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Chronique cinéma
Octobre 2016

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Spécial Femmes innovatrices dans la royauté, en sciences et en cinéma. Christine de Suède, des mathématiciennes afro-américaines et des réalisatrices des débuts du cinéma ou à leurs débuts. L'avènement de la femme sujet. Le film Juste la fin du monde de Xavier Dolan et le Festival du film brésilien de Montréal.

EN ANALYSE : La reine-garçon

01_La_reine-garconVoix d'un homme avec des supplications. Cadrage sur Christine de Suède assise sur son trône. Flashback. Instruments de mesure. Physique. Manipulés par Christine. Le roi est mort depuis des années et la mère oblige sa fille à embrasser le cadavre sur le front. Irruption du Chancelier, Axel Oxenstierna,  qui emmène Christine. Elle est déshabillée. Examinée. Devant un groupe de vieux hommes. Instruments de torture. Psychologique. Manipulées par les vieux messieurs. Deux femmes complices sont aussi présentes on peut supposer qu'elles sont là pour constater la virginité.

Mis à part le procédé du flashback qui le commence, la narration du film La reine -garçon, librement inspiré par la vie de Christine Suède (1626-1689), base sa narration sur la chronologie événementielle, documentée jusqu'à être mentionnée au début des scènes.

Christine a 18 ans. Son père, le roi Gustave Adolphe, l'a élevée comme un garçon. Elle a l'épée du défunt roi. Elle l'utilise pour pratiquer ses attaques avec son cousin. Son père lui a dit qu'elle serait roi et non reine.

1644. Elle veut lire Descartes. Elle décide de son premier discours. L'ambassadeur de France, Pierre Hector Chanut, et elle sont amis parce qu'ils partagent les mêmes ennemis. Ebba Spare, la jeune fiancée de Jakob, est présentée à Christine qui est aussitôt fascinée.

Pour son premier repas, elle remplace la vaisselle par de la porcelaine et du cristal. Elle annonce alors qu'elle veut accueillir en son royaume ceux qui ont été bannis pour leurs idées. Qui plus est, elle veut la paix; que cesse la guerre contre les catholiques. Elle envoie des émissaires négocier la paix; parmi eux, le comte Johan Oxenstierna, avide de pouvoir, et Karl Gustav Kasimir, son cousin, tous deux veulent l'épouser.

Elle affirme son pouvoir, à elle. Entre les Humanistes de la Renaissance et le Siècle des Lumières, Christine s'intéresse à la science et à l'instruction du peuple. En découvrant les pommes d'amour, une nouveauté alimentaire, de petites tomates qu'elle fait éclater dans sa bouche, elle convie Ebba Spare à les partager.

Mais, « la paix ne remplit pas les caisses ». Guerroyer permet de voler et de violer. Pendant que Chanut veut l'amener au Pape, elle correspond avec René Descartes qui intervient dans l'élaboration de la relation entre Christine et Ebba. Le philosophe français, exilé en Hollande, lui écrit les nuances entre l'amour bienveillant et l'amour qui concerne le corps : « Vous devriez aimer, vous raisonnerez après ».

Le Chancelier, lui, la dupe : il fait croire que son fils Johan lui a fait livrer des robes alors que c'est lui-même qui s'en est chargé. Comment a-t-il pu s'imaginer qu'un tel cadeau l'aggréerait? Nouvelle occasion de se rapprocher d'Ebba puisque c'est à elle que Christine décide de faire porter une des robes.

Elle fait d'elle sa réchauffeuse de lit et la nomme Belle. C'est à elle qu'elle apprend à se tenir solidement sur un cheval sans se placer en amazone. Ensemble, elles chevauchent, jouent dans la neige.

Autoritaire, elle ordonne que Prague soit attaquée, pillée, pour qu'on lui rapporte les livres, les tableaux, les animaux et une bible dite La bible du diable parce que cet ouvrage contient le texte de la bible certes et une enluminure du diable. C'est le plus grand manuscrit connu de l'époque médiévale; sa dimension aura une importance dans la suite du film.

Elle fait peindre Belle portant la robe. Elle veut aussi faire construire une bibliothèque. Elle se réjouit de recevoir un livre de Jean Kepler. Dans ma chronique de novembre 2012,  j'intitulais En préférence la section que je consacrais au film L'œil de l'astronome, chef d'œuvre de Stan Neumann.

La scène la plus éloquente du film, celle qui cristallise la personnalité de Christine, mettant en évidence ses idéaux et ses adversaires, se déroule dans la neige au milieu d'une ruelle. Avec Belle, après avoir vitement parcouru un livre de Descartes et qu'elle ait été reconnue, elle monte sur une charrette, promontoire improvisé, et s'adresse au peuple en commençant par une citation qu'elle ne termine pas puisque le Chancelier l'interrompt : « Le peuple apprécie… » dit-elle à peine qu'il conclut : « La bière! De la bière pour tout le monde ».

Erika, sa servante, est enceinte. Rappelons que le roi a appris à Christine à être comme un homme et non à être une femme avec une pluralité de possibilités. Erika se plaint à Johan en lui précisant que la reine pense que les femmes enceintes sont des truies. Johan s'organisera pour qu'Erika soit avortée. Élever une fille comme un homme signifie-t-il la faire ressembler à un soudard? « Faire comme un homme » est-ce mal faire? La misogynie est-elle inhérente à la condition masculine?

« Bientôt les femmes porteront la culotte et prendront notre place. On a besoin de bras, pas de cerveau ». Encore, une femme est utilisée par les hommes pour empirer les choses : on fait intervenir la mère. Celle qui l'a forcée pendant des années à embrasser le père putréfié, celle qui l'a lancée dans les escaliers pour s'en débarrasser, celle qui a accepté d'être cocue, bel exemple pour sa fille. Cette demi-folle échoue à influencer Christine. Comment a-t-on pu croire qu'il en serait autrement?

