton
  • Das Zimmermadchen Lynn Ingo Haeb
  • Sun–Cheon Splendid but sad days Hong-ki Lee
  • L'audition Jean-François Morin
  • Das ende der geduld Christian Wagner
  • Chum Hjonabandssaela Jorundu Ragnarsson
  • Los Banistas Les baigneurs Max Zunino
  • Sansan A sparkle of life Bunji Satoyama
  • The Lesson Audris Gauja
  • Il Hay Yrawah War reporter Mohamed Amine Boukhris
  • Mélody Bernard Bellefroid
  • Sokonominite Hikari Fagayaku the light shines only there Mipo O
  • L'année prochaine Vania Leturcq
  • Fushigi na misaki no monogatari Cap Nostalgie Izuru Narushima
  • Obediencia perfecta Luiz Urquiza Mondragon
  • Aimer, boire et chanter Alain Renais.

Liste des visuels

EN SPÉCIAL FFM 2014

  • Photo 01 Lucie et l'affiche

CÉRÉMONIE D'OUVERTURE

  • Photo 02 Lucie dans la salle
  • Photo 03 Le jury à la cérémonie d'ouverture
  • Photo 04 Salaud, on t'aime  Claude Lelouch réalisateur
  • Photo 05 M66 : la route de la liberté  Roger Otis réalisateur

EN FESTIVAL

  • Photo 06 Healing affiche du film Healing
  • Photo 075 Der Letzte Tanz The last dance Doïna actrice et la traductrice
  • Photo 08 La Vie Pure  Jérémy Banster et Stany Coppet
  • Photo 09 Lucie et Aurélien Recoing
  • Photo 10 Un ragazzo d'oro Pupi Avati réal un ragazzo d'oro
  • Photo 11 Travelator  Khetanya Henderson TRAVELATOR
  • Photo 12 Da gong lao ban Le patron de l'usine acteur et réalisateur
  • Photo 13 Kurmanjan Datka Sadyk Sher-Niyaz et son équipe
  • Photo 14 Chagall Malevich  affiche du film
  • Photo 15 Today, I did my laundry real Zach Patton avec trophée
  • Photo 16 Das Zimmermadchen Lynn équipe
  • Photo 17 Sun–Cheon Splendid but sad days  Lucie et le réalisateur Hong-ki Lee
  • Photo 18 L'audition en noir et blanc photo du film
  • Photo 19 Das ende der geduld  réalisateur et Lucie
  • Photo 20 Chum Hjonabandssaela réalisateur trophée co-scénariste blonde
  • Photo 21 Los Banistas Les baigneurs actrice avec jupe rayée et réalisateur
  • Photo 22 Sansan A sparkle of life réalisateur
  • Photo 23 The lesson réalisateur en t-shirt blanc
  • Photo 24 Il Hay Yrawah War reporter affiche du film

CÉRÉMONIE DE CLÔTURE

  • Photo 25 La chanteuse Jane Zhang
  • Photo 26 Bernard Beffefroid pour Melody
  • Photo 27 Mipo O son trophée et son interprète japonais
  • Photo 28 Vania Leturcq Zénith d'argent pour L'anne prochaine
  • Photo 29 Christian Diaz Pardo Zénith d'or pour Gonzalez
  • Photo 30 japonaise en costume traditionnel
  • Photo 31 Luiz Urquiza Grand Prix des Amériques
  • Photo 32 Hyppolite Girardot au micro et Serge Losique

EN FESTIVAL

Des films se sont distingués par leur évidente qualité, leur réel impact, leur naissante renommée : Healing, Der Letzte Tanz The last dance, La vie pure, Un regazzo d'oro, Travelator, Da Gong Lao Ban Le patron de l'usine, Kurmanjan Datka et tant d'autres.

06Healing

De l'Australie, Healing réalisé par Craig Monahan prouve l'influence déterminante de la bienveillance . Un homme croit en ce qu'il y a de meilleur chez un autre homme et cette confiance les transforme.

Matt Perry, garde dans une prison à sécurité minimale, accueille Viktor Khadem, incarcéré depuis 18 ans. Il a une réputation : «He was a hard man. He is an old man». Son hypersensibilité, qu'il redoute d'exprimer, le blinde de tout contact. « Que peux-tu me dire que je ne sache déjà? » Son besoin d'aimer va le pousser à soigner un être vulnérable.

Quand, un pygargue femelle, un aigle aux ailes de 2 mètres, est retrouvée blessée, Viktor aussitôt la protège. Matt est inspiré. Il insiste auprès de l'administration et des collègues pour réaliser un projet : construire un centre d'hébergement et d'entraînement pour soigner des oiseaux de proie, des rapaces planeurs. C'est à Viktor qu'il propose d'en assumer la direction. Glynis, une employée du zoo de Victoria, enseigne les soins à prodiguer. Il ne faut pas toucher les volatiles afin de favoriser leur retour dans la nature.

Matt, est un homme marié dont la petite fille est décédée. Il découvre que Viktor a un fils de 23 ans qu'il n'a pas vu depuis son incarcération. De plus, ce fils est marié et a une petite fille. Matt rapproche le père et le fils. Il ne cesse d'aider Viktor même lorsque celui-ci est désemparé et sabote ses chances de vivre libre.

Viktor développe une relation avec Yasmine, le pygargue. Quand il n'est plus affecté à ses soins et qu'il exécute une tâche qui l'éloigne d'elle, Yasmine regarde sans cesse dans sa direction. Puis, elle est relâchée dans la nature où elle ne parvient plus à se nourrir. Elle vivra donc dans le zoo.

Les animaux et les humains ont le même défi : l'autonomie. Les prisonniers et les aigles devront partir de la ferme. La relation entre Yasmine et Viktor les a changés, le lien entre Viktor et Matt les a transformés. L'affection, la bienveillance, la tendresse sont de puissants catalyseurs. À la fin du film, Matt accepte de défaire la balançoire de sa fille décédée; Viktor amène son fils, sa bru, sa petite-fille et Matt au zoo. Il est fier de leur montrer que Yasmine vient le rejoindre et se pose sur son bras. Lui qui ne connaissait que la honte, exprime la fierté; son visage, son regard, tous ses traits, son corps, son attitude, sont transformés par la joie.

Le film nous offre les magnifiques images d'Andrew Lesnie, la superbe musique de David Hirschefelder et la remarquable interprétation de Viktor par Don Hany qui amalgame intensité et retenue. Tourné à Victoria en Australie, le film a nécessité 3 aigles dans le rôle de Yasmine. Dédié à Derick Monahan, Healing de Craig Monahan nous laisse avec une belle déclaration : « All that you are seeking is seeking you ».

