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Chronique cinéma
décembre 2009

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

EN ENTREVUE

«En 1 mot, la situation est immorale. Pour moi, me taire ce ne serait pas humain.» Rachel -Alouki Labbé a intitulé Désert de Croix son film sur Ciudad Juarez, la ville la plus meurtrière au monde. Des femmes et des fillettes mexicaines y sont retrouvées mortes torturées, décapitées, éventrées, violées depuis plus de 15 ans sans qu'aucune condamnation n'ait été prononcée. «Ce serait bien de pouvoir expliquer pourquoi c'est comme ça parce qu'on aurait les solutions. Les femmes sont mutilées, leur ventre et leurs seins coupés; on tue ce qui engendre la vie. Les hommes violent et tuent. C'est ça Ciudad. Le féminicide se répand. C'est un phénomène social trop avancé. L'Aléna, les grosses compagnies qui possèdent les terres, les maquilladoras, les 500 bandes de narcotrafiquants, l'exode vers le Nord, l'impunité des responsables, la violence conjugale, l'armée, les policiers, c'est un trou de la mort» ajoute Rachel-Alouki. Elle a filmé Anapra, l'endroit du désert où on trouve les corps et on plante des croix mais elle a aussi montré les enfants «parce qu'il faut commencer par la base». Des orphelins participent à des ateliers de création et sont encouragés dans la poursuite de leurs études. Le film a été projeté à Montréal et sera diffusé sur les ondes d'APTN le 11 janvier 2010 à midi, 17h et 20h. La morbide situation de Ciudad pose la question: Comment intervenir dans un phénomène de société?

La 15e édition de Cinémania a permis à sa présidente et fondatrice Maidy Teitelbaum de poursuivre son rêve: «Je me suis lancée dans les défis des droits, de la distribution, du financement sans subvention et je veux rester le 1er dans les festivals au niveau de la qualité» m'a-t-elle dit toute souriante. La directrice Geneviève Royer a remarqué que «Souvent suite à leur passage à Cinémania des films trouvent un distributeur. Toujours concentré sur la francophonie, les projections en 35mm avaient lieu dans une des plus belles salles de la province: l'Impérial.

BANDES ANNONCES

«La réalité est très multiple, me dit-il, c'est complexe comment on choisit de représenter les choses.» Je demande à Emmanuel Mouret, scénariste, réalisateur et acteur de Fais-moi plaisir, s'il a planifié l'équilibre de l'alternance de gags visuels et de dialogues à la syntaxe élaborée. «J'y étais sensible, l'enjeu c'était de joindre ces deux aspects de la comédie. C'était un peu risqué mais je savais que j'allais jouer sur ces deux registres.» Avec ses répliques en circonvolutions, il s'inscrit dans la lignée de Rohmer, avec ses cocasseries, il succède à de Funès et à Pierre Richard. Il ajoute une critique de la technologie déshumanisante (l'ascenseur parlant) et une satyre de l'art moderne dont les exagérations commerciales ont été dénoncées dans l'intelligent documentaire The great contemporary art bubble (Ben Lewis, 2009). Mouret et sa fable sur le couple prouvent que l'humour peut se pratiquer avec des phrases complètes, sans vulgarité et il démontre que tel est pris qui croyait prendre…par le désir.
 

 

 

 

Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé réunit Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon en leur offrant des rôles qu'ils interprètent avec justesse entre la pudeur et l'émotion. Jean est marié, Véronique est célibataire. La scène de leur premier baiser est intense de douceur, presqu'insoutenable de vérité rare. «Il faut avoir beaucoup pleuré pour être capable de filmer ces silences-là. Je suis avec les acteurs, il n'y a que nous pour faire des moments de vérité. Une vérité qui percute» disait Stéphane Brizé à qui j'ai demandé comment s'était élaborée l'écriture avec Florence Vignon, sa co-scénariste. «Florence m'a appris à écrire. Grâce à elle, je me suis rapproché de ma vérité intérieure qui est plus silencieuse. Elle m'avait fait découvrir le roman d'Éric Holder il y a 10 ans. Pour le tourner, je savais qu'il fallait s'autoriser des silences, la force émotionnelle, je n'aurais pas osé alors, je n'avais pas assez vécu. La vie s'est chargée de me rendre capable. Le livre et le film n'ont plus rien à voir. En même temps, le livre et le film sont proches. Éric Holder m'a écrit:«Plus qu'une adaptation, ce film est le prolongement d'une émotion que je tentais de transmettre». Pour les deux acteurs, les rôles dépassent les personnages habituels et la mise en scène les oblige à une tension taciturne et puissante. Le registre de Lindon acquiert une connotation romantique et Kiberlain trouve une occasion de révéler un talent à fleur de peau dans une douceur inusitée. Lindon a accepté le rôle en 24 heures mais lorsque Brizé lui a proposé Kiberlain pour partenaire il a d'abord refusé car c'était trop pour lui le fait de jouer avec la femme qui fut sa compagne pendant 10 ans et avec laquelle il a eu un enfant. Puis il a contacté le réalisateur en lui disant: «Je ne peux imaginer que Sandrine passe à coté d'un si beau rôle à cause de moi». Les scènes où Jean lave les pieds de son père dont il a repris le métier de maçon, la séquence avec les enfants de la classe de Mademoiselle Chambon alors que chacune de leurs questions est filmée, la visite pour les arrangements pré-funéraires, le magasinage de la chambre du futur bébé, la mise en scène patiente, l'interprétation minutieuse, tout concourt à la beauté émouvante, la simplicité éloquente, la tendresse pure, la tristesse latente et surtout à l'impact foudroyant de la douceur de ce film exceptionnel.