1649 Arrivée de René Descartes. Christine fait procéder à une dissection. Descartes croyait que la glande pinéale était le siège de  l'âme. Il est important de mentionner que les dates et lieux sont précisés. Ce qui confère une part d'authenticité au film. Pour la scène de la dissection, la mise en scène rappelle l'œuvre La leçon d'anatomie du docteur Tulp du peintre Rembrandt. Ce qui ajoute une facture esthétique au film.

Si Descartes avait tort à propos de la glande pinéale, il a quand même donné l'idée du dualisme, il s'est intéressé aux pouvoirs de l'esprit, aux mécanismes cérébraux, et ce, avant qu'on puisse voir la pensée grâce à l'IRM.

Mais, cette dissection, c'en est trop, elle est victime d'une tentative d'assassinat perpétrée par un membre de son entourage. Elle en réchappe. Puis, elle décide d'amener Belle dans une salle remplie de trésors de guerre. Dont la bible du diable.

Christine est alors méconnaissable. Elle, si raffinée, si férue d'égalité, avilit Belle qu'elle semblait aimer. Elle se comporte en violeur, contraint sa proie, la retourne pour qu'elle soit à plat ventre sur l'immense page de la bible. Est-elle possédée du démon dont on voit le dessin coloré dans la bible? Elle qui voulait tant être en avance sur son temps, est-elle devenue Sade avant même qu'il naisse?

Christine abolit Belle en tant que sujet actif et volontaire; Belle avait rompu ses fiançailles. Elle a agi par amour. Elle a acquiescé à la relation illicite. En douceur, elle a transgressé les interdits, ceux de son éducation, ceux des mœurs. Christine s'abolit elle-même en tant que sujet aimant et réfléchissant. En contraignant Belle, elle n'a pas une pulsion sexuelle mais elle agit une pulsion agressive. Il n'est pas question de désir mais d'imposition. L'acte de transgression prime sur le développement de la relation. Christine retourne sa victime pour ne pas voir son visage ravagé par la peur et la douleur et pour que sa victime ne voit pas ce visage inconnu de la prédation que Christine a désormais.

Que vient faire cette horrible scène dans un film qui passe de sobrement grandiose à sordidement grandiloquent?

Jusqu'alors Christine était un personnage fascinant. Belle fascinait par l'absolu de son amour, Christine par l'absolu de son idéalisme. Elle agissait pour renverser l'incurie. Rappelons sa plus belle scène quand elle s'adresse au peuple sur une charrette;  cette scène est le centre d'un faisceau de significations : dont sa culture et les obstacles à ce qu'elle la partage, dont l'évidence de la présence d'ennemis dans son propre entourage. Cette scène magnifique faisait d'elle un être admirable. Cette transmission du savoir était peut-être  sa plus grande transgression.

Jusqu'alors le film s'accordait avec la beauté des découvertes de l'Amour et de la Raison; découvertes partagées par deux femmes. Nous les accompagnions dans un voyage vers les plus hautes sphères accessibles aux humains. Pourquoi une telle transformation du thème, du focus, du rythme et du personnage?

Quoi de mieux que de poser la question au scénariste? Je me suis entretenue avec lui et vous pourrez lire les réponses de Monsieur Michel Marc Bouchard ci-après dans cette chronique.

S'enchainent rapidement des scènes de silences et de hurlements. Le film continue donc avec le kidnapping de Belle. Elle est amenée à Johan, une porte se referme sur elle, et sur nous. De quoi a-t-elle été menacée? Fut-il nécessaire de la menacer? N'oublions pas que Belle a subi des violences de Christine. Dès lors sa confiance en Christine est entravée. Belle renoue ses fiançailles à Jakob.

Christine, elle, devient histrionique et effrayante. . Elle crie, seule et hagarde. Descartes , empoisonné mortellement, crie et décède. Christine aux genoux de sa mère. Christine pleure. Christine tente de se suicider.

1652  Elle veut devenir catholique, renoncer à son pays, à son peuple, à sa foi, à son père. Elle doit renoncer à tout ce qu'elle voulait. Certains en profiteront pour leurs intérêts personnels. 

Retour à la scène du début : les supplications du Chancelier à une Christine impavide sur son trône. Elle va rencontrer son cousin sortant de la glace et entrant dans un sauna. Elle fait de lui son fils donc le prince héritier (même sa succession aura droit au trône).

Elle quitte la Suède après 10 ans de règne en emportant le quart de la fortune du pays. Elle quitte le film alors qu'un texte précise qu'elle a fondé l'Académie d'Arcadie et qu'elle est une des trois femmes enterrées avec le Pape.

Ce film a su fournir des repères sur le parcours d'une reine d'exception, fournir une occasion d'exceller à deux actrices dans des rôles importants, fournir une beauté formelle à des scènes pendant lesquelles l'esprit était une préoccupation, fournir aussi l'occasion de constater que par amour une femme, Belle,  a transcendé tous les codes des comportements de son rang et de son époque alors qu'une autre femme, Christine, choisissait d'explorer une forme de relation plus imposante.

Malin Buska interprète Christine en  pleurant tout en affichant un air dur. Elle a été  récompensée par le Prix de la meilleure actrice au Festival des Films du Monde en 2015. Sarah Gadon est d'une beauté délicate qui subjugue; elle ressemble à la Vénus de Botticelli, elle incarne une amoureuse dédiée à celle qui l'a transformée. Mika Kaurismaki a réalisé et produit ce film qui a remporté le Prix du Public au Festival des Films du Monde à Montréal en 2015 et le Prix du Meilleur film au Festival international du film de Valladolid en Espagne.

