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Chronique cinéma
novembre 2009

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Pendant que se déroulent à Montréal la 15e édition du festival de films francophones Cinémania du 5 au 15 novembre et la 12e édition des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal, les RIDM, du 11 au 21 novembre, le Festival du Nouveau Cinéma et les sorties en salle nous interpellent sur l'influence de l'image et de la technologie.Voyons d'abord comment le FNC m'a permis de faire une entrevue des plus originales.

EN ENTREVUE

Peter Wintonick, qui a reçu sa première caméra à l'âge de 7 ans, et sa fille Mira Burt-Wintonick, de la génération D pour digitale, nous convient avec Pilgrimage à une récapitulation des jalons cinématographiques, à des pèlerinages internationaux, des entrevues réflexives et critiques. À Paris, ils nous apprennent que le 1er documentaire des frères Lumière sur la sortie de l'usine était un mensonge puisque la scène a été planifiée et recommencée. Au Père Lachaise, ils déplorent que Méliès, l'inventeur des effets spéciaux, ait fini sa vie vendeur de bonbons. À Cern, où fut inventé le world wide web, ils discutent du rapport entre l'humain et la technologie. Après la projection, en présence de Mira, un lien avec la Corée, où était Peter à 5 heures du matin, a permis de le voir à l'écran. Devant les spectateurs, je lui ai demandé quel film restait son préféré. Il a basé sa réponse sur les films qu'il a vus plusieurs fois. « The ones I've seen many times: The wizard of Oz (Victor Fleming, 1939), Citizen Kane (Orson Welles, 1941), The Conversation (F.F. Copola, 1974 ) and there are some others like The sound of music.(Robert Wise, 1965) I'm in a Festival here to present PilgrIMAGE. A festival is a speed drug, an addiction. Now we combine real life experience and on line. » J'ai été la seule journaliste à participer à cette expérience actualisant l'avenir des possibilités de communication entre les artisans du cinéma et ceux, public et analystes, qui regardent leurs films. Ce moment, qui est un présage, reste émouvant.

La mer se brise sur les rochers où gît une femme d'une beauté incroyable morte au matin. «Les gens devraient se tuer plus souvent par amour» avait-elle annoncé. Katoucha, mannequin qui fut l'égérie d'Yves Saint-Laurent avait trouvé dans ce premier rôle l'occasion d'incarner Ramata dans le film de Léandre-Alain Baker. Dans l'adaptation de ce roman d'Abasse Ndione, l'épouse d'un ministre d'état, après 30 ans de mariage se compromet pour un jeune voleur. Katoucha est bouleversante dans la scène où elle se dénude pour signifier son désir, quand elle va au-delà de toutes les retenues et de tous les interdits. Pour Baker le film répondait à une double attente : «J'ai accepté le projet à cause du roman qui raconte la confrontation entre 2 Afrique, la moderne, la traditionnelle. Et pour la figure féminine, cette femme qui au bout de 30 ans de mariage découvre l'amour dans les bras d'un malfrat. J'ai essayé d'être universel, ce qui arrive à cette femme peut arriver à n'importe quelle femme dans le monde». Nous avons parlé de l'actrice qui a été retrouvée morte dans la Seine, crime encore sous enquête et il a ajouté : «Pour moi, elle est toujours là».

 

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS en analyse :

  • Pilgrimage
  • Ramata
  • Rien à perdre
  • Holland
  • Nuages sur la ville
  • Les dames en bleu
  • Les signes vitaux
  • Koma
  • Fausta : la teta asustada
  • Danse Macabre
  • La fille du RER
  • Je l'aimais
  • Surrogates-Clones

FILMS RÉFÉRÉS au cours de l'analyse :

