Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

Chronique cinéma
Août 2021

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

KAAMELOTT –PREMIER VOLET:
SUPERBE CONCENTRÉ DE TALENT HUMAIN

01_Affiche_KaamelotLe film Kaamelott-Premier volet, scénarisé, réalisé, interprété par Alexandre Astier renoue avec la beauté du talent spécifiquement humain, avec le déploiement du Beau Langage et avec le tournage en décors naturels.

uvre protéiforme, Kaamelott, après le court métrage Dies Irae (2003), après une succession de capsules télévisées, d'abord de 3 minutes 30 secondes chacune, puis de 7 minutes, constituant un total de  6 saisons (ou livres) avec 458 épisodes (2005 à 2009), après un détour par la bande dessinée pendant neuf albums (2006 à 2020), a abouti enfin sur grand écran le 21 juillet 2021.

Son prolifique auteur, Alexandre Astier, actualise aussi son potentiel à travers la musique pour laquelle il a reçu une importante formation. Il est aussi passé par la scène avec son spectacle consacré à Bach : Que ma joie demeure en 2012 et sa création de vulgarisation scientifique : L'Exoconférence en 2014. Il a aussi écrit, réalisé et joué avec Isabelle Adjani dans le drame cinématographique David et Madame Hansen en 2012. Décidément, les fées se sont penchées sur son berceau.

Le film Kaamelott-Premier volet (remarquez bien l'orthographe avec deux a pour les initiales de l'auteur et deux t pour insister sur la prononciation finale du mot ce qui accentue son homonymie avec le mot camelote signifiant la piètre qualité) était attendu depuis 10 ans. Tergiversations de droits d'auteurs, recherches de financements, et autres malheurs qui plombent les élans artistiques, ont entravé le projet. Après les déboires successifs, l'aboutissement s'avère fascinant.

Alexandre Astier a composé la bande sonore à laquelle plus de 100 artistes ont participé. Il a lancé un 45 tours, un vinyle et un C.D. avant même la sortie du film. Par moments, s'invitent des ressemblances avec Le Lac des Cygnes, ballet de Tchaïkovski, Le Sacre du Printemps (le film Coco Chanel et  Igor Stravinsky de Jan Kounen relate le contexte de la création de ce ballet voir ma chronique de cinéma de décembre 2009 https://norja.net/cinema/html/decembre_2009.html)   et des caractéristiques de la chanson Goldfinger composée par John Barry pour le 3e film de la série James Bond.

Depuis ses débuts la série Kaamelott est adulée. Le film a même été vu dans l'espace à bord de l'ISS par le commandant de la station spatiale, l'astronaute français Thomas Pesquet. Quant à Arnaud Klein, alias Edward Tetch sur Twitter, il veut voir le film 200 fois et il se pourrait qu'Alexandre Astier le rejoigne lors d'une projection.

Où est Arthur?

02_Arthur_de_PendragonLe film débute avec le son du cor particulier à l'apparition du titre (il nous aurait manqué si nous ne l'avions pas entendu). Dans la Mer Rouge, en 484, Alzagar, chasseur de primes, a navigué pendant 11 jours dans sa quête d'un bijou : « C'est dur, c'est triste, mais ça va servir ». Simultanément, des discussions s'éternisent car le tyran Lancelot-du-Lac veut retrouver les anciens chevaliers d'Arthur et il dilapide le bien commun du royaume afin de capturer aussi Arthur lui -même. Il est prêt à céder une partie du territoire de Logres, l'ile de Thanet, pour financer sa recherche en engageant Horsa et Wulfstan.

La duchesse d'Aquitaine, exaspérée en constatant les infructueux efforts pour retrouver Arthur de Pendragon, roi de Bretagne, s'exclame « C'est l'homme le plus recherché du royaume! C'est pas possible d'être largué à ce point-là! »

Dans un Port Contrebandier, Alzagar s'intéresse lui-aussi à la recherche d'Arthur, celui qui a tailladé ses poignets. Car Arthur se caractérise, entre autres, par ses tourments qui le mènent à la dépression. Il a disparu, on le dit mort. 

