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Chronique cinéma
Avril 2021

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Le_club_vinlandLe Club Vinland : la beauté jusqu'à l'émotion

"C'est correct de rêver".

Comment n'être pas submergé d'émotion en entendant cette phrase d'exception?

Frère Jean la déclare dans le Collège Saint -Antoine de Charlevoix où l'on se retrouve en 1948 au début du film Le Club Vinland. Benoit Pilon ouvre sa réalisation en passant de la hauteur des clochers à la neige accumulée alors qu'arrivent les élèves.

Autrefois, les enseignants étaient les dépositaires de ce noble objectif : « Émulation : sentiment qui pousse à faire aussi bien ou mieux » Larousse. La phrase de Frère Jean reste  d'actualité bien qu'elle est peu usitée.

En nos temps de nivelage par le bas, ce retour à des idéaux estompés est rassérénant.  Le réalisateur de ce beau film, Benoit Pilon, s'est adjoint Normand Bergeron et Marc Robitaille pour le scénariser.

Le père d'Émile Lacombe est mort à la guerre.  Marguerite, la mère de ce jeune de 13 ans, veut qu'il étudie « le plus longtemps possible, plus longtemps que son père, que moi ». Elle obtient qu'en janvier 1949, il soit dans la classe de Frère Jean. Celui-ci a été l'élève de James Thompson, auteur du livre Le voyage au Vinland; Frère Jean vient de s'en inspirer lors de la création d'un spectacle en décembre. Il est fasciné par Leif Erikson et la possible présence viking dans le golfe du Saint-Laurent. Et, dans sa chambre, il écoute Duke Ellington. Lui-même esprit avide de connaissances, il tente de développer la passion du savoir chez ses élèves.

Fouille_archeologique
Émile se joint au Club Vinland, un groupe de 8 élèves auxquels Frère Jean enseigne les rudiments de la fouille archéologique au point d'avoir accumulé de la terre dans une salle du collège pour leur montrer comment creuser, tamiser, examiner.

Avec des phrases telles que : « C'est quand on en sait plus, que les questions viennent » et « Se renseigner à plus d'une source » Frère Jean instille la passion de la connaissance à Émile à qui il a aussi déclaré : « T'es un garçon intelligent Émile et puis tu as du talent. C'est des cadeaux de la vie, faut pas les gaspiller ».

Le film est traversé par de nombreuses considérations liées à l'éducation, à l'actualité et même au cinéma.

Frère Jean amène les élèves à l'université car il participe à un colloque à Québec. « Qu'ils sachent que l'université existe » mentionne-t-il pour qu'ils puissent envisager d'y  aller. Ils s'y rendent en autobus; leur arrivée à Québec permet un gros plan du visage d'Émile sortant la tête par la fenêtre et respirant avec délectation.

Le Québec vit la « Grève de l'amiante » alors que « les gars se font battre, Monseigneur Charbonneau a donné son appui aux mineurs ».Un débat est donc organisé avec les élèves pour les conscientiser aux divers aspects du conflit.

Mais le Frère Visiteur est outré car on ne doit pas préparer les élèves pour qu'ils soient « révoltés contre ceux qui vont les engager ». L'injustice du sort des francophones est mise en évidence : rapidement, ils quittent l'école et travaillent en occupant les pires emplois, ceux de la soumission, des gagnes-petits, des asservis. Il ne faut pas instruire les garçons des classes populaires, ils n'iront jamais à l'université, on ne doit plus parler des Vikings.

La salle où se réunissaient les jeunes et l'enseignant est vidée.  Une très belle scène, triste certes, nous montre la salle dépouillée et Frère Jean face aux fenêtres; il reste tourné vers la lumière. Le Frère Directeur le retrouve alors pour lui parler du Refus Global, de l'intérêt pour les sciences et pour entendre Jean lui répondre : « Le monde entier change, il faut être ouvert aux idées nouvelles ».