  • The wizard of Oz
  • Citizen Kane
  • The Conversation
  • The sound of music
  • L'homme à la camera
  • Redland
  • J'ai tué ma mère
  • The Reckoning
  • La vache et le prisonnier
«Le chanteur Claude Nougaro l'a baptisée la ville rose parce que les pierres sont roses » me précisait Jean Henri Meunier, réalisateur du documentaire Rien à perdre . Dans ce film, Fakir renchérit « Oui mais nous on n'a pas la vie en rose ». Meunier m'a appris que pour lui une rencontre a tout changé. Le 24 octobre 2006, il venait d'avoir le financement pour un tournage lorsqu'un troubadour avec une branche feuillue dans son sac à dos l'a amené à filmer les enfants de Don Quichotte, des itinérants qui ont occupé avec des tentes les allées devant le Capitol de Toulouse. « J'étais inspiré par L'homme à la caméra (Dziga Vertov, 1928) qui pour moi est un film majeur. Je venais de déposer ma caméra pour la faire dépoussiérer. Et j'ai vu cet homme, comme il est dans le film, avec une branche. Il était sympa. J'ai passé mon temps dans le campement et c'était un pur plaisir. Malgré la misère, il y a la vie. » Référant à l'ensemble des tentes, une banderole indique dédaigneusement « Non à la décharge ». Malgré le tourment de l'insécurité, le mépris des politiciens et des nantis, les itinérants s'organisent et persistent à réclamer : « Un toit c'est un droit. On fait partie des humains ». Meunier a pris le temps de transmettre leur message, de rappeler leur passé, de protéger leurs rêves. Ils ont des diplômes, des dépendances, des séquelles d'accidents, des talents artistiques. L'un d'eux confie que la vie dans la rue « C'est un apprentissage. Il faut une cohésion assez forte, savoir où se doucher, aller manger… » Une Africaine exprime sa solidarité avec le groupe : « C'est la logique du profit qui tue aujourd'hui de par le monde. Je crois à la communauté des destins. » L'entraide est flagrante pour la cuisine, la douche, les gardes de nuit; ces gens ne sont pas des paresseux, des nonchalants. Ils sont la preuve de l'échec d'une société à établir l'égalité. Et la société, c'est nous tous.

Un matelas taché sur un plancher jonché de mégots écrasés, frites moisies, grumeaux du vomi d'Olga qui accumule les baises bisexuelles, les présences mornes au magasin de son père et les fréquentations sordides de saoulons se prétendant sportifs. Du sexe sans plaisir. Une femme qui craint la bienveillance. «Je me suis basé sur une période de ma vie (il a 23 ans) et sur les improvisations. Parfois, on filmait une minute dans la journée, parfois plus. Le tournage a duré 6 semaines» m'a dit Thijs Gloger, réalisateur de Holland. Sans dialogue, il a su allier réalisme, retenue (au contraire de Redland d'Asiel Norton présenté au FFM il n'a que laisser planer la possibilité de l'inceste) et symbolisme pour accéder à une polysémie psycho-sociale.

Elle était une militante pacifiste des droits de l'homme, elle a été enlevée et assassinée en Tchetchenie. Son nom apparaît au début du film Nuages sur la ville. « J'ai dédié mon film à Natalia Estemirova. J'ai essayé de dire 2 ou 3 choses. C'est sûr que c'est un film qui demande d'être attentif » me disait Simon Galiero. Il renoue avec un cinéma de dénonciation socio-politique qui désertait nos écrans québécois depuis des années. Il signe son audacieux pari en noir et blanc et il émaille son film de phrases telles que : « La plupart des gens ne font que survivre » « L'absence de culpabilité mène au nazisme ». Les personnages vivent la détresse causée par l'influence de la mondialisation, la disparition de la culture, l'absence d'une amoureuse, l'imposition de la langue anglaise, la gravité de la pollution, l'envahissement des nouvelles technologies. Leur existence ressemble à la nôtre; Sur nos vies, tels des nuages foncés, les menaces pèsent lourdement.

EN ANALYSE

Après la cruauté de l'appellation «le club des varices» pour décrire le public de Jacques Boulanger, après la hargne fielleuse du fils ingrat qui a proclamé J'ai tué ma mère (Dolan, 2009), Claude Demers dédie à sa mère l'émoi souriant et la larme à l'œil de son tendre et affectueux hommage à l'humanité féminine : Les dames en bleu. Le réalisateur donne la parole à des femmes, des mères, des filles, des épouses, telles que Margot qui, mariée vierge, a ramené son mari ivrogne de la taverne, a soigné sa mère pendant 13 ans et offre aujourd'hui aux sans-abris les foulards qu'elle tricote en écoutant Michel Louvain. Depuis 50 ans, les scènes d'archives en témoignent dans la forte sémantique du poignant montage de Claude Palardy, le chanteur est adulé par des femmes qui lui déclarent «Tant que tu seras avec moi, je vais vivre». Avec une exceptionnelle sensibilité Demers a filmé les chaises roulantes, les maquillages dans les toilettes, les téléromans, les bingos de ces femmes et les essayages chez le tailleur, les répétitions avec Les Porn Flakes, les enregistrements avec The Lost Fingers, les séances d'autographes, la disponibilité pour les photos de leur idole. Le réalisateur a montré que le chanteur leur a été essentiel comme les admiratrices lui ont été indispensables. Une telle réciprocité est une vraie histoire d'amour, celle qui donne une raison de vivre, un rêve pour continuer.

