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Chronique cinéma
septembre 2009

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

En entrevue

Dans l'idéal d'offrir à chaque année une programmation de qualité, mesdames Danielle Cauchard, directrice générale du FFM, le Festival des Films du Monde, qui se poursuit jusqu'au 7 septembre, et Geneviève Royer, directrice générale de Cinémania, dont la 15e édition se déroulera du 5 au 15 novembre, ont répondu à mes questions sur les différents procédés de tournage et de projection.

J'ai demandé à Madame Cauchard ce qu'elle observe de l'influence des nouvelles technologies en cinéma. «Le numérique change l'ensemble par la souplesse d'utilisation et le fait que c'est moins cher. L'équipement est plus léger et il y a moins de censure. Les gens filmés oublient qu'il y a une caméra et ont une plus grande spontanéité. La vérité sort de là.»

Pour Madame Royer, il importe de maintenir l'expérience commune du visionnement des films en 35mm dans une grande salle, ce qui procure une alternative au cinéma d'IPod, dans le rayonnement des films de la francophonie. «Avec foi, passion, dans un geste d'amour, nous voulons donner accès aux belles copies, aux dialogues en français, comme dans un ciné-club, en présentant autant du cinéma d'auteur que des succès. Il n'y a pas de projections simultanées, dans une succession, nos films sont présentés 2 fois.» Il est donc possible d'assister à l'ensemble de la programmation et les cinéphiles qui le font se voient remettre un t-shirt.

En analyse

Après les projections estivales dont celles d' Everlasting moments de Jan Troell, captation grandiose de l'infime chargé d'humanité aussi fugace que pérenne rappelant l'existence d'une mère battue qui, sans changer son destin, embellit la vie grâce à ses photos affirmant la valeur d'un instant, cet automne, deux cinéastes québécoises, avec leur premier long-métrage respectif, prouvent leur envergure lors de tournages et leur audace dans la charge thématique.

 

 

 

BANDES ANNONCES

Pour les panoramiques des séquences aériennes de Les pieds dans le vide, Mariloup Wolfe manifeste une grande maîtrise de la caméra avec des angles de prises de vue variés et originaux rappelant les innovations de cadrage et de montage de Leni Riefenstahl (Les dieux du stade, 1936); ses parachutistes romantiques s'envolent vers le ciel (et non du ciel) et vivent une alternance de sensations fortes et de sentiments complexes à travers les coups bas de ces adeptes des hauteurs. Guillaume Lemay-Thivierge, intense dans ses regards et ses silences, relaie le scénario de Vincent Bolduc. La solidarité et le partage dans la scène du «base-jump» nous fait retrouver la planification et l'enthousiasme de Man on a wire (James Marsh, 2008). Wolfe exprime la profondeur de la tragédie dans l'instant ténu des regards échangés par les deux conducteurs, Raf en moto et Charles en auto, quand s'imbriquent la mort de la mère et la grossesse de la fille. En définitive, dans son rythme basé sur des plans brefs et avec ses personnages tiraillés par des enjeux relationnels, le film demande : qu'est-ce qui est le plus dangereux : la circonstance ou la façon de la vivre?

En s'attaquant à un des derniers tabous sociaux (une femme plus âgée que son amoureux) et cinématographiques (50% des acteurs ont plus de 35 ans pour seulement 8% des actrices), Sophie Lorain dans Les grandes chaleurs présente Gisèle, une travailleuse sociale de 52 ans, que ne cesse de relancer Yannick, un jeune délinquant de 19 ans. La réalisatrice réunit la métaphore visuelle dans la récurrence de la scène du baiser en auto et le choc ponctuel de révélations telles que l'identité de la maîtresse du défunt mari de Gisèle. Son rythme anecdotique s'appuie sur le symbolisme (le jonc dans le caniveau) et la minutie (la rouille de l'auto). Le travelling saccadé du trajet en vélo quand Yannick, en habit, transporte une abondance de fleurs dans son sac à dos, confère à cette scène le pouvoir de l'image poétique. Dans son scénario, Michel Marc Bouchard démontre que la légèreté et la cocasserie peuvent côtoyer la méchanceté et la cruauté davantage exprimées envers les femmes (la scène du party). Le film Les grandes chaleurs souffle un vent de fraîcheur quand le beau kleptomane déclare à sa belle quinquagénaire (sans lifting) : «Je voulais juste te voler à ta petite vie plate».

Fidèle à sa thématique écologique à travers des personnages féminins dont la force est déterminante, Hayao Miyazaki a créé le film d'animation Ponyo sur la falaise en montrant la gravité de la pollution. «Le cycle de l'humanité destructrice prendra fin» grâce à Ponyo, poisson devenue fillette courant sur les vagues, et à Sôsuke, gamin de 5 ans, qui seul peut sauver le monde par son amour inconditionnel pour Ponyo symbolisant la sauvegarde de la nature. Puisque «le malheur plane sur nos têtes», le message de Miyazaki s'adresse à tous, individus et industries, adultes et enfants, dans l'espoir d'une réconciliation nécessaire avec l'environnement menacé.

En souvenir

Marcel Carné a été pour Arletty ce que John Cassavetes a été pour Gena Rowlands et Claude Sautet pour Romy Schneider : le réalisateur qui donne à une actrice l'occasion d'exceller. En l'amenant à interpréter des personnages totalement différents, de la prolixe prostituée à l'épouse laconique, en passant par l'androgyne fille du diable et l'amoureuse qui se sacrifie, Carné a favorisé l'actualisation du talent de l'interprète qui a le plus contribué à sa renommée de cinéaste. Dans Les enfants du paradis (1945), désigné meilleur film de tous les temps par un ensemble de critiques en 1995, Arletty, jouant Garance, apporte au texte de Jacques Prévert un charme intemporel lorsque, sublime d'éloquence et de dignité, elle déclare : «Je suis comme je suis. J'aime à plaire à qui me plaît. C'est tout. Et quand j'ai envie de dire oui, je ne sais pas dire non.»