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Chronique cinéma
Septembre 2012

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

L'été nous a fait profiter de beaux films : Liverpool, Des gens comme nous, Cloclo, Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne, Les adieux à la reine, avant la succession des Festivals automnaux que le FFM amorce. En entrevue, je me suis entretenue avec Gilles Bériault, directeur du Marché du Film du FFM. Une citation de Robert Hossein, le beau balafré Geoffrey de Peyrac dans quatre des films de la série Angélique, termine la chronique avec la section En souvenir.

EN ENTREVUE

Le FFM, le Festival des Films du Monde, a tenu sa 36e édition entre le 23 août et le 3 septembre 2012. Ce festival doit sa renommée à la qualité des œuvres projetées, au fait qu'il est couru par des cinéphiles, à l'occasion de rencontrer des réalisateurs, des acteurs, qui assistent aux projections avec le public, aux périodes d'échanges entre artisans et spectateurs dans la salle même après la projection. Tous ces aspects sont indissociables de ce Festival pour en faire un événement aimé des artistes et du public.

Or, le FFM recèle une autre composante qui ajoute à son unicité : le Marché du Film. Je me suis entretenue avec Gilles Bériault, directeur du Marché du Film.

Cliquez ici pour entendre l'interview avec
Gilles Bériault

Il a rappelé que le Marché existe depuis 35 ans. Cette activité importante du festival a plusieurs fonctions : elle permet aux représentants d'ici d'avoir accès au plus grand nombre de contacts, de s'entretenir avec d'autres qui ont des projets, d'approcher des grandes compagnies. Une réciprocité est aussi favorisée car des représentants d'autres milieux cinématographiques viennent chercher des occasions de diffuser leurs œuvres.

Des cocktails permettent des rencontres, facilitent le réseautage, accentuent l'abord immédiat des gens; des ateliers, des panels, des formations sont données par des spécialistes reconnus mondialement.

L'incontournable FFM s'affirme toujours comme la célébration du cinéma en tant que 7e art

EN ANALYSE

Liverpool

Enfin un film québécois parfait! Liverpool de Manon Briand équilibre amour nouveau, conscience planétaire, suspense enlevant, scénario intelligent, interprétation talentueuse, réalisation maîtrisée, résultat éblouissant.

Émilie, la fille du vestiaire au bar branché Liverpool, observe les gens « surtout quand ils savent pas qu'on les regarde ». Elle a remarqué un beau garçon, Thomas, qui voudrait être journaliste et qui lui aussi pense à elle. Mais les choses se compliquent rapidement car Émilie choisit de s'impliquer dans une histoire mêlant une double usurpation d'identité auprès d'un géniteur voulant retrouver sa fille, l'activité rémunérée de Thomas qui rédige de faux commentaires d'appréciation pour des commerçants, des complots liés à la récupération de composantes d'ordinateurs, et un grand rassemblement grâce aux réseaux sociaux.

Dans un lyrisme politico-social, se succèdent Moris, le python géant, la beauté d'une manifestation avec des Elvis et des pompom girls, l'abjection des attributions de subventions gouvernementales imméritées ou gaspillées, Jack Kérouac, le chat d'Émilie, des images d'exportation de déchets électroniques vers des pays où personne ne vit plus de 35 ans et on entend une phrase exceptionnelle « Y'a pas juste le profit dans la vie; surtout de la manière que c'est fait » ainsi qu'un aveu attendrissant : « J'te trouvais beau pis doux. J'avais envie de t'embrasser. J'aurais voulu être ta blonde »..

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Angélique Marquise des Anges Bernard Borderie, 1964
  • Angélique et le Roy Bernard Borderie, 1966
  • Indomptable Angélique Bernard Borderie, 1967
  • Angélique et le sultan Bernard Borderie, 1968
  • Billy Eliott Stephen Daldry, 2000
  • Heavenly Creatures Peter Jackson, 1994
  • Le Temple du Soleil, Prisoners of the Sun Peter Jackson, sortie prévue en 2014
  • Des hommes et des dieux Xavier Beauvois, 2010
  • Le prince au masque rouge Vittorio Cottafavi, 1953

Des thèmes actuels traités avec discernement (incluant des archives de Greenpeace), des scènes inventives (celle de la danse dans le resto est pleine de charme) et surtout des dénouements (car les intrigues s'entremêlent) qui émerveillent après des moments d'anthologies (dont la scène où Émilie traine Thomas dans une coupole de captation au milieu d'un dépotoir) s'unissent à la fraîcheur de ces jeunes comédiens dans une histoire de couple qui se développe avec une progression rarement montrée au cinéma pour aboutir, après des originalités, à une finale souhaitée, classique, archétypale, qui fait rêver depuis toujours : le premier baiser d'amour.