07Der Letzte Tanz The last dance

"Personne ne s'approchait autant de l'abîme. Elle n'avait peur de rien ». Dans les premières images en noir et blanc du film Der Letzte Tanz The last dance réalisé en Autriche par Houchang Allahyari, le jeune Karl lit Geierwally à Julia, 87 ans, alitée dans un centre.

Le matin, des policiers brutalement arrêtent Karl en disant qu'il est pire qu'un meurtrier. Il est interrogé « J'ai toujours dû travailler. Du travail honnête ». Il admet avoir fait ce qu'on lui reproche. Il pleure, saigne du nez, s'évanouit. Le procès débute et les images en couleurs relatent l'arrivée de Karl dans un centre pour personnes âgées. Là, peu à peu, Julia n'accepte sa médication que lorsque c'est Karl qui la lui donne. Il s'intéresse à elle et détecte qu'elle ne souffre pas d'Alzheimer; les symptômes sont souvent confondus avec d'autres problèmes de santé.

Julia ne mange qu'avec Karl. Quand elle le peut, elle le serre dans ses bras. « Ta voix me calme et je m'endors plus facilement ». Elle prétend une douleur au dos pour qu'il la touche. « Tu me trouves répugnante? » Il répond : « Votre peau est comme un livre dans lequel on peut lire » Elle demande : « Lis-le moi » et il raconte : « Une vielle femme grimpait dans un arbre. Plus haut elle grimpait, plus facile c'était. En haut de l'arbre, elle est devenue une jeune fille et a mordu une pomme. ».

Une nuit, Julia applique du rouge à lèvres et brosse ses cheveux. Elle prend la main de Karl, la place sur son sein, le déshabille, le caresse . Régina, l'infirmière en chef, les surprend au moment où Julia jouit.

Retour au procès, il faut faire un exemple « Délit sexuel dans un rapport de dépendance. Personnalité instable. Comportement agressif. Une peine sévère fonctionne comme un exemple ». Sur l'air de La Wally chanté par la Callas en 1965, Julia écoute l'IPod que lui avait donné Karl et en secret elle danse.

Doïna Weber, interprète de Monica, l'infirmière en chef, était à Montréal. Sur la photo, à droite, elle est accompagnée de son élève l'actrice Luisa Muhr qui traduisait ses propos de l'allemand. Doïna a été l'élève d'Erni Mangold, 88 ans, qui joue le rôle de Julia et qui enchaîne les tournages.

Doïna a précisé que le réalisateur, scénariste et producteur Houchang Allahyari est aussi un psychiatre qui a su le cas réel de ce jeune homme. Il lui a fallu 5 ans pour aboutir le projet cinématographique car on lui disait que personne ne s'intéresserait à cette histoire. Or, le jeune homme vivait vraiment une histoire d'amour et il a été enfermé dans un hôpital psychiatrique pour toujours. Né en Iran et travaillant maintenant en Autriche, Allahyari s'intéresse aux personnes traumatisées et recherche sans cesse de l'argent pour ses films. Souvent, les patients subissent des abus qui s'ajoutent à leurs épreuves. Pour Allahyari, l'amour fait plus pour une personne que des médicaments. Son film reflète la solitude des gens âgés, des gens dans les villes.

De Houchan Allahyari, Der letzte Tanz The last dance est un émouvant film d'amour.

La vie pure

08« C'est une expérience physique et organique » ainsi Jérémy Banster résume-t-il La vie pure son film présenté en première mondiale à Montréal. « On a donné tout de notre âme ».

Pour la réalisation de son premier long métrage, Jérémy Banster a co-écrit le scénario avec Stani Coppet, l'acteur interprétant Raymond Maufrais. Stani a été obligé de perdre beaucoup de poids pour le tournage qui a duré 35 jours.

Le film relate la dernière partie de la vie de Raymond Maufrais. Résistant décoré avant l'âge de 18 ans et journaliste toulonnais souvent parti en reportage, ce beau jeune homme de 23 ans quitte en 1949 son père Edgar, sa mère Marie-Rose et Jeanne, son amoureuse, pour la Guyane Française. Il croit partir pour 6 mois. Il veut découvrir les monts Tumuc Humac dans la forêt amazonienne lors d'une expédition solitaire entreprise à pied. « L'exploration, c'est pour moi l'aventure de la pureté et de la solitude. Je pense également faire œuvre utile. ».

09Le 8 juillet 1949 il est à Cayenne. Toutes les dates et les lieux sont précisés dans le film. En effet, Raymond est d'une exactitude méthodique, il rédige fidèlement son journal de voyage et prend des photos. Dans l'enfer vert, il perd sa montre et son argent en jouant avec Tonton qui pendant ses 20 ans de bagne a fait 6 tentatives d'évasion. Il conclut sa perte : « Ma fortune c'est l'espace ».

Il rencontre les descendants d'esclaves en fuite au 17e siècle, des orpailleurs, et rédige 3 articles pour Sciences et Voyages. Une succession de scènes efficaces sans être longues montrent la difficulté de son entreprise; ainsi, sur le fleuve Mana parfois il pousse son embarcation, parfois il doit la tirer, parfois encore elle reste coincée sur les rochers. En octobre 1949, il atteint le camp Sophie puis le 21 octobre le camp Dagobert. Il vend son revolver pour payer son porteur. Il est accompagné par Bobby, le chien. Sans argent, il divise ses bagages en 2 parts; il fait le trajet avec la première partie de son matériel, revient à son point de départ et transporte le reste de ses biens. Son parcours est ralenti, il abandonne donc une partie de son équipement.

Son expédition est de plus en plus pénible, il fend sa cuisse gauche avec sa machette. Il parvient à se tailler une pirogue dans un arbre mais en la mettant à l'eau, il la perd. Encore une brève scène éloquente, un radeau coincé sur les rochers. Jérémy Banster nous donne accès aux émotions de Raymond Maufrais à travers toutes les tentatives dues à sa persévérance. Le corps émacié, ensanglanté, de plus en plus dénudé, rend évidente la raison pour laquelle Stany Coppet a perdu 17 kilos dans sa préparation pour le rôle. Puis, il embrasse Bobby en pleurant et en lui disant qu'il l'aime avant de lever la machette vers lui. Il vomit et la tache brunâtre au milieu de son hamac nous fait comprendre qu'il a la dysenterie.

