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EXPERTISE SUR LE COMA
SELON LA VULGARISATION DU
DOCTEUR DUPRAS
Partie 3

  par Céline Jacques 

 

Je n'avais même pas encore eu le temps d'absorber ce choc du retour à la dure réalité si difficile à accepter ni même commencé à surmonter l'horreur que m'inspirait mon corps devenu squelettique que déjà les recommandations médicales reprenaient leurs assauts de plus belle.

Une infirmière fit son apparition avec son arsenal de quatre seringues et j'avoue que malgré toute l'expertise de ma pratique celle-ci, ne m'avait jamais parut aussi longue que ce matin là.

Il fallait me piquer en prévention d'une infection, pour rétablir la circulation sanguine, pour ceci et pour cela. L'infirmière vue tout de suite dans mes yeux que je n'étais pas d'humeur et tenta de me dérider en disant à la blague «quelle fesse qu'on pique ce matin ? ».

Pour toute réponse, je me suis retourné sur le ventre. Celle-ci sans doute désappointée de mon peu d'enthousiasme s'écria «mais, Dieu du ciel!! Où est-ce que je pourrais bien piquer !!! Vous avez déjà le peu de fesse qui vous reste criblé des piqûres antérieures ?

Sa façon de me tripoter les fesses dans tous les sens en les frottant de sa ouate imbibée d'alcool laissait deviner la difficulté de trouver un petit espace inaltéré.

« Peut être pourrions nous prendre votre bras gauche ? Non ! Bon montré moi plutôt votre bras droit, non ! Vraiment il est encore plus enflé que l'autre.

Bon franchement vous ne me laissez guère de choix je vais devoir me contenter de votre fesse gauche elle n'est pas si pire après tout.

Ne gigotez pas surtout si vous ne voulez pas que risque de vous casser une aiguille ça deviendrait plutôt inconfortable ha ha ha !!

Elle ne voulait pas être méchante elle voulait juste plaisanter mais moi je me sentais comme quelqu'un qui aurait tout donné pour avoir un geste de tendresse, d'amour, de compassion ou d'amitié.

Je me cramponnais au matelas dans un effort désespéré lorsque la piqûre s'enfonça dans ma chaire déjà bleutée et si sensible.

Oui que je le veuille ou pas, je reprenais contact avec la réalité et vivais de façon aiguë la toute première douleur physique depuis le début de cette aventure.

Je savais que les risques de contagion étaient toujours présents dès que le moment fatidique du diagnostique fut énoncé. Depuis lors, je n'avais plus le privilège de recevoir aucune visite de qui que ce soit qui aurait pourtant apporté un baume sur la plaie vive de mon immense sentiment de solitude et de grande vulnérabilité.

Je me sentais si vide d'énergie, trop à l'étroit dans mon corps abîmé. Mon esprit si avide de liberté avait beaucoup de mal à fusionner de nouveau avec cette enveloppe corporelle que du reste je reconnaissais presque à peine.

Durant les deux jours qui suivirent ce fut la phase de révolte et de colère. Entre les examens et les radiographie, je ruminais, je fulminais, puis brisée, je sanglotais.

J'avais toujours été un très bon médecin mais je n'avais pour ainsi dire point connu la maladie avant ce jour. J'ignorais si c'était l'inactivité imposée ou le manque de contact chaleureux ou l'acharnement agressif qu'imposait la suite interminable d'examens, de piqûres et de textes de toutes sortes mais je ne voyais jamais la fin de cette maladie qui finissait par me décourager complètement.

J'aurais tant souhaité avoir le pouvoir de barrer la porte à double tour, pouvoir m'isoler et récupérer à mon rythme afin que mon corps mon esprit puisse enfin faire la paix ensemble et se réadapter à tous ces changements brutaux qui m'avaient laissé si désarmés, si vulnérable.

Toute l'équipe de travail faisait de leur mieux pour me prodiguer les meilleurs soins. Malgré cela, je savais que je ne verrai plus jamais de même œil mes patients sortant d'une opération chirurgicale critique.

Je savais que cette expérience allait changer ma perception de mon rôle pour le reste de ma vie. On ne peut pas passer par ce vécu sans en être profondément transformé.

Deux à trois jours plus tard, débutât la phase d'acceptation j'avais, il y a longtemps déjà tout appris cela dans les livres de médecine mais d'avoir à le vivre véritablement c'est tout autre chose.