Des gens comme nous

Des gens comme nous d'Alex Kurtzman réunit une progression vers des choix matures et une frénésie de dérives insouciantes. Sam, un jeune homme qui dit faire du troc et qui se retrouve à genoux dans un stationnement, découvre à la mort de son père qu'il a une demi-sœur Frankie. Chargé de remettre l'héritage de 150,000$ qui revient à Frankie et à son fils Josh (interprété remarquablement avec un naturel attachant par le jeune Michael Hall D'Addario) Sam préfère s'immiscer dans leur vie afin de les connaître.

Le film comporte 18 chansons dont l'utilisation rappelle que le père était producteur de disques. Or, ce père fiable était invisible. Pour cause, il avait une double vie jusqu'au jour où, Lillian, la mère de Sam, s'est affirmée : « C'est moi qui l'ai forcé à choisir et c'est nous qu'il a choisis ».

Certes, son mari est revenu près d'elle et de leur fils mais elle aussi est restée près de lui jusqu'à la fin; Lillian changeait les poches abdominales de son mari pendant sa léthargie.

Puis, quand Lillian est opérée, Sam est près d'elle et lui déclare : « C'est ici que je dois être ». Sa mère lui exprime la douleur ressentie quand elle avait découvert l'infidélité de son mari : « Aimer quelqu'un et après te rendre compte que tu ne lui suffis pas ».

Le film alterne des dialogues profonds et des phrases vides. Peu à peu, Sam gagne en maturité. Son refus de l'attachement et du sens des responsabilités se module en implication affective et en décisions altruistes.

Quand Frankie sait qu'il est son demi-frère, après qu'il lui ait caché son identité, elle lui demande : « Comment veux-tu que je te fasse confiance ». Sam lui répond une des plus belles phrases des dialogues : « Parce qu'on est de la famille et que la famille, ça fait des erreurs ». Au-delà de ces erreurs, avec elles, la relation se transforme comme les êtres évoluent.

Omerta

Le cinéma estival avait de quoi nous impressionner. Certes, il faut exclure Omerta, méga-succès, micro-scénario, avec sa scène cheap de strip-tease, ses bandits stéréotypés, qui prouvent que Luc Dionne connaît la fonction copier-coller. Pourquoi toujours faire de plagiats ringards des vieilles vues de gangsters? Pourquoi favoriser l'idéalisation des personnages violents, empirer la perte des valeurs humanistes, accentuer la dégradation des possibilités d'entraide, de politesse, de bienveillance? Décidément, Omerta n'est pas le genre de films qui plaît aux êtres rares avec des idéaux d'érudition, de partage, d'affection, de ces idéaux qui contribuent à l'amélioration plutôt qu'à la dégradation.

Cloclo

La volonté d'exceller déterminait Claude François. Cent fois sur le métier, il remettait son ouvrage. Il travaillait ses chansons, ses chorégraphies, ses costumes, tout, et plus encore. Ainsi que l'a fait Jérémie Renier pour interpréter le premier rôle de Cloclo. Le film biographique a été écrit et réalisé par Florent Emilio Siri avec la collaboration de Julien Rappeneau au scénario.

L'acteur Jérémie Renier a trouvé dans ce rôle l'occasion de performer et de prouver l'ampleur de son talent. Il est impeccable. Rarement, un acteur a-t-il la possibilité de déployer son potentiel au service d'un scénario aussi pertinent et d'un personnage aussi intéressant. Au contraire des soulons déifiés (Serge Gainsbourg) et des drogués surdimensionnés (Gerry Boulet) auxquels des films biographiques sont consacrés, Claude François se révèle un obsédé du travail. Renier a donc suivi un entraînement intensif le menant, ainsi que l'idole , à danser et chanter sans arrêt pendant des heures.

Le chanteur Claude François, né en Algérie, a gardé de son père l'habitude de poser des ultimatums et de sa mère celle des compulsions. Il ne se remettra jamais des bouleversements qui les jetèrent à la rue sa famille et lui; en cousant de l'argent dans une doublure de vêtements, il disait : « Dans la vie, tout peut être remis en question du jour au lendemain ».

