Je suis certain que si vous posiez cette question autour de vous, la réponse
la plus populaire que vous entendriez reviendrait surtout à blâmer le rythme trépidant de la vie.Il n'y a d'ailleurs rien de surprenant là-dedans
puisque tout le monde se plaint de manquer de temps, aussi bien au travail qu'à la maison. On mange en vitesse, on a toujours le sentiment d'être bousculé,
de ne pas avoir assez de temps pour exécuter les choses que l'on a à faire; bref, les gens disent souvent qu'ils n'ont même plus le temps de souffler.
Tout ceci est rigoureusement vrai et personne n'oserait le nier, d'où la nette conviction que le manque de temps est le grand responsable du niveau de
stress que l'on ressent. Mais voilà, pour peu que l'on y regarde de plus près, il apparaît clairement que c'est loin d'être la seule cause de nos tensions.
Il y a en effet d'autres facteurs qui viennent contribuer à alimenter aussi bien cette sensation d'oppression que ce sentiment d'urgence dont les gens se
plaignent. Ce sont d'autres causes, légèrement moins directement identifiables mais qui ne contribuent pas moins à nous enquiquiner l'existence, d'où
l'importance de prendre quelques instants de réflexion avant de passer à l'action, question de faire les bons choix dans notre démarche d'amélioration
de notre qualité de vie.
L'impact du changement
Réalisons tout d'abord l'impact des nombreux changements survenus au fil des
dernières années. Il est en grande partie responsable de ce que l'on vit, non seulement parce que ces changements nous ont bousculés dans notre rythme
de vie mais aussi et surtout, parce qu'ils nous ont déstabilisés dans notre processus d'évolution, je m'explique.
Pendant des générations, les changements se faisaient de façon lente et progressive de telle sorte que les gens avaient le temps de les voir venir et
surtout de s'habituer aux nouvelles façons de faire ou de penser avant qu'elles ne leur tombent dessus. Ils s'en trouvaient donc moins dépaysés, ce qui est
beaucoup moins stressant que ne plus savoir constamment sur quel pied danser; mais cela, j'y reviendrai dans un moment.
Compte tenu de la dynamique de chacun, il y a des changements qui sont moins faciles que d'autres à digérer, d'où les résistances et les stress qui
s'ensuivent. Et si on ajoute à cela le fait que, dans la majorité des cas, plus une personne se sent insécure, plus elle cherchera à contrôler son
environnement pour éviter de se sentir encore plus déstabilisée. Il s'agit là d'un réflexe défensif malheureusement très fréquent alors qu'en fait, l'attitude à
adopter irait davantage dans le sens contraire, c'est-à-dire qu'il vaudrait mieux porter son attention sur soi puisque c'est seulement là que l'on peut exercer
une certaine influence. En d'autres termes, focusser sur ce qui dépend de soi et y concentrer ses énergies au lieu d'essayer de changer le cours des
événements sur lesquels nous n'avons aucun contrôle; c'est cela qui est stressant !
Mais il n'y a pas que le fait de se sentir continuellement poussé dans le dos qui
nous énerve. Comme je l'ai mentionné précédemment, il y a aussi l'impression de ne plus savoir sur quel pied danser, vous savez quand on ne sait plus trop
ce qui est bon, ou ce qui est bien, ou pire encore, quand on n'arrive plus à savoir ce qui est normal par rapport à ce qui ne l'est pas.
Tiens, prenez par exemple le nombre d'heures passées au travail. Qu'est-ce qui est normal ? À moins que vous ne préfériez poser la question autrement, à
savoir: quelle importance doit-on accorder au travail par rapport aux autres aspects de sa vie ? Est-ce que la carrière et ses exigences si on veut avoir de
l'avancement, priment sur la vie personnelle et le temps passé avec sa famille ?
Il fut un temps où la réponse était définitivement positive alors que maintenant,
les gens répugnent à l'idée de se la poser mais se sentent encore bien tiraillés quand vient le temps de faire des choix, compte tenu de tout le reste (attentes,
besoins, priorités), et comme on est plus ou moins branché à ces niveaux, les gens vivent passablement plus d'angoisse parce qu'ils arrivent mal à voir ce qui
serait le meilleur choix, sans égard à la difficulté de rester ferme dans leur décision par la suite.
En d'autres mots, on arrive mal à voir clairement à quelle enseigne logent nos valeurs, qu'est-ce qui est fondamental pour nous par rapport à ce qui relève
davantage de l'accessoire ou même du caprice? Or c'est de là, je crois, que provient une bonne partie de nos incertitudes qui nous font vivre ces angoisses
quotidiennes que l'on appelle nos stress. En définitive, les bouleversements ont fini par nous affecter dans nos valeurs et c'est là le problème.
