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Chronique cinéma
mai 2010

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

«Maman tu es la plus belle du monde» chantait Luis Mariano incarné par l'acteur Laszlo Harmati dans le film Le huitième jour (Jaco Van Dormael, 1996). Le 9 mai, la fête des mères est célébrée. Entre autant d'obligations que d'interdictions selon les contextes, la relation maternelle reste le lien viscéral et affectif dont dépend la continuation de la vie. Maintenant, cette relation intéresse des documentaristes tels que Magnus Isacsson et Nance Ackerman qui y font allusion; elle influence aussi la production cinématographique ainsi que le prouvent Yuri et Samuel Gagnon avec Looking for Anne. De plus, la force de ce lien chez les animaux a inspiré le cinéaste Harold Arsenault.


EN ENTREVUE

«Je marchais 12 à 13 kilomètres par jour. J'avais un bon équipement et du temps.Avec les animaux, ça prend beaucoup de temps. J'étais seul à filmer car c'est plus facile pour approcher les animaux» me disait Harold Arsenault, producteur et réalisateur du superbe film L'amour au pays des orignaux. Il a utilisé une grue portative avec des poids, fait du camping durant des semaines et tourné pendant une période de 2½ à 3 ans dans le Parc de la Gaspésie. «Avec ma caméra HD Sony, je tournais le matin parce que pour la lumière c'est plus beau. Puis, le montage chez-moi, à l'ordinateur, s'est échelonné sur 1 an». Avec son regard patient, respectueux, amoureux de la nature, il affirme l'importance de protéger les êtres et la terre qui les abrite : «La chasse élimine les meilleurs géniteurs et on ne sait pas les conséquences de ça».

Harold a su amalgamer silence contemplatif et narration instructive. En suivant Giju', nom du vocabulaire Mi'kmaq pour la femelle orignal devenu le personnage dramatique du film, il présente d'autres espèces qu'il observe à la saison des amours et des naissances : les renards restent étreints même en changeant de position d'accouplement, les grenouilles du Nord maintiennent leur union pendant des jours et, syllepse naturelle, les demoiselles s'agrippent dans un symbole cordiforme (cœur).

Il travaille avec des gros plans, pour détailler, et des zooms out, pour contextualiser; du gros plan de l'œil inquiet de Giju', il nous amène à la voir affaissée dans la neige, épuisée avec son gros ventre. Par un accéléré, il annonce la terre dénudée à la fonte des neiges.

Giju' a accouché d'un petit, Gwi's, qu'Harold accompagne dans sa croissance quand il boit l'eau de la vasière pleine de minéraux. Plus tard, Gwi's sera repoussé par sa mère qui aura enfanté à nouveau. À 16 mois, il se sert de ses bois : «Sa présence ici est tout à l'honneur de Giju'. Elle a su mener à l'indépendance un jeune plein de vigueur qui peut-être un jour, deviendra le mâle dominant du territoire». Belle et rare réflexion.

D'ailleurs, l'histoire, racontée par Isabel Richer, ne cesse de receler des préceptes de sagesse, des leçons de vie : de cette phrase «la nature est en constante recherche de l'équilibre» jusqu'à la magnifique finale : «Cette forêt, cette terre du Nord est celle de Giju'. Elle est mère et comme toutes les mères, elle possède le plus grand de tous les pouvoirs, celui de donner la vie, celui d'aimer.»

«Quand j'ai lu le scénario, à la fin, je pleurais» se souvient Daniel Pilon qui interprète le sympathique Jeff dans Looking for Anne de Takako Miyahira. Film canado-japonais, à la réalisation soignée, An wo sagshite (titre au Japon) aboutit le rêve porté pendant plus de 20 ans par la productrice Yuri Yoshimura-Gagnon. Elle a collaboré avec le réalisateur Claude Gagnon depuis Keiko (1979), film éloquent de sensibilité. Son fils, Samuel Gagnon, producteur, a créé la compagnie Zuno Films en 2000. Relativement à son enfance avec des parents aussi actifs en cinéma, Samuel m'a déclaré : « j'ai un peu grandi dans la pellicule comme on dit».