Il arrivait toujours impeccable à ses rendez-vous d'affaires en plus d'offrir des chocolats. Il a eu une relation amoureuse avec la chanteuse France Gall qui fut la première de celles qui couchaient à même le sol devant sa porte.

Vedette adulée, il ne s'aimait pas lui-même, au point de n'avoir pas voulu parler à Frank Sinatra qui avait repris sa chanson Comme d'habitude en la titrant My way. Aux États-Unis, le film sera distribué avec le titre My way. Il faut mentionner que Claude François avait identifié Sinatra comme un substitut de figure paternelle dont il recherchait l'approbation. Sa mère était une joueuse compulsive qui l'a plus d'une fois dépossédé. Il a fondé une maison d'édition musicale(Les disques Flèches), la revue Podium pour les jeunes, la revue Absolue, dite « pour hommes », pour laquelle il prenait les photos, une agence de mannequins. Pourtant, il devait recevoir son argent de poche de son gérant car il avait à restreindre son budget.

C'est d'ailleurs quand il était poursuivi pour fraude fiscale qu'il a fait la chanson « Le mal-aimé » et quand son fils Marc, qu'il avait caché, a été connu, il a enregistré le succès « Le téléphone pleure »; il savait rebondir et faire feu de tout bois. Le film montre aussi que, à l'instar de toute personne talentueuse, adulée, enviable, il était détesté, calomnié, harcelé, par jalousie.

30 ans après le décès de Claude François, le film Cloclo, fidèle aux faits biographiques, nous laisse l'impression d'un artiste méritoire toujours sur sa lancée.

Les aventures de Tintin : Le secret de la Licorne

Steven Spielberg nous en faisait rêver depuis longtemps quand est arrivée la première partie de son adaptation Les aventures de Tintin : Le secret de la Licorne.

L'acteur et danseur Jamie Bell (devenu célèbre avec le film Billy Eliott) confère à son interprétation une grande agilité, une ampleur dans la gestuelle, une vivacité de réactions physiques; il fait même une pirouette entre deux répliques. Le film est tributaire de la captation de mouvements; un acteur bouge avec des capteurs de mouvements devant un écran vert et l'image du personnage est ajoutée pour fusionner l'ensemble, ce que l'on appelle donc des images de synthèse. Plus d'un an a aussi été nécessaire au réalisateur Peter Jackson pour aboutir les effets spéciaux. Jackson a prouvé déjà la profusion de son talent imaginatif avec Heavenly Creatures.

Les détails sont fignolés au point de donner un réalisme fascinant : le vent dans la houppe rousse de Tintin, la sueur qui sillonne les visages poussiéreux de Tintin et du Capitaine Haddock dans le désert, la chandelle sur le crâne dans le dortoir des marins.

Milou prend une part plus active que dans les albums avec une grande intrépidité. La Castafiore participe elle aussi à l'aventure et le Capitaine est ébloui par son arrivée. Hergé lui-même a droit à une scène en dessinant Tintin dans un square d'artistes et de vendeurs avant que le jeune héros fasse l'acquisition d'une des trois reproductions du fameux navire La Licorne.

La scène avec l'haleine élitique du Capitaine est préparée, Tintin réagit en sentant le Capitaine. Dans l'avion en panne d'essence, l'explication est aussitôt compréhensible : l'avion va continuer à fonctionner grâce aux vapeurs émanant de la bouche du Capitaine près du réservoir.

Spielberg a su respecter la facture graphique de l'atmosphère des albums. Il s'était engagé à ne pas marquer l'image avec des signes contemporains tels que des cellulaires. Tintin circule donc avec son célèbre pantalon de golf, coupé sous les genoux.

Cette première partie de ce qui devrait être une trilogie est une réussite qui attise l'envie de voir la suite prévue pour 2014 : Le Temple du Soleil, Prisoners of the Sun.

Les adieux à la reine

Qui est le plus cruel? Le riche qui accable le pauvre ou le pauvre qui s'acharne contre un autre pauvre?