EN ANALYSE

Dès le début du film J'ai toujours rêvé d'être un gangster de Samuel Benchetrit, le choc du pseudo-voleur cagoulé qui se heurte à un poteau annonce les échecs de ces bandits qui refusent la violence, aiment les animaux et ont des conversations axées sur la psychologie. Benchetrit glisse une séquence imitant le cinéma muet avec intertitres dans ses références au film noir. Après une succession de photos de Marylin, Bogart, Belmondo et Jean-Louis Trintignant (dont il a épousé la fille, la talentueuse Marie, décédée violemment) il filme lyriquement l'essuyage d'un comptoir de cafétéria, point de ralliement de tous ses personnages en mal de réussite patibulaire. Sa narration s'appuie sur de fréquents flash-back, un retour à la séquence initiale, une absence de conclusions événementielles. Après une critique de la technologie (robinet, sèche -mains), de l'urbanisation (Jean déclare: «Ça fait 25 ans que j'ai pas vu de campagne») Benchetrit rappelle Modern Times (Charlie Chaplin, 1936 ) avec le couple filmé de dos sur la route quand le diaphragme se referme.

Les usines crachent leur fumée, la baignade est interdite, les animaux meurent, les fleurs sont vaporisées de parfum, les petits commerces ferment, les usines sont délocalisées et Naterris est condamnée grâce à la solidarité des plaignants. Dans La très très grande entreprise de Pierre Jolivet, quatre idéalistes «des justiciers, des vrais, des purs» se rendent à Paris pour trouver des preuves permettant de faire appel et d'augmenter la mince indemnisation que le juge a daigné leur accorder. Les dirigeants des entreprises polluantes «ont beau avoir des costumes 3 pièces, c'est des tueurs». Marie Gillain, aux cheveux mal teints (détail éloquent de sa misère), remarqueironiquement: «Quand les hommes nous donnent des ordres, c'est toujours pour notre bien». Malgré les preuves finalement obtenues et qui s'ajoutent aux rapports d'expertises, de contre-expertises, les avocats surpayés font traîner la justice jusqu'à ce que mort s'en suive. Les pires catastrophes écologiques viennent de la collusion économie et politique mais peu d'œuvres cinématographiques en font leur sujet. Les constats de Jolivet relèvent d'une acuité que des documentalistes n'osent ou ne peuvent étaler.

Coco avant Chanel (Anne Fontaine, 2009), interrompait la récapitulation des étapes de la vie de la grande couturière au moment où elle affirmait son talent. Coco Chanel et Igor Stravinsky de Jan Kounen nous la montre avec sa richesse extrême, sa personnalité intransigeante, sa cruauté redoutable alors qu'elle accueille Stravinsky, son épouse et copiste Katia, leurs quatre enfants dans sa maison de campagne pour que le compositeur puisse se consacrer à sa création musicale Le sacre du printemps. Les sinuosités kaléidoscopiques du générique, le style longiligne de Coco, l'ordre méthodique d'Igor, le luxe des costumes et des décors concourent à une esthétique qui rappelle celle du film The Great Gatsby (Jack Clayton, 1974). Les plongés de la caméra (scène de la chambre de deuil, scène du lit aux draps blancs et noirs), la série de gros plans: Coco dénudée, Katia dans la balançoire, Igor s'enfonçant dans son bain, les différentes scènes de la lecture de la lettre de Katia par elle-même et par Coco, la scène des retrouvailles allégoriques après le générique affirment la force symbolique de la réalisation de Kounen. C'est beaucoup pour une histoire plus circonstancielle qu'amoureuse entre une femme irascible et un homme pleutre. À retenir, les très belles captations du ballet de Nijinsky en ouverture.

