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Chronique cinéma
Septembre 2016

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Réalité et réalisme, Jimmy Larouche et Anne Fontaine. Ces cinéastes sèment de petits cailloux blancs, fournissent des explications, font des démonstrations au travers Mon ami Dino et Les Innocentes. De plus, Retour sur Une histoire de l'érotisme. Et Nitro Rush avec Guillaume Lemay-Thivierge

EN ANALYSE

02_mon-ami-dino-afficheMon ami Dino de Jimmy Larouche

Des réalisateurs instillent un intérêt à suivre la sortie de chacune de leurs œuvres. Deux réalisateurs partagent une force de conviction et le fait de convier des comédiens non-professionnels à travers des scénarios minutieux basé sur des préoccupations réelles mais déniées. J'admets que dans l'inventaire de la France, j'ai une prédilection, non dissimulée, pour Stéphane Brizé; dans le répertoire du Québec, je reste, avec évidence, subjuguée par Jimmy Larouche. Celui-ci a développé dans ses 3 longs métrages des thématiques actuelles à travers une exploration du langage filmique.

Dans La cicatrice, il métaphorisait le tourment du personnage principal et il utilisait le flashback pour transmettre les conséquences d'un acte initial : le harcèlement. Dans Antoine et Marie, il développait une insistance patiente dans l'accompagnement du parcours de Marie, victime d'un viol alors qu'elle était inconsciente. Dans Mon ami Dino, sa plus récente scénarisation et réalisation, il n'hésite pas à jouer sur les codes des genres cinématographiques pour montrer la réalité d'une fin de vie courageuse et assumée.

01_Ginette_Achim_Jimmy_LaroucheLe film Mon ami Dino est excellent. Pour Dino Tavarone il est l'occasion de déployer son talent d'acteur et à Jimmy Larouche, il permet de relever des défis costauds et de mériter la comparaison avec le grand Orson Welles.

En effet, comme Orson, il sème de petits cailloux. Welles annonçait dès le début de Citizen Kane (1941), No trespassing, on n'entrait pas dans l'intimité affective de Kane, et, dans Vérités et Mensonges (1973), il précisait d'emblée le pacte avec le spectateur.  Jimmy Larouche dans Mon ami Dino, aborde, recule, louvoie, entre documentaire et fiction pour mieux montrer les implications d'une mort annoncée. Thématique récurrente depuis l'âge avancé des baby boomers, la maladie fatale envahit les préoccupations et les écrans. Au Québec, on demande : Que faites-vous pour les aînés? On répond : l'euthanasie. Pour économiser, le gouvernement veut faire crever les vieilles pauvres et les pauvres vieilles, vite et bien; les CHSLD débordent, les mouroirs coûtent chers. La pauvreté et la solitude concernent les hommes; toutefois, dans l'agonie et l'indigence, les femmes sont en plus grand nombre.

Mais, pour la vieillesse et le décès, tout le monde n'est pas Jean-Pierre Lefebvre avec Les dernières fiançailles (1973). Or, le scénariste, réalisateur et monteur Jimmy Larouche et l'acteur Dino Tavarone déploient une vision saine, réaliste et aidante de ces moments inéluctables. Le sujet est développé originalité et vérité, avec sagesse et tristesse.

Dino, à mots feutrés, avec des non-dits, suggère, autant qu'il dissimule, la nouvelle de sa mort prochaine à sa famille, ses amis, ses collègues et revient sur son passé pour les spectateurs.  Alors que Larouche maîtrise la subtilité de son traitement nuancé, Tavarone fonce dans le registre de la confidence, affirme l'éventail diversifié de son expressivité d'acteur souvent confiné à des rôles de bandits redoutables et antipathiques. Dino nous invite dans son univers personnel, celui de père avec sa fille inconnue, celui de musicien aux claviers et aux tam-tams, celui de chanteur, celui de l'ami qui cuisine pour ses invités,  celui de peintre, celui de promeneur avec sa chienne Pipingo. Lorsqu'il donne la petite bête à la comédienne Joëlle Morin qui, dans le film, passe brièvement avec charme et affection, Dino, d'un stoïcisme pragmatique jusqu'alors, se met à pleurer.