Le 13 janvier 1950, il écrit qu'il a décidé de se laisser porter par l'eau de la rivière Tamouri où il était arrivé le 31 décembre 1949. Il enveloppe son journal qui sera retrouvé plusieurs semaines plus tard. Ce carnet, retourné à son père, sera publié. Brièvement, une scène nous fait voir que le père en a arraché quelques pages. La publication du journal permettra au père d'avoir de l'argent pour entreprendre des recherches. Pendant 12 ans, il fera 8 expéditions sans jamais retrouver le corps de Raymond.

Jérémy Banster nous offre des scènes brèves et percutantes; un détail, une évidence, et la signification est induite. Les mains sur le ventre de Jeanne suggèrent qu'elle aurait été enceinte de Raymond et que les pages arrachées auraient pu contenir cette information d'une grossesse en dehors du mariage. La chronologie narrative bouleverse celle des événements pour créer une tension énigmatique. Les premières scènes nous montrent le père recevant le journal du fils, Raymond qui tente de tailler un arbre et qui se blesse. Tout au long du récit de l'expédition, des scènes nous catapultent avant son départ, après sa disparition qui fait dire aux parents : « Une disparition c'est pire que la mort ». Le déroulement du film s'accorde avec la personnalité et la vie de Raymond : une intensité fulgurante, une volonté de significations rapides, un déferlement de sensations fortes, une intention d'absolu, une existence concentrée dans l'angoisse et le sacrifice, Raymond et Jérémy ont voulu transmettre avec authenticité. L'écriture et le cinéma se reflètent et s'accentuent.

J'ai eu le privilège de m'entretenir avec Jérémy Banster qui a relaté : « En 2009, pour un court-métrage à Cayenne on m'a offert le journal de Raymond Maufrais. Là-bas, il est connu. Pour le repérage de La vie pure en janvier 2013, le seul transport c'était la pirogue. C'était toute une logistique apporter tout le matériel sur place. Et pendant le tournage, il y a eu toutes sortes d'anecdotes. La chienne a été mordue par un serpent venimeux, on a cru la perdre ou qu'elle serait amputée mais 4 jours plus tard, elle tournait. C'est le père, Edgar Maufrais qui a donné cette envie d'explorer, cette quête de soi, cette envie de démesure, d'une vie intense. Après, le père pendant 12 ans a cherché son fils et là il a découvert des tribus, a écrit pour avoir de l'argent, a exploré l'Amazonie. La mère, Marie-Rose, une femme méditerranéenne, très effacée, introvertie, dans le film est souvent dans la chambre, elle a attendu, donc son destin est plus dramatique, en perdition, elle a perdu la raison à les espérer. Le père, lui, est dans la cuisine pour les scènes du film à Toulon. En Amérique du Sud, la chaine de montagnes en fait c'était de petites collines. Le paludisme, la faim, la fièvre, la forêt est anxiogène surtout quand on est seul. C'est un piège organique qui se referme. Dans mon film, le début est classique, puis il y a un virage, une dérive, on croit d'abord à quelque chose puis c'est différent. Geoffroi Crunelle a consacré sa vie à archiver tout sur les Maufrais. C'est dans le livre de Raymond Maufrais Aventure en Guyane publié chez Julliard qu'on peut lire les mots La vie pure. »

Sur une photo, vous pouvez voir le réalisateur Jérémy Banster près de l'acteur Stany Coppet, interprète de Raymond Maufrais et tenant le micro. Sur une autre photo, je suis en compagnie de l'acteur Aurélien Recoing, interprète d'Edgar Maufrais, devant l'affiche du film.

Avec les magnifiques images de Rudy Harbon, La vie pure de Jérémy Banster nous rallie aux déterminismes de Raymond Maufrais : son idéalisme, sa témérité, son impétuosité. Le rythme du film et la fougue de l'explorateur ont fusionné. Plus qu'un beau film, c'est une expérience pour relayer la conviction et l'action de Raymond Maufrais qui a voulu transcender l'endurance et réaliser son rêve : « Quand je serai grand je ferai comme le Père de Foucault, je serai général et je rendrai leur pays aux Noirs. Je n'arriverai pas en conquérant mais en ami ».

Un ra10gazzo d'oro

Pupi Avati a débuté sa carrière cinématographique en 1968. Un ragazzo d'oro est son 44e film. Il m'a dit que son père voulait faire du cinéma alors que c'est lui qui en a fait; il aimerait tant que son père le sache, il lui manque. Son film exprime la réconciliation entre un fils et son père grâce à la création artistique.

Un ragazzo d'oro circonscrit le parcours de Davide quand il découvre la personnalité de son père décédé. Il apprend alors que, réalisateur de films médiocres, il avait écrit à 25 ans un magnifique scénario qui a été tourné, après son décès, dans une totale trahison de sa valeur originale. Davide aurait voulu être écrivain. Ses manuscrits sont rejetés. Quand une éditrice l'informe que son père préparait un ouvrage littéraire, il décide de l'écrire lui-même au détriment de sa santé mentale.

Peu à peu, il se coiffe, s'habille, se parfume comme son père et il élabore un livre qui sera traduit et primé. Davide, ainsi renoue, et même fusionne avec son père. Dans le rôle de Davide, Ricardo Scarmacio livre une interprétation poignante. Pour ce film, Un ragazzo d'oro, qu'il a scénarisé et réalisé, Pupi Avati a obtenu le Prix du meilleur scénario au FFM.

Travelator

11« Les choses choisissent de nous arriver plus que nous les choisissons. Nous ne savons pas toujours ce qui se passe dans le monde. » déclarait Khetanya Henderson actrice dans le film de Dusan Milic Travelator.

Film génial auquel on pourrait consacrer une analyse plan par plan ou une thèse de doctorat, Travelator multiplie les prouesses techniques qui contribuent à l'histoire certes mais réinventent la stylistique du langage cinématographique. La chronologie des faits et du récit sont bouleversées, les allusions confondent le réel et l'imaginaire jusqu'à nous permettre d'accéder aux perceptions du personnage; non seulement nous voyons les actes posés par Slav mais nous savons comment il les ressent.

Slav, le slovène 19 ans, a toujours vécu dans un camp de réfugiés ouvert depuis 20 ans. Sa mère n'a pas l'argent nécessaire pour un traitement médical. Ils vivent de son salaire de vendeuse d'objets pieux et de la débrouillardise de Slav. Dès qu'il a quelque chose, il en fait profiter des enfants du camp. Il accepte un contrat afin de soigner sa mère. Bien que les mafieux considèrent qu'il devrait tuer par conviction, ils vont le payer.