Pour la promotion du film, un extrait, incluant la scène de viol, avait été mis sur Facebook. Quelle sélection : de la nudité  et de la violence! « Cachez ce sein que je ne saurais voir » déclarait Molière. À cause de l'apparente poitrine de Malin Buska, Facebook a exigé le retrait de l'extrait. Protestations d'outrages à l'intégrité d'une publicité…Mais, aucune protestation d'outrages à l'intégrité d'une femme… Cela rappelle en 2008 la sortie du film 5 X 2   de François Ozon dans lequel encore le viol était banalisé, et par le réalisateur, et par la critique. La thématique du viol s'impose au cinéma parfois avec désinvolture, hélas, mais, aussi, s'insinue parfois avec réflexion. Le viol est un acte de contrainte, et la contrainte peut être infligée par une femme, par un homme, avec une partie du corps, avec un objet. J'ai traité de ce fait pénible dans ma chronique d'avril 2015. Le temps passe et la situation des femmes ne s'améliore guère, que l'on remonte dans le temps jusqu'à Christine de Suède, jusqu'à il y a quelques années ou qu'on la constate maintenant.

EN ENTREVUE : MICHEL MARC BOUCHARD

J'ai posé des questions précises à Monsieur Michel Marc Bouchard et j'ai obtenu des réponses précises. En ces temps où beaucoup trafiquent avec la vérité, le dramaturge et scénariste, lui, a02_MichelMarcBouchard été franc et lucide.

L.P. : «  Vous souvenez-vous comment vous avez fait connaissance avec Christine de Suède? »

M.-M.B. : « C'était un blind date en 2008. J'ai été invité à scénarisé le film. J'étais peu intéressé. D'abord parce que nous, au Québec, la royauté nous a abandonnés ou dominés.

Mais, son humanité est un paradoxe extrême. Et puis ce qu'elle voulait faire de son pays, ses ambivalences sexuelles, tout ça m'a intéressé. »

L.P. : « La pièce Christine La Reine Garçon a été jouée au Québec; elle a permis à Céline Bonnier de triompher. Le film The King Girl a permis à Malin Buska de recevoir le Prix de la meilleure actrice au Festival des films du Monde en 2015 pour son interprétation de Christine. Du scénario ou de la pièce, qu'avez-vous d'abord achevé? »

M. M.B. : « La pièce a été écrite pendant le scénario. La cour de Suède était très lyrique. On y parlait français. Il y aurait des visions différentes entre la réalisation et le théâtre. Je voulais développer le personnage avec les affinités de départ; les deux formes finalement se parlent. Même que 3 mois avant le tournage on a ajouté une scène de la pièce. »

L.P. : « Laquelle? »

M. M.B. : « Celle de l'essai de la robe. »

L.P. : « Une très belle scène en effet, qui signifie beaucoup dans leur relation. »

M. M.B. : « Je voulais la faire découvrir parce qu'elle est très moderne avec ses aspirations pour son peuple, pour son pays. Elle est allée ailleurs. Vous savez des films de reine, on en parle beaucoup. »

L.P. : « Oh! Que oui. Pour le meilleur et pour le pire. Élisabeth, Victoria…au cinéma ainsi que des films pour enfants. Les petites filles veulent être des princesses parce que Disney, entre autres, crée ce rêve. On nous brandit la monarchie et c'est toujours sur ce qu'il y a de moins vérifiable qu'on insiste. »

M. M.B. : « Elle, elle était reine. Or, elle a tout fait pour ne plus l'être afin d'être elle -même. C'est loin de Shakespeare, de Borgia. C'est un film sur l'esprit et la philosophie . »

L.P. : « Il y a quand même cette scène paroxystique de transgression sur la bible grand format»

M. M.B. : « C'est un livre volé en Pologne par la Suède. C'est une fascination : passer une nuit avec le diable. Luther aurait passé une nuit avec le diable. Ça la grise de baiser sur la bible du diable. C'est une transgression. Vous savez, le catholicisme, c'est une fabrication politique. Une structure hiérarchique. Il faut se confesser. Elle est devenue la reine du plus grand royaume luthérien. Avec Luther, le discours est direct avec Dieu. On n'a pas d'intermédiaire. On s'organise pour être moins pêcheurs. À la cour de Suède, il n'y avait pas d'excès, de parures, de décors. »

L.P. : « Dans votre scénario, vous lui faites commettre tout un péché! »

M. M.B. : « Ma vision de Christine, c'est la mienne. En tant qu'auteur, on choisit ce qu'on prend. Je suis fascinée par elle en autant que je peux être fasciné par moi-même. Sinon, j'aurais fait œuvre d'historien pas œuvre d'auteur, d'auteur de fiction. Flaubert avait dit « Je suis Madame Bovary » moi je suis Christine de Suède. »

L.P. : « En autant que vous pouvez être fasciné par vous? »

M. M.B. : « Je suis fasciné par elle en autant que je peux être fasciné par moi-même. Je pourrais écrire encore parce qu'après à Rome, elle a changé tout le décor. Elle interrompait la messe pour poser des questions. Elle avait des objections. Et puis, elle a laissé un ouvrage de 500 maximes écrites par elle. »

Hélas, nous avons été interrompus. Ce n'était pas pendant  une messe à cause d' une interruption de Christine de Suède. Monsieur Bouchard est lui- même un puits de savoir . L'esprit de Christine était quand même présent puisque l'auteur s'est exprimé avec sincérité et d'après Christine : « La seule vérité persuade et ne trompe jamais. » Maximes et pensées, 1682.