Lors de son enfance, Yuri, elle, a vécu, dans l'influence du livre Anne…la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery; c'est au Japon que ce livre canadien a eu le plus de succès. Elle a co-scénarisé Looking for Anne. Dans ce film, Anri, 17 ans, séjourne à l'Île-du-Prince-Édouard; elle veut retrouver le soldat canadien qui donna un exemplaire du livre Anne…à Shizuka, sa grand-mère, afin de lui remettre une lettre adressée à lui d'après les personnages amoureux dans l'intrigue de Montgomery : «To my Gilbert from his Anne». À sa quête se greffent des personnages dont Jeff, le voisin philosophe et romantique, et son fils Ryan, qui devient le premier amour d'Anri.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS en analyse :

L'amour au pays des orignaux Harold Arsenault, 2010
Looking for Anne Takako Miyahira, 2009
Les Super Mémés Magnus Isacsson, 2010
Haut comme trois pommes-Four feet up Nance Ackermann, 2009
Shirley Adams Olivier Hermanus 2009
Women in Shroud Farid Haerinejad et Mohammad Reza Kazemi, 2009
Bhopal Sylvie Joly, 2010
Traces et Mémoire-The Memory Box W. Schoenfeld et S. Auerbach, 2010
Opération survie Érica Pomerance, 2010
Les amants de l'ombre Philippe Niang 2009

FILMS RÉFÉRÉS au cours de l'analyse :

Le huitième jour Jaco Van Dormael, 1996.
Keiko Claude Gagnon, 1979
Le viol d'une jeune fille douce Gilles Carle1968
Malpertuis Harry Kümel 1971
Brannigan Douglas Hickox 1975
La guerre des Tuques André. Melançon, 1984
Le cercle – Dayereh Jafar Panahi, 2000
Tabous Mitra Farahani 2004
Les chats persans Bahman Ghobadi 2009
Wag the dog Barry Levinson, 1997
Hard time : the David Milgaard story S. Williams, 1999
93, rue Lauriston D. Granier-Deferre, 2004
Stavisky Alain. Renais, 1974
L'affaire Seznec Yves. Boisset, 1993

La trame narrative favorise le développement de plusieurs enjeux dont ceux, historiques, de la bombe atomique au Japon et les effets de ses radiations. Délivrant simultanément un message pacifiste, tout le film s'accorde avec le début : le gros plan d'une rose pâle suivi d'un travelling panoramique au-dessus de l'eau; du très petit au très vaste, d'une histoire individuelle à celle d'une nation. Les thèmes sont nombreux (amitié, sororité, fidélité, sexualité, traumatisme, décès) mais imbriqués et développés avec habileté assurant un impact émotif dans une finale en crescendo.

Pour l'interprétation de son personnage, Daniel Pilon a appris la clarinette avec une vidéo du doigté. Au cours de sa carrière amorcée grâce à Gilles Carle (avec un film dénonçant la cruauté insouciante de 2 agresseurs et de leur sœur complice, Le viol d'une jeune fille douce, 1968), il a côtoyé Orson Welles (Malpertuis, 1971), John Wayne (Brannigan, 1975) et vécu sur les collines d'Hollywood. L'Art inflige des souffrances à la mesure de l'implication qu'on lui consacre et les déboires ont aussi jalonné son parcours. Toujours tributaire d'un physique au charme foudroyant, il continue à miser d'abord sur son talent de comédien dans un jeu aussi fort que subtil. La solidité et la sincérité qu'il confère au personnage de Jeff contraste avec la sensibilité et la discrétion transmises par la jeune Honoka qui interprète magnifiquement avec nuances la fébrile et ravagée Anri. Déjà, Looking for Anne de Takako Miyahira a remporté les Prix de la meilleure réalisation et du meilleur film au Festival des 1es œuvres de Singapour.

EN ANALYSE

«Nous sommes vouées à la sauvegarde de la beauté du monde. Nous manifestons pour la paix, l'environnement et la justice sociale.» Louise-Édith Hébert, fondatrice du mouvement Mémés Déchaînées, nous interpelle en demandant : «Est-ce que nous sommes des instruments de paix?» Le cinéaste Magnus Isacsson a consacré 6 ans au film Les Super Mémés, véritable hommage aux femmes qui, depuis 25 ans, malgré les insultes, les dangers, les arrestations, protestent en composant des chansons, en portant des costumes significatifs et colorés, en réclamant que les gouvernements cessent de gaspiller nos ressources, notre argent et, surtout, les vies humaines.

