Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

Chronique cinéma
Octobre 2015

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

EN ANALYSE

Paul_a_Quebec
Le film Paul à Québec, réalisé par François Bouvier, s'appuie sur la bande dessinée de Michel Rabagliati. D'ailleurs, tous deux ont signé le scénario qui nous présente Paul, en 1999. Le jeune homme dessine sans cesse des détails de sa vie, dans un cahier, sur un napperon jusqu'à ce qu'il se dessine lui-même en tant que personnage. Après cette transposition en un alter ego, il place une table à dessin, puis, commence, élabore, termine sa première bande dessinée. `

Ce parcours est développé parallèlement à la présentation de sa famille : sa compagne Lucie et leur fille Rose, à la fréquentation de sa belle-famille : les deux sœurs de Lucie, leurs maris, leurs enfants et à l'affection faite de confidences avec les grands-parents, Roland et Lisette.

Paul travaille et habite à Montréal. Il emmène sa famille dans une vieille auto à St -Nicolas, en banlieue de Québec, d'où le titre, pour voir, au bord du fleuve, les grands -parents. Les visites seront de plus en plus fréquentes, après celle liée à la célébration de la Saint-Jean, car Roland dépérit à cause d'un cancer.

Des références diverses ont été disséminées dans le film : signes temporels : casquette et t-shirt des Expos, ordinateur « à bedaine », allusion à l'admiration inspiratrice avec Tintin et l'étoile mystérieuse, symbole stellaire avec le titre de Hergé, le mot étoile dans le scrabble, les étoiles collées au plafond, l'étoile de Paul et Lucie, l'étoile finale, mentions rappelant le nom de la maison de production Caramel Films avec le caramel donné par Rose à Lucie et le caramel dans la bande dessinée lue par Rose, raton laveur empaillé et raton laveur sur le pyjama du grand-père choisit par Rose , oiseaux donnés en cadeau aux grands-parents, motifs d'oiseaux sur les débarbouillettes et les serviettes. Fréquemment, la sémiologie est rappelée et renforcée .

Aussi la bande dessinée s'avère un objet récurent dans le film : Rose lit une bande dessinée, à l'imprimerie où il travaille avec son père, Paul imprime Red Ketchup, la bande dessinée d'un auteur qu'il verra ensuite lors d'une séance de dédicace

Des scènes anecdotiques sont basées sur la succession factuelle ;  le rituel du brossage de dents chez les grands-parents, Clément, le beau-frère qui applique le dentifrice sur son doigt, les jumelles qui utilisent la même brosse, Benoit, l'autre beau -frère qui passe la soie dentaire et Lisette, la grand-mère qui dépose son dentier dans un verre. Aussi, l'acquisition d'un ordinateur par Lucie et par l'imprimerie avec les constats de non-fonctionnement, les demandes d'aide, les achats supplémentaires, les téléphones, les déceptions, les dépenses, jusqu'au miraculeux fonctionnement. Encore , la recherche d'une maison présente des situations qui sous des apparences farfelues signifient parfois des faits graves tels que la maison à vendre située à coté d'un repaire de motards criminalisés.

L'implication de Paul dans la vie de son beau-père est évidente parce qu'il reçoit ses confidences. De plus, elle est aussi exprimée par des scènes de l'enfance de Roland  en 1940 dans lesquelles Paul adulte apparait en tant que spectateur avant de devenir le scénariste de l'évocation de cette enfance dans la bande dessinée qu'il crée.

L'histoire permet de montrer simultanément des baby-boomers enthousiastes au temps de leur jeunesse et léthargiques à la fin de leur vie; Paul roule en vélo, concrétise ses projets et Roland agonise d'un cancer du pancréas Thème occulté depuis les scènes lyriques de la vieille Marie sur la route enneigée de l'Ile aux Coudres filmée par Michel Brault et du couple Armand et Rose de Jean-Pierre Lefebvre, la vieillesse, celle des bien nantis et des agonisants, est soudainement beaucoup scénarisée dans notre cinéma. Ne rappelons que Les eaux mortes Guy Edoin 2006, Les signes vitaux Sophie Desraspe 2009, La dernière fugue Léa Pool 2010, L'autre maison Mathieu Roy 2013 et récemment Le journal d'un vieil homme Bernard Émond. Une petite exception :  Robert, le père de Paul dont l'imprimerie se débarrasse après 40 ans de loyaux services; la misère aussi fait partie de ce qui est vécu au Québec.

