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Chronique cinéma
janvier 2010

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

EN ENTREVUE

« C'est toute une souffrance. J'aimerais ça que l'Histoire ne se répète jamais ». Otilia -Sorina Tunaru, co-organisatrice, assistante-directrice artistique et femme engagée avec ferveur dans la tenue du Festival du Film Roumain à Montréal, se consacre à « transmettre les richesses de la Roumanie et les derniers témoignages de ce qu'on a vécu pendant les 50 ans de communisme. Il faut qu'on sache à l'extérieur du pays le trauma qu'on porte toujours en nous. C'est viscéral. Le cinéma et la littérature en font une synthèse. On sent le besoin de créer. » Elle évoque des faits pénibles : « La prison, la torture des intellectuels, leur rééducation. C'était très répandu mais ce n'est pas connu. Ceux qui en sont ressortis ne peuvent oublier les tortures. Les prisonniers politiques travaillaient à la construction. Les intellectuels ont participé à de grands chantiers pour leur vider la tête. On ne pouvait pas penser librement. Ça a beaucoup touché les intellectuels ». Du 3 au 6 décembre 2009, des films ont été projetés dont certains avec des sous-titres en français mais, les allocutions, les échanges et les périodes de questions, au contraire d'autres festivals (Cinémania, FFM), se déroulaient sans traduction ce qui empêchait malheureusement la transmission de l'information auprès des gens qui ne parlent pas roumain.

 

 

 

 

BANDES ANNONCES

  • Pour toujours les Canadiens (Sylvain Archambault, 2009)
  • The private lives of Pippa Lee (Rebecca Miller, 2009)
  • The young Victoria (Jean-Marc Vallée, 2009)
  • Noémie le secret (Frédérik D'Amours, 2009)
  • Polytechnique (Denis Villeneuve, 2009)
  • The right stuff (Philip Kaufman, 1983)
  • Shawshank Redemption (Frank Darabont, 1992)
  • Gilda (Charles King Vidor, 1946)
  • Elisabeth (Shekhar Kapur, 1998)
  • Tumultes (Bertrand van Effenterre, 1990)
  • La Bonne Année (Claude Lelouch, 1973)
  • Un homme qui me plaît (Claude Lelouch, 1969)
  • Un homme et une femme (Claude Lelouch, 1973)
EN ANALYSE

Les caractéristiques de notre sport national émaillent le scénario du film Pour toujours les Canadiens. Sur un scénario de Jacques Savoie, Sylvain Archambault a réalisé un conte de fée dans lequel tout ne va qu'en s'améliorant. Deux trames sont développées : un rappel historique et un drame contemporain. Benoît, un documentariste, procède à un montage d'archives qui présente, entre autres, Maurice Richard, le symbole des francophones, ces gagne-petit, ces locataires, ce peuple ravalé qui persistait à exister et qui allait affirmer ses droits : « On voulait gagner avec lui. La Révolution Tranquille, c'est avec lui que ça a commencé » se remémore Gerry, le chauffeur de la zamboni, avec William, 17 ans, qui joue dans une équipe de hockey. Le jeune rencontre Daniel, 10 ans, en attente d'une transplantation de rein.

Au Québec, le hockey galvanise la collectivité, solidifie l'identité, favorise la sociabilité, attise passion, rivalité, persévérance et esprit d'équipe. Le film essaime le langage particulier « il est né avec des patins dans les pieds », « Go Habs Go », « du beau hockey », « Flanelle », « Ça sent la coupe ». Il montre des accessoires des collectionneurs : rondelles et cartes. Il évoque des surnoms : le rocket, le démon blond, Flower. Il fait visiter les lieux pittoresques tels que le vestiaire et la patinoire de quartier sans oublier de faire voir les incontournables du spectacle : les ?scalpers? et la zamboni. Il est question de ?moyennes? avec les chauffeurs de taxis qui écoutent la partie à la radio. Le merveilleux est introduit lors de l'échange de cartes entre Daniel et Gabriel. La déification (car le film dépasse l'idéalisation) est amplifiée avec la contre-plongée qui va des bottes du joueur dans le couloir de l'hôpital jusqu'à son visage; cette séquence rappelle la marche des 7 astronautes dans The right stuff (P. Kaufman, 1983). La sursaturation d'effets sympathiques est atteinte lorsque Saku Koïvu daigne prononcer quelques mots en français. Le scénario a évité les habituels écueils précédant le dénouement tels que rechute de l'enfant malade et abandon du jeu par le jeune; sans revirement de situations, le déroulement vers l'apothéose est constant. Le point culminant de l'événement rassembleur achève le film dans un montage parallèle : la partie disputée est actuelle et le public enthousiaste est celui d'autrefois. Tout est bien qui finit mieux, la fée Hockey exauce tous les vœux.