Pour promulguer leur idéal : «un monde où tous ont une bonne vie», les Mémés Déchaînées se sont rendues à Montebello en 2007 quand Bush, Harper et Calderon discutaient avec 30 chefs d'entreprise de leur Partenariat pour la Sécurité et la Prospérité , l'opaque PSP. Isacsson a filmé l'armée qui avançait en rangs serrés et les Mémés obligées de s'éloigner en chaise roulante. Mais, puisque rien ne les arrête, elles rament en canots sur la rivière des Outaouais en chantant leurs revendications jusqu'à ce qu'un hélicoptère de l'armée les survole. Le gouvernement, lui, a compris qu'il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des mémés alors que les télédiffuseurs ont tous refusé le film ; une exception s'est démarquée : Line Richard de Canal Vie.

Le gouvernement coupe de plus en plus dans les programmes pour celles qu'on nomme méchamment «les vieilles», celles «qui font pitié», celles qui «ont des absences». Non seulement ont-elles des valeurs absolues et des facultés analytiques mais, elles conscientisent les gens et transmettent une rare vitalité aux jeunes qu'elles enthousiasment en les inspirant.

Lors de la première au Festival de films sur les droits de la personne de Montréal, le FFDPM, elles nous ont gratifié d'un spectacle. «Nous ne sommes pas de vieilles mauviettes» clament-elles et elles le prouvent. Interrogée sur son passé d'activiste, Marguerite Bilodeau, qui a reçu la Médaille de la Paix 2008, a répondu, comme seule une maman peut le faire : «J'ai élevé mes enfants. Ça c'est militer pour vrai». Les femmes constituent la majorité des personnes âgées et elles ne sont pas entendues alors qu'elles ont une expérience de vie dans laquelle elles ont privilégié l'amour et le dévouement. Les Mémés Déchaînées prouvent que les femmes âgées ont un rôle exemplaire et indispensable à jouer dans la société : celui de nous rappeler l'importance des valeurs humaines, des ressources naturelles et de la justice sociale.


D'origine mohawk, la photographe et cinéaste Nance Ackerman a rencontré Isaiah, 8 ans, «pour comprendre la pauvreté dans un pays entouré de richesses». 20 ans après la résolution de la Chambre des communes pour élimer la pauvreté des enfants au Canada, la réalisatrice a constaté que «la pauvreté a plusieurs visages même chez les pays les plus riches du monde». Son documentaire Haut comme trois pommes- Four feet up résulte de 2 ans de tournage avec Isaiah et sa famille. Près de champs cultivés magnifiques, de vergers automnaux abondants, la famille d'Isaiah et une partie de la population de la vallée de l'Annapolis, en Nouvelle-Écosse, n'ont pas accès à une alimentation saine et constante.

Dans une séquence particulièrement forte, Ackerman montre l'enfant et sa mère qui pousse son chariot pour aller chercher les dons de la banque alimentaire; en maintenant le même cadrage au fil des saisons, elle met en évidence le contraste entre la mère nécessiteuse et les joggers et les cavaliers de l'Annapolis Valley Hunt Club qu'elle croise sur la même route. Dans une autre prise de vue éloquente, elle transforme un gros plan d'Isaiah en un panoramique en plongée révélant l'environnement du garçon : il est dans le chariot au milieu de la rivière polluée par des pneus, des bottes et de nombreuses saletés. Lors de son anniversaire, il dit sans sourire qu'il a une belle fête : sa mère est partie à l'hôpital à cause d'une infection rénale et il joue seul au parc.

Affectueux, intelligent et sensible, Isaiah cumule des A et des A+ dans son bulletin. À Noël, il lui importe de donner des cadeaux, il ramasse des sous pour les envoyer aux enfants d'Afrique, il aime photographier, prendre soin de Nadia, sa grenouille du ravin, et dessiner sa mère, Jennifer, avec laquelle il voudrait passer plus de temps tout en n'osant pas lui en parler car elle a d'autres enfants plus jeunes que lui. Enceinte trois fois alors qu'elle prenait la pilule, après sa 4e grossesse, on lui a refusé la ligature des trompes parce qu'elle n'a que 25 ans.