À remarquer : la tendresse des scènes avec la belle et attachante Sasha Migliarese, d'une fraîcheur toute naturelle, d'une expressivité sincère dans ce premier rôle au cinéma, la scène avec Michel Coté qui atteste avoir commencé à avoir peur de la mort quand il a eu ses deux enfants et qui parle de son père décédé, Ginette Achim qui pleure,  la mention que la chimio c'est « pour vivre un peu plus, mal mais un peu plus », Dino qui admet à sa fille Mérédith « Je suis irresponsable. Je l'avais pas ça être père » la scène où elle le rase, son explication de sa peinture La comédie de la vie,  moitié homme, moitié femme, « des masques parce que ça nous aide à vivre », Manuel Tadros qui lui demande « Qui va me faire mon spaghetti à l'encre noire? », l'arrivée de sa famille à l'hôpital avec ses tam-tams, ses toiles, les bibelots de chez-lui.

À remarquer aussi : l'aimable Ginette, qui porte un collier de l'exacte couleur de ses yeux lorsqu'elle déclare qu'avec l'interprétation d'un rôle, « Il a découvert sa vraie nature », les tentatives de focus, les brusques déplacements de caméra et les questions hors-champ de Jimmy qui caractérisent la technique du  documentaire, les extraits de Omerta, Lévesque, 2 secondes, Il Duce, la mention de ce qu'il désigne « mon passage au collège Leclerc » le fait qu'au début il cache sa maladie pour que les gens ne pleurent qu'une fois, à son décès, ainsi que la dédicace du film de Jimmy Larouche : à mon père.

Lors d'une rencontre avec le public, Jimmy Larouche  remerciait le public d'encourager le cinéma indépendant; d'ailleurs, il a précisé l'importance qu'un film soit vu dès le premier vendredi de sa projection afin d'assurer sa visibilité. Les recettes du premier week-end déterminent si le film restera à l'affiche.

Évoquant les scènes tournées à la maison Adhémar-Dion, Dino, lui, déclarait : « Je veux que la fiction soit beaucoup plus réel que le réel. Dans ce film, j'ai donné le meilleur de moi-même. C'est vraiment moi. Vraiment mes émotions. Voir les personnes mourantes me touchait tellement ».

Jimmy et Dino ont demandé au public de ne pas dévoiler la finale. Le film ne se résume pas à son « punch » final, à sa révélation ultime qui concerne les frontières entre vérité et mensonge. Ce film, Mon ami Dino, c'est aussi, c'est surtout, le traitement du sujet, la finesse de la réalisation et l'ampleur de l'interprétation. De plus, il est la possibilité de questionnements : pourquoi faut-il trafiquer un peu pour révéler beaucoup? Pourquoi en passer par un détournement ?

Jimmy a déclaré : « Bien que la structure narrative du projet ait été déterminée au préalable (mettre en évidence l'inflexibilité, l'impitoyabilité, le despotisme du cancer) 100% des dialogues ont été improvisés lors du tournage. Sur une période de 12 jours, plus de 40 heures d'images ont été filmées à deux caméras afin d'obtenir au final, un film d'une durée de 1h24. »  Il a ajouté que le film « a été financé entièrement à l'aide de fonds privés, de commandites et grâce à la grande générosité de ses artisans. C'est aussi via la participation de la famille Williams, des compagnies de production Dpost et Greenground ainsi que des distributeurs Alma Films et L'Atelier de distribution que le film a pu voir le jour ». Dino a remarqué : « Faire un film au Québec, c'est tellement dur pour l'argent ».

Avec cet englobement formel, scène de maquillage au début, de démaquillage, à la fin, ces aller-retour entre fiction et documentaire, ce jeu comique des acteurs qui interviennent en tant qu'eux-mêmes pour mieux acter, ces mentions  : acte 1, acte 2…et même cette dualité dans l'affiche d'un démon angélique, et non d'un ange démoniaque, (nous sommes en présence d'un dur au cœur tendre, d'un homme, dans sa simplicité et sa complexité) nous constatons une facture filmique soignée dans les moindres détails, nous admettons que Mon ami Dino nous confronte à cette interrogation troublante : Pourquoi l'humain a-t-il besoin de la représentation pour accéder à l'authenticité?

Les innocentes de Anne Fontaine

03_Les_InnocentesAnne Fontaine semble une femme aux aguets, capable de repérer les critiques, les contestations avant qu'elles se manifestent et ce, au point de les parer. Elle est sait donner des indices et permettre plus d'une signification à partir d'un seul fait.

Le début du film est sobre : des religieuses dans un couloir quand résonne la cloche, le titre Les Innocentes puis un chant choral. Cris au loin, gros plan d'une religieuse. Pologne décembre 1945. La jeune religieuse s'échappe du couvent délabré et traverse la forêt pour aboutir au centre français de la Croix-Rouge.

Le scénario est basé sur le journal de Madeleine Pauliac, jeune médecin présente là-bas, à Varsovie, et confrontée à une réalité inattendue. Le neveu de Madeleine, Philippe Maynial, a présenté un projet de scénario qui a été élaboré par la réalisatrice ainsi que par Sabrina B. Karine, Pascal Bonitzer et Alice Vial.

Dans le film, la jeune médecin est nommée Mathilde Beaulieu et découvre dans le couvent une jeune fille qui accouche difficilement. Mathilde pratique une césarienne. Premier petit cailloux blanc : une religieuse appelle la parturiente, ma sœur. Premier questionnement : une femme est morte déjà, ce décès a-t-il contribué à la désobéissance déterminée de la jeune religieuse qui a marché dans la forêt enneigée pour demander de l'aide?

La docteure apprend qu'à la persécution des allemands a succédé celle des russes qui sont restés 2 jours dans le couvent. Donc, 7 religieuses sont enceintes. Anne Fontaine l'a souligné : le viol est une arme de guerre. Certes. Mais, il est aussi une persécution quotidienne, perpétré à travers le monde. Pour attester de la vulnérabilité des religieuses et la violence des faits, c'est avec le personnage de Mathilde qu'est montrée une agression. La nuit, en pleine forêt, au retour d'une visite au couvent, elle est violentée par des soldats russes.

La mère supérieure est consciente que si la nouvelle des grossesses est connue, le couvent sera fermé et les femmes seront à la rue. Déjà, l'une d'elle a été reniée par sa famille. Devant les douleurs physiques de la mère supérieure, Mathilde découvre que les russes sont revenus 3 fois et que la mère supérieure a une syphilis avancée, ne veut aucun soin, ainsi que le dit l'une des religieuses, Maria : « elle préfère endurer son martyr ».

Si l'une accouche seule dans un complet déni, sans souvenir du vécu de son corps, Sofia, elle, se suicide. Les réactions sont opposées; pour une qui oublie, une autres déclare : « Je suis mère, je le serai toujours. Mon enfant a droit à mon amour ».

Et le choix drastique  de la mère supérieure est connu. Le scénario est développé habilement. Les actes de la mère supérieure sont-ils attribuables aux effets de la syphilis ou à l'absolu de sa foi? La déraison est-elle maladive ou spirituelle? Nous en revenons aux questions actuelles relatives à l'utilisation du prétexte religieux pour justifier les pires ignominies.

Anne Fontaine a su imiscer des scènes témoignant des activités des bénédictines dans leur quotidien : chant, lecture, tricot…

Après les petits cailloux, au cœur de cet éclatement de considérations, la question de Mathilde devient pierre angulaire : « Et aucune n'a perdu la foi? »

Retour sur Une histoire de l'érotisme

04_Une_histoire_de_l_erotismeDans le précédent numéro de cette chronique, été 2016, j'avais consacré une section à l'événement se déroulant du 7 juillet au 31 août 2016, à la Cinémathèque Québécoise : Une histoire de l'érotisme.

Lors de la première de cette programmation, après une photo avec moi devant le visuel de l'événement, Marcel Jean , le directeur de la Cinémathèque,  portait un costume trois pièces, des lunettes en forme de cœur doré, en tenant le cocktail Blue Movie concocté pour la circonstance. Il annonçait la projection de bandes annonces de films érotiques. Il remarquait que les affiches sont parfois plus intéressantes que les films à cause des ambitions artistiques.

Furent projetées : A bout de sexe (1975) film français de Serge Korber qui a réalisé Sur un arbre perché avec Louis de Funès et son fils Olivier. Sous le pseudonyme John Thomas, le réalisateur a répondu à l'instigation de François Truffault qui considérait; « Il faut tester les limites de la censure ».

05_Marcel_Jean_Une_histoire_de_l_erotisme.Puisqu'il est question d'être le fils d'un grand comique français, c'est le fils d'Olivier Guimond, un grand comique québécois, qui joue dans ce film et dans plusieurs autres de Korber-Thomas : Richard Darbois. J'étais une jeune enfant quand je regardais une série policière française et que j'avais remarqué le talent de cet acteur : Les enquêteurs associés (1970). Deux femmes participaient aux enquêtes de l'équipe et y avaient des initiatives; aujourd'hui, les américains, plus gros producteurs de séries du genre, peinent encore à confier les rôles de protagonistes à des femmes.  Aussi, Serge Korber réalisait des épisodes. Depuis, Richard Darbois est devenu un expert du doublage, il module sa voix de robotique à séductrice, incarnant autant le monstre que le scientifique, et y déploie un registre exceptionnel.

Suivait la bande annonce de l'adaptation d'un texte d'Apollinaire : Les 11,000 verges, seul réalisation du musicologue Éric Lipmann que Marcel Jean présentait comme « le Visconti de la pornographie ».

Puis, celle du film The clamdigger's daughter (1974). Ainsi, que le mentionnait Marcel Jean « ce sont les malheurs de la pauvre Prudence dans un Ryans's daughter de la porno », une sorte de Roméo et Juliette aussi. Réalisé par la directrice de la photo de plus d'une quarantaine de films et la réalisatrice de plus de trente films d'horreur et de porno : Roberta Findlay qui utilisa de nombreux pseudonymes.

06_Cocktail_Blue_MovieMarcel Jean a relaté que Roberta fut l'épouse de Michael Findlay, réalisateur et promoteur astucieux . Féru de qualité,  le couple a donné ses lettres de bassesse au genre violent sexploitation.  Il avait tourné un film argentin The slaughter (1971) auquel des scènes furent ajoutées pour aboutir à une production argentino-canado-américaine. Pour la mise en marché de ce film ré-intitulé Snuff, en 1975, Michael Finlay engagea des femmes qui prétendaient être des féministes manifestant contre le film dans lequel, supposément, une actrice était réellement assassinée. Ce subterfuge donna longtemps l'impression que les films avec de véritables sévices et meurtres n'existaient pas. C'était même la déclaration de Nicolas Cage en Tom Welles dans 8 millimètres en 1999. Que peuvent avoir en commun une féministe et un pervers? Avoir vu que ces films existent depuis longtemps; ce qui est un cauchemar réel pour l'une est le fantasme actualisé de l'autre. Quant à Michael Findlay, Marcel Jean nous a informés qu'il est mort la tête tranchée par la pale d'un hélicoptère en 1977 alors qu'il voulait aller en France promouvoir des images tournées  avec une caméra en 3-D. Pour peu on conclurait: il est mort comme il a vécu, dans un mélange d'horreur et de ridicule.

La bande annonce de la réalisation d'Alain Robbe-Grillet Le jeu avec le feu a précédé le film Lot in Sodom de James Sibley Watson et Melville Folsom Webber datant de 1933. Film expérimental, il répond à une volonté de représentation symbolique, ralentis, démultiplications de l'image, superpositions, arrêts sur l'image, rappels de La chute de la maison Usher et Un chien andalou, se succèdent  rideau soulevé par le vent, serpent , colobes, fleur s'ouvrant en accéléré, association du corps d'une femme et surface de l'eau.

Ensuite le court métrage Eves futures de Jacques Baratier en 1964 nous  voir des mannequins dans une usine et des femmes dans la rue. Des ombres de main passent sur les mannequins. Ponçage, peinture au jet. Puis coupage de tête, perceuse dans l'œil (encore un rappel du film Un chien andalou; il faut mentionner que tous ces artistes, Watson, Webber, Buñuel  se croisaient sur un tournage ou un autre).

En 2014 le court métrage Beauty de Rino Stefano Tagliafierro éblouissait par son animation d'une centaine de peintures classiques. Dans Peep Show, le réalisateur convoque Le baiser de Hayes, L'origine du monde de Courbet, ainsi que Gervex, Boucher, Rembrandt, Rubens et plusieurs autres, images animées entre lesquelles s'invitent des images d'un doigt entre les pages d'un livre. Ce film fascine.

Les bandes annonces sont un moyen succinct de suggérer un film.

Après ces projections, il a été possible de goûter au fameux Blue Movie.

Rappelons que l'événement Une histoire de l'érotisme incluait des films, des conférences et une exposition, mettant en évidence ce que Marcel Jean remarquait : la définition de l'érotisme change selon les époques.

Nitro Rush d'Alain DesRochers

Nitro_RushMettez un « rush » pour aller voir, ou même revoir, Nitro Rush. Rarement un film québécois est élaboré avec autant de qualités : celles du scénario, des cascades , des chorégraphies de combats et surtout celles de l'acteur principal. Car c'est le film de Guillaume Lemay-Thivierge. Et de toute une équipe qui a su s'allier pour que son potentiel rayonne. Il a l'occasion d'exceller grâce à son talent et à son entrainement. Donc, les qualités de ce film sont attribuables à du potentiel humain habilement actualisé.

Les performances de Guillaume Lemay-Thivierge sont mises en valeur parce qu'on lui fournit l'occasion de les déployer; il ne s'agit pas de mise en valeur artificielle, il est filmé alors qu'il accomplit l'évidence de son talent d'acteur et la preuve de ses capacités physiques incluant l'exécution de ses cascades coordonnées par Jean Frenette.

Des copies médiocres de ce que font les Américains, la planète entière en fait; mais, y exceller, c'est exceptionnel. Que l'on qualifie Nitro Rush de Jason Bourne québécois n'est peut-être pas faux. Quand Matt Damon se relève d'un bond par la force de ses abdos lorsqu'il se bat dans son appartement de Paris, avant que son adversaire se défenestre, sa performance n'est pas truquée. Les nombreux combats de Guillaume Lemay-Thivierge sont l'authenticité de ce qu'il a développé grâce à la pratique de techniques corporelles et le résultat de chorégraphies minutieuses, de coordinations soignées.

La cascade pour la sortie de la buanderie de la prison est originale. Dès son entrée dans la place, il saisit une serviette, l'utilise pour se protéger en passant par la fenêtre d'une porte. Donc, dès son entrée, son personnage, Max, planifie son échappée. Et Guillaume Lemay-Thivierge l'exécute impeccablement au point où on a l'impression qu'il pourrait le faire d'un bond sans un tremplin hors cadre. C'est crédible. On peut y croire.

La facture stylistique est attrayante, elle résulte de la remarquable attention de Dominique Desrochers et de Francesca Chamberland. Le blanc est utilisé, paradoxalement, dans le monde du banditisme pour les vêtements, maquillages, décors et pour l'auto décapotable. Puis, peu à peu, il y a une permutation. Daphné, la « méchante » du film, est autrement vêtue, et dévêtue. La première fois qu'elle porte des vêtements noirs c'est lorsqu'elle s'entraîne avec Max. Puis, elle a un voile transparent qui suggère son corps superbe lors de la scène de séduction. Certes, ces scènes sont toujours basées sur le fait que la femme utilise ses charmes et qu'elle échoue à faire du héro un complice. Mais, quand dans I, the jury de Mickey Spillane adapté par Harry Essex en 1953 et par Richard .T. Effron en 1982,  ainsi que dans tous les autres succédanés, la « bandite » meurt; ce n'est pas le cas dans Nitro Rush.

Oui, c'est un film d'action. Oui, il y a de la violence. Mais, nous ne sommes pas avec des gros bras sans cervelle ni sentiment ni élocution et il n'y a pas de sadisme, d'insistance sur la souffrance d'une victime de torture. Oui, on en a vu des gars qui doivent s'évader pour sauver quelqu'un mais, de cette trame usitée, l'équipe de Nitro Rush  a fait un film avec, j'insiste, de la qualité et de l'originalité. Et surtout, du talent.

