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Chronique cinéma
Septembre 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Je suis Femen Le Gang des hors-la-loi Welcome in New-York Yves Saint-Laurent. L'été 2014 a été chaud, un record de 1880 a été atteint. Le cinéma vient au secours des esprits échauffés par le capitalisme ou l'indignation. La chaleur anime différemment les gens. Cet été se sont répandues: la chaleur des Brésiliens pendant le soccer, pendant les manifestations contre l'absence de réponse aux besoins de base de la population, la chaleur des Montréalais grâce au feu allumé par des employés municipaux devant l'hôtel de ville, grâce à l'ahurissement en sachant qu'un jeune qui a manifesté en marchant pacifiquement dans la rue a été arrêté par un policier du SPVM dont des membres vandalisent des véhicules de transports pour manifester à leur façon, la chaleur des corridas sanglantes en Espagne, la chaleur de la colère du peuple découvrant que le gouvernement espagnol donne 7 milliards pour aider une banque privée, la chaleur des décombres après l'explosion d'un avion près de l'Ukraine où une artiste militante a co-fondé un groupe féministe. Les féministes restent des humiliées; pendant qu'on admire les noirs qui sont activistes, donc qui revendiquent leurs droits et dénoncent les injustices dont ils sont victimes, les femmes qui en font autant sont dénigrées, persécutées, discréditées.

EN ANALYSE

Je suis Femen

Le réalisateur suisse Alain Margot a consacré son documentaire Je suis Femen à Oxana Shachko. En Ukraine, comme ailleurs, on punit qui pense. Le pays est dévasté par un pouvoir sans opposition, sans femme ministre depuis les vingt ans de l'indépendance.(Au Québec, il n'y a eu qu'une seule femme première ministre et le soir-même de son élection elle était victime d'une tentative d'assassinat.)

La mère d'Oxana, ses amis d'enfance ou de manifestation témoignent de leur admiration, de leur affection et de leur peur. «Je ne veux pas qu'elle souffre pour des idées» s'inquiète sa mère qui la compare à Jeanne D'Arc. Les jeunes filles du groupe Femen ont manifesté pendant deux ans avant de protester les seins nus. Et de constater que les médias couvraient leurs actions à mesure qu'elles découvraient leur corps.

Dans le documentaire, une femme de 80 ans pleure en s'inquiétant elle aussi pour les jeunes pendant qu'une autre femme âgée s'indigne du comportement des policiers: «Pourchasser des filles! Vous êtes forts!»

Les membres du groupe Femen s'insurgent contre le fait que la ville est devenue angoissante et dangereuse, que la corruption des idées par le capitalisme empire, que le système masculin est contre l'humain. Elles utilisent la nudité en portant des masques pour incarner des animaux ensanglantés, pour réclamer l'emprisonnement d'hommes qui ont violé, démembré une fille de 18 ans, d'autres qui ont brûlé vivre une jeune femme, pour appuyer les Pussy Riots, pour dénoncer Poutine, la fermeture d'une école afin que soit construit un bordel.

Oxana s'adresse à la caméra, elle ne fait pas semblant d'ignorer sa présence comme une vedette de télé-réalité. Ses actions d'idéaliste s'ajoutent à ses créations d'artiste, elle est une iconographe talentueuse. Mais, ses actions impliquent des risques et des conséquences : Oxana est fréquemment emprisonnée, un homme a coupé ses longs cheveux avec un couteau, elle a disparu pendant deux jours, trois procès la concernent, elle a dû fuir l'Ukraine et a demandé l'asile politique en France, son site a été piraté avec la menace que les femmes auront les seins coupés. Anna Hutsol et Victor Vyatski ont été battus par les services secrets, le documentaire montre leurs visages tuméfiés. Même le réalisateur a été menacé, soumis à des contrôles d'identité, harcelés par les services dits secrets, qui, décidément, n'ont pas la discrétion d'Oxana; en effet, si elle expose ses revendications et publicise ses actions, elle reste secrète sur elle-même et sur sa vie.

À remarquer: jamais, elles, elles ne dégradent des biens ou des lieux. L'exception a été le sciage d'une croix orthodoxe par Inna Shevchenko après l'arrestation des Pussy Riots. C'est grâce au mouvement Femen que le monde s'est intéressé à la réalité de de l'Ukraine. Des militantes commencent des interventions dans d'autres pays. Ces femmes protestent contre la corruption et le patriarcat, réclament l'égalité, la liberté de disposer de leur corps et de leur sexe.