Debra Reimer offre une aide psychosociale en consacrant du temps à Isaiah et en appuyant sa famille. Elle déplore : «Ils ont toujours à se battre pour avoir ce qu'ils ont et personne ne se soucie d'eux. Moi aussi je serais furieuse». Les préjugés constituent un obstacle permanent qui cause l'impossibilité de nombreuses opportunités. Le potentiel personnel d'Isaiah est extraordinaire mais le constat de sa misère situationnelle révélé par Ackerman constitue un portrait qui déchire le cœur.

Donny, lui aussi, prétend être heureux de sa fête d'anniversaire. Dans le film de fiction, Shirley Adams, projeté lors de la 26e édition de Vues D'Afrique PanAfrica international, une mère se dévoue pour son fils tétraplégique à la suite d'une fusillade lors d'une guerre de gangs dans le terrain où il jouait avec des amis après l'école. Oliver Hemanus a filmé l'actrice Denise Newman en plaçant la caméra derrière elle et en captant les soins rituels qu'elle dispense à son fils par-dessus son épaule : vider le sac d'urine, préparer les œufs, l'allonger dans son lit après l'avoir lavé, jusqu'à ce que la misère la pousse à voler au supermarché. L'interprétation minutieuse de Newman l'amène à suggérer davantage par son attitude circonspecte que par d'évidentes manifestations. L'univers claustral, où se confine la plupart de l'action, transmet l'impossibilité de recours pour la mère, qui trouve un bonheur à se consacrer à son enfant, et l'absence d'espoir pour le fils qui tente de se suicider. Le résultat, à la fois efficace et lyrique, est tributaire de la vigilance du réalisateur et du talent de tous les interprètes. Un grand film qui mise davantage sur l'attention et la retenue que sur les démonstrations et les effets.

Dans une région enclavée du Mali, les grossesses précoces et le manque de soins à l'accouchement contribuent au problème de la fistule obstétrique qui survient après des césariennes lors desquelles le bébé meurt. La Docteure Danielle Perreault a accompagné la cinéaste Érica Pomerance dans des villages Dogon. Les photos de la Docteure réunies dans l'exposition La maison de l'espoir et le documentaire de la réalisatrice Opération survie témoignent de la nécessité d'augmenter l'éducation populaire afin qu'une parturiente après dix heures de travail soit amenée dans un centre pour recevoir des soins. Lorsque l'accouchement se prolonge pendant 3 à 4 jours, la femme perd son enfant et est exclue à cause de son problème de santé. Il faut une opération, une convalescence de 3 mois et, parfois, une 2e opération. Les femmes accouchent depuis les débuts de l'humanité et pourtant aujourd'hui à travers le monde une femme par minute meurt de complications liées à la grossesse ou à l'accouchement. Le contrôle de leur vie sexuelle et génésique n'est pas un acquis pour toutes les femmes.

«La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal» déclarait un des jumeaux Leroux dans l'indémodable La guerre des Tuques (A. Melançon, 1984). La guerre, c'est une raison pour s'approprier des ressources naturelles, pour éradiquer une population et pour accentuer des discriminations. Dans Les amants de l'ombre, à l'arrivée des soldats américains en France après la 2e guerre mondiale, la violence contre les femmes, déjà établie par les codes sociaux, a trouvé sa justification et son augmentation. Les femmes qui faisaient l'amour et non la guerre étaient tondues sous prétexte de «rendre justice et honneur à la Patrie que ces femmes ont souillée». Au début du film, Louise, à bicyclette, croise les Allemands qui s'en vont laissant la place aux libérateurs. Mais, l'armée victorieuse n'a pas vaincu le racisme dans ses rangs. Deux soldats afro -américains, Gary et Sidney, connaissent des Françaises. Louise devient amoureuse de Gary, Gilberte de Sidney et Blanche, elle, a aimé Karl, un allemand. Sidney est accusé d'avoir violé Gilberte et est pendu. Gary crache sur Gilberte qui pleure la mort de son amant. Louise et Blanche sont stigmatisées sur la place publique. Relativement à la sanction de ces amours interdites, ce sont des procès du plaisir féminin que faisaient les FFI sous les harangues de la population et ce sont des méthodes du Ku Klux Klan que perpétraient les autorités militaires. Dans le rôle de Mathilde, la belle-mère qui subtilise à sa bru les lettres d'amour envoyées par son fils parti à la guerre, Delphine Rich est fascinante de talent. Par contre, l'accent louisianais qu'a tenté Anthony Kavanagh n'a rien de constant ni de crédible. À la fin du film, Louise, à bicyclette, croise les Américains qui s'en vont.