«Sois sage» l'impératif assassin de l'adulte abuseur à l'enfant fragile. Sois sage, scénario et 1e réalisation de Juliette Garcias, un film sensible et poétique sur les conséquences de la souffrance; on n'a pas mal sans répercussion. Une jeune fille pleure dans la forêt près d'un château. Quatre mains cessent de jouer du piano, la caméra fixe reste sur le clavier pendant qu'on entend les ordres du père à sa fille. «Tu disais que ça me rendrait forte pour plus tard.» rétorquera-t-elle ensuite. Elle apparaît en reflet dans la vitre d'auto alors qu'il la regarde «Regarde comme je te regarde». Peu de dialogues, que l'essentiel, pour transmettre que le drame qui se prépare a eu lieu. Pour Juliette Garcias, l'inceste est une preuve de désamour qui laisse la victime dans l'impuissance et dans l'incompréhension. Un film d'images cadrées très serrées pour bien se concentrer sur le regard mouillé. Un rythme lent dans un besoin d'absolu. Une silhouette en contre-jour qui s'éclaircit. Le pire, c'est ce qui reste, l'être en charpie, désaxé, la jeune fille obsédée, inapte à vivre. Comment survivre à un 1er amour? L'écrivaine Colette ne déclarait-elle pas: «Il n'y a que celui-là dont on meurt?»

Sylvie Verheyde a misé sur les gros plans du visage de Léora Barbara interprétant le rôle-titre de son œuvre autobiographie Stella. La fillette de 12 ans vit dans le café tenu par sa mère Rosy et son père Serge. Elle y aime Alain Bernard (Guillaume Depardieu), y est abusée par Bubu, un client, y apprend à tirer de la carabine et y lit Balzac. Elle a été acceptée dans un lycée de riches; c'est sa chance, elle en est consciente et admet «J'ai pas les connaissances qu'il faut», elle tentera donc de les acquérir. La très belle scène de la course après l'achat de son 1er livre Les enfants terribles de Cocteau exprime avec lyrisme son enthousiasme à s'instruire. Quand elle lit Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras, elle pleure en considérant que l'auteure «Elle parle à ma place. Je ne peux plus m'arrêter de lire». Elle adore son père (interprété par le chanteur Benjamin Biolay, nominé pour le César du meilleur acteur dans un second rôle) elle se couche sur le tapis pour dormir près de lui et prend son arme pour chasser Yvon l'amant de sa mère. Entre ses idoles Sheila et Alain Delon, avec ses amies Gladys et Geneviève, du café au lycée, elle garde une volonté d'apprendre, de vivre, tout en confiant: «J'ai peur de tout. De tout, tout le temps». Chef d'œuvre de sensibilité.

Le matin, après 2 verres de vin blanc, chancelant, somnolant, Hervé Chabalier arrive pour un luxueux séjour de 5 semaines en désintoxication où tous se tutoient. Le dernier pour la route est l'adaptation d'un récit autobiographique. Dans toute sa beauté et son élégance, François Cluzet incarne la déchéance du correspondant de guerre qui parlait de justice et de paix mais n'était pas là pour aider son fils à améliorer ses revers au tennis. Quelques flash-back, un film d'archives, un monologue de souvenir, des dialogues de réflexions à travers des données scientifiques et des possibilités d'espoir. Hervé, qui carburait à son métier de directeur d'agence de presse, déclare: «Je ne buvais plus pour être bien mais pour ne plus être mal».

Gérard Lanvin incarne Frank, reporter kamikaze à la radio qui doit aboutir en Jordanie avec Poussin, un technicien qui jette les billets d'avion à la poubelle. Dans Envoyés très spéciaux, le duo simule donc des reportages dans un sous-sol. Rapidement, le gouffre s'approfondit à mesure que l'invention s'amplifie. Réalisée par Frédéric Auburtin, qui avait donné à Gérard Depardieu un de ses plus beaux rôles dans Un pont entre deux rives (1998), la comédie efficace dans un rythme soutenu, où les faux otages deviennent de vrais détenus, supporte la satyre du délire médiatique et de la manipulation des consciences. Lanvin interprète aussi Alex, des services secrets français, dans le drame d'espionnage Secret Défense . Le réalisateur et scénariste Philippe Haïm a su éviter le piège du déferlement de cascades pour miser sur l'intrigue révélant l'absence de scrupules et l'énormité de la manipulation. Contrastant avec la méchanceté de chacun des protagonistes des clans opposés, les français et les arabes, la naïveté de Diane (Vahina Giocante) et de Pierre (Nicolas Duvauchelle) les mènera à leur perte. À remarquer: la scène du changement d'apparence de Diane dans le métro et le générique en mosaïque de Batmanu.