Le film Je suis Femen d'Alain Margot sait alterner des moments d'intimité, de sincérité, de confidences et des images d'archives, de captation d'événement pour nous sensibiliser aux motivations égalitaires d'un groupe reconnu pour son sensationnalisme alors que ces jeunes femmes insufflent un renouveau indispensable aux revendications féministes et anticapitalistes.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE:

  • Je suis Femen Alain Margot
  • Le gang des hors-la-loi Jean Beaudry
  • Welcome in New-York Abel Ferrara
  • Domicile Conjugal François Truffaut
  • La nuit américaine François Truffaut
  • La femme d'à coté François Truffaut
  • Le dernier métro François Truffaut
  • Yves Saint-Laurent Jalil Lespert
  • Sagan Diane Kurys
  • Camille Claudel Bruno Nuyten,
  • Séraphine Martin Provost
  • Violette Leduc Martin Provost
  • Cleopatra Cecil B. de Mille
  • Coco avant Chanel
  • Chanel et Stravinsky
  • Saint-Laurent Bertrand Bonello
  • Godd Will Huting Gus Van Sant

Liste des visuels

  • Je suis Femen  affiche
  • Le gang des hors-la-loi photo Lucie et l'affiche
  • Welcome in New-Yok  photo Lucie et l'affiche en français
  • Yves Saint-Laurent affiche
  • En avant-spécial photo Lucie et Serge Losique
  • Good Will Hunting affiche

Le Gang des Hors-la-loi

Jean Beaudry a écrit le roman et réalisé le film Le gang des Hors-la-loi. Dédié à tous ceux qui osent le 24e film de la la série Contes pour tous produite par Rock Demers commence par un traveling en hélicoptère qui nous mène de la grève de sable à la fenêtre d'une maison.

Nicolas commence ses vacances le 22 juin, il est 7 heures du matin. Tout guilleret, il fonce vers le champ de base-ball en croisant son grand-père, éméché sur un banc. Stupéfaction, la municipalité a fermé l'accès au champ. Nicolas informe ses amis qui remarquent que «la municipalité c'est tout le monde» mais les personnes qui décident n'incluent pas tout le monde. Nicolas qui s'endort avec son gant de base-ball parvient à rallier le village autour de sa cause «On n'a pas besoin d'une armée; on a juste besoin d'un club de base-ball».

Le scénario du gang des hors-la se base sur l'influence de la relation intergénérationnelle, interraciale, et sur l'importance de l'humain dans son développement (Nicolas), dans sa façon de transiger avec son passé (la mère et le grand-père de Nicolas), dans la rare et ténue possibilité de son pouvoir sur lui-même, sur son environnement «Si on veut résister, il faut être en gang».

Le gang des hors-la-loi mise sur la réalité des capacités humaines, nous ne sommes pas dans le fantastique comme dans certains autres films de la série; les problèmes sont actuels dans un contexte répandu avec des solutions plausibles. Encore un beau film du producteur Rock Demers.

Welcome in New-York Bienvenue à New-York

«Israël ne représente pas tous les Juifs» pouvait-on lire sur des banderoles. Et Devereaux ne représente pas tous les hommes. À travers le monde, des Juifs ont exprimé leur refus que les Israéliens, comme les soldats staliniens, les tortionnaires nazis, les violeurs serbes, laissent des traces sanglantes dans l'Histoire. À travers le monde, des hommes exprimeront-ils leur refus que les comportements des Dominique Strauss-Kahn, DSK, des Sylvio Berlusconni, el cavalieri, soient considérés acceptables?

Gérard Depardieu a fait preuve d'un courage remarquable en endossant le rôle de Devereaux élaboré d'après l'affaire DSK. Pendant deux ans, le réalisateur Abel Ferrara a fait des recherches et, bien que «les personnages du film et les séquences les représentant dans leur vie privée relèvent de la fiction», il s'est inspiré de l'affaire judiciaire pour scénariser Welcome in New-York Bienvenue à New-York.

De nombreux aspects sont à relever dans ce film. D'abord, l'importance de la prostitution. Dernier recours des miséreuses à travers l'histoire, la prostitution est présentée comme une profession glamour : l'aspect sordide de la marchandisation est occulté. Or, dans Welcome in New-York les scènes avec les prostituées incluent la violence infligée et même perpétrée par les femmes elles-mêmes à d'autres femmes quand les clients l'exigent. L'argent cautionne le viol et la brutalité et le film ne lésine pas pour s'accorder à cette horrible réalité. Les scènes de sexe ont été tournées sans répétition. «J'aime que les salopes et les putes» admet Devereaux, tout comme il reconnaît être sans émotion.