EN PRÉPARATION: Hidden figures Les figures de l'ombre

Question du monsieur : « Si tu étais à ma place voudrais-tu devenir un ingénieur? » Réponse de la dame : « J'en serais déjà un. »

03_Hidden figuresAinsi, répond Janelle Monae, dans le rôle de Mary Jackson quand elle est à la NASA pour contribuer au voyage en orbite de John Glen en 1962.

Le film Hidden Figures Les figures de l'ombre devrait être sur les écrans au début de 2017. Réalisé par Theodore Melfi à partir de  son scénario co-écrit par Allison Schroeder, le film rappelle la contribution oubliée de mathématiciennes qui ont travaillé à la NASA.

D'abord un livre de Margot Lee Shetterly, l'histoire se concentre sur trois de ces femmes exceptionnelles; en effet, non seulement étaient-elles femmes mais, aussi, elles étaient noires. Les trios personnages ont été inspirés par Katherine Johnson, Dorothy Vaughan, Mary Jackson, Kathryn Peddrew, Sue Wilder et Eunice Smith. Scientifiques et afro-américaines,  elles se sont immiscées dans un monde misogyne et raciste. Grâce à  elles, l'ambition de John Kennedy, de développer un programme spatial, pouvait se concrétiser.

On peut lire dans la revue Québec Science d'octobre 2016 que les femmes sont confinées dans « la partie expérimentale d'une étude. C'est d'ailleurs la seule portion du travail où les chercheuses sont plus susceptibles d'être présentes que les chercheurs (…) Aux hommes va le plus conceptuel; aux femmes, le plus technique ».  De même dans l'aspect pragmatique de la vie; Maisonneuve n'aurait pas songé à fonder Montréal sans que la partie logistique de son projet soit assumé par une femme, Jeanne Mance.

En attendant la sortie de Hidden Figures, on peut revoir Agora (Alejandro Amenabar, 2009) dans lequel est évoqué le sort cruel de la mathématicienne, astronome et philosophe Hypatie d'Alexandrie. Ou le film The race for the double helix, aussi intitulé Life story, (Mick Jackson 1987) avec la minimisation du rôle déterminant de Rosalind Franklin dans la découverte de la double hélice de l'ADN. (Je n'oublierai jamais qu'après avoir vu ce film, j'ai entendu mon fils, qui avait alors 12 ans, déclarer que si, Rosalind avait été un homme, on aurait trouvé un moyen de lui attribuer le Prix Nobel malgré son décès.)

Quant à Hidden Figures, la bande-annonce est en ligne et déjà il y a une réplique que j'aime bien : « Because we wear glasses ».

HOMMAGE À MARGUERITE DURAS ET ALICE GUY

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e dimanche 9 octobre 2016 à 16h pendant l'événement La cour des poètes au Cinéma, organisé et animé par Normand Lebeau et Brigitte Therrien, j'interpréterai, en alternant des parties chantées et récitées,  un de mes poèmes en quatrains d'octosyllabes : Hommage à Marguerite Duras et Alice Guy. Cet événement se déroulera à Montréal, (Québec, Canada) Chez Mado, 1115 rue Ste Catherine est.

05_MargueriteDurasMarguerite Duras (1914-1996) a tourné India Song dont les dialogues sont en voix off, c'est-à-dire hors champ,  alors qu'Alice Guy (1873-1968) au temps du muet a commencé le tournage de films projetés avec des voix grâce au phonochrone. Marguerite a fleuri dans le jardin d'Alice. Toutes deux ont été innovatrices. Et toutes deux ont eu un rapport à la parole fluctuant dans des directions contradictoires à travers leur œuvre et au long de leur vie.

Alors que les gens retiennent qu'India Song est un film silencieux, Duras a précisé que : « il y a plus de quatre-vingts répliques de plus de trois lignes. C'est énorme. » Francis Lacassin a dénombré qu'Alice Guy avait tourné 104 phonoscènes entre 1900 et 1907; de plus, elle est allée au États-Unis démontrer comment faire un film parlant. Duras a été dans le coma pendant cinq mois. Quand elle voulait tourner le documentaire Le jardin oublié, la réalisatrice Marquise Lepage rêvait d'Alice Guy en tant que fleur muette.  Duras a été victime d'humiliations et de parodies virulentes, Alice Guy s'est débrouillée seule avec peu de ressources mais quand le cinéma devenait lucratif on lui disputa  la direction du studio, Gustave Eiffel lui en fit construire un. Duras a dit : « La femme est un prolétariat depuis des millénaires » et Alice Guy a été lestée dans ses élans pour tourner des films sur le féminisme et la contraception.

Mon hommage à ces réalisatrices concerne aussi les femmes qui m'ont permis de les connaître : Françoise Faucher par son interview pour l'émission Femmes d'aujourd'hui lors du passage de Marguerite Duras à Montréal en avril 1981 et Marquise Lepage qui a réalisé le documentaire Le jardin oublié la vie et l'œuvre d'Alice Guy-Blaché. Mon hommage est établi selon la chronologie de ma découverte de ces créatrices et de leurs œuvres.

ÉCARTÉE de Lawrence Coté-Collins

Alors que des techniciens cherchent la captation la plus précise lors des prises en caméra libre pour des documentaires, depuis la popularité des captations spontanées lorsque des reporters interrogent des témoins ou des vedettes, le cinéma, la télévision, reprennent le résultat de ce type d'enregistrement pour se parer d'authenticité.

