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Chronique cinéma
ÉTÉ 2019

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

« Tout se partage, la vie, les livres, les films » écrivait la scénariste et romancière Monique Lange. Cet été, le cinéma favorisera les occasions de rire, de discuter, de réfléchir, de s'informer; de partager. Chronique estivale avec le Grand cycle Comédies! de la Cinémathèque Québécoise, les projections Cinéma sous les étoiles de Funambules Média et Cinémania

Comédies! à la Cinémathèque Québécoise

01_Marcel_JeanPour sa 4e édition, du 1er juillet au 31 août 2019, le Grand Cycle Estival de la Cinémathèque Québécoise (située à Montréal, Québec, Canada) fera rire le public avec des films réunis sous le thème Comédies!

Revenu d'Europe depuis quelques jours, Marcel Jean, délégué artistique au Festival international du film d'animation d'Annecy,  a revêtu son habit rose pâle pour animer la soirée en tant que directeur général et directeur de la programmation à la Cinémathèque québécoise. « Je n'ai pas pour habitude de m'habiller en rose, c'est concept » a-t -il mentionné avant que je lui demande pourquoi il était fier de cette programmation.

« Il y a toujours une volonté de montrer que le cinéma est aussi un endroit de plaisir, de bonheur. Les plus grands cinéastes ont fait des comédies. Par exemple, Clouzot. Le Clouzot des Diaboliques, a fait au moins 1 comédie (Miquette et sa mère projection le 18 juillet) . On a voulu montrer la richesse du cinéma à travers le rire. On peut réunir tout le monde avec le rire, adultes et enfants. Et on peut renouer avec des classiques. » s'est enthousiasmé Marcel Jean. Je lui ai aussi posé la question : « Y a-t-il une comédie avec une résonnance particulière pour vous dans cette programmation? » Sa réponse fut immédiate : « Le film I was born, but de Yasujirô Ozu. Deux enfants voient leur père faire des courbettes devant son patron. C'est un film très amusant. Pour moi ce film a compté. Ozu était un cinéaste dont parlaient mes professeurs. C'était inattendu » m'a –t-il répondu. Sur la photo, vous pouvez voir Marcel Jean avec moi alors que nous tenons un des visuels de l'événement. Deux photos ont été retenues : l'une avec Jerry Lewis dont la réalisation Docteur Jerry et Mister Love est à l'horaire et l'autre avec Pierre Étaix dans Le soupirant, aussi inclus dans la programmation.

Le parcours historique, de 1917 à 2018, inclut des films muets, des films en noir et blanc, et des films en couleurs. Techniques, animation, avec comédiens mais aussi ressorts du rire, les variables dans le temps et selon les pays, la thématique interpelle sur divers aspects du rire ainsi qu'on pouvait le constater lors de la soirée d'ouverture avec les quelques courts métrages extraits de la programmation.

02_Guillaume_LafleurSur la photo, je suis avec Guillaume Lafleur, directeur de la diffusion et de la programmation, qui est venu au micro pour annoncer : « Les films vous feront rire et sauront vous émouvoir dans certains cas ». Il a présenté le compositeur Guillaume Martineau, qui s'est mis au piano pour la projection de Coney Island, un film de 1917 réalisé et interprété par Fatty Arbuckle.

D'ailleurs, certaines des projections de films muets du vendredi soir se distingueront par l'accompagnement au piano de Chantale Morin, de Gabriel Thibodeau.

Pour Guillaume Lafleur, Fatty Arbuckle « incarne le corps burlesque, le corps de l'obésité morbide acceptée de façon libératrice. Il peut se passer n'importe quoi. Il s'agit de montrer du mouvement, de l'action. » 

En effet, dans ce film de 24 minutes, les situations, effleurées ou développées, se succèdent avec inventivité en misant sur des circonstances qui deviendront caractéristiques des comédies dont les tartes à la crème et les numéros de cascades acrobatiques. Arbuckle est entouré d'Al St-John, d'une souplesse et d'une habileté remarquables et de Buster Keaton qui débutait au cinéma en multipliant les cascades. Lui, qui serait ultérieurement surnommé « L'homme qui ne riait jamais », s'esclaffe lors d`une scène.

L'action, les péripéties liées à la séduction d'une jeune femme, se déroule lors d'une même après-midi : parade près de la plage, jeux dans le sable, Witching wave quand les « gentlemen please kindly sit on the left » et le poste de police.