Conte pour femmes maintenant. La protagoniste de The private lives of Pippa Lee, la parfaite épouse de Herb, son aîné de 30 ans, la mère dévouée de 2 jeunes adultes, l'amie fiable de Sandra, la ménagère exemplaire, déclare à propos du fromage qu'elle sert à ses invités : « I was so excited to find it at the market ». Son existence préfabriquée est soudainement traversée par des épisodes de somnambulisme, des réflexions sur son passé et l'arrivée d'un voisin qu'elle voit pour la 1e fois torse nu et qui est incarné par Keanu Reeves; la suite des choses est prévisible. Le rôle et la réalisation donnent à l'acteur l'occasion d'incarner le personnage de l'amant romantique. Dans Shawshank Redemption (F. Darabont, 1994), Red veut revoir la scène du film Gilda (C.K. Vidor, 1946) quand Rita Hayworth fait « son truc avec les cheveux » dit-il ; des femmes voudront regarder encore la scène du beau Keanu qui commence à prier en… se déshabillant.

Pippa a été l'unique fille de sa mère qui avait eu 4 fils avant elle. De cette femme intoxiquée aux médicaments, elle se rappelle « I nerver knew who she's gonna be from one minute to the next » avant d'ajouter « If I could ask anything : one more afternoon with my mother ». Une tristesse inquiète augmente à mesure que les certitudes de Pippa s'estompent, que ses acquis se brisent et que ses déceptions augmentent. Rebecca Miller, la réalisatrice, a basé son scénario sur le roman qu'elle a écrit. Elle a convié une distribution infaillible, dont Maria Bello, Alan Arkin, Julianne Moore, Monica Belluci, alors que Robin Wright et Blake Lively se partagent le rôle de Pippa. La narration fonctionne d'après de constants flashback : le passé du personnage est prépondérant et la jeune actrice excelle à transmettre la vulnérabilité de Pippa en errance jusqu'à sa rencontre avec Herb dont elle partagera l'ombre plus que la lumière. Elle accédera à l'affirmation de ses choix dans une libération représentée par une séquence d'animation. Brad Pitt a contribué à la production de ce portrait de femme qui commence avec l'amer « I've had enough of being an enigma, I want to be known » et se termine avec l'enthousiaste « All I know is this is just the begining ».

Jean-Marc Vallée a précisé les lieux, contextualisé les enjeux politiques et fignolé la mise en scène de The young Victoria en misant avec raison sur le talent de Emily Blunt. Manigances larvées, chapeaux fleuris, manipulations mesquines, coiffures frisées, suspicion constantes et robes élégantes se mélangent à l'ajustement de la perruque du laquais et à l'alignement des verres par le serviteur. Vallée a suggéré que l'opulence des riches n'était possible que dans la servitude des pauvres particulièrement lorsque la Duchesse de Kent frappe sa camériste. L'évocation des débuts de cette reine d'Angleterrre succède au film Elisabeth (S. Kapur, 1998) qui n'avait pas lésiné sur l'énormité des intrigues et complots de la prédécesseure de Victoria qui se référera à elle en rappelant qu'elle avait gouverné seule. Le scénario de Julian Fellowes s'est aussi attardé à montrer les tractations et hypocrisies qui entourent l'accession au trône de la jeune reine. Qui va la contrôler? Sir John Conroy (solide interprétation de Mark Strong) s'y essaie et Vallée nous le montre la brutalisant. Le roi Léopold utilise son neveu, le Prince Albert, cousin de Victoria. Mais elle discerne et conclue qu'elle ne peut avoir confiance en les autres et elle refuse d'être influencée et de déléguer le pouvoir. « I am stronger than I look. » Le Prince Albert est présenté comme celui qui sensibilise la Reine au sort des travailleurs et des démunis. Le gros plan de Conroy est balayé par celui d'Albert. Il devient l'époux et père des neufs enfants qu'elle aura. Vallée a travaillé les cadrages et les avant -plans en toiles de maître avec dynamisme. Il a aussi imbriqué le déroulement de 2 situations dans le montage pour bien transmettre les intentions et les résultats. Dans ce film annoncé comme une histoire d'amour triomphant, Vallée a immiscé la place prépondérante des perfidies politiques perpétrées par des obsédés du pouvoir.

EN FAMILLE

Le film Noémie le secret de Frédérik D'Amours est basé sur les romans de Gilles Tibo. Après avoir partagé un souper chic avec la voisine Madame Lumbago, en portant une robe bleue de princesse, la fillette de sept ans, jouée par la photogénique Camille Felton, entreprend une chasse au trésor qui l'entraînera dans des péripéties aboutissant à une redéfinition d'elle-même et des gens qu'elle aime. La chanson du générique final conclue : « Le vrai trésor c'est toi ».Des répliques portent à réfléchir : « J'aime ça que tu sois ma maman ». Des séquences d'animation induisent le merveilleux ainsi que les apparitions du fantôme d'Émile Lumbago. Les parents constateront que ce film allie aventures rocambolesques et réalisme historico-social : les enfants bénéficieront d'une représentation qui s'accorde aux défis que la vie leur propose dans la nécessité d'admettre les vérités déterminant leur existence. Il ne faut pas révéler le dénouement mais il importe de mentionner que la fin suggère de protéger les enfants des édulcorations, des mensonges, des dissimulations en disant les réalités qui les concernent même si « trouver la vérité dans quoi que ce soit c'est jamais une affaire ben ben reposante ».