Slav va aller à Las Vegas tuer Drago, un serbe qui vit richement grâce au programme de protection des témoins. Lors d'un procès, Drago doit révéler les liens entre la mafia et le gouvernement puisqu'il soudoyait des membres du gouvernement. Slav est un tireur exceptionnel grâce aux jeux vidéo. Afin de correspondre à son avatar mort au début du film, il demande à Cerim de teindre ses cheveux en blond.

Il arrive à Las Vegas. Il est saisi par le contraste entre le camp et la ville de toutes les sollicitations, de tous les excès. Il rencontre la belle Weronika et se prépare comme dans le jeu vidéo : « Je suis ma mission ». Le montage parallèle accentue la différence en montrant alternativement les deux lieux.

Au début du film, son avatar est tué, à la fin du film, Slav meurt. Le sang qui s'accumule autour de sa tête lui fait une auréole avant de refléter les lumières des publicités. De la Serbie-Montenegro, Travelator de Dusan Milic a mérité le Prix de l'innovation au FFM.

12Da Gong Lao Ban Le patron de l'usine

En 2010, plusieurs usines de jouets en Chine ont fait faillite. Celles qui restent doivent se débrouiller. Près des containers, un camion brûle. Les travailleurs protestent contre leur employeur dans Da Gong Lao Ban Le patron de l'usine réalisé par Zhang Wei

M. Lin n'a pas payé ses employés depuis 6 mois, le gouvernement exige une avance sur les taxes, le prix du pétrole, donc du plastique, a augmenté. Il accepte donc de fournir des jouets à bas prix à la compagnie américaine Veale dont s'occupe Mr Lawrence.

Les américains se défendent de contribuer à des conditions de travail esclavagistes et Mr Lawrence envoient des inspecteurs. Fini le temps supplémentaire. En Birmanie, il n'y a pas de loi du travail. Donc, de plus en plus, le Made in China devient le Made in Abroad. Même la Chine perd des contrats et doit sous-traiter.

Une journaliste demande « Qui exploite qui? » quand elle sait à quel prix les américains achètent les poupées et combien ils font de profits en les revendant; en payant si peu, ils sont conscients que les conditions de travail ne peuvent être sécuritaires.

M. Chen, l'ami de M. Lin, patron d'une usine en faillite, se suicide. M. Lin se rappelle les paroles de son père : « N'aies pas peur ton chemin s'éclaircira ».

Autre exemple des dérives du capitalisme, une employée est leucémique. Un avocat, Maître Bai, promet des indemnisations mirifiques. M. Lin est condamné à un montant énorme et vend sa maison pour commencer à payer l'amende. Quand l'usine est fermée, le plus vieil employé, Daodao, prend son thermos rose et quitte en ne sachant pas où aller.

Zhang Wei a assuré que son film sera projeté à Beijing; il espère sensibiliser les industries en Chine, c'est la raison pour laquelle il a fait son film : montrer les conditions de travail. Sur la photo, à droite, tenant le micro, le réalisateur Zhang Wei et à gauche, l'acteur Yao Anlian qui, pour son talent dans le rôle du patron, a reçu le prix d'interprétation masculine, portait au poignet gauche le bracelet à grosses billes qu'on le voit porter dans le film et s'est exclamé : « It's like a dream come true ».

Kurmanjan Datka

13Le Kirghizistan a obtenu son indépendance en 1991. Sa cinématographie est récente mais son Histoire longue. Le film Kurmanjan Datka de Sadyk Sher-Niyaz rassemble des faits épiques autour d'une femme d'exception. Tout dans ce film relève d'une grande qualité : scénario, musique, costumes, techniques filmiques, exactitude historique. Sadyk Sher-Niyaz, avec ce premier long métrage, s'affirme en maître de la cinématographie

Sur la photo ci-jointe, à gauche se tient le réalisateur Sadyk Sher-Niyaz, l'interprète kyrgyz-anglais, la productrice et Egemberdi Bekbovleiev. Egemberdi, qui tient le rôle de Kurmanjan; a ravi le public par sa beauté et son interprétation. Cavalière, politicienne, amoureuse et mère en plein 19e siècle dans une région montagneuse, Kurmanjan est une femme qui a fait l'histoire de son pays avant de décéder à 96 ans.

La tribu de la jeune Kurmanjan est musulmane mais, Alymbek, le Datka, le roi, refuse que soit lapidée une femme dite infidèle. Kumanjan, promise à un homme par sa famille, coud sur un tissu la déclaration selon laquelle c'est Alymbek qui lui convient parfaitement. Ils se marient et ont deux fils. Le frère de Kumanjan est expert au tir à l'arc. Les affrontements entre tribus sont nombreux. Alymbek veut l'unité symbolisée par une bague. Quand il est décapité, Kumanjan devient Datka ce qu'évoque le titre francisé du film : Reine de la montagne. Après les conflits entre tribus finalement réunies, Kumanjan doit protéger son peuple des Russes dont les moyens d'agression sont plus grands.

Le film est d'une qualité impressionnante. D'abord, les costumes traditionnels sont magnifiques. Kumanjan s'enfuit en portant un manteau mauve et une robe fuchsia, tous les personnages ont des vêtements avec des broderies. Lors d'une fête de tribus, un funambule, des balançoires, s'ajoutent aux fastes des reconstitutions.

Les prises de vues incluent une contre-plongée qui la grandit quand elle incite les hommes à résister à l'ennemi en affirmant que les femmes vont participer au combat. Les séquences panoramiques alternent avec des gros plans de détails; une décapitation est filmée dans le reflet sur le glacis d'un chaudron. D'ailleurs, la suggestion est un procédé qu'on retrouve quand Alymbek propose un défi au tir à l'arc : s'il réussit il pourra accompagner sa sœur et son mari, il tire sa flèche, ellipse narrative, le frère est un jeune homme avec ses neveux, nous comprenons qu'il a réussi sans que la scène ait été montrée. Aussi, le passage des ans est suggéré par la lecture d'une lettre énumérant les changements au Kokand et à Alai. La technique filmique est variée : quand le frère constate le retour de sa sœur Kumanjan, il court en tenant la bride de son cheval et la scène est au ralenti tout comme lorsqu'il saute un mur de pierres avec son cheval.

Les cascades sont époustouflantes : quand Kurmanjan s'enfuit à cheval la scène d'abord au ralenti est ensuite rythmée par la musique et se termine par le saut dans le rivière du haut d'une falaise avec elle sur son cheval. La reconstitution des scènes de combat nous montre la stratégie de la tribu : dans le canyon, des ballots de broussailles enflammées tombent de la falaise sur l'ennemi.