EN PRISON

Le matin, des iraniennes viennent de sortir de prison. Le soir, elles y sont à nouveau. Jafar Panahi dans Le cercle – Dayereh (2000), Lion d'or à la Mostra de Venise en 2000, filme les femmes qui passent le relais narratif de cet inextricable accablement, de cet inévitable enfermement, de cet inéluctable aboutissement qui mènent l'accouchée dans une cellule parce qu'elle a donné naissance à une fille. Dans cette prison se côtoieront la célibataire enceinte, la femme qui a circulé seule dans les rues et la prostituée qui doit payer le loyer. Le réalisateur des longs plans séquences et des courses dissimulées dans les dédales a lui -même connu la prison en 2009 pour avoir assisté à une cérémonie à la mémoire de Neda Agha Soltan tuée lors des répressions policières postélectorales. En mars 2010, Panahi a encore été arrêté et, au moment d'écrire ces lignes, son sort n'est pas connu même de sa famille qui dément les allégations du ministre iranien de la Culture ayant déclaré que Panahi s'apprêtait à tourner un film anti-régime.

Mitra Farahani, réalisatrice du film Tabous (2004) a déjà été emprisonnée elle aussi; dans son film, elle exprimait que sous des apparences prudes la population iranienne dissimule des comportements sexuels prohibés officiellement. Clandestinement aussi des groupes rock jouent dans des concerts filmés par Bahman Ghobadi dans Les chats persans (2009), film co-écrit par Roxana Saberi; tous deux ont déjà été arrêtés ainsi que la blogueuse Fariba Pajooh et la journaliste féministe Hengameh Shahidi, torturée en détention et condamnée, en mars 2010, à 6 ans de prison pour avoir, entre autres, réclamé des droits pour les iraniennes et la cessation des lapidations.

Cette forme d'exécution, qui inflige une lente agonie, est le sujet du film Women in Shroud (F. Haerinejad et M. Reza Kazemi, 2009). Le film, projeté lors de la 5e édition du FFDPM, inclut des extraits d'un tournage clandestin lors d'une lapidation; la personne condamnée est entourée d'un linceul et placée debout dans un trou. La peine de mort, en Iran comme ailleurs, ne diminue pas la criminalité. Après la Chine, l'Iran est le pays qui procède au plus grand nombre d'exécutions. L'un des réalisateurs, Kazemi pratique aussi le journalisme et, bien que né à Téhéran, il ne peut vivre dans son pays.

D'ailleurs, près de la moitié des journalistes emprisonnés dans le monde sont des journalistes indépendants. Auparavant, les « journalistes allaient en mission périlleuse, sachant qu'ils avaient tout le poids institutionnel des organes de presse derrière eux, mais cela régresse au fil du temps Aujourd'hui, les journalistes sur les lignes de front travaillent de plus en plus de manière indépendante. L'essor du journalisme en ligne a ouvert la porte à une nouvelle génération de reporters, mais cela signifie aussi qu'ils sont vulnérables », », a déclaré Joël Simon, directeur exécutif du Comité pour la protection des journalistes, le CPJ.

La Chine, l'Iran, Cuba, l'Érythrée, la Birmanie, l'Ouzbékistan et l'Azerbaïdjan sont les nations qui emprisonnent le plus de journalistes parfois sans inculpation, sans procès ou à la suite de procès iniques et dans des conditions de détention risquées pour leur vie. «Ce ne sont que des mots» entend-on souvent; mais, ils sont le matériau alternatif des auteurs, journalistes , cinéastes, poètes pour diverger des idéologies de masse basées sur la désinformation, la manipulation et le conditionnement, dont le film américain Wag the dog (Barry Levinson, 1997) rendait compte; ces mots insufflent la puissance de la conscientisation pour contrebalancer le fait qu'après des lavages de cerveau, certains n'ont pas leurs propres opinions.