Le bouleversement des valeurs
Il faut se rendre à l'évidence que les valeurs jouent un rôle fondamental dans
notre vie puisque c'est à partir d'elles que nous faisons nos choix et ce à tous les points de vue. En clair, selon que l'on valorise telle ou telle chose (comme
par exemple, l'importance de se nourrir convenablement), on acceptera de consommer certains produits alimentaires alors qu'on refusera d'autres styles
de nourriture (fast food) selon qu'ils nous semblent acceptables ou moins bons pour la santé.
En fait, nos valeurs jouent pour nous à peu près le même rôle que des bouées de navigation pour un capitaine de bateau, c'est-à-dire qu'elles nous servent de
points de repère pour décider de la route à suivre. Or, de toute évidence, un capitaine doit pouvoir se fier à l'exactitude de l'information donnée par la
position des bouées puisque c'est à partir de cette information qu'il va prendre ses décisions et fixer le cap de son navire.
Mais imaginez dans quel pétrin il se trouverait si on lui annonçait que les bouées sur lesquelles il comptait pour se diriger se sont détachées et qu'elles
flottent au gré des flots. Ceci reviendrait à dire qu'il n'y a plus moyen de se fier à elles parce qu'elles passent leur temps à changer de place et que, par
conséquent, il est impossible de se fier à leur position pour savoir où se trouve le chenal et où se trouvent les rochers. Réalisez le stress qui s'ensuivrait pour
le capitaine. Chose certaine, ses décisions seront beaucoup plus difficiles à prendre et surtout, il se sentira beaucoup moins relax tout au long de la route.
Pourquoi ? Parce qu'il a perdu ses points de repères. Et il en va de même pour nous.
À force de modifier nos manières de penser et nos façons de faire, soi-disant
pour rester à la mode ou tout simplement pour nous ajuster à ce qui nous semblent être de nouvelles exigences de la vie familiale ou professionnelle,
plusieurs d'entre nous ne savent plus trop quoi penser par rapport à telle ou telle situation qui les concerne et pour laquelle ils doivent prendre des
décisions. Pas surprenant que, comme notre capitaine, les choix leur paraissent beaucoup moins faciles à faire, beaucoup plus stressants.
Ainsi, par exemple, on se sentira beaucoup moins tiraillé devant le choix d'accepter ou de refuser une promotion impliquant une augmentation
considérable de responsabilités et d'exigences accrues en termes de temps et de disponibilité à l'entreprise si on a déjà une bonne idée du niveau
d'importance que l'on croit logique d'accorder au travail par rapport aux autres volets de sa vie. En deux mots, quelle est l'importance du travail dans notre
vie? Je me souviens d'avoir déjà lu un article à ce sujet dont le titre était : "Une promotion ? Non, merci !"
Je pourrais multiplier les exemples de décisions rendues plus difficiles à prendre tout simplement parce que les gens ont perdu leurs points de repères
(valeurs), à commencer par celle des femmes de privilégier soit la maternité, soit la carrière, un dilemme qui ne sera jamais facile à résoudre. Mais je reste
convaincu que celles qui ont le sentiment d'avoir arrêté leur choix à partir de leurs valeurs plutôt que d'avoir pris une décision en fonction du courant de
pensée à la mode, ont de meilleures chances de continuer à bien vivre avec leur décision quelques années plus tard. Je n'en veux pour preuve que ce
commentaire entendu assez souvent : si j'avais su…!
On entend d'ailleurs ce genre de réaction à tous propos, aussi bien chez les
hommes que chez les femmes, cela va de soi. Autrement dit, c'est un peu comme si la personne disait : " Si j'avais regardé un peu plus loin que le bout
de mon nez …" la décision aurait été plus éclairée, moins précipitée parce qu'un peu moins stressante.
De là ma conviction que les gens ont avantage à revoir régulièrement si leur façon de parler et de se comporter s'arriment avec leurs véritables valeurs, ainsi
ils se sentiront beaucoup moins tendus dans la gestion de leur vie de tous les jours et par le fait même, beaucoup moins stressés. Comme quoi il n'y a pas
que le temps qui nous bouscule, il y a aussi nos incertitudes qui nous insécurisent. (Ces propos résument certains énoncés contenus dans le
volume "Les gens épanouis.. réussissent mieux!")