Les dialogues font réfléchir sur l'Histoire : quand les Russes manigancent des traîtrises aux ententes signées, un militaire déclare : «Winners are not juged» exprimant qu'il ne redoute pas la réaction de la reine Victoria.

Quand Kurmanjan refuse le mariage arrangé par sa famille sa mère lui reproche sa réputation. Quand l'émir, après le décès de son mari, vient la rencontrer et lui dit que sa réputation d'être une femme juste lui vaut d'être datka, on mesure la différence de critères et de valeurs.

Kurmanajan Datka est un grand film, impeccable dans le détail et grandiose dans sa totalité. De plus, il nous fait découvrir des faits historiques à travers une femme qui encore aujourd'hui est un modèle rare.

14Chagall-Malevich

Dans Chagall-Malevich, film russe d'Alexandre Mitta, l'image s'accorde avec l'œuvre de chacun des deux peintres et alterne avec le dialogue par lequel se transmet la théorie. Le film reflète la fantaisie de Chagall et la géométrie de Malevich. Beaucoup de scènes de danse émaillent le film. Des personnages secondaires partagent la dynamique de la narration : Naum, le Robespierre de Vitebsk, et Loyola qui apprend à peindre. Cet enfant peint les exactions dont sont victimes sa famille et ses amis.

L'image a été travaillée pour inclure les personnages flottant ainsi que dans les peintures de Chagall et de larges bandes de couleurs pour évoquer le Suprématisme de Malevich. De plus, Bella, l'épouse de Chagall porte des robes reproduisant celles qu'elle porte sur les toiles de son mari.

Chagall voit les étoiles même le jour et pour Malevich : «Toute forme d'art est une conversation avec Dieu». Chagall a ouvert un centre d'art et y a invité Malevich. Mais, les Soviets oppriment les pauvres du peuple et prétendent que Chagall les a volés; il avait autorisé que les objets d'art soient pris aux gens pour être exposés dans un musée. Toutefois, on lui en impute plus qu'il n'a commis et son évasion de la Russie est représentée par son envolée dans le ciel avec Bella et leur fille grâce à sa peinture.

Ce film aussi didactique qu'onirique nous apprend que : «Le monde est si vide qu'il faut le remplir avec l'Art».

15
Today, I did my laundry

Zach Patton a scénarisé et réalisé le court-métrage canadien Today, I did my laundry. Ce film nous permet de comprendre les motivations d'un homme désespéré après avoir perdu le repère qui lui permettait de garder un certain équilibre : sa relation amoureuse.

Richard, homme méticuleux, prévoyant, méthodique, a rencontré une belle blonde dans une bibliothèque. En voix-off, Richard nous informe que le jeudi est le jour du lavage. Les images nous montrent le temps passé de son bonheur amoureux dont son mariage et une promenade en forêt.

La bande sonore laisse entendre les paroles d'une chanson : « Life is a prison if you lost your love ». Depuis un an, celle qu'il aime a une relation avec Adam. Il ne peut plus continuer à endurer sans passer à l'acte.

Zach Patton a tourné dans son village avec des gens qu'il connaissait. Il s'est inspiré de faits divers sur des relations qui ont mal tourné. Il était accompagné de sa brillante productrice et assistante -réalisatrice Danielle Clayson. Sur la photo, il vient de recevoir le Prix du public pour le meilleur court métrage canadien.

 

Das Zimmermadchen Lynn

16De l'Allemagne, réalisé par Ingo Haeb, Das Zimmermadchen Lynn est basé sur le roman de Markus Orhs qui a collaboré au scénario avec Ingo. Lynn se fait des grimaces dans le miroir, frotte compulsivement son comptoir, a une relation avec son chef et travaille comme femme de chambre dans un hôtel. Elle vérifie la propreté de la cuvette des toilettes qu'elle a récurée avec un miroir de dentiste. Elle revêt la nuisette d'une cliente, la chemise d'un client, mais, quand celui-ci revient, elle se cache sous le lit et y reste toute la nuit. Contente, elle réitère son action jusqu'à en faire une habitude.

Lynn découvre alors Chiara une prostituée spécialisée dans les séances sadiques. Elle lui téléphone et la fait venir chez-elle. « Si je te dis : frappe-moi, tu le fais? » Chiara s'exécute. Peu à peu, la relation entre les deux se développent au point au Chiara reste plus longtemps, oublie de prendre son paiement et Lynn lui avoue son addiction pour les dessous de lit à l'Hôtel Eden.

De nombreuses références aux films français émaillent le film. Ainsi, Lynn rêve d'être dans un lit roulant sur la route avec Chiara, d'arriver au bord de l'eau sur une plage et que Chiara s'allonge sous le lit. Cette scène correspond à un hommage du réalisateur Ingo Haeb à un autre réalisateur, le français Pierre Étaix, qui avait tourné une telle scène en noir et blanc dans son film Le grand amour. Ingo Haeb voulait donner à Lynn des caractéristiques personnelles dont celle d'aimer les comédies romantiques françaises.

Lynn invite Chiara à partir avec elle en payant tous les frais du voyage mais Chiara ne vient au rendez-vous du départ. Elle va donc voir sa mère à qui elle dit : « Je suis différente. Je ne suis pas celle que tu crois. Tu sais ce qu'il y a de plus beau avec le ménage, c'est que ça redevient sale ».

L'actrice Vicky Drieps interprétant le rôle de Lynna tourné avec une de ses amies comédiennes dans le rôle de Chiara. Lynn et Chiara souffrent, chacune à sa façon, d'une difficulté relationnelle : Lynn accède à l'intimité des gens à leur insu et Chiara entretient les déviances de ses clients. Les répétitions et les improvisations pour construire les personnages se sont faites en présence de réels thérapeutes. Vicky Drieps était intéressée par le fait que Lynn est un personnage qu'on ne verrait pas habituellement au cinéma Ingo a dit que les deux personnages ont un vide, qu'elles répondent différemment à un même problème. On n'a pas toute l'histoire de Lynn, le film est une entrée dans une partie de sa vie.

Sur la photo ci-jointe, de gauche à droite, l'équipe du film Das Zimmermadchen Lynn avec l'actrice Vicky Drieps, le producteur et le réalisateur Ingo Haeb. À droite complètement, on peut reconnaître Zac Patton avec Danielle Clayson du film Today, I did my laundry.

Dans la catégorie Compétition mondiale, le film Das Zimmermadchen Lynn a reçu le Prix de la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique (FIPRESCI) et au FFM il a eu le Prix de la meilleure contribution artistique.