« Prenez un calebard de rechange »

Avec cette phrase, Quarto, le marchand d'esclaves, exhorte deux comparses à entreprendre de retrouver Arthur. « Vous ne parlez pas, vous faites des énigmes ». Marche de 7 jours dans le désert. « On crapahute comme des mules ». Cette expédition mène à la découverte d'Arthur, vendu il y a 7 ans. Pour s'échapper, sans armes, Arthur neutralise quand même son adversaire en lançant sur lui un scorpion avant de se sauver en se jetant à l'eau; le constat de son déplacement aquatique entraîne ce dialogue : « Il sait pas nager! Si, mais il nage comme ça ».

Les spectateurs, eux,  nagent donc dans le bonheur de cette dégustation de dialogues que seule la finesse d'esprit, la construction de la répartie et le savoir subtil du maniement langagier peuvent engendrer.

Où est Guenièvre?

De Carmélide en Bretagne à la Frontière hispano-aquitaine, en passant par la mention d'une petite journée beauté-bien-être, on se demande quoi faire d'Arthur, capturé, qui ne veut pas redevenir roi et tente de s'en aller vers l'est. Dans une taverne en ruines, des souterrains cachent les efforts, plutôt vains, de la résistance contre Lancelot-du-Lac qui va jusqu'à condamner des enfants à mort et qui retient Guenièvre dans la tour du château du roi Ban.

« Personne ne sait où est Guenièvre… et personne ne le saura jamais » a décrété Lancelot-du -Lac. Les résistants font de leur mieux malgré les « restrictions sur le nombre de personnes dans une même pièce » et le caractéristique déni d'intelligence du groupe qui empêche Merlin de cartographier « l'immensité du cagibi splendide ».

« La caresse consolante d'un tourbillon de pollen »

03_Arturus_cicatrice_de_Shedda
Souvenir d'Arthur lors de sa formation dans la légion 30 ans plus tôt. Il était appelé Arturus en Maurétanie Césarienne et devenait amoureux. Plus d'une fois dans le film, ces flash-back nous présentent le parcours d'Arthur particulièrement dans sa vie affective. Arturus, dans la scène dont est extraite la photo ci-jointe, découvre la cicatrice de Shedda. Il commettra un acte extrême.

Être humain

Alexandre Astier ne survalorise pas Arthur, il en fait un héro à dimension humaine malgré son aura, son ascendance, sa mission, son pouvoir. D'abord, il n'apparait que furtivement après 20 minutes du film de 2 heures. Il s'esquive en sautant dans l'eau, il est dans une cage en pleine nuit, et,  même quand il surgit en montant l'escalier secret du château assiégé, il le fait très simplement. Pas de plans en contre-plongée, de cadrage viril à l'américaine, de regards hautains , de stature monolithique, de cascades  avec des pirouettes impossibles dans un bruitage de chairs qui éclatent… Cet évitement de gros égo et de ressassement de clichés confère au personnage une fascinante qualité d'être. Arthur et Astier sont intéressants… par eux-mêmes.

Le petit personnel

Le syntagme Le petit personnel désigne méprisamment les gens dont on nie la valeur quand ils s'avèrent indispensables au fonctionnement d'une grande organisation. Or, dans Kaamelott, les actrices et acteurs ainsi que les personnages, ne sont pas sur dimensionnés. Ils sont grandioses d'humanité.

Arthur se remet en question, ne cherche pas la gloire mais réfléchit à ses obligations et à ses accomplissements (entre autres quand il est allongé sur une table et qu'une jeune fille prend l'épée près de lui). Dans un moment de dépression, il a voulu se suicider. Ni le personnage, ni Alexandre Astier qui l'incarne, ne font de l'esbroufe. Les autres interprètes ne cabotinent pas non plus. Personne n'en rajoute ce qui donne une œuvre à dimension humaine misant sur le talent de celles et ceux qui contribuent à son élaboration. Transgressons le temps et l'espace, avec une métaphore résidentielle, Kaamelott c'est la volonté de qualité de Vaux-le Vicomte avant l'obsession du tape-à-l'œil de Versailles.