Fatty incarne d'abord l'époux d'une femme qui lui lit une histoire pendant qu'il s'amuse avec un seau et une pelle. Il ressemble davantage au fils de cette femme. En effet, il a développé un personnage naïf correspondant plus à un enfant taquin, jouant des mauvais tours (lançant du sable dans le décolleté) et faisant fréquemment des grimaces.

Puis, Fatty se travestit. Il devient une naïade en costume de bain, prétexte pour pénétrer dans le vestiaire des femmes. Lors de son changement de costumes, il a glissé une scène dans laquelle il est plus acteur que personnage; il rompt avec la convention de ne jamais fixer la caméra, et il regarde l'objectif donc le public, en indiquant qu'il veut un changement de cadre, une captation du haut de son corps et non de la totalité, suggérant aussi que le caméraman est celui auquel il s'adresse. L'effet de surprise, indispensable à la comédie, est efficace mais il y a simultanément l'expression d'une vulnérabilité, d'une pudeur à travers l'exhibition des prestations, très physiques, très déployées, très agiles et très expansives car l'exagération est aussi l'un des ressorts de la comédie. Comme un petit moment de fragilité, de tendresse, une brève cassure du code, un rappel d'humanité.

Après Coney Island, nous sommes revenus au Québec avec une pseudo publicité d'André Leduc, pour vanter l'appareil « Instant French ». Cet appareil transforme la personne qui devient capable de dire 10 phrases en langue française terminant toujours avec le syntagme « Je ne parle pas français » et ce,  avec différents accents : « acadian, quebecois, parisian and franco ontarian ». Les gens qui refusent d'apprendre le français au Québec doivent encore aujourd'hui se procurer l'indispensable « Instant French » pour la modique somme de 15.97$ afin de pallier aux lacunes causées par leur entêtement intraitable.

Bien qu'il ne concorde pas avec le grand cycle estival, je dois ajouter qu'André Leduc a aussi réalisé Zéa, un court métrage qui suggère la chair et le cosmos, la science et la sensualité. Un film dont il ne faudrait pas voir la fin pour continuer à imaginer tous les possibles de ses différentes évocations. C'est une ode poétique, une apothéose lyrique sur la musique de R. Vaughan Williams. Leduc a aussi consacré un film à Monsieur Pointu et lancé un pavé dans la mare avec L'affaire Brunswick, encore un appareil inventé. J'avais découvert ce cinéaste lors de mes études universitaires en cinéma. Son humour répond à une dénonciation satyrique, à une aspiration inassouvie, à une acuité dans la perspective; en effet, ses films restent flagrants d'actualité.

Ensuite, Marco de Blois conservateur et programmateur, nous a parlé de Michel Ocelot qui, avec « un propos humaniste et une facture  élégante », s'est fait connaître par sa série de films d'animation Kirikou. Or, en 1987, il a fait un dessin animé sur papier calque pour illustrer un fabliau du XIVe siècle. Dans Les 4 vœux du vilain et de sa femme, Saint Martin exauce les souhaits. Ocelot n'a pas lésiné sur la grivoiserie. Le dénouement m'a rappelé une blague qui circule depuis des années : « il se gaspille 5 fois plus d'argent pour des implants mammaires et du Viagra, que pour la recherche contre la maladie d'Alzheimer. On peut donc conclure que dans 30 ans, il y aura un très grand nombre de personnes avec des seins proéminents et des érections évidentes,... mais incapables de se rappeler à quoi tout cela sert ».

L'avenir ne se pare pas de bons augures pour les locataires. Personne n'est à l'abri de se retrouver sans abri. À travers le monde, le déni concernant l'abordabilité, la salubrité et la sécurité liées au logement locatif pourrit la vie des gens. Des êtres cupides veulent faire du profit à partir des besoins de base des individus : alimentation, logement, santé , instruction, justice… Si seulement il n'y avait que le luxe qui coûtait cher. Dans ma chronique d'avril 2016, je compatissais aux problèmes domiciliaires d'un collègue : La persécution de Pierino Di Tonno, le photographe des stars. Je n'hésite pas à résumer la situation qui empire en me référant à Victor Hugo : «Les Misérables du XXIe siècle ». Alors qu'elle remplissait des boîtes pour son déménagement, la réalisatrice Zviane s'est présentée à la soirée d'ouverture du Grand cycle pour rappeler qu'il y a 4 ans, pendant les préparatifs d'un précédent déménagement, elle a retrouvée une cassette audio qu'elle a incluse dans son film : La pureté de l'enfance.