Oublions l'amour, les alliances sont vénales. L'épouse de Devereaux est présentée comme une ambitieuse, une arriviste, par procuration. Elle a de l'argent, paie pour favoriser Israël et, puisqu'une femme ne sera pas à la présidence de la France, elle veut donc se payer un président. Elle lui reproche: «Everything I have worked for is gone» et il lui réplique : «les nazis ne te suffisaient pas». Et l'épouse au regard torve est filmée dans l'ombre. Séquence symbolique.

Faut-il rappeler les bases de l'affaire DSK ayant inspiré le film Welcome in New-York? Un puissant de ce monde, patron du Fonds monétaire international, le FMI, a défrayé la manchette pour avoir violé une «moins que rien», une femme de ménage afro-américaine. Mariée à lui depuis 20 ans, sa femme a payé pour sa caution et, d'après le film, pour l'abandon des charges. DSK allait être candidat du parti socialiste aux élections présidentielles françaises avant que survienne le scandale.

Depardieu a fait de Devereaux un psychopathe ordinaire, de ceux qui savent jusqu'où exagérer sans frôler la criminalité. Jusqu'à ce que son besoin de contrôle, de contrainte, lui fasse commettre le pire. Il obtenait l'obéissance, la docilité; il a voulu casser la volonté de l'autre. L'habitude ennuyante de voir les femmes ramper l'a mené à vouloir mettre à terre celle qui refusait de s'agenouiller.

Sur le mur de son appartement new-yorkais à 60 000$ par mois, Madame a voulu faire poser quelques œuvres d'art en attendant son retour à Paris. Des photos en noir et blanc de pauvres asiatiques montrent l'énormité du pathos qui distrait les nantis et l'inutilité de la lutte contre la pauvreté. «La pauvreté c'est un bon business» dit Devereaux. On a l'impression d'une schizophrénie chez ces gens.

Au sujet de Madame, il faut ajouter qu'elle est riche d'avoir hérité de l'argent sale de son père et que l'appartement filmé est celui où vivait le couple pendant leur période new-yorkaise. Son rôle est interprété par Jacqueline Bisset. Or, dans Welcome in New-York, Devereaux regarde le film Domicile Conjugal de Francois Truffaut et Jacqueline Bisset a joué dans La nuit américaine de Truffaut. Gérard Depardieu a tourné pour Truffaut dans La femme d'à coté et Le dernier métro. Pour blaguer, Depardieu clamait : «On a aussi en commun d'avoir fait l'amour tous les deux avec François Truffaut (rires). J'ai toujours aimé Jackie. Les femmes dans ce métier sont très courageuses, bien plus que les hommes».

Durant la première partie du film, les scènes sont consacrées aux gestes, aux mouvements; le réalisateur nous donne à voir des images crues. Ensuite, les scènes sont statiques et consacrées à la relation entre DSK et sa femme par des dialogues, des huis clos. Après la monstruosité du viol et de la prostitution, la monstruosité de la manipulation et de l'arrivisme.

Certes, Depardieu a courageusement endossé le rôle de Devereaux. Il a donné son salaire reçu pour Astérix et Obélix et il a joué sans cachet pour favoriser l'aboutissement du projet qui a été tourné en 18 jours. Depardieu incarne un monstre de façon monstrueuse. Il va très loin dans le comportement déviant et sadique. Il assume des scènes peu flatteuses; il doit se déshabiller totalement devant deux policiers et faire le squat puis se rhabiller alors que son âge et son poids rendent difficile l'enfilage de ses vêtements.

Avant la projection du film, avant même le générique, dans un entretien, Depardieu, l'acteur, s'exprime sur son personnage : «I don't like him. I don't feel him. I don't trust politics. I don't beleive them» Il ne l'aime pas, n'a pas confiance dans les politiques qui, à ses yeux, ne sont pas crédibles. Quant à Ferrara, il considère : «C'est un psychopathe. Il ne ressent rien envers les autres, ne possède pas la moindre miette de compassion» ». Il faut un acteur d'exception pour incarner ce personnage répugnant dans un film traumatisant. Parce que, même si la vérité est toujours quelque chose d'aidant, même si elle est indispensable, elle n'est pas seulement belle.

À remarquer : sur l'affiche Devereaux est cadré de dos et les menottes sont apparentes. Dans le film, il se plaint aux policiers qu'elles sont inconfortables; l'un d'eux lui rétorque qu'elles ne sont pas faites pour le confort.

Yves Saint Laurent

Diane Kurys n'a montré de Françoise Sagan que les anecdotes de sa vie; on la supposait femme d'exception mais, dans le film, les anecdotes se limitaient à des circonstances personnelles. Ce qui n'enlevait rien au talent de Sylvie Testud pour l'incarner. Camille Claudel dans le film de Bruno Nuyten, Séraphine et Violette Leduc dans les films de Martin Provost étaient représentées en tant que femmes et en tant qu'artistes.

Jalil Lespert, le réalisateur du film Yves Saint-Laurent, a le mérite d'avoir fait d'importantes recherches sur les croquis les robes et de les avoir montrés à l'écran. L'acteur Pierre Niney a suivi des cours de dessin de mode pour bien tracer les vêtements. D'ailleurs, des vêtements d'origine maintenant exposés dans des musées ont été utilisés en étant portés par des mannequins; ce choix limitait la durée de tournage à deux heures à cause des mouvements et des sueurs des mannequins qui risquaient d'abîmer des tissus n'existant plus aujourd'hui.

Cette volonté d'authenticité chez Lespert est remarquable. Dans le film Cleopatra de Cecil B. de Mille, les tissus pour les robes de l'actrice Claudette Colbert incarnant cette reine, si trahie par l'Histoire, n'existaient pas dans l'antiquité, quel anachronisme!

Cette adhésion à l'élégance , au luxe, au raffinement a été bien reproduite ainsi que la personnalité du plus jeune directeur d'une maison de Haute-Couture de Paris. Le film commence avec les premiers dessins d''Yves à Oran en Algérie. Rapidement, il remplace Dior et répète un geste qui deviendra une habitude et l'expression de sa timidité; il relève ses lunettes. Rapidement dans le film, des scènes précisent qu'il a été diagnostiqué maniaco-dépressif.

Nous rencontrons donc Pierre Bergé, narrateur du film, qui sera son homme d'affaires, son producteur, son conseilleur financier, son vendeur, son amant, son indispensable. Et Yves connaît Victoire, une mannequin exceptionnelle, élégante, collaboratrice, critique, muse et surtout épouse d'un journaliste de Paris Match; elle favorise le financement de la maison de Saint-Laurent en posant avec lui sur la page couverture de la revue quand il cherche des investissements.

Les premières défilés font rêver, Victoire fait rêver, Pierre Bergé fait obéir et Yves fait resplendir la femmes. Les amants sont infidèles, l'entreprise grossit, certaines têtes aussi : Yves suite à des manigances de Pierre renvoie Victoire alors qu'elle a tant fait pour eux.

Interviennent alors Loulou de la Falaise et Betty Catroux dans la maison du Maroc où des fêtes, toxicomanies et orgies se multiplient. Les années passent, Saint-Laurent impose le smoking pour la femme. La fameuse photo de Jean-Loup Sieff cadrant YSL nu est rapidement relatée; on ne sait pas quel en fut le processus, l'intention, l'impact mais au moins une séquence est consacrée à cette photo devenue icône. Puis, le film, insiste sur la prise de drogues par Yves et sur sa prédilection pour les orgies. L'insistance est-elle nécessaire ou sensationnaliste?

La scène finale, pour métaphoriser le décès d'Yves nous ramène à Oran, quand il dessinait devant la fenêtre, Pierre commente le croquis, la chaise est vide.

Il y a quelques années, deux films étaient sortis autour de la créatrice Gabrielle Chanel : Coco avant Chanel puis Chanel et Stravinsky. Dans quelques mois, un autre film intitulé Saint-Laurent sera projeté; réalisé par Bertrand Bonello, ce film présenté à Cannes mettra en vedette Gaspard Ulliel.

Il faut souligner le talent d'interprétation de l'ordre de la perfection qui concerne tous les comédiens dont Pierre Niney, Guillaume Gallienne et Charlotte Le Bon. C''est une histoire d'élégance, d'époques mais surtout une histoire d'amour absolu. Guillaume Gallienne, qui incarne Pierre Bergé, savait que Bergé s'est toujours effacé pour valoriser YSL; d'ailleurs, une couturière lui a dit : «Vous savez, Monsieur Bergé n'a jamais marché devant Monsieur Saint-Laurent». Quant à Charlotte Le Bon pour interpréter Victoire Doutreleau elle a lu la biographie Et Dior créa Victoire car cette mannequin travailla d'abord pour Christian Dior qui changea son prénom de Jeanne en Victoire.