D'autres parts, l'événement Prends ça court a célébré son 10e anniversaire avec la projection de 9 courts métrages précédés de la bande annonce de Nicolas Roy qui a excellé dans le revirement de situation extrême. Il a aussi réalisé Jour sans joie avec une grande acuité pour les dialogues du trajet ahurissant de François, le salaud qui pleure en cachette. Nicolas Bolduc a pris des années avant de réaliser l'autoproduction de l'enthousiasmant King Chicken dans lequel il démontre l'effet tonique de sa maîtrise de la bande sonore, la mise en scène, les accessoires et la direction d'acteurs. Dans la magnifique scène finale, le sourire de Fanny Mallette illumine cette comédie tendre sur le désir d'amour. Dans la tristesse implacable de Danse macabre de Pedro Pires, AnneBruce Falconer, avec la larme de la morte, la position fœtale et les mouvements qui semblent involontaires, exprime les violences faites au corps d'une femme suicidée. Transmettant le trouble bouleversant de la rupture et le besoin de stabilité dans Les mots Ivan Grbovic alterne les gros plans rapides au magasin et le plan fixe avec François et la statue. Habile dans la représentation métaphorique, il achève avec l'emblématique chemin à continuer grâce à l'amour toujours possible. Dans Léger problème Hélène Florent communique, à travers le dénouement d'une situation farfelue, un sens profond et rassurant; elle a su faire rire et faire ressentir. Dans La vie commence, Émile Proulx-Cloutier établie une tension psychologique et dramatique à travers la difficile thématique de la dichotomie vie/mort. Dans un dosage d'autant plus efficace que les repères sont ténus, il joue avec les possibilités des circonstances pour mieux déconcerter, stupéfier, émouvoir. Avec la réplique: «Soyez pas triste, ça sert à rien» il démolit une structure de pistes supposées pour établir l'autre aboutissement de la série de gestes précis cadrés avec minutie. Sa manipulation de la charge significative foudroie et terrorise en charriant l'ampleur d'une tragédie. Il nous prouve qu'on ne traite pas banalement et impunément de suicide en nous assénant l'éblouissante révélation de l'amour qui sauve la vie. Dans Le technicien, Simon-Olivier Fecteau répare la misère du monde. Du conflit centenaire des rebelles sudistes à l'enfant disparue retrouvée en forêt en passant par le remède qui guérit le cancer, il actualise le rêve d'un monde meilleur. Il provoque l'étonnement, dessine le sourire, conforte l'espoir à travers son constat de la réalité internationale trop souvent banalisée. Prends ça court contribue à ce que nos écrans resplendissent d'un cinéma de qualité.

EN SALLES

Avec un sens de l'anecdote pittoresque, Mira Nair a réalisé Amelia, qu'incarne avec le talent qui a fait sa renommée, la doublement oscarisée Hilary Swank. Femme inspirante par son courage, son féminisme, sa détermination, la pilote Amelia Earhart a rencontré Eleanor Roosevelt, l'a fait piloter la nuit, a écrit plusieurs carnets, fut la première femme à traverser seule l'Atlantique et le Pacifique, a réuni un groupe de 99 aviatrices et a déclaré: «I want to be a vagabond of the air». Une personnalité aussi extraordinaire aurait mérité une évocation plus audacieuse mettant en évidence l'idéologie de l'époque et les caractéristiques de ses exploits.

EN SOUVENIR

«Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie.» Le personnage Antoine Doinel (interprété par Jean-Pierre Léaud dans 5 films) est souvent considéré comme l'alter ego du grand réalisateur François Truffaut (1932-1984). C'est oublier Bertrand (Charles Denner) le monsieur de la citation précédente dans L'homme qui aimait les femmes (1977) inspiré de Fergus (Charles Denner) qui enregistre le bruit des bas de soie d'une amie qui croise les jambes dans La mariée était en noir (1968) et Julien (Jean-Louis Trintignant) qui, confiné à la cave de son agence immobilière, occupe son temps à regarder les jambes des femmes passant devant le soupirail dans le dernier film de Truffaut Vivement dimanche (1983). Et bien sûr, Lucas, lui aussi caché dans une cave, celle de son théâtre pendant la 2e guerre, dans Le dernier métro (1980) qui dit à Marion (Catherine Deneuve) au bas d'un escalier qu'ils vont monter: «Tu crois que je te fais passer devant moi par politesse? Eh bien pas du tout: c'est pour regarder tes jambes».