De plus, lors du générique de fin, il y a six colonnes avec les noms des figurants; ces participants (ce petit personnel) sont les plus méprisés lors d'un tournage (c'est l'habitude au Québec, au Canada, aux États-Unis), avoir choisi de les nommer contribue à admettre leur importance.

« La guerre c'est de la musique »

Le costume de Lancelot le fait ressembler à un poisson, ceux des Saxons rappellent des vilains russes dans James Bond et ceux des Burgondes sont roses fluo avec des paillettes; ils ne portent vraiment pas un uniforme de camouflage.

Lors de sa formation à Rome, Arthur avait entendu la phrase : « La guerre, c'est de la musique ». Or, cette phrase est actualisée lorsque les colorés Burgondes « Impossibles à coordonner sur un champ de bataille mais bons musiciens » et « Malgré de nombreux épisodes congénitaux » organisent l'assaut avec rythme.

L'évitement de la complaisance dans la violence ajoute à la spécificité de l'œuvre. La guerre est davantage force de la pensée stratégique que destruction par la rage incontrôlable.

Arthur refuse de tuer Lancelot-du-Lac qui l'insulte alors en le qualifiant d'incapable. Ce choix d'Arthur le replonge dans ses souvenirs d'adolescent lors d'un acte dont l'évocation ne peut le laisser indemne.

Guenièvre-Rapunzel

04_GuenievreArthur ne se caractérise pas par sa fidélité conjugale ni par sa progéniture; il a trompé son épouse et n'aurait pas d'enfants. Guenièvre est emprisonnée dans une tour avec sa suivante Nessa.

Ainsi, le conte de fée s'immisce dans l'épopée. Souvent dans les contes, à l'arrivée du Prince Charmant les difficultés s'estompent et il réussit là où d'autres avaient échoué. Jean de Palacio écrivait : « le merveilleux n'est pas d'être fée mais d'être femme ». Au cours des siècles, la recherche de l'incarnation de la spécificité féminine a été narrée, peinte, mise en musique. Les nombreuses représentations étant parfois traversées par une confusion entre fascination et obsession.

La recherche de la femme enfermée dans une tour est particulière au personnage de Rapunzel, nommé aussi Raiponce (voir mon analyse du film dans ma chronique de cinéma de janvier 2011 https://norja.net/cinema/html/c_janvier_2011.html). Dans ce contexte, la chevelure de la belle permet au prétendant de grimper jusqu'à elle.

Dans le film Kaamelott, s'agrippant malencontreusement aux ronces de la tour, Kolaig échoue dans une première tentative pour atteindre Guenièvre. Plus tard, Guenièvre, libérée, s'entretient avec Arthur en justifiant une demande : « Je suis un peu culcul la praline sur les symboles. Vous râlez pas tout le long du chemin ». Elle veut retourner à la tour du château du roi Ban pour y reprendre sa couronne de fleurs portée en fait par Arthur lors de leur mariage.

Arthur s'agrippe aux ronces et atteint la fenêtre de la chambre où l'espérait Guenièvre; le couple s'embrasse. L'accomplissement personnel et l'entente relationnelle sont donc réalisés.

D'autres répliques

Par ordre de déclamation, voici d'autres répliques du film.  Elles ne suscitent pas que le rire anecdotique, le constat d'un jeu de mots, elles reflètent des réalités sociopolitiques, elles incitent à la réflexion.

« risible intrigante à bouclettes »

« Le désir de savoir a-t-il vraiment besoin de contexte? »

« J'ai pas besoin de talent, mon père a de l'argent ».

« On n'a plus un radis! Cornichonne! » (Dans le film Et Dieu…créa la femme une réplique dite par Brigitte Bardot avait été remarquée « Quel cornichon, ce lapin! »)

« On n'est pas des gens de terrain. Des cerveaux non plus, d'ailleurs. »

« On a développé une nouvelle technique en utilisant seulement du fil à retordre. »

À remarquer

Alexandre Astier a voulu que Sting interprète Horsa, un mercenaire Saxon; l'accent britannique du chanteur et acteur contribuait à l'authenticité de sa prestation. Cette préoccupation d'authenticité correspond aussi au fait que les dialogues sont distribués aux acteurs sans qu'ils sachent le contenu complet du scénario ni même de la scène qu'ils tournent. Cette habitude de remettre le texte dans la salle de maquillage laisse les acteurs comme les personnages dans l'ignorance de ce qui va advenir dans l'histoire.