06_EcarteeLawrenceCoteCollinsPenser au film Manhattan de Woody Allen (1979), la série Shield et tant d'autres au point où des documentaires sont mieux filmés que des tournages de fiction. Car il y a une connotation de vérité, de réalisme, une forme de cautionnement, de garantie, que ce qui a été filmé était vrai. Au point où maintenant, quand il s'agit de téléréalité, une mise en scène est interprétée par le public comme étant un fait spontané, une captation en caméra libre; ainsi, dans la téléréalité Gene Simmons and the family jewels, en plan rapproché, Gene est debout près de son auto en panne, le plan d'ensemble qui suit nous le révélant seul au milieu d'un désert. Donc, toute l'équipe de tournage s'est cachée derrière la caméra. Et le public est supposé croire que rien n'est planifié.

Les codes ont été réutilisés pour brouiller les repères. Et c'est le choix de la réalisatrice Lawrence Coté-Colins pour son premier long métrage Écartée en salles depuis le 30 septembre. Dès le début, l'image crue donne le ton. Annick prévient de sa démarche : elle va poser des questions et le couple devra inclure sa question dans la réponse. Car, l'alter-égo de Lawrence est le personnage Anick, une réalisatrice qui paie Scott et Jessie pour filmer la ré-insertion sociale de Scott.

La réalisatrice Lawrence trace à gros traits les manipulations inhérentes au pseudo -documentaire : cette mention de la réalisatrice Annick dès la première scène (inclure la question dans la réponse) s'avère une directive inférant sur la spontanéité d'une narration personnelle. Lawrence met en évidence qu'une réalisatrice possède des moyens, a le pouvoir, peut parvenir à altérer ce qui devrait être pur.

Dans une autre scène, Jessie lui demande : « tu filmes pas ça? »  Anick hypocritement répond « non » et la caméra est rapidement déplacée. Ah! Que seraient les captations maintenant sans ces répétitives caméras qui bougent?.

Certes, la réaction d'Anick qui accepte difficilement d'être elle-même filmée quand Jessie utilise son téléphone pour le faire, se veut encore une volonté de montrer la tentative de questionnement auquel répondrait le film Écartée. Mais, ces moments sont trop rares et trop appuyés pour susciter la réflexion, ils sont de l'ordre de la démonstration pour induire qu'elle est bien vilaine la réalisatrice Anick.

Or, la véritable perversité c'est que sous prétexte de nous interpeler sur les enjeux de l'utilisation des référents, la réalisatrice Lawrence renoue avec le tournage porno. Pas parce qu'Anick cache sa caméra pour filmer le couple qui baise ou Jenny qui se douche, mais parce que Jenny commence à danser pour Anick ainsi que le fait une strip-teaseuse, elle se met en scène elle-même dans une représentation stéréotypée, dans la cuisine, dans la piscine hors terre le long de la route, elle présente le spectacle de la femme qui a intégré et qui reproduit les clichés misogynes et capitalistes de la marchandisation des femmes et des fillettes, et parce que la caméra de Lawrence la filme en insistant sur … son entre-jambes. Se développe donc un jeu de tire-pousse où la volonté de plaire compte plus que le moyen de plaire. Et la voyeuse qui croyait capturer sa proie est en définitive la plus manipulée puisqu'elle aussi réitère et accentue par ses cadrages, ses plans, ses insistances, les codes dégradants de la représentation de la femme qui consent à sa propre déchéance. Pourquoi nous montrer encore l'aliénation de la femme?

Donc, cette exploration des codes cinématographiques bascule dans une obsession des pores épidermiques. Les deux filles s'excitent mutuellement, elles se sautent dessus et le film finit.

Moi qui déplorais qu'il n'y ait plus de porno puisque ses constituantes sont devenues la norme, je le constate une fois de plus. Voir mon analyse du film Laurentie (Mathieu Denis et Simon Lavoie 2011) dans ma chronique de novembre 2011.

Anick et Lawrence se confondent dans la scène de la carte d'anniversaire. Anick convoite Jenny qui fournit des images à Anick : elle se dénude lors de la scène sous l'eau. Lawrence voulait une naïade dénudée dans son film, elle a fait dire à Annick qu'elle avait une caméra sous-marine. Mais, Anick et Lawrence  ridiculisent Jenny et, simultanément, le couple Jenny et Scott, lorsqu'Anick réagit devant la carte d'anniversaire en disant : « Un dauphin dans le désert, c'est beau ». Ce qui ne l'empêchera pas de vouloir jouer au dauphin dans la piscine avec Jenny.

Le mépris de la réalisatrice Lawrence  pour ses personnages est perceptible. Elle filme des gens qu'elle juge minables. Ce qui ne signifie pas qu'ils le soient. Elle-même résume son film en déclarant : « cette bibitte qu'est Écartée. Écartée c'est un film qui sent le sent-bon cheap à l'odeur brise exotique, le gaz de char et la friture. »

Une réalisatrice peut filmer son actrice comme si elle la caressait. Qu'on se rappelle Léa Pool filmant Albane Guylhe dans Anne Trister (1986); Silence! On regarde.

Or, Lawrence qui, encore une fois, cadre avec exactitude  l'entre-jambes de Jenny quand Scott veut qu'elle cesse de tourner,  n'est plus dans la dissimulation de caméra mais dans la précision de captation; dans cette volonté de faire croire qu'Anick cache sa caméra rapidement, Lawrence avoue la préparation au millimètre près de sa mise en scène. D'abord, c'est similaire à ce plan dans Bully (Larry Clark, 2001) quand le cadrage nous montre la culotte entre les cuisses parce que le micro-short n'est pas assez couvrant. Ça n'avait rien à voir avec l'histoire. Ensuite, cela ramène la question des films érotiques pour les femmes. Les femmes qui préfèrent les femmes ne trouvent pas beaucoup de films qui leur plaisent. Les films montrant des femmes qui baisent sont faits pour les hommes et n'excitent pas les lesbiennes. D'autres parts, les films montrant des hommes qui baisent finissent par être regardés par des femmes hétéro qui ne trouvent pas de films érotiques excitant pour elles. En 1990, un film faisait sa publicité dans les sex-shops en annonçant être un film érotique pour femmes c'est-à -dire un film dans lequel une femme était caressée par plusieurs hommes sans qu'il y ait pénétration. La trame de ce film n'a pas été reprise laissant supposer que la quête du Graal reste à poursuivre.

Toutefois, « À toute chose malheur est bon ». De cette prétention de Lawrence Côté -Collins que son film « Écartée s'articule autour du vrai et du faux », rapidement déglinguée, émerge la participation de Scott. Il a été promptement oublié mais, c'est de lui dont on se souvient en sortant du film.

Aussi pour trouver des bouts de sens dans la confusion, on peut observer que le mot Écartée s'applique à Anick qui s'est perdue en tant que réalisatrice en tournant son film ou encore on peut considérer que cela décrit bien la façon dont l'actrice jouant Jenny, Whitney Lafleur,  doit se placer pour le tournage. On peut aussi remarquer que sur l'affiche du film la réalisatrice Annick apparait dans un miroir (le reflet est-il plus important, plus vrai que le réel?) et qu'elle y apparait deux fois (creusant d'autant son vide intérieur) dont une fois la tête à l'envers.

La recherche de la vérité ne s'est donc pas centrée sur la femme même si elle constitue la majorité des scènes mais sur les jeux, les simulations, les stratégies dans lesquels elle se croit obligée de tomber pour être intéressante. Malgré les plans qui sont consacrés au sexe d'une femme, vous n'en apprendrez guère sur le sexe féminin.

Pour la première fois, Ronald Cyr est devant une caméra. Son effort pour bien parler est révélateur de sa volonté de bien paraître. Voilà, il se révèle, lui. En passant par la représentation qu'il croit adéquate, il nous ouvre son cœur, il nous exprime son idéal. Ce film, qui rabaisse la femme, valorise l'homme. Il est sincère quand il parle de lui. En effet, Ronald, à travers le personnage de Scott,  raconte son passé en prison. Et nous aurions vu un documentaire intéressant, tendre sans doute, émouvant peut-être, si le tournage avait été concentré sur lui. Il se livre avec la beauté de la confidence.

Il faut aussi souligner l'organisation du lieu de tournage car les sons en deviennent une constituante. D'abord, il y a les bruits des véhicules sur la route à proximité. Et, surtout , les sons de la télévision qui fonctionne régulièrement, à peine relayée par ceux de la radio. Qui plus est, les émissions qui apparaissent à la télévision ont été tournées pour y être vues, dans ce décor, et pour participer à la révélation de la personnalité, et des occupations, du couple. Ils regardent des émissions de jeux la nuit auxquelles il est possible de participer en téléphonant, des émissions d'exercices physiques qu'ils ne font pas en même temps, la messe qu'ils trouvent « plate ». C'est une des réussites du film.  Qui, par ailleurs, rappelle la bande sonore du film Autrui Micheline Lanctôt voir mon analyse dans la chronique d'avril 2015.

Si Anick avait abouti son documentaire, il aurait été un mauvais documentaire, elle n'est pas préparée avant son tournage, elle ne sait pas quelles questions poser au point où elle demande à Scott combien il a eu d'autos dans sa vie alors qu'elle doit documenter une possibilité de réinsertion sociale. Lawrence nous montre un Scott violent sans jamais explorer la cause, sans doute systémique, de cette violence qui n'est aucunement questionnée. Le film dévalorise le personnage Scott (engoncé dans les stéréotypes lui aussi) mais il valorise la personne Ronald (puisque sa parole est libre, neuve, sincère).

Oui, on peut filmer une femme qui bouge comme une strip-teaseuse et en faire une proclama02_mon-ami-dino-affichetion de l'âme amérindienne ancestrale du Québec comme Gilles Carle l'a fait avec Carole Laure pour les scènes dans la forêt pendant le tournage de La tête de Normande St-Onge (1975). Oui, on peut mêler les possibilités narratives comme Brian de Palma l'a fait avec Redacted (2007), pour appuyer la diversité des composantes d'une réalité et la diversité des points de vue. Oui, on peut induire l'équivoque pour mieux faire ressentir les affres d'une tragédie comme Jimmy Larouche l'a fait avec Mon ami Dino (voir mon analyse dans la chronique de septembre 2016). Seule Lawrence Coté-Collins pourrait confirmer ou infirmer si son intention était d'avoir quelques minutes de sincérité engluées dans la preuve qu'une femme peut filmer une autre femme comme un misogyne et un putassier. Jean-François Davy  a filmé Sylvia Bourdon dans Exhibition 2 (1978), alors qu'elle choisit d'utiliser un vibrateur devant la caméra mais , Davy a détourné la caméra de sa vulve dénudée, offerte, exhibée. C'est un choix possible.

Avec le dernier plan qui nous montre Anick imposant à la caméra un regard de gros yeux pas rassurants, le film n'est définitivement pas Le papillon bleu de Léa Pool (2004) , Angels and Insects de Phipip Haas (1995), ni un épisode de la série Insectia, la réalisatrice l'a résumé : « c'est une bibitte ».

Après la réitération de la femme objet,  pour découvrir L'avènement de la femme sujet on peut aller à la cinémathèque québécoise située à Montréal.

L'AVÈNEMENT DE LA FEMME SUJET À LA CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE

Depuis des millénaires la femme est obsédante, qu'elle le veuille ou non. Dans l'initiative ou le refus de se réduire à un objet tel que le trophée quand on triomphe de sa volonté en lui infligeant la contrainte, la proie quand on la pourchasse, ou le corps évidé, simulant pour être stimulant, quand on la filme, la femme est détaillée, examinée , et sur-représentée. Elle est l'image; dessinée, peinte, photographiée, filmée, dans une représentation d'elle-même plus codifiée qu'authentique.