Sophie Deraspe utilise les longs plans fixes dans sa 2e réalisation : Les signes vitaux. Simone habillée en noir devant un mur blanc s'apprête à rejoindre Madame Mireault vêtue de bleu devant un mur bleu. Simone elle aussi va s'intégrer au décor. Elle abandonne tout et devient bénévole dans un centre de soins palliatifs. Les scènes intérieures-extérieures alternent, le lit dans la chambre, la ruelle dans la ville. Une vieille femme hésite à avancer dans la rue enneigée, un conducteur arrête son auto et l'aide pendant qu'en voix off Simone et le médecin parlent d'euthanasie. Deraspe nous inculque l'habitude du mouroir, la possible compassion des intervenants (représentés dans une idéalisation très éloignée de la réalité), l'impossible rêve des agonisants «J'aurais aimé ça que ça continue» admet Madame Perrin. Les sons et la musque sont immiscés avec parcimonie et récurrence ce qui leur confère un impact efficace. Le rapport au corps est sans cesse sollicité par la nudité, le handicap, le réconfort des caresses. Simone va-t-elle trop loin? Boris, son amant, lui demande : «Je veux savoir à qui tu donnes tout». Deraspe renverse la certitude de la mort inéluctable, la vie peut être évitée. Que choisira Simone?

Pour mettre en évidence l'invivable, Ludwig Wüst dans Koma utilise une lentille sans filtre et pour accentuer l'importance des faits déterminants, il occulte certains détails. Il capte les sons ambiants autour de ce chauffeur de taxi qui, ainsi que Simone, quitte tout; il veut trouver une prostituée restée handicapée après une pratique sado-masochiste. Quand il est avec elle, avec douceur, il mange ses miettes, la lave, l'allonge, l'embrasse. Après la transition de l'écran noir, en finale, l'écran blanc représente la luminosité de l'amour.

« Les fleurs disent ce que les gens taisent » ainsi s'exprime avec patience et délicatesse le jardinier qui s'intéresse à Fausta. La jeune femme, elle, chante des poèmes qu'elle invente en quechua. Fausta : la teta asustada réalisé par Claudia Llosa révèle une histoire spécifiquement féminine : celle des femmes violées pendant la guerre civile au Pérou entre 1970 et 1990 et de leurs enfants. Fausta chante à sa mère « J'ai tout vu depuis ton ventre. J'ai senti ta déchirure ». Elle a peur sans cesse et pour se prémunir elle n'hésite pas à recourir à des solutions peut-être pires que le mal qu'elle craint. Après la mort de sa mère, elle travaille chez une concertiste violente et malhonnête. Entre le cadavre de sa mère qu'elle veut emmener près de la mer et les mariages sordides avec faux buffet et « bière à gogo » auxquels toute la famille travaille, Fausta saigne et tente de se réapproprier une vie qui lui échappe. Ce 2e film de Claudia Llosa a été couronné de l'Ours d'or de Berlin.

Annebruce Falconer devient une pendue, un corps à la morgue, un cadavre expressif avec des mouvements involontaires dans le court -métrage Danse Macabre de Pedro Pires. Les scènes d'autopsie, de transport dans le cercueil, de crémation sont entrecoupées de cadrages dans une nef d'église, le long d'un alignement de lavabos, près du battement d'ailes d'un oiseau. Elle parvient à représenter la vulnérabilité du corps qui fut le dépositaire d'idéaux inaccessibles et qui réagit encore aux contrôles des dernières instances qui le manipulent, le coupent, le brûlent. Quelle est l'ultime persistance de la vie?

Jeanne n'est incluse dans le système socio-politique, acceptée collectivement, qu'à partir du délit qu'elle initie. Les policiers lui manquent de respect quand elle ne sait rien, elle n'intéresse pas l'employeure quand elle est sincère. Après une séparation amoureuse, lorsqu'elle ment, elle existe; les médias et les politiciens se ruent sur elle, l'utilisent. La rupture devient la construction du film La fille du RER d'André Téchiné qui s'est basé sur un fait divers en France impliquant Marie-Léonie Leblanc et dont Jean-Marie Besset avait tiré une pièce. Le récit est segmenté : les circonstances, les conséquences. L'ordinarité du quotidien est reflétée par les vêtements à motifs différents. La complexité psychologique est suggérée par les fins de scène ouvertes, irrésolues. La gravité larvée est induite par les images gelées, les fade out et par la musique de Philipe Sarde. L'érotisation de la relation amoureuse est transmise par les textes des courriels et l'utilisation de la webcam. Téchiné a su montrer une Jeanne banale, minuscule, impuissante qui s'est retrouvée au centre d'une énormité, celle du sensationnalisme immédiat au détriment de l'attention patiente.