Le délai entre la fin de la série à la télévision et la projection du film ajoute à la crédibilité de l'intrigue; le parcours psychologique d'Arthur ne s'accomplit pas dans l'immédiateté. Ce temps de la réflexion du personnage et celui de l'élaboration du projet filmique, outre leur concordance, s'accorde avec l'aspect humain indéniable dans le résultat.

Non plus l'aspect familial de Kaamelott ne se peut nier. La mère et le père d'Alexandre Astier sont des acteurs, Joëlle Sevilla et Lionnel Astier,  jouent les rôles de Dame Séli et  Léodagane de Carmélide, roi de Carmélide, les beaux-parents d'Arthur Pendragon, roi de Bretagne incarné par Alexandre Astier.

Alexandre Astier est père de sept enfants dont le benjamin, Isaac, est né le 21 juillet 2020, un an avant la sortie du film. Presque tous ses enfants jouent dans la saga Kaamelott.  Ethan apparaissait dans le livre V quand Arthur rêvait d'avoir un enfant et il est Lucan, Chevalier -Seiche dans le film. Ses filles Ariane et Jeanne deviennent Mehben et Mehgan, les filles de Karadoc et Mevanwi. Aaron Astier est un jeune Burgonde. Niel Astier, a le plus long rôle,  Arturus, le jeune Arthur lors de sa formation à Rome. James Astier incarne Trevor.

Quant au demi-frère d'Alexandre, Simon Astier, il a interprété un cuisinier dans Dies Irae et il a joué Yvain, le beau-frère d'Arthur en plus d'assurer le montage des trois premiers livres. La mère de Simon, Josée Drevon, incarne la mère d'Athur Pendragon, Ygerne.

Le 11 juin 2021 Alexandre Astier avait publié 20 affiches pour le film, chacune consacrée à un des personnages avec une réplique le caractérisant. Pour Guenièvre, la question résume bien sa condition de femme : « Me libérer? Mon Dieu! Est-ce possible? »

La suite?

La  réception de ce film influencera Alexandre Astier et son projet d'une trilogie. Il n'entreprendra le deuxième volet qu'au constat de l'intérêt exprimé devant le premier.

Réjane Bouge avait titré un de ses ouvrages : Je ne me lève jamais avant la fin du générique. Le film Bingo de Jean-Claude Lord s'achevait par une révélation faite pendant le générique final. Regarder un générique jusqu'à la fin exprime aussi une forme de respect envers tous les participants qui l'ont élaboré. Le public de Kaamelott-Premier volet devrait prendre connaissance de tout le générique car Alexandre Astier y a insinué l'indice de ses intentions.

L'attente fut longue, Arthur n'est pas revenu « pour trier les lentilles ».  Kaamelott-Premier volet d'Alexandre Astier mérite des dithyrambes.

Références des films et livres mentionnés :
Films :
Kaamelott-Premier volet  Alexandre Astier 2021
Coco Chanel et Igor Stravinsky  Jan Kounen 2009 voir aussi ma chronique de cinéma de décembre 2009
https://norja.net/cinema/html/decembre_2009.html
Goldfinger  Guy Hamilton 1964
Raiponce  Byron Howard et Nathan Greno 2010  voir aussi ma chronique de cinéma de janvier 2011
https://norja.net/cinema/html/c_janvier_2011.html
Et Dieu…créa la femme  Roger Vadim  1956
Bingo  Jean-Claude Lord  1974
Livres :
Jean Lorrain  Sonyeuse Séguier 1993  Préface de Jean de Palacio
Réjane Bouge  Je ne me lève jamais avant la fin du générique Québec-Amérique 2005