La sortie d'Yves Saint-Laurent après son défilé d'inspiration russe atteste de l'influence du vidéo clip : une image au ralenti, une musique èa l'impact émotif, le lyrisme fin 20e siècle qui poursuit son affirmation et son influence pour contribuer au langage cinématographique. Bravo à Jalil Lespert.

EN AVANT-SPÉCIAL FFM

Chaque année, je consacre un spécial au FFM, le Festival des Films du Monde qui existe depuis 38 ans avec sa vocation de faire connaître des films qui en dehors de ce contexte ne seraient jamais vus, des films de pays aux structures de productions précaires, des films qui véhiculent des valeurs autres que commerciales, des films qui témoignent de l'Histoire ou de l'actualité.

De plus, souvent le FFM est l'occasion pour le public de s'entretenir avec des artisans du cinéma. D'ailleurs, cette année, il était prévu que les films en compétition sont accompagnés d'au moins une personne lui étant liée. Les cinéphiles au cours des ans comptent des gens qui choisissent de prendre leur vacance pendant la période du Festival afin d'y assister. Une autre des particularités du FFM concerne la qualité des films, critère indispensable pour qu'ils soient choisis.

«Des gens ont passé 2 ans, 3 ans pour 1 film; ça mérite le respect qu'il faut» remarquait Danielle Cauchard, directrice générale avant que Serge Losique, président, ajoute : «La corruption est un thème actuel. Les plus hauts placés manipulent. C'est seulement le cinéma qui peut nous expliquer la situation politique».

Et c'est seulement une grande ferveur qui peut expliquer la persévérance à s'occuper d'un des festivals les plus aimés et les plus prestigieux.

EN SOUVENIR

Ridiculiser un nain parce qu'il est petit, reprocher à une femme d'être une vieille, rire d'un jeune parce qu'il est un idéaliste, blâmer un homme d'être un souchien, dénigrer un vieux parce qu'il a du vécu, c'est reprocher à une personne des aspects de sa réalité sur lesquels elle n'a pas de contrôle. Personne ne choisit son lieu, son année, son anatomie de naissance. À partir de nos déterminismes, nous tentons d'avoir du pouvoir.

Les enfants se croient coupables de la séparation de leurs parents. Les enfants battus, les hommes battus, les femmes battues, se croient coupables de la violence de l'autre. Les victimes se sentent responsables du crime perpétré par le criminel : «Si j'avais...C'est parce que...J'aurais dû...»

Nous aimerions entretenir l'espoir d'avoir une influence sur le comportement de l'autre. On s'acharne contre la colère réactive des victimes beaucoup plus qu'on interpelle les gens qui ont initié le mal. La colère est la frustration dûe à l'absence de réponse à un besoin de base donc quelque chose de vital; la rage, la planification malveillante, la réitération hargneuse sont des décisions, donc quelque chose d'optionnel.

La dépression est infligée à une personne à cause de la configuration de son cerveau, de sa persistance à fournir des efforts qu'elle ne devrait pas faire, de son endurance à tolérer des souffrances plus grandes qu'elle-même. Le traumatisme est infligé à une personne à cause de la maltraitance dans sa vie, à cause de dénis d'humanité, à cause d'obsessions vénales ou haineuses. Pourtant, on est sans compassion et même sans compréhension pour les dépressifs et les victimes. Surtout, quand ces êtres en souffrance se procurent un bref apaisement à travers la toxicomanie.

L'acteur Robin Williams a donc été blâmé pour sa dépression et sa toxicomanie, avant et depuis son suicide. Il a interprété le rôle de Sean , le psychologue dans le film de Gus Van Sant : Good Will Hunting. Matt Damon et Ben Affleck soumettaient leur scénario depuis longtemps et avaient besoin qu'une vedette tienne l'un des rôles principaux. Robin Williams a accepté ce personnage de veuf toujours amoureux et reclus donnant des séances de thérapie à un jeune désœuvré, en mal d'accomplissement; la thérapie le changera lui autant que le patient. Williams pour son talent dans l'interprétation de ce rôle a obtenu un Oscar.

Will Hunting jeune homme avec sa souffrance d'enfant frappé, poignardé, brûlé, veut croire qu'il aurait pu changé le comportement de l'autre , que ça dépendait de lui, qu'il aurait pu s'éviter tout cela comme il peut encore s'éviter les malheurs à venir.

Ce que lui dit Sean, le psychologue, Robin Williams avait besoin de l'entendre comme tous les dépressifs, les humiliés, les infériorisés, les ridiculisés, les harcelés, les intimidés, les victimes on besoin d'entendre quelqu'un pour les convaincre : «Ce n'est pas ta faute».