La Révolution Française a éclaté après des siècles d'oppression en giclures ensanglantées, en têtes tranchées et en terreur généralisée. Les injustices ont remplacé l'Injustice monarchique. Mais, après un Louis XIV abusif, un Louis XV qui s'est délesté de la gestion du pouvoir entre les mains de Mme de Pompadour, Louis XVI était un pacifiste qui ne faisait peur à personne. C'était le bon moment pour que le peuple se soulève enfin et inflige une vengeance mal dirigée. Madame Rolland a été guillotinée après sa célèbre déclaration : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ». Marie-Antoinette, que l'on disait frivole, s'instruisait auprès des grands auteurs au point où c'est elle qui a écrit le Discours pour l'assemblée du 17 juillet 1789 ainsi que le relate le film Les adieux à la Reine de Benoît Jacquot d'après le roman de Chantal Thomas.

Sidonie Laborde est la lectrice de la Reine qu'elle adule dans un dévouement qui la mènera à l'abnégation. Quand la Révolution gronde, elle constate : « L'idée de ne plus la voir m'est insupportable ».

« Le peuple est une matière inflammable » et circule une liste de 286 têtes qu'il faut couper. Le parcours de Sidonie louvoyant entre les inquiets dans le corridor de Versailles est filmé par une caméra derrière elle. L'affiche aussi nous la montre de dos. Les spectateurs accompagnent Sidonie pour voir ce qu'elle voit et les procédés de disposition de la caméra en rendent compte.

Le Roi décide de rester à Versailles « il est l'otage de l'insurrection » alors qu'il considère : « Le pouvoir est une malédiction Vous connaissez, Madame, mon dégoût de la violence ».

Des faits sont exacts dont cette délation concernant le nécessaire de voyage dit de Marie-Antoinette; la Reine, en prévision d'une fuite, avait fait parvenir le coffret en acajou veiné à sa sœur et avait commandé la fabrication d'une copie mais une femme de chambre divulgua le stratagème.

La plupart des scènes se déroulent dans les appartements conférant une atmosphère claustrale. La lumière feutrée a succédé aux fastes lumineux d'autrefois. Peu d'acteurs dans cette reconstitution mais l'imposante influence du peuple révolté est manifeste. L'exhibition de la nudité féminine n'apporte rien au sujet mais Benoît Jacquot y recours comme à une ultime tentative pour attirer un public que des sujets intimistes ou sérieux, historiques ou minutieux, peuvent rebuter. Ce procédé racoleur n'est pas à son honneur. Dommage car, par ailleurs, il a su transmettre une mélancolie détaillée qui nous permet d'aborder ce que furent ces instants graves d'après ce qu'ils imposaient aux êtres loin d'une foule qui allait sous peu les happer.

Xavier Beauvois interprète Louis XVI. Cet acteur est aussi réalisateur, il nous a donné le magnifique Des hommes et des Dieux (voir mon analyse dans la chronique de décembre 2010). Diane Kruger a joué Marie-Antoinette quand elle avait le même âge que la Reine lors des funestes événements; elle a succédé, entre autres, à Renée Saint-Cyr, qui avait interprété magistralement le rôle, avec des émotions retenues mais perceptibles, dans Le prince au masque rouge (Vittorio Cottafavi, 1953). Au cinéma, moult actrices ont incarné la Reine, dont le parfum de jasmin embaumant ses cheveux avait révélé la présence auprès du cocher qui l'amenait avec le Roi lors d'une tentative de fuite. Au théâtre, encore, la Reine au teint de rose, qui composait des berceuses pour ses enfants, a été incarnée. L'acteur, réalisateur et metteur en scène, Robert Hossein, en 1993, au Palais des Sports de Paris, a créé le grand spectacle interactif, où le public devenait jury : Je m'appelais Marie-Antoinette.

EN SOUVENIR

D'ailleurs, dans son livre Nomade sans tribu (Fayard, 1981) le beau Robert Hossein exprime son amour du cinéma : « le rêve, tu imagines, un film qui durerait un an…Moi, au cinoche, j'y vais pour monter en croupe derrière le héros, ou dans la nacelle du ballon de ce vieux Jules Verne, comprenez-vous? J'ai beau avoir vu des kilomètres de péloche, avoir tourné et fait tourner des dizaines de films, connaître comme ma poche toutes les ficelles, tous les trucs du métier, les plus éculés, les plus ringards, avoir arpenté les plateaux du monde entier : ça ne fait rien, papa, ça marche. J'ai toujours dix ans dès que s'éteignent les lumières de la salle. »