EN LIBERTÉ

«Bhopal c'est un désastre oublié. Je suis partie en Inde avec ma fille, Odélie, et mon conjoint pendant mes vacances et j'ai tourné une vidéo libre de droits». En effet, Bhopal est un film libre de droits afin de favoriser sa diffusion; Sylvie Joly, réalisatrice, y a résumé les faits survenus le 2 décembre 1984 quand des gaz toxiques de l'usine de pesticides de l'Union Carbide (rachetée en 2001 par Dow Chemical) ont envahi la région en tuant des milliers de personnes. «25 ans plus tard la ville et ses habitants en portent encore les cicatrices» déclare-t-elle dans son film. Les victimes immédiates et à long terme souffrent de désordres génétiques, de retards mentaux, de problèmes respiratoires, gynécologiques et les enfants qui naissent sont handicapés.

L'hécatombe environnementale s'est doublée d'un désastre judiciaire. Joly a interviewé des survivants qui SE donnent des services, organisent des cliniques, planifient des recherchent sur les effets des gaz. Ainsi que le disait Louis Roy, son conjoint chargé de la caméra et du son : «La justice ne viendra pas des tribunaux. La population doit se mobiliser et exiger d'être respectée». Et Sylvie Joly de renchérir : «Ceux qui contestent sont vus comme des anti-progressistes, des gens contre la création de richesses. Ce que la population de là-bas nous dit c'est faites attention pour qu'il n'y ait pas de Bhopal chez-vous». Alors que des atteintes aux droits humains et des catastrophes environnementales sont perpétrées en toute impunité, les gouvernements et les entreprises se déresponsabilisent de leurs obligations puisqu'il n'y a pas de réglementation les amenant à rendre des comptes. Le film Bhopal de Sylvie Joly peut être vu en tapant : http://dailymotion.com/sylviejoly.


EN SOUVENIR

Des films évoquent le dévouement des mères à travers le monde et le temps. En Éthiopie, des mères marchent de longs parcours pour amener leurs enfants à l'équipe médicale de Rotaplast International. Le film Traces et Mémoire-The Memory Box (W. Schoenfeld et S. Auerbach), Mention honorable au Columbus International Film Festival, a été produit par Nadia Duguay, la co -fondatrice de l'organisation Exeko, récipiendaire de la Médaille de la Paix du YMCA en 2009. Dans le cadre d'une mission, Nadia accompagnait Dawish le clown et les intervenants auprès des enfants éthiopiens avec un bec de lièvre ou une fente palatine que leurs mères présentent aux médecins avec l'espoir qu'ils seront sélectionnés pour bénéficier d'une chirurgie.

Au Canada, c'est à sa mère que David Milgaard doit sa libération de prison après une lutte incessante de plus de 20 ans racontée dans le livre A Mother's story : My battle to Free David Milgaard et relatée dans le film Hard time : the David Milgaard story (S. Williams, 1999) ; Ian Tracey, pour son interprétation de cet homme victime d'une des pires erreurs judiciaires au Canada, s'est mérité un Gemini Award et un Leo Award. Sans Joyce, l'histoire de David serait tombée dans l'oubli, sans sa mère, ce fils n'aurait jamais été innocenté du meurtre dont il était accusé.

En France, la Gestapo recruta des auxiliaires français dont les crimes sont rappelés dans 93, rue Lauriston (D. Granier-Deferre, 2004). L'un d'eux, Pierre Bonny, policier corrompu, fut impliqué dans des faits exposés par les films Stavisky (A. Renais, 1974) et L'affaire Seznec (Y. Boisset, 1993). En 1924, Guillaume Seznec fut condamné au bagne pour un meurtre alors qu'aucun corps n'avait été autopsié; en 1953, il allait porter à Paris des documents pour solliciter sa réhabilitation quand il fut frappé par une camionnette. Christophe Malavoy, incarnant Seznec, a donc répété pour la caméra les dernières paroles de ce grand-père mourant dans le caniveau : «Maman, on m'a fait trop de mal».