Le galop d'un étalon fier de sa race parcourt le monde distribuant de ses sabots la
vie merveilleuse d'une joie qui s'effrite avec le temps. De mes pas légers, j'accours à la semence de ses grains pour qu'enfin je connaisse le bonheur tellement
désiré. Mes mains prennent la vie! Je regarde autour de moi et j'aperçois la méfiance de la race humaine qui me foudroie en me lançant des pierres
d'injures. Mon corps plissé et fourbu par les attaques répétées, je prie une force étrange qui saurait satisfaire mon esprit délabré par le froid des vitres gelées
dont la température en est le grand témoin.Soudain, je reçois la belle image qui s'entoure d'un nuage blanc: c'est le majestueux étalon qui s'apprête à fléchir mon
corps au service de ma personne. Le maître, je suis cela! La tête haute dans la grandeur, j'embarque sur sa monture. D'un élan vertigineux, il m'emmène sur le
chemin de nulle part. Le néant traverse de sombres cavernes. Aucun silence, aucun bruit: je vole sans être un ange céleste. Je marche sur les eaux sans
être Dieu dans la Bible. Je me cherche parmi ce tumulte qui fait foi de mon désir de connaître. Un épais velours transperce le théâtre du sommeil. Que
vois-je? Un ciel bleu, une terre avec ses roches, des chaumières avec des humains. Que c'est dur d'arriver dans un monde où l'on n'est point admis! Je
voudrais m'arracher la vie laquelle ne serait plus chimère. Tristesse dans mes yeux, une faiblesse se dessine... Pourquoi le cadran mortel a-t-il éveillé la
planète maudite? Je suis si bien dans l'ombre du destin, si bien dans le sommeil du long parloir. Fasse que mon lit puisse imaginer une autre fois l'écran de
l'insouciance! Je n'ai point la vie, je n'ai point la mort car je ne reconnais personne. Je suis un perdu dans l'immensité de la chair. Je divague
sans trop savoir celui qui m'accueillera vers des bienfaits naturels. Prenez mon corps et mon âme: je n'ai que cela à vous offrir, force inestimable! Mais je vous
en prie, rendez-moi mon beau rêve... |