Cela vous apporte une telle connaissance, un tel savoir qu'en comparaison aucune carrière de médecine aussi longue soit elle ne saurait seulement s'en rapprocher.

Petit à petit le corps se reconstruit ma peau reprenait graduellement sa belle couleur rosée et j'apprivoisais la marche du lit à la salle de toilette.

C'est incroyable combien ces gestes familiers si automatique, si naturelle lorsqu'on a la santé deviennent si important presque héroïque lors d'une réhabilitation.

Je me donnais de petits défis à ma mesure de ma volonté que je voulais forte mais dont j'acceptais de respecter les limites.

Aussi le simple fiait d'atteindre le poste de garde me rendait aussi fière de moi qu'une petite gamine qui fait ses premiers pas. Je voulais partager cette joie.

Heureusement le temps d'incubation du risque de contagion avait enfin prit fin. L'équipe médicale m'avait laissez entendre qu'on ne pouvait en convalescence occuper deux chapeaux celui du patient et celui du médecin et qu'il fallait que je mette en retrait le simple fait que j'étais une praticienne comme eux.

Je ne pouvais que m'en remettre à leurs directives mais j'avoue que dès qu'ils avaient le dos tourné et que les circonstances me le permettaient, je subtilisais mon dossier afin d'escompter me soustraire le plus rapidement possible à tous traitements qui à la limite finissaient pas affaiblir considérablement mon système immunitaire.

Parfois l'usage de médicament pour établir la ligne se trouvant entre mettre la maladie hors de danger et celle d'éviter d'intoxiquer d'avantage le patient est si mince que le principal concerné (le patient) se débat sans point reperd et sans la moindre référence rassurante puisque chaque cas est désespérément différent.

Si le médecin de son côté est trop déborder pour faire un suivi attentif de l'évolution de l'état de santé de son patient alors c'est la doctrine de la moyenne pour tous qui forcément prévaut.

J'avais cependant beaucoup de chance car le médecin qui me suivait était des plus compétent. Je ne le connaissais pas personnellement n'ayant jamais travaillé sur le même département et ayant personnellement toujours jouie d'une excellente santé mais il s'était installé entre lui et moi une belle complicité.

Je savais qu'il était déterminé a faire en sorte de mettre en sourdine le fait que j'étais moi-même médecin afin de faciliter sa tâche mais je n'y voyais aucune objection puisque de toute façon j'aurais sans doute fait la même chose.

Lorsque j'en ai eu assez de ma longue convalescence et que mes formes me regagnaient suffisamment pour que j'envisage que quitter l'hôpital il ne s'objecta point à me donner mon congé en insistant toute fois sur les visites de contrôle d'usage.

Ma position était ferme quant au refus de poursuivre la médicammentation et il finit par opter pour la prise d'ampoule vitaminée avant chaque repas.

La période d'hospitalisation m'avait paru interminable en partie à cause de l'impossibilité de recevoir des visites. Mais mon premier désir ne fut pas de me retrouver en appartement mais bien de retourner dans notre petite paroisse de campagne qui embaumait l'air pur de ses petites fleurs des champs et de ses merveilleux paysages si familier.

Après un accueil chaleureux réconfortant, je découvris que malheureusement dans ce petit patelin les rumeurs non fondées vont bon train.

Mon absence au « shower » organisée avait donné lieu à tout un lot de scénarios inventés de toutes pièces où ma convalescence fut interprétée comme des fiançailles annulées qui avait peut être pour raison une fausse couche, ou pire une dépression suicidaire etc.

Bref, tout le monde de l'imaginaire y passait. Il faut dire qu'en 1963 dans une petite micro société comme celle d'un petit patelin de campagne il était impossible que mon absence ne provoque pas l'intérêt général ou les simples suppositions finissent rapidement par faire office de vérités même si elles sont entièrement fausses.

Je n'y pouvais rien et comme le gentil fiancé n'était pas de leur région le doute ne faisait qu'aggraver leurs suspicions.

Vous aimeriez sans doute savoir ce qu'il est advenu de mon gentil petit fiancé ?

(La suite de cette fascinante histoire vous sera dévoilée le mois prochain et cette découverte ne risquera pas de vous décevoir).

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