Frère Jean projette des documentaires liés à sa préoccupation de l'artéfact qui permet de « communiquer avec le passé ». Émile est fasciné et commence à filmer et à monter. Plus tard, Jean lui recommandera : « Filme les gens que tu aimes, les choses qui méritent qu'on les oublie pas ».

Une autre très belle scène a pour contexte le transport des garçons dans la camionnette du collège. Un extrait occupe le bas de l'affiche du film. De plus, lors du tournage, une photo a été prise et on peut voir Frère Jean et Frère Mathieu qui accompagnent les jeunes.

En effet, Frère Jean amène le groupe faire une fouille archéologique sur un terrain près de l'eau qu'il avait préparé la veille en délimitant des quartiers à dégager.  Il s'agit d'un important moment dans leur parcours de vie. Ce que la scène appuie par une succession de gros plans des visages de chaque garçon, suivie d'une vue du paysage. Cette expérience les inscrit dans en ensemble plus vaste, dans leur histoire de vie, dans l'histoire de la vie.

C'est une scène émouvante, grave et magnifique; l'individu et le temps, l'individualité et l'humanité.

Encore un peu et on croirait à la réalisation d'idéaux` : les résultats sont proportionnels aux efforts, la bonne volonté est récompensée, tout est bien qui finit bien. Mais le film est aussi parsemé d'adversités et de dangers.

Le personnage du Frère Cyprien suggère la pédodéviance et exprime la jalousie. Sa mesquinerie culmine dans la déclaration qui suit l'annonce du transfert du Frère Jean :  « Je m'en réjouis ».

La scène précédant le départ de Frère Jean est aussi une réussite : il serre la main de chaque élève en le nommant et le Frère Directeur lui déclare : « Les hommes comme vous on en croise pas beaucoup dans une vie ».

ArnaudVachonLeCubVinland
Tous les acteurs sont bons. En interprétant Frère Jean, Sébastien Ricard a l'occasion d'exceller dans un rôle de composition. Alexandre Perreault dans le rôle du jeune Jérome Dubé est impressionnant. Le jeu naturel d'Alexis Guay qui interprète Chouinard est fascinant, son expressivité est évocatrice. Il faut reconnaître que la révélation du film est Arnaud Vachon dans le rôle d'Émile; son interprétation est aussi contrastée que nuancée, chargée qu'émouvante, accentuée que subtile. Il allie force et sensibilité. Certes son visage ressemble à celui de Matt Damon mais son talent aussi le rappelle, particulièrement dans Good Will Hunting (rien de  moins). Il est déjà un grand acteur. Ces jeunes acteurs prouvent que la ferveur artistique s'affirme à travers la relève au Québec.

Des films tels que Le Club Vinland et La Passion d'Augustine de Léa Pool (voir ma chronique de mai 2015 https://norja.net/cinema/html/c_mai_2015.html) transmettent des bribes d'un passé québécois qui n'est pas reconnu.  L'existence de telles œuvres s'avèrent donc essentielles dans l'admission de la réalité.

Au générique, il a été écrit : « Remerciements à tous nos figurants » et « En hommage aux enseignants qui changent des vies ». Les artistes qui ont participé à l'élaboration du film remercient une enseignante ou un  enseignant dont l'influence fut majeure dans leur existence. Je prends donc le relais et je remercie le Père Roland Poulin  Il a favorisé que je sois une pionnière, la première petite fille à servir la messe dans la paroisse Saint-Jean de Matha, et une journaliste, puisque c'est lui qui m'a fait découvrir le journalisme en élaborant le journal de la paroisse. Il a été pour moi un être d'influence comme « on en croise pas beaucoup dans une vie ».

Le film Le Club Vinland de Benoit Pilon véhicule des valeurs rares dont celle de l'exemple édifiant à travers une minutie de la reconstitution et un souci du détail dans la mise en scène. Ainsi, malgré la déshumanisation virulente, Benoit Pilon a instillé l'importance d'apprendre et d'accéder aux hautes sphères de l'esprit tel que le fait un enseignant qui change des vies.