Sun–Cheon Splendid but sad days

17Pur éblouissement visuel, le documentaire de la Corée du Sud Sun-Cheon Spendid but sad days a été réalisé par Hongki Lee. De merveilleuses captations de la nature dont celles des œufs dans le nid, de la chienne qui allaite, de crabes sur la terre mouillée, de rochers à fleur d'eau, de neige sur des poissons, d'herbes qui ploient sous le vent, alternent avec le portrait de Wook-suk Yun, une septuagénaire qui travaille sans cesse.

Elle part quand il fait encore nuit pour aller pêcher. Elle est réputée pour faire seule ce que d'autres font à deux. Elle pêche dans l'eau avec une embarcation, pêche enfoncée dans la boue, elle vend au marché, elle ramasse des palourdes, elle coupe les herbes dans les champs. Elle cumule les activités en disant : « J'ai toujours été pauvre. Tout mon corps me fait mal. Je suis avec mon mari alcoolique depuis 50 ans. J'ai toujours vécu pour mes enfants ».

Hongki Lee, avec l'aide d'une interprète, m'a dit que le titre de son film en chinois signifie Vivre selon les règles de la nature. « Le monde est grand, je m'intéresse aux soucis et peines des gens ordinaires. Je me demandais quels coréens vivent dans ce village de pêcheurs le long de la côte de Suncheon. Alors j'ai connu cette femme je voulais parler de la vie d'une mère coréenne et d'un village de 50 familles. Il a fallu 3 ans pour faire le film. »

Avec la musique de Jade Lee et les images de Cilho Lee, le magnifique Sun–Cheon Splendid but sad days de Hongki Lee est présenté avec une affiche sur laquelle on peut lire : Dedicated to all the mothers in this world Dédié à toutes les mères de ce monde.

L'audition

18Réalisé en tant que lettre-hommage au cinéaste André Melançon, le court-métrage québécois L'audition a été réalisé par Jean-François Morin. Interprétée par Victoria Diamond, une jeune ballerine se prépare par une audition.

Des gros plans des rubans de chaussons précèdent les exercices de la belle blonde. Au moment-même de l'audition, elle s'imagine avec le costume de scène et des gros plans accentuent le raffinement des détails du costume. Inquiétée par des personnages masqués et capuchonnés, elle s'écroule quand surgit un « vieux gentleman » incarné par André Melançon.

Jean-François Morin allie précision et onirisme dans ce court -métrage dédié à la mémoire de Sarah-Jeanne Morin 1997-2014.

Das ende der geduld

19Le film de Christian Wagner pourrait s'intituler en français Les limites de la patience. Le réalisateur allemand s'est inspiré du livre de Kirsten Heisig. Juge au tribunal de la jeunesse à Berlin, elle a écrit un livre alors même qu'elle travaillait.

Avec son film, Wagner nous demande de réfléchir à la façon dont les gens interagissent. Des jeunes font beaucoup de mal à la société. Ceux dont la juge s'occupait et qu'on voit dans le film étaient liés à la mafia libanaise. Mais, Wagner considère qu'une autre mafia existe aussi : la mafia administrative, celle de la bureaucratie.

Wagner insiste sur la nécessité d'une structure, d'un encadrement. En cela, il s'accorde avec la juge qui considérait que l'implication des parents avec leurs enfants doit aller jusqu'à une amende si le jeune ne va pas à l'école. La juge exprimait aussi qu'en Allemagne, les incitatifs à l'apprentissage de la langue du pays d'accueil, donc l'allemand, devraient être plus stricts.

La juge était émotivement très impliquée. Elle s'est suicidée mais, disait Wagner, des aspects du modèle d'intervention qu'elle proposait ont été appliqués à Berlin afin de diminuer la violence.

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Chum Hjonabandssaela

Jorundu Ragnarsson a réalisé Chum Hjonabandssaela son premier court-métrage qu'il a co-scénarisé avec Elizabeth Rose. Tourné en Islande pour son cours de cinéma à l'Université Columbia de New York, le film nous permet de suivre le chamboulement dans la relation de deux vieux amis. Tous les matins, ils font leurs exercices dans la piscine avant de se détendre dans le spa. Un jour, une femme de leur âge intéresse l'un d'eux. C'est l'anniversaire de naissance de l'autre; il attend son ami qui arrive en retard à la fête. Un tumulte irrémédiable s'ensuit. L'ami délaissé connaît alors la tristesse d'un homme seul. Sur la photo, près d'Elizabeth Rose, pour Chum Hjonabandssaela, Jorundu Ragnarsson vient de recevoir le 1er Prix du FFM dans la section court-métrage.

Los Banistas Les baigneurs

21De Max Zunino, Los Banistas Les baigneurs se déroule au Mexique. Le réalisateur a co-scénarisé le film avec l'actrice Sofia Espinosa. À cause des coupures budgétaires, l'économie est paralysée. La chambre de commerce ordonne au gouvernement d'agir. L'université est fermée. 5 syndicats sont en grève. 100 000manifestants sont dans la rue c'est la pire récession depuis 10 ans. « Révolution » scande la foule.

Martin est un vieux monsieur qui vient de perdre son emploi dans une mercerie fermée par le propriétaire et Flavia ne peut s'inscrire à l'université. Tous deux ont un frigo vide. Lui, est très propre et minutieux; elle, se révèle négligente et profiteuse. Lui, cherche du travail; elle, cherche un logement. Quand Martin commande une pizza par téléphone, il demande aussi un emploi.

Revenant prêteur sur gages vendre un tableau au prêteur sur gages, Martin décide de faire entrer Flavia chez-lui. Après avoir vendu une lampe, il va chez le barbier qui traite les pauvres de fainéants. Le propriétaire arrive, le barbier n'a plus de commerce. Puis, le magasin du prêteur sur gages est fermé. Dans ce contexte, l'accès à une douche est demandé par les manifestants à proximité du logement de Martin. Il les accueille. Au contact de tous ces gens, il décide de finir un manuscrit qu'il avait commencé avant le décès de sa femme. Il le remet à Flavia qui part le plus loin possible en auto avec son nouvel amoureux.

Les réitérations rythment le film en accentuant la signification : le malheur empire. Rien ne va changer. La bande sonore est importante : on entend sans cesse la foule. Après la première mondiale de son film, Zunino disait que les gouvernements ne voient pas les problèmes réels des gens. Il voulait mettre l'accent sur les valeurs de base de la société : l'entraide, la solidarité.

Sur la photo apparait la co-scénariste Sofia Espinoza qui interprète Flavia et qui a mentionné que dans les campements des manifestants réels, des affiches indiquaient les endroits où les gens offraient la possibilité d'utiliser leur salle de bain. Près d'elle, on voit Zunino. Il a aussi relaté avoir lu dans un article qu'en Espagne les manifestants avaient moins de 25 ans et plus de 50 ans; cela aussi l'a inspiré pour son film.