La caméra la filme avec un regard amoureux, glissant sur ses cheveux, sa nuque. À cela s'ajoutent les mots d'amour (dialogue basé sur le roman d'Anna Gavalda) et l'interprétation phénoménale, à la fois pudique et expressive, de Daniel Auteuil pour relater les quatre années qui ont fait de Pierre l'homme déclarant à Mathilde «Tu es mon miracle» dans Je l'aimais réalisé par Zabou Breitman. Solide et authentique, Marie-Josée Croze fait de Mathilde une femme spontanée, expressive et sincère, intelligente, autonome et lucide, qui dit à Pierre : «J'ai besoin de ton regard pour avoir plus de matière, de consistance.» Zabou Breitman procède sans cesse par narration diachronique, va et vient entre les personnages, enchevêtrements de déroulements parallèles. Elle a contrebalancé le poids des phrases brèves et lourdes de sens avec une diversité de techniques : mouvements horizontaux de la caméra pendant la discussion d'affaires, captation des reflets dans la télé, dans la vitrine quand Mathilde arrive au rendez-vous, voix hors champs, flous, phrase sur un écran cathodique, micro pour amplifier les sons graves de la voix d'Auteuil, silence total pendant le baiser. Pierre a laissé partir l'amour de sa vie et après des années de fausse tendresse, il constate : «J'ai tout et pourtant je suis mort». Le film, qui a reçu le prix Cinéma 2009 de la Fondation Diane et Lucien Barrière, tourmente parce qu'il démontre avec beauté et réalisme, poésie et dureté, la façon de gâcher sa vie par peur.

Au-delà des applications militaires, grâce à l'entreprise VSI, les clones sont disponibles pour le grand public dans Surrogates-Clones de Jonathan Mostow avec Bruce Willis. Des capteurs lisent les neurones d'un opérateur, un humain, qui envoie son clone se confronter aux situations, exposer une apparence choisie, transmettre une perceptibilité vendue avec l'argument de la sécurité. Évidement, avec les dissidents cette histoire devient intéressante et est mise en relief. Bruce Willis incarne l'homme d'action des cascades avec harnais mais aussi l'amoureux, celui qui, dans un monde de beautés jeunes et incassables, réclame de vivre, non pas avec un clone lisse et rechargeable, mais avec sa femme, la cicatrisée vieillissante et réelle assumant la sensibilité de la condition existentielle. Dès les références historiques du générique et avec ses contextualisations plausibles, le film critique notre tendance à la distanciation et à la désincarnation, donc la déshumanisation, qui nous guette de plus en plus.

EN PRÉPARATION

Dans l'attente de la 5e édition du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal (FFDPM) qui se tiendra du 11 au 12 mars 2010, à l'ONF, le 20 novembre sera projeté le film The Reckoning de Pamela Yates sur la lutte contre l'impunité de responsables de crimes contre l'humanité; la projection sera suivie d'une rencontre animée par Droits et Démocratie.

EN SOUVENIR

«Si je suis ce que je suis, je le dois à ma femme et à notre amour» déclarait Fernandel. En 1959, dans le film d'Henri Verneuil il tient l'affiche avec un bovidé nommé Marguerite : La vache et le prisonnier. Assigné depuis 2 ans aux travaux agricoles dans une ferme allemande, en 1943 , après 3 mois de préparation pour aboutir en France, le prisonnier Charles Bailly (Fernandel) part traverser l'Allemagne avec une vache qu'il prétendra promener. La veille de son départ, grâce au dialogue d'Henri Jeanson, l'acteur réaffirme l'importance de la femme aimée. Un compagnon se vante d'avoir eu simultanément 5 femmes avant la guerre. Bailly-Fernandel confirme sa détermination à s'évader en répondant : «J'en ai qu'une moi de femme et je veux la voir vieillir. Gentiment. Doucement. Au jour le jour. Et près de moi.»