 

Là encore j'insiste. Les acteurs principaux, le gars et la fille, Guillaume Lemay-Thivierge et Madeleine Péloquin, ont un talent qui émeut autant qu'il impressionne. La magnifique plastique de la belle ne limite pas sa présence dans le film, elle est athlétique, combative et elle est une excellente actrice. On ne peut que lui souhaiter d'avoir une carrière à la mesure de son talent. Quant à Guillaume Lemay-Thivierge si chacun de ses mouvements captive littéralement, ses regards bouleversent totalement. Dans la blanche cuisine de Daphné, dans l'auto prêtée par Le Mécano, il jette un coup d'œil à son fils et transmet en une seconde l'infini de son amour pour lui. Quand Théo croit qu'il a fait ses exploits  pour la police et que Max répond : « Non, j'ai fait ça pour toi. Tu n'auras pas de casier criminel. Je voulais désespérément être avec toi. » on y croit, non à cause des cascades et des batailles, mais, à cause de ces regards que Guillaume Lemay-Thivierge a eus vers le personnage de son fils au cours du film. Car l'excellence, il faut un scénariste pour l'amorcer (Martin Girard), un réalisateur pour l'inclure (Alain DesRochers), un directeur de la photographie pour la filmer (Tobie Marier Robitaille), un monteur pour la garder (Éric Drouin), de la musique pour y participer (FM Le Sieur)… voilà pourquoi le résultat de Nitro Rush est celui d'une équipe en accord avec un acteur d'exception.

De petites anecdotes sont disséminées pour nous faire sourire. Le roman Le comte de Monte-Cristo comme dans Shawshank Redemption (Frank Darabont 1994); Max, le père s'enfuit par la fenêtre de la porte de la buanderie, Théo, le fils s'enfuit par la fenêtre de sa chambre poussiéreuse. Le sous-fifre s'appelle Colosse et, lui, contrairement à d'autres personnages du scénario, il n'a pas inventé l'eau chaude; or, pareillement aux autres acteurs, Alexandre Goyette est impeccable. Mais, on passe du sourire au rire jaune, quand on entend que le chef des bandits s'appelle L'Avocat.

Les détails sont raffinés; ainsi, dans la cuisine du grand-père, la vaisselle sèche dans un bac et une décoration de Noël est encore au mur en été. Il y a même une scène qui rappelle l'organisation classique de certaines peintures : dès le début, Guillaume Lemay-Thivierge exécute des exercices en étant accroché à une barre près du plafond de sa cellule et il ressemble ainsi aux peintures nommées Le Christ en croix.

Voir de la qualité dans un film québécois mérite d'être souligné. Jimmy Larouche doit recourir au financement privé pour nous offrir cette rareté, Martin Villeneuve avait failli voir son film récupéré par la banque. L'argent est toujours « de plus en plus rare ». Quand certains le gaspillent, d'autres le transforment en qualité. Dans Le poil de la bête en 2010, le personnage de Joseph Coté, joué par le même Guillaume Lemay-Thivierge, avait aussi des velléités d'évasion : il s'évadait d'une prison en creusant vite un trou pour se retrouver de l'autre coté de la cabane …et rester là! Pourquoi s'évader? Le scénario cumulait les incohérences. (Voir ma chronique cinéma de novembre 2010)  Oui, il faut de l'argent pour faire un film mais il faut aussi du talent, de la performance, de la qualité, de la cohérence, de la crédibilité, tout cela ne s'achète pas, le plus gros budget ne les compense pas.

Nitro Rush,  c'est la satisfaction de constater qu'au Québec, tout en reprenant un poncif, on peut exceller, on peut se baser sur une trame usité et dépasser les clichés, on peut avoir un héro gonflant ses muscles et exprimant ses sentiments. Nitro Rush, c'est plus qu'un divertissement; c'est un ravissement.

 

 

 

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE :

  • Mon ami Dino Jimmy Larouche 2016
  • Citizen Kane Orson Welles 1941
  • La cicatrice Jimmy Larouche  2012
  • Antoine et Marie Jimmy Larouche  2015
  • Vérités et mensonges Orson Welles 1973
  • Les innocentes  Anne Fontaine 2015
  • Lot in Sodom James Sibley Watson et Melville Folsom Webber 1933.
  • Eves futures  Jacques Baratier 1964
  • Peep Show Rino Stefano Tagliafierro 2016
  • Nitro Rush d'Alain DesRochers