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ADIEU GRAMPA
Texte de Frédéric Daoust

par Monique Coutu  

Cé le 23 au matin. Yé 9 heures, pis, comme tu le dirais Grampa, y fait laite en criss dehors. Il pleut à écorner les bœufs. Je suis à moitié endormi et l'embrasure de ma porte de chambre laisse pénétrer l'écho d'une voix féminine, celle de ma mère, Johanne. C'est par cette conversation téléphonique que j'ai appris, Grampa, que depuis les petites heures du matin tu ne serais plus que souvenirs et pensées. De nombreuses images du temps passé se sont ainsi manifestées à mon esprit. Pis, Grampa, j'ai vraiment envie de te dire ce que j'ai vu.

J'ai vu une chaise berçante et un poêle à bois. Une partie de hockey sur un téléviseur dans une maison remplie de fumée. Je t'ai vu installé au bout de la table de cuisine nous raconter des histoires et des anecdotes aussi drôles les unes que les autres. Je t'ai vu me montrant à tirer de la carabine, à bien viser, et surtout, à « être patient ». Je t'ai vu partir sur ton 4 roues faire la tournée des voisins, la carabine à portée de la main (on cé jamais), ton chien à tes côtés. J'ai vu une vielle minoune monter dans l'allée sans savoir si on allait être capable d'y revenir. J'ai vu des pigeons d'argiles et une carabine, un feu de foyer et une cible. Une table sous un arbre, une chaise balançoire. Une partie de pêche au bord de la rivière. Et encore le 4 roues.

Grampa, j'ai joué l'indifférent pour minimiser ma peine, mais c'est la game qui m'a joué. Cé que je voulais pas vraiment l'accepter. Pas ça. Puis maintenant, j'ai peur. Tellement peur. Peur de ne pas être en mesure de t'écrire un petit mot à l'image de tout le respect et l'amour que je te porte. Je souhaite que mes mots puissent porter ton souvenir. Reste que tout ce que je lègue à l'encre et au papier est vrai. Pis, je crois que c'est ce que j'ai retenu le plus de toi, Grampa, rester vrai. S'arrêter pour prendre le temps de contempler ce que la vie a de plus beau à nous offrir. N'empêche que l'inévitable finit toujours par se produire. C'est un lourd fardeau qui peine à disparaître. Mais cette leçon de vie que j'ai apprise à force de te côtoyer me permet néanmoins d'y retenir des souvenirs impérissables.

Et je t'ai vu, dans la clairière, droit et fort comme un arbre, la carabine au poing, alerte et vigilant. Tu respires à pleins poumons l'air de ta campagne.

Heille Grampa, la brise, la sens-tu la brise? Et la fumée provenant du feu, la sens-tu elle? Grampa, Heille Grampa…

Respire.

Puis le sourire met venu aux lèvres. Je me suis dit que l'orage va finir par passer puis que ça va être une belle journée.

Une superbe journée à l'orée du bois.

Je t'aime.

Ton petit-fils,

Après un long combat, monsieur Jean Giroux est décédé le 23 octobre 2007 d'une insuffisance respiratoire.

Monique Coutu
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