Bédéiste, Sylvie-Anne Ménard, alias Zviane, a enregistré une cassette audio en 1989 quand elle avait 5ou 6 ans. Elle a réalisé un film d'animation consacré à la mise en images des projets d'avenir qu'elle décrivait en chantant et en mêlant préoccupations scatologiques et grossesses multiples. Les cours d'éducation sexuelle sont vraiment nécessaires dès la garderie.

Aussi lié au thème de l'enfance, Marcel Jean nous a présenté Las Palmas, une comédie suédoise de Johannes Nyholm qui a soulevé la controverse. Scénariste, producteur et réalisateur, ce court métrage de 13 minutes (qui m'a semblé beaucoup plus long) montre une fillette d'un an habillé comme une femme d'un certain âge.  La blonde enfant est saoule sur le sol avec un walkman. Créé en 2011, le film se caractérise par une ingéniosité indéniable. La fillette est humaine mais tous les autres personnages sont des marionnettes et l'image les fusionne avec un déconcertant réalisme. Car elle ne cesse de s'enivrer à l'étonnement des serveurs dans un restaurant où elle cause toute une pagaille.

La minutie du travail nécessaire est admirable. Il a fallu des heures de cadrage, de montage, à travers une attention soutenue pour parvenir à un tel résultat. S'il est pénible de voir une enfant saoule, on peut s'attrister des adultes avec un problème d'alcool. En chaque personne avec les problèmes de la compulsion, de la toxicomanie, de la dépendance,  subsiste l'enfant privé dépassé par sa douleur. Nous aiguiller vers cette réflexion, était-ce l'une des intentions de Nyholm?

De plus, j'ai été interpelée par cette permutation en chiasme : dans Coney Island, Fatty Arbuckle, un adulte, suggère un personnage d'enfant et, dans Las Palmas, le bébé d'un an, incarne une adulte.

En blaguant, Marcel Jean a dit que depuis des années, Johaness Nyholm se bat pour retrouver la garde de sa fille avant d'ajouter : « C'est pas la voie du bon goût et de la rectitude. Puisque nous étions au bord du précipice, autant faire un pas en avant avec le film Toutes des connes ».

Ce court métrage de François Jaros, d'après un scénario de Guillaume Lambert et un montage de François Jaros, doit aussi énormément à l'interprétation à la fois nuancée et intense de Guillaume Lambert.  En anglais le titre du film est devenu Life's a bitch. Le résultat : en 5 minutes, 95 scènes éloquentes. Rythme, inventivité, efficacité, pour substituer rapidement au mot « connes » du titre, le mot « indispensables ».

Les hommes sont-ils heureux sans femmes? On peut observer la militarisation inquiétante de la Chine, le machisme criminel du Mexique, le féminicide inextinguible de l'Inde. On peut se  rappeler cet extrait du film : Clair de femme de Costa Gavras d'après le roman de Romain Gary quand Yves Montand tient Romy Scheiner dans ses bras et qu'il admet : « J'aurai toujours patrie féminine. Vous êtes là, il y a clair de femme. D'autres hommes sont peut-être capables de vivre ailleurs, mais pas moi.» Et on peut voir que malgré son titre redoutable, le court métrage Toutes des connes a de quoi susciter l'ébahissement.

Place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal, la relation d'un jeune couple se termine abruptement, de gros mots sont criés. Commence alors un déferlement de scènes révélant la dérive du jeune homme : il se saoule, parle à un policier, prétend que ça va bien, se douche, pleure, crie, jette une photo, traine dans son bain, se masturbe, lance un livre de conseils superficiels qui, sans qu'il l'ait voulu, heurte un cycliste qui tombe dans le lac du Parc La Fontaine, reste stoïque pendant un strip tease, pendant une partie de hockey, s'endort pendant un film porno, fait venir une pizza, fait du jogging, fait venir du poulet, fait du jogging  oups! il court dans la neige. Cette succession anecdotique soudain induit le passage du temps par cette seule scène. Nouvelle relation amoureuse. Plaