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Chronique cinéma


Octobre 2017

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Le dernier Vice-roi des Indes, Gabriel et la montagne et le 46e FNC se succèdent dans cette chronique automnale.

EN ANALYSE : LE DERNIER VICE-ROI DES INDES

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La beauté se déploie dans le film Le dernier Vice-roi des Indes de Gurinder Chadha grâce à la bonté des personnages, l'exactitude des faits, l'élégance des costumes, la somptuosité des décors. L'habileté de la maîtrise scénaristique doit à l'imbrication de scènes émouvantes et impressionnantes avec les détails d'un idéal politique et les enjeux d'un amour impossible. L'alternance d'images d'archives et de scènes évocatrices contribue à l'élaboration du contexte historique avec authenticité pour rappeler les circonstances de l'indépendance de l'Inde et de la création du Pakistan. Les tractations officielles, les manigances cachées et les affrontements sanglants ont marqué l'événement. Entre moments de comédie et de tragédie, le film explique un des plus grands exodes de l'Histoire avec le déplacement de 14 millions de personnes parmi lesquelles un million mourront.

Le dernier Vice-roi des Indes ouvre avec l'exergue : « Toutes les civilisations sont construites aux dépens de civilisations asservies » et la vérité d'une réplique informant que la 2ème guerre mondiale  a abîmé les finances britanniques et qu'il faut donc se départir de l'inde. Alors, en 1947, arrivent dans les Indes Britanniques Lord Louis Mountbatten, sa femme Edwina et leur fille Pamela. Celui qui est le dernier Vice-roi des Indes est chargé d'une mission qu'il veut accomplir avec une équité qui restera son idéal malgré des empêchements. Lord Mountbatten est appelé Dickie et a « la faculté de s'entendre avec tout le monde ». Edwina est une personnalité d'exception : très riche, loin d'être frivole, elle se consacre avec vigueur à l'équité pour les populations. Après son aide aux soldats et aux prisonniers pendant la guerre. À son arrivée aux Indes, elle est offusquée par le fait que 92% de la population est illettrée et que la moitié des bébés meurent avant l'âge de 5 ans. Elle entreprend des changements dans la société en commençant par le palais impérial.

La précédente Vice-reine fait visiter l'endroit à la famille : 500 employés, 34 salons, salle de cinéma, 34 salles de réception …Rapidement, Edwina exige que désormais la moitié des invités soient indiens.

Je mentionnais l'introduction de moments cocasses : on apporte le poulet pour le chien , Edwina aperçoit la viande et s'en délecte trop contente de retrouver le goût du poulet d'avant le rationnement. Dickie fait découvrir aux Indiens l'utilisation de la fermeture Éclair, nouveauté vestimentaire qui facilite la rapidité de revêtir l'uniforme. La drôlerie devient ironie lorsque Nehru est présenté au Lord et qu'il déclare : « J'ai le plaisir d'être chez le Vice-roi et non dans ses geôles » Précédemment, au cours de sa vie, Nehru avait passé neuf ans en prison. (Éventuellement, il deviendra Premier ministre de l'Inde.)

La situation des Indes est un « sac de nœuds » qu'on a refilé à Dickie : la population se voue à diverses allégeances religieuses : les hindous, les musulmans et les sikhs. Nehru ne veut pas diviser l'Inde, Ganhi non plus, Jinnah, lui, veut la création du Pakistan puisque le quart de la population est musulmane. Or, il arrive que dans certaines régions les différences entre religions sont vécues pacifiquement. Toutefois, la dissension accentuée est exprimée par le couple Jeet et Aalia.

Le beau Jeet, hindou, a été policier avant d'être aide-valet. Son père a été tué par les Anglais. Jett a été le gardien du père de la belle Aalia, assistante de Pamela et de religion musulmane. Quand il était emprisonné, Jeet lisait Dickens au père d'Aalia. Les trois prennent plaisir à se retrouver. Jeet et Aalia croient pouvoir laisser leur amour grandir quand l'ancien fiancé d'Aalia, qu'on croyait mort, revient. Tout ce qui caractérise les grandes amours contrariées est réuni, de Roméo et Juliette on revient à Tristan et Yseult sans oublier ce qui a fait le dilemme déchirant du film Casablanca.

La progression des divers enjeux est imbriquée habilement, le sort des uns et des autres culminant simultanément. Lord Mountbatten se démène pour négocier pacifiquement mais déplore : « Les nouvelles nations naissent rarement dans la paix ».

Au Pendjab, des mariages interreligieux se faisaient mais, soudain, des musulmans brûlent des maisons des hindous. À Bombay, des émeutes sont sanglantes. Edwina favorise que les familles des employés les rejoignent au palais et elle les accueille.

Afin de montrer que les adeptes d'une religion ne sont pas plus responsables des tueries que ceux d'une autre, la réalisatrice Gurinder Chadha a représenté les conflits par des disputes entre les employés du palais : tous portent le même costume, ceux qui se frappent restent indiscernables malgré la dissension qui les pousse à la violence. Elle s'est prononcée sur cette représentation : « Je n'aime pas la violence physique au cinéma…l'émeute dans l'espace des domestiques, j'ai cherché à rendre la scène plus abstraite en utilisant par exemple des costumes indifférenciés, si bien qu'on avait du mal à distinguer les assaillants des agressés ». Ceux qui se fréquentaient sans animosité auparavant deviennent brusquement ennemis.

Lord Mountbatten se rend en Grande-Bretagne et découvre que la répartition était prévue depuis longtemps, avait même été soumise à Jinnah,  il comprend l'obstination de celui-ci qui ne cessera de vouloir plus malgré l'obtention de son Pakistan. Dickie reste amer en constatant qu'il a été un pion et que ce plan qu'il n'a pas complètement voulu sera pourtant appelé le Plan Mountbatten. Pour Churchill, la répartition devait tenir compte du Golfe,  de l'accès au pétrole. Dickie a négocié en voulant protéger l'Inde et l'Inde est en pièces. Il va porter l'odieux de la situation, il sera responsabilisé pour le carnage.

La date de la répartition est avancée pour satisfaire les astrologues et parce que Mountbatten veut éviter une guerre civile. À minuit, dans la nuit du 14 au 15 août, la répartition devient officielle, les exodes et les tueries s'accentuent.

Jeet et Aalia sont séparés. Elle prend le train vers Lahore avec son père. Le train est attaqué, tout le monde est tué.

Au palais, on sépare les biens : qui aura les cuillers, les instruments de musique, la vaisselle, le ridicule est atteint quand on veut diviser les volumes de l'encyclopédie. Sir Radcliffe se retrouve à la commission de bornage; il refusera d'être payé tellement il désapprouve le rapport qu'il remet à Lord Mountbatten, il s'agit d'une vivisection qui encore aujourd'hui reste une blessure irrémédiable.

Des femmes se jettent dans des puits pour n'être pas violées, des populations se départissent de tous leurs biens, on se croise sur les routes en tentant d'atteindre le lieu qui correspond à l'allégeance religieuse, dans les camps, la variole et le choléra déciment les déplacés. Il fait 45 degrés à l'ombre.

Le palais est renommé Palais Gouvernemental. Alors, parmi la foule, une femme demande qu'on soigne sa fille. Elle l'a recueillie sur la route, son père l'avait lancée d'un train pour qu'elle se soit pas tuée quand le train était attaqué et elle la considère comme sa fille. On reconnait Aalia qui entend la voix de Jeet montant dans un camion. Alors, elle se traîne sur le sol, se dirige vers celui qui dirige la foule avec un micro. Elle tire le fil pour amener à elle le micro et appeler son amoureux alors que le camion démarre et… Je ne vais quand même pas vous révéler la fin.

Pendant le générique, des photos nous révèlent que la réalisatrice, était personnellement concernée par cette période de l'Histoire puisque sa grand-mère a été recherchée par son mari pendant des années après le déplacement.

À remarquer :

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Au début du film, un plan en contre plongée nous montre les chandeliers du palais vus d'en faut; il s'accorde avec le renversement des points de vue qui seront développés dans le film.

Gurinder Chadha, Moira Buffini et Paul Mayeda Berges ont assumé la rédaction du scénario. Deux livres ont été consultés pour l'élaboration du scénario : le célèbre Cette nuit la liberté de Lapierre et Collins et The Shadow of the Great Game : the untold story of India's Partition de Narendra Singh Sariala. De plus, Lady Pamela, la fille d'Edwina et de Dickie, a contribué au film en tant que consultante. Dans une émission de la BBC Radio, Gurinder Chadha a aussi déclaré s'est inspirée de documents secrets découverts à la British Library.

Hugh Bonneville, transfuge de Dowton Abbey, reste dans les désignations domiciliaires puisque le titre original du film est Viceroy's House. Il donne au personnage de Lord Mountbatten son essentielle aura d'empathie. Gillian Anderson confère à Edwina une dignité, une élégance et une générosité en accord avec la personnalité hors norme qu'était la riche héritière dévouée aux causes humanitaires jusqu'à se retrouver loin de tout lors de ses expéditions. Manish Dayal et Huma Qureshi ajoutent leur talent à leur beauté pour incarner le mythique couple d'amoureux.

La distribution de la paie pour le film était sous la responsabilité de la compagnie de services financiers : moneypenny (comme le personnage dans James Bond).