Pour ce film où se rencontrent jeunesse et vieillesse, où s'amalgament enthousiasme et désespoir, Zunino a reçu le Prix de la FIPRESCI pour un film de la Compétition des Premières œuvres.

Sansan A sparkle of life

22Du Japon, Bunji Satoyama est venu présenter son premier film de fiction Sansan A sparkle of life. Il a pris une photo de l'ensemble des spectateurs avant que je le photographie. Il a voulu réfléchir à cette possibilité : le bonheur amoureux même pour les personnes âgées. Il lui semble qu'à Montréal cette possibilité soit plus acceptée qu'au Japon alors qu'il s'agit d'un thème universel. « J'ai écrit le scénario parce qu'au Japon la population vieillissane risque d'être de moins en moins intéressée par la vie. Je voulais les ensoleiller. Le film est sorti l'an dernier et il a été un succès. Vous verrez Kazuko Yoshiyuki est très mignonne. »

Effectivement, elle est mignonne et attachante dans ce film qui ressemble à un conte; elle interprète Tae, 77 ans, qui regarde une robe de mariée dans une vitrine. Elle se rend à l'agence de rencontres Happy End car elle a l'impression de perdre un temps précieux. Elle veut rencontrer quelqu'un avec lequel elle finirait sa vie. Shinji, le docteur qui soignait son défunt mari, lui reproche de chercher un autre homme. Son fils désapprouve sa démarche.

Elle rencontre un fermier souffrant d'Alzheimer, un vieux libidineux, un taciturne, un thanatologue. Elle pleure seule, se reprend en se disant que chaque jour nous sommes sur la ligne de départ de notre vie.

Elle dit à son fils : « Laisse-moi décider à mon goût pour la dernière fois ». Elle se rend au cimetière. Puis retourne à l'agence de rencontres où elle constate que Shinji s'est inscrit. Il s'est promis de vivre un jour de plus qu'elle afin de toujours être là pour prendre soin d'elle.

De Bunji Satoyama Sansan A sparkle of life fait sourire de joie.

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The Lesson

Audris Gauja voulait d'abord réalisé un documentaire à Riga sur l'adolescence avec des étudiants. Mais, le directeur a interrompu le projet parce qu'il considérait que Gauja se rapprochait trop des jeunes. Toutefois, cette fin a permis un début celui du scénario pour un film de fiction.

Pour lui, les frontières sont mouvantes entre adultes adolescents enfants. The lesson est un des premiers films de Lettonie; de plus, il réunit un mélange d'acteurs et de non-professionnels. Il y a peu d'acteurs de cinéma en Lettonie, ils viennent du théâtre donc des adolescents du premier projet ont été recrutés; leur présence a amené les acteurs à être moins théâtraux, plus naturels. Il lui a fallu 5 ans pour faire le film. D'abord la première version avait 3 heures qu'il a réduit à deux heures.

En 2 scènes seulement le divorce avec le mari est résumé. Zane vient d'être confrontée à son infidélité. Elle devient enseignante avec des jeunes qui n'ont aucune envie d'apprendre le russe. Elle les invite à l'extérieur, chez-elle, organise des fêtes, recueille chez-elle une ado battue, se rapproche de l'un des élèves.

Ensemble, ils vont à l'Hôtel d'Argenson à Paris. Puis, leur relation étant découverte, le couple quitte tout. Un matin, Zane se réveille et le garçon est parti. Elle pleure.

. Le dévouement de Zane pour les jeunes était constant. Elle croyait en eux et leur consacrait de son temps personnel. Avec The Lesson Andris Gauja a réalisé un film qui permet de croire à des ententes dans des classes où les jeunes d'abord indifférents devenaient intéressés.

Il Hay Yrawah War reporter

24Le 14 janvier 2011 « C'est le jour où le peuple a retrouvé sa conscience, sa fierté ». Le tunisien Mohamed Amine Boukhris était là pour tourner son premier long métrage documentaire Il Hay Yrawah War reporter. « Des gens qui dans la rue nous embrassait, nous remerciait. Vous êtes des journalistes, nous demandons de ne jamais vous taire ».

Des journalistes témoignent de leur travail qui souvent exige une forme de témérité ou de sacrifice. Nathalie Donadieu considère : « Les journalistes risquent leur vie pour raconter l'histoire du monde ». Lucas Dolga a été tué d'une balle en pleine tête par un policier en janvier 2011 à Tunis.. En Palestine, les militaires brutalisent les journalistes.

À Tunis, Ahmed dit : « On est juste en traine de montrer une réalité. Notre seul but est de témoigner » . Un autre journaliste, qui a peur d'y perdre sa sensibilité, pleure encore. Une enfant de 3 ans a été tuée par l'armée de Kadhafi; un journaliste demande : « Était-elle armée? » Ahmed est persuadé que « Si tu es tué en faisant ce que tu aimes, tu pars avec le visage en paix ».

Le photographe français Rémi Ochlik témoigne lui aussi dans le film. Puis, le 22 février 2012, à 28 ans , il est tué dans le bombardement d'un centre presse en Syrie. Marie Colvin, journaliste américaine correspondante pour le journal britannique du Sunday Times, meurt elle aussi; déjà, en 2001, lors d'un reportage, elle avait perdu son œil gauche au Sri Lanka à cause d'un éclat de grenade.

Le film termine en mentionnant que 201 journalistes ont été tués entre 2011 et 2013.

Après la 2e guerre mondiale, c'est une femme photographe, Lee Miller, qui la première a révélé les exactions des camps de concentration de Buchenwald et Dachau. Les gens disaient n'avoir pu rien faire parce qu'ils ne savaient pas. Maintenant que nous savons en temps réel, que des otages sont torturés, détenus longtemps, que sont même exhibées les décapitations de journalistes dont récemment James Foley et Steven Sotloff par des djihadistes du groupe État islamique, que faisons-nous?

CÉRÉMONIE DE CLÔTURE

 

J'ai aussi assisté aux remises de prix et à la projection du dernier film d'Alain Resnais Rire, boire et chanter qui constituaient la soirée de clôture.

Membre du jury et chanteuse, Jane Zhang, que l'on voit sur la photo, a interprété At last dans une belle robe bleue longue. Son impressionnante voix a ébloui le public.