À remarquer : le générique du début en une séquence animée réalisée par Luc Chamberland, l'horloge qui avance pendant la soirée avec Roland dans le CSP, centre de soins palliatif, Roland enfant à la fenêtre mouillée quand sa mère prend le taxi et Roland âgé à la fenêtre mouillée du CSP, la très belle scène de Roland et sa marchette en ombre chinoise au bord de l'eau, Lisette qui a préparé des sandwich pour le trajet en auto, offre ses biscuits, son sucre à la crème, a cuisiné elle-même son gâteau d'anniversaire, fait ses conserves, et la présence du bédéiste Paul Rabagliati qui chante avec la chorale après le décès de Roland

Paul à Québec concède aux québécois de souche de se voir à l'écran autrement qu'en étant le peuple des perdants et des détestés; peuple représenté par Séraphin avec son obsession de précapitaliste financier, par Le Survenant avec son instabilité, par Maria Chapdelaine avec son esprit de sacrifice et par Aurore avec son martyr infligé par des parents psychopathes. Ce peuple, avec des gens auxquels le 9 septembre 2015 Antoinette Abdelnour s'adressait en assenant : « toi le Québec t'endure, car tu es né ici », ce peuple qui a échoué à faire de sa terre un pays, ce peuple peut esquisser un sourire nostalgique en voyant le dessin d'un drive-in et en entendant le disque de Norma Taylor qui chante Ave Maria.

Le film Paul à Québec de François Bouvier nous dessine en un joli portrait avec une exactitude teintée de tendresse dans une interprétation talentueuse.chasse-galerie

EN FESTIVAL

Dans ma chronique de mars 2015, je mentionnais la préparation du film Chasse-Galerie la légende que Jean-Philippe Duval avait tourné avec Caroline Dhavernas, Francis Ducharme, Vincent-Guillaume et François Papineau. Dans ce scénario de Guillaume Vigneault, à Lavaltrie, au 19e siècle,  des forces occultes concernent les personnages Liza Gilbert, mercière et Joe Farel, agriculteur. Une histoire d'amour dans une ambiance fantastique. Le résultat sera projeté en première mondiale lors de la soirée de clôture du 34e Festival  du cinéma international de Rouyn-Noranda qui se déroule du 31 octobre au 5 novembre 2015. Puis, le film sortira le 25 décembre.

EN PRÉPARATION

Dans ma chronique de mai 2015,  je  rappelais que Nelly Arcan, pseudonyme d'une écrivaine québécoise, a écrit un récit intitulé Putain. Dans cet ouvrage, elle explore les paradoxes qui concernent les femmes tiraillées entre la volonté de plaire et le renoncement à leur dignité dans la poursuite de ce but. L'auteure, qui se nommait Isabelle Fortier, s'inspirait tellement de son expérience de prostituée qu'elle a désigné son texte comme étant une autofiction. Dans ce livre, elle exprimait des velléités suicidaires qu'elle aboutira quelques années après la parution de son récit.

Nelly

Anne Émond vient d'entreprendre le tournage de Nelly. Elle a scénarisé ce film en s'inspirant librement de la vie, tragique mais intense, et de l'œuvre, brève mais riche, de la jeune écrivaine décédée à 36 ans. Ce drame est produit par Nicole Robert.

Nelly, adulte, sera représentée par 4 personnages : l'écrivaine, Nelly, l'amoureuse, Amy , la prostituée, Cynthia, ainsi qu'elle se nomme dans son livre, et la star; Marilyn. La comédienne Mylène Mackay l'incarnera alors.  Mylia Corbeil-Gauvreau interprètera  Isabelle à l'âge de 12 ans. De plus, Anne Émond a souhaité convoquer des inspiratrices, des icônes, des références, qui traverseront l'histoire : les auteures Virginia Woolf et Sylvia Plath, et les actrices Marilyn Monroe et Jean Seberg, qui, toutes, sont décédées de mort provoquée.

Le tournage sera complété à Paris au début du mois de novembre. Nelly Arcan a su rejoindre les femmes qui vivent des dilemmes et des contradictions liés à la représentation de soi dans une écriture qui déferlait avec style pour mieux interpeller par le propos actuel et la qualité textuelle.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Paul à Québec François Bouvier 2015
  • Pour la suite du monde Michel Brault, Marcel Carrière, Pierre Perrault 1963
  • Les dernières fiançailles Jean-Pierre Lefebvre 1973
  • Les eaux mortes Guy Edoin 2006
  • Les signes vitaux Sophie Desraspe 2009
  • La dernière fugue Léa Pool 2010
  • L'autre maison Mathieu Roy 2013
  • Le journal d'un vieil homme Bernard Émond 2015
  • Chasse-Galerie la légende Jean-Philippe Duval 2015
  • Nelly Anne Émond  en tournage