Sur la photo ci-jointe, vous apercevez la réalisatrice dirigeant une scène en extérieur; la caméra est suspendue et déplacée sur un rail afin de filmer un traveling.

D'autres parts, l'avant-dernier Vice-roi des Indes, celui-là même qui précéda Lord Mountmatten et qui, dans le film, l'accueille à son arrivée, était le maréchal Lord Wawell. Il faut bien cumuler des expériences de journaliste et de poétesse pour vous mentionner que ce Lord s'est distingué au point d'être remarqué par la Princesse Bibesco;  dans son livre Où tombe la foudre , elle écrivait: « Dites-moi où, en quel pays, sinon en Angleterre, on trouvera un chef de guerre avouant que la poésie est le refuge suprême de l'esprit blessé ».  En effet, ce Lord avait fait publier un recueil de poésie pour les soldats; inspiré part Montaigne, Lord Wawel avait intitulé son anthologie de poésie anglaise : Other Men's flowers.

Le film Le dernier Vice-roi des Indes de Gurinder Chadha est grandiose et instructif. Surtout, il nous prouve que le temps passe et que les humains n'apprennent pas de leurs erreurs, ils les répètent.

Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa

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Le cinéaste brésilien Fellipe Barbosa sera au Québec pour des projections de son deuxième  film de fiction Gabriel e a montanha. Dans ce film, le personnage principal, Gabriel Buchmann, avant de se consacrer à ses études universitaires, entreprend un voyage international. Après 10 mois de découvertes, il  veut gravir le Mont Mulanje au Malawi.

Mettant en vedette Joao Pedro Zappa et Caroline Abras, le film réunit des dialogues en plusieurs langues : français, anglais, portugais, swahili, chichewa.  Il s'agit d'une coproduction France, avec Arte France Cinéma, et Brésil, avec Canal Brasil. Chantale Pagé a planifié la diffusion du film au Québec.

Donc, au Québec (Canada), dès le 20 octobre, le film Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa sera projeté en version originale avec des sous-titres français au Cinéma Beaubien (Montréal), au Cinéma Le Clap (Québec), à La Maison du cinéma (Sherbrooke), au Cinéma Le Tapis rouge (Trois-Rivières), au Cinéma Pine (Ste-Adèle), et en version originale avec des sous-titres anglais au Cineplex Forum (Montréal).

LE 46e FESTIVAL DU NOUVEAU CINÉMA

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Du 4 au 15 octobre 2017, à Montréal (Québec, Canada) se tiendra la 46e édition du FNC.  Des ciné-concerts, des soirées entrée libre, des projections de courts et de longs métrages, des invités et des remises de prix sont à l'agenda. Au Canada, le FNC est le seul festival avec une compétition d'œuvres en réalité virtuelle.

Denis Côté sera présent pour la projection de son plus récent film, un documentaire hybride : Ta peau si lisse. De plus, le réalisateur a programmé deux longs métrages et quatre courts métrages sur le thème du corps : Pumping Iron 2 : the women de George Butler sur le culturisme au féminin et Les aventures d'Hercule de Luigi Cozz avec le culturiste Lou Ferrigno; aussi Firewoks de Kenneth Anger, Herakles de Werner Herzog, Exquisite corpus de Peter Tscherkassky et un film montréalais en noir et blanc, tourné dans ce qu'on appelait Le Forum, La Lutte de Michel Brault, Marcel Carrière, Claude Jutra et Claude Fournier. L'équipe a capté l'ambiance du mercredi soir alors que la classe ouvrière s'offrait le divertissement d'une soirée de lutte.

Sont aussi programmées les projections des films réalisés par des cinéastes de la relève : Ashley McKenzie avec son  long métrage Werewolf, Ina Mihalache, connue pour ses vidéos sur YouTube avec son premier long métrage Solange et les vivants,  Jean-Guillaume Bastien  et son court métrage Ruby pleine de marde (je ne suis pas responsable des titres de films programmés), Raphaël Ouellet avec son court métrage intitulé Tout simplement, la comédienne et réalisatrice Sarianne Cormier avec  un de ses films et Vincent Biron avec son film PRANK.

Films traités dans cette chronique :

Le dernier Vice-roi des Indes de Gurinder Chadha 2017 durée 1h 46 min.
Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa 2017 durée 1h 43 min.

Livres cités dans cette chronique :

Freedom at Midnight Cette nuit la liberté  de Larry Collins et Dominique Lapierre 1975
The Shadow of the Great Game : the untold story of India's Partition de Narendra Singh Sarila Paperback de Harper Collins 2009
Où tombe la foudre  de la Princesse Bibesco Grasset 1976