27Expert de la représentation de la sensibilité à travers les relations, Bernard Bellefroid a reçu une Mention spéciale du jury œcuménique pour Mélody , une co-production Belgique-France-Luxembourg. Dans ce film, Mélody pour s'acheter un salon de coiffure accepte de devenir mère porteuse pour Émilly, une riche anglaise. Cette grossesse va les changer. De plus, Bellefroid est allé chercher le Prix de la meilleure actrice qui a été remis aux deux actrices du film : Lucie Debay et Rachel Blake. Bernard Bellefroid a remercié le jury de ne pas avoir séparé les deux actrices pour le Prix. Lors d'un bref échange, il m'a dit qu'Axia sortirait son film au Québec en mars 2015.

Mipo O du Japon était très émue quand elle est montée sur scène avec l'interprète qui traduisait sa déclaration en japonais. Pour son film Sokonominite Hikari Fagayaku the light shines only there elle a reçu le Prix de la mise en scène au FFM. Elle a rappelé que son film est basé sur le roman de Yasushi Sato. Après que son livre ait été 5 fois en nomination pour un prix sans qu'il en remporte un seul, Yasushi Sato s'est suicidé. Mipo O considère que le prix de la mise en scène pour le film d'après son roman est une forme de salut pour lui.

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Vania Leturcq est allée chercher le Zénith d'argent pour L'année prochaine. Son premier long métrage de fiction montre l'amitié entre deux jeunes filles de 18ans. Vania a déjà déclaré : « J'avais envie de parler d'une amitié comme on parlerait d'une histoire d'amour avec toutes ses difficultés, ses douleurs et, en même temps, tout ce qu'il y a de beau dans la relation de ces personnes qui se connaissent depuis toujours et qui s'aiment depuis longtemps ».

Pour Gonzalez, film du Mexique, Christian Diaz Pardo a reçu le Zénith d'or. C'est son premier film de fiction. Et il l'a consacré aux préoccupations d'un homme beau et solitaire qui se cherche un emploi.

Sayuri Yoshinaga, actrice et productrice du film Fushigi na misaki no monogatari Cap Nostalgie de Izuru Narushima, portait un costume traditionnel du Japon pour aller chercher le Prix du jury œcuménique et le Grand Prix spécial du jury du FFM. Ce film montre la cohabitation de deux religions dans une petite ville maritime.

Luiz Urquiza Mondragon et des membres de son équipe du Mexique pour le film Obediencia perfecta se réjouissaient d'avoir eu le Prix Glauber Rocha pour le meilleur film de l'Amérique latine ainsi que le Grand prix des Amériques.

Serge Losique a remercié tout le monde d'avoir soutenu cette grande fête du cinéma mondial avant de céder le micro à l'acteur Hyppolite Girardot interprète du film de clôture Aimer, boire et chanter d'Alain Renais.

Aimer, boire et chanter

Basé sur Life of Riley, une pièce de théâtre d'Alan Ayckbourn, avec une musique de Mark Snow, des illustrations de Blutch, .Aimer, boire et chanter d'Alain Renais est le dernier film qu'il ait réalisé. Il se déroule dans la campagne du Yorkshire en Angleterre. Des dessins des maisons et lieux alternent avec les interactions des personnages jouant dans un décor de théâtre où le jardin est constitué de panneaux avec des dessins de fleurs.

Une couple, Kathryn et Colin, avec des amis, Tamara et Jack, répètent une pièce dans une troupe d'amateurs. Leur ami George est atteint d'une maladie qui le fera bientôt mourir. Tous s'inquiètent de lui. Monica, enseignante et ex-femme de George, vit maintenant avec un autre homme, Siméon, dans une ferme. Elle déplore qu'en tant qu'enseignante elle ait tellement de papiers administratifs à remplir qu'elle n'a presque plus de temps pour enseigner.

Le texte sert surtout à présenter les personnages. Sans voir George, les répliques nous apprennent qu'il est lui aussi enseignant et surtout un fascinant séducteur. Une scène est jouée en ombre chinoise. La répétition de la pièce sert de prétexte aux rapprochements entre les personnages, à la découverte de leur passé et de leurs secrets : Kathryn a aimé George, il a été son premier amour, et elle boit en cachette, Jack trompe sa femme Tamara mais voudrait que Monica revienne près de George pour qu'il cesse de jouer avec elle des scènes sentimentales. On retrouve des allures de Marivaux et de Feydeau. À remarquer : de Jackie Budin, les superbes costumes fleuris de Sabine Azéma.

EN SOUVENIR ET EN QUESTIONNEMENT

Cette 38e édition du Festival des Films du Monde marquait le 20e anniversaire de la première fois où j'ai couvert le Festival en tant que journaliste-analyste et intervieweure. Auparavant, j'y assistais en tant que cinéphile et encore plus avant, je regardais les reportages et j'avais hâte d'y assister toute seule car au début, j'y allais avec ma maman et ma sœur. C'est dire que le Festival a été dans toute ma vie.

Des gens campent à Montréal en venant de l'extérieur de la région pour assister au FFM, planifient leurs vacances à cette période, attendent parfois en vain à la porte d'une salle remplie; pendant la durée, nous nous transformons de cinéphiles en cinéphages. Le cinéma est le 7e art, pas seulement un divertissement, une entreprise profitable, une machine à vedettariat. Le FFM a été un immense ciné-club, la dernière occasion peut-être de rassembler des gens par amour d'un cinéma pratiqué par vocation (et non par cupidité ou pour la célébrité).

Car le FFM est confronté à des chamboulements pour des questions d'argent, de retraits de subventionnaires et de commanditaires. Serge Losique aurait hypothéqué une partie de ses biens pour la tenue du Festival cette année. Il semblerait qu'aux histoires de gros sous s'ajoutent des histoires de gros égos.

Nonobstant tous ces aspects satellites, le 39e FFM se déroulera du 27 août au 7 septembre 2015. Serge Losique lors de la cérémonie de clôture a annoncé que le 41e FFM du 24 août au 4 septembre 2017 sera organisé pour participer aux festivités du 375e de Montréal. 75 métropoles présenteront à Montréal un nouveau film de fiction ou un documentaire inédit se déroulant dans leur ville respective. Débuté en 2013, le projet inclura entre autres : Los Angeles, Sidney, New York, Toronto, Londres, Paris, Rome Munich, Berlin, Stockholm, Moscou, Istanbul, New Delhi, Séoul, Beijing, Shanghai, Le Caire, Alger, Le Cap, Madrid, Lisbonne.

Le Festival continuera, certes, mais, sa particularité sera-t-elle encore considérée? Les artisans et les adeptes de cette conviction, cette spécificité, cet idéalisme qui les caractérisaient à travers cet événement auront-ils une autre actualisation?