EN CONFÉRENCE

Le film Polytechnique a été fait sans le financement de Téléfilm. Des femmes à Téléfilm ont refusé qu'il soit financé. C'est un exploit ce film-là » a déclaré Francine Pelletier, documentariste, lors du Colloque international La tuerie de l'École Polytechnique 20 ans plus tard tenu du 4 au 6 décembre 09 et lors duquel il fut question du seul film de fiction québécois relatant le terrible événement. « Moi aussi je l'attendais depuis 20 ans ce film » a renchérit Mélissa Blais, auteure de la conférence Négocier la représentation de la tuerie du 6 décembre 1989 : une analyse du film Polytechnique et du livre J'haïs les féministes. Elle a ajouté : « il est de moins en moins possible de dire 20 ans plus tard que le crime de Marc Lépine n'est pas misogyne ». Ce tueur représente plus que son individualité. Il a été un résultat et un catalyseur. Nommer le sens de son crime politique et symbolique permet de le lier à la réalité systémique de la violence faite aux femmes et aux féministes.

Déjà en 1990, le réalisateur français Bertrand van Effentere, connu pour l'élaboration de ses personnages féminins, traitait des 14 meurtres de la Poly dans son film Tumultes. Au Québec, ce n'est qu'en 2009 qu'est sorti le film Polytechnique, un projet de Karine Vanasse, scénarisé par Jacques Davidts et réalisé par Denis Villeneuve. Le cinéaste a fait marcher le tueur devant l'affiche «Party» sur le mur de l'école exprimant le paradoxe plaisir/meurtre mais il ne s'est pas vautré dans l'exaltation de la violence, il n'a évoqué que 5% de celle qui a eu lieu, ainsi, il n'a pas reconstitué le meurtre de Maryse Leclair que Lépine avait tirée et qu'il a achevée à coups de couteau quand elle demandait de l'aide ; de plus, certains coups de feu sont tirés dans des scènes sans son et aucune victime ne meurt devant la caméra. À la fin, dans un zoom out gisent une victime et le tueur réunis en silence dans une mare de sang ; le couple de la mort. Puis, une survivante annonce à son amoureux qu'elle est enceinte ; parole de femme, suggestion du liquide amniotique, le couple de la vie. Le film de 77 minutes, en noir et blanc, dans lequel la position de la caméra parfois inattendue, originale, induit un autre rapport à la réalité ,est maintenant disponible en DVD.

EN PRÉPARATION

Les profits du 3e ciné-bazar de Médiafilm permettront d'amener au cinéma des élèves du secondaire issus de milieux défavorisés. Réunissant plusieurs exposants, l'activité se déroulera le samedi 6 février 2010 de 9h à 16h à l'Église Saint-Stanislas-de Kostka, 4816 rue Garnier (angle Saint-Joseph) à Montréal. Amateurs de cinéma, on s'y retrouve?

EN SOUVENIR

« Tous mes films s'inspirent un petit peu des parfums du moment. On sentait véritablement que les femmes avaient envie de nous dire : Écoutez, faites-nous confiance. Vous allez voir, on peut être aussi bien que vous et même mieux. J'ai pensé donc à cette histoire d'amour. » Claude Lelouch a tourné en 1973 La Bonne Année avec la 1e caméra portable qui permettait la captation simultanée du son ce qui avantageait sa démarche de cinéaste misant tellement sur ses interprètes, leur ressenti, leurs improvisations. Déjà, en 1969, dans la scène finale d'Un homme qui me plaît le talent d'Annie Girardot signait la réussite du film. Ainsi que dans Shawshank Redemption, La Bonne Année inclut une scène dans laquelle des prisonniers regardent un film. Simon (Lino Ventura), incarcéré pour cambriolage, voit une autre réalisation de Lelouch, Un homme et une femme (1966). Avant sa capture, il a rencontré une antiquaire interprétée par Françoise Fabian qui irradie de beauté dans le personnage d'une amoureuse aussi indépendante qu'absolue. En vous souhaitant une Bonne Année dans l'amour partagé du cinéma, dans le rayonnement de celles et ceux qui expriment l'importance de protéger la vie et de faire la paix, je rappelle ce que Simon dit à son complice en parlant de Françoise : « Tu sais que c'est très joli une femme qui parle, et qui parle bien? »