La féministe est une victime conscientisée, elle ne participe plus à son aliénation, elle ne se résigne plus à sa persécution. Elle n'est plus la femme objet, elle articule l'affirmation de son estime d'elle-même et la revendication des droits et statuts qui la concernent. La femme sujet  n'est plus l'actrice prête à tourner des scènes de nudité souvent incongrues, superflues, dans le récit. L'actrice obligée d'en faire plus sinon elle ne sera pas payée, menace faite à beaucoup de doublures d'actrices. L'actrice porno, dont on outrepasse les limites, établies pourtant, en la menaçant elle aussi de n'être pas payée. Elle n'est plus l'actrice prise par surprise ainsi qu'on l'a imposé à la jeune Maria Schneider lors du tournage de Last Tango in Paris. Elle n'est plus la réalisatrice misogyne qui utilise le personnage féminin pour incarner le mal capitaliste et recevoir des coups ainsi que l'a décidé Lina Wertmuller en tournant Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été (1974).

Bien qu'Alice Guy au début du 20ème  siècle ait été une scénariste et réalisatrice exprimant un idéal féministe, qu'elle fut suivie de Germaine Dulac, Musidora puis de Jacqueline Audry qui tourna La Garçonne (1957), de Nelly Kaplan avec La fiancée du pirate (1969) et d'autres encore, il reste que les films dans lesquels la femme devient sujet sont rares. Ils correspondent parfois à une recherche aussi sémantique que structurelle; à thème original, forme originale.

La Cinémathèque Québécoise, située à Montréal, consacre du 19 au 30 octobre 2016 une série de projections intitulée : L'avènement de la femme sujet.

De ce corpus français, belge, québécois, américain, émerge un chef d'œuvre qui mérite d'être ainsi désigné pour plusieurs raisons : Jeanne Dielman, 23 Quai du Commerce, 1080 Bruxelles (oui c'est le titre du film) réalisé par Chantal Akerman en 1975.

La réalisatrice explore un rythme lent mais dense qui dans la répétition du quotidien fait intervenir le changement fatal avec une tension croissante et oppressante. Tout est admirable et intense dans ce film où il semble ne rien se passer alors que la tragédie couve dangereusement. Aussi, il faut voir le film pour la finale quand Delphine Seyrig sans changement d'expression parvient à exprimer le désarroi qui la gagne. L'actrice, qui était aussi une réalisatrice féministe, qui avait été l'A de Resnais, l'apparition de Truffaut  et l'Anne-Marie Stretter de Duras, se révèle d'une calme intensité, d'une discrète puissance.

Un répertoire d'une quinzaine de films est consacré à ce sujet rare mais essentiel : l'avènement de la femme sujet.  Fabrice Montal, programmateur et conservateur de la Cinémathèque, décrit l'aboutissement de l'événement : « Nous terminons ce cycle par des images qui sortent volontairement du lot, des images que nous appellerons tirées d'un cinéma de la répression, une sortie du carcan aliénant qui se solde par la mort tragique de l'héroïne : un retour du bâton. Comme s'il fallait dire « Vous avez voulu jouir d'une autonomie qui ne vous était pas permise, en outrepassant des rôles bien circonscrits? Il est normal que vous mouriez à la fin.» Nous parlons ici de Looking for Mister Goodbar (1977) de Richard Brooks. »

JUSTE LA FIN DU MONDE DE XAVIER DOLAN

09 affiche juste la fin du mondeAprès s'être distancé physiquement de sa famille pendant 12 ans tout en leur écrivant sans cesse des cartes postales comme s'il était toujours en vacances, Louis revient quelques heures auprès de sa mère « maquillée comme un travelo », sa sœur Suzanne, pâmée et paumée, son frère Antoine , que l'éclat de Louis a ombragé toute sa vie, et Catherine, l'épouse d'Antoine, la seule à comprendre la gravité de ce retour. Louis va mourir et il pense l'annoncer à sa famille. Telle est la trame du scénario de ce 6ème film de Xavier Dolan basé sur la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce.

Xavier Dolan a grandi avec le vidéo clip et la bande annonce; la facture de son cinéma en est tributaire. Il a développé l'utilisation d'une image à l'impact immédiat. La musique prédomine dans certaines scènes. Le montage accentue les sensations fortes . Il faut la grande maîtrise de Dolan pour faire émerger le non-dit, effectif, qui restera tu, bien que douloureux.

La première scène fait le focus sur l'oreille de Louis dans un avion. Il est celui qui entendra, et il y aura beaucoup à entendre, celui qui entendra mais ne parlera pas. Le film déferle en une succession de gros plans brefs et une série de cris émis par des histrioniques incontrôlables. Et insupportables. Ces gens pénibles sont inextricablement liés, amoureux de l'oppression étouffante qu'ils s'infligent mutuellement. Mais, Louis, lui, était, et est toujours, le préféré, l'adulé. Il a fuit pour survivre à cet amour inhibant.

La parole devient presqu'un bruit de fond, une radio qu'on ne peut fermer, et, dans son excès, elle est inutile. Ce film est l'échec de la parole. Ce qui se dit est superflu, fatal, insuffisant, maladroit, blessant… jamais aidant. L'image, elle, est forte. Parfois, elle est même poétique :  la poussière qui jaillit du matelas où Louis a fait l'amour avec Pierre Jolicoeur, les mouvements de tissu, robe, couverture sur l'herbe, rideau à la fenêtre. Et dans la scène finale avec l'horloge d'où sort un véritable oiseau qui agonise en symbolisant Louis.

Dolan a misé sur le talent de ses interprètes au point où on plaindrait ces acteurs pris dans le carcan de ces incessantes crises de malades mentaux inquiétants. Leur pathologie est accentuée, grave, et il faut les fuir au plus vite. Nous retrouvons les insupportables de Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin (2008), les caractériels de Les petits mouchoirs  de Guillaume Canet (2010), ce procédé du réalisateur infligeant tout le poids sur les épaules des interprètes et cette même question : pourquoi encore montrer ça?

10 vincent cassel dans juste la fin du mondeMais, il faut le souligner, ce film est celui dont Vincent Cassel avait besoin pour nous rappeler qu'il n'est pas que l'acteur des personnages à la Mesrine. Il exprime sa rage de mal aimé, de négligé, jusqu'aux larmes. Lui qu'on a vu jusqu'à la saturation dans des rôles de brutes, de voyous, de bandits,  prouve que s'il peut être un dur, il est un dur au cœur tendre. L'intensité de sa sensibilité et de sa souffrance rappelle le talent de Richard Berri dans L'addition (Denis Amar, 1984) quand, lui aussi, était dans une rage jusqu'aux larmes en se confiant à son amoureuse dans le parloir de la prison.

On a compris, Dolan a fait sienne la déclaration d'André Gide : «  Familles, je vous hais ». Quel sera le prochain film de Xavier Dolan? Restera-t-il dans son thème de prédilection  l'échec de la communication verbale  dans une surcharge insistante d'effets appuyés? Bien qu'encensé, ce film est peut-être charnière dans sa filmographie , le dernier qu'on puisse accepter, et j'insiste, à cause de la performance de Vincent Cassel et à cause de quelques passages lyriques, le dernier qu'on puisse apprécier avant de trouver Dolan redondant.

Juste la fin du monde de Xavier Dolan a reçu le Prix du jury œcuménique et le Grand Prix au Festival de Cannes 2016.

Pour vous apaiser après cet éloge des relations dysfonctionnelles, vous pouvez voir, ou revoir, All is lost Seul en mer  dans lequel Robert Reford a incarné un de ses plus beaux rôles. Je sais que c'est à peine le 2ème film de J.C. Chandor et pourtant il mérite l'utilisation des mots chef d'œuvre. Ou vous pouvez voir, ou revoir, Être et avoir de Nicolas Philibert (2002) avec George Lopez, instituteur. La preuve qu'avec l'utilisation du langage en accord avec le réel, on peut soigner les êtres et favoriser les relations. Dans ce documentaire, le garçon pleure, lui aussi, mais en disant la vérité; et la vérité, c'est toujours quelque chose d'aidant.

FESTIVAL DU FILM BRÉSILIEN DE MONTRÉAL

11 Lucie Poirier et l'affiche Festival Film BrésilienLe FFBM se déroulera du 21 au 27 octobre 2016 au Cinéma du Parc à Montréal. En ouverture, le film Aquarius de Kleber Mendonça Filho (2016) avec des sous-titres anglais.

La programmation rassemble des films de fiction avec des sous-titres parfois en français, parfois en anglais, ainsi que deux documentaires, tous deux avec des sous-titres en français : Arpoador, plage et démocratie de Hamsa Wood et Helio Pitanga (2015) dont la projection sera suivie d'un concert avec Charlaine et le film Betinho, l'espoir funambule de Victor Lopes (2015). Betinho est le surnom de Herbert de Souza, un idéaliste qui s'était exilé pendant la dictature militaire et qui n'a eu de cesse de poursuivre une lutte contre l'injustice jusqu'à son décès en 1997. Ce film a reçu le Prix du public du meilleur documentaire au Festival de Rio 2015 et fut projeté au Festival du cinéma brésilien de Paris 2016.

Merci à Jean-François Vézina, qui a interrompu le récit de ses souvenirs du Festival de Cannes, pour prendre les photos au Cinéma du Parc.

 

 

 

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE :

La reine-garçon Mika Kaurismaki  2015
L'œil de l'astronome Stan Neumann 2012
5 X 2 François Ozon 2008
Hidden figures Les figures de l'ombre Theodore Melfi 2017
Agora Alejandro Amenabar 2009
The race for the double helix, Life story Mick Jackson 1987
India Song Marguerite Duras 1975
Le jardin oublié la vie et l'œuvre d'Alice Guy-Blaché Marquise Lepage 1995
Manhattan Woody Allen 1979
Écartée  Lawrence Coté-Collins 2016
Laurentie Mathieu Denis et Simon Lavoie 2011
Anne Trister Léa Pool 1986
Bully Larry Clark 2001
Autrui Micheline Lanctôt 2015
La tête de Normande St-Onge  Gilles Carle 1975
Redacted  Brian de Palma 2007
Mon ami Dino Jimmy Larouche 2016
Exhibition 2 Jean-François Davy  1978
Le papillon bleu  Léa Pool 2004
Angels and Insects de Phipip Haas 1995
Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été Lina Wertmuller 1974
La garçonne Jacqueline Audry 1957
La fiancée du pirate Nelly Kaplan 1969
Jeanne Dielman, 23 Quai du Commerce, 1080 Bruxelles Chantal Akerman  1975.
Looking for Mister Goodbar   Richard Brooks 1977
Juste la fin du monde Xavier Dolan 2016
Un conte de Noël Arnaud Desplechin 2008
Les petits mouchoirs Guillaume Canet 2010
L'addition Denis Amar 1984
All is lost Seul en mer  J.C. Chandor 2013
Être et avoir de Nicolas Philibert 2002
Aquarius Kleber Mendonça Filho 2016
Arpoador, plage et démocratie  Hamsa Wood et Helio Pitanga 2015
Betinho, l'espoir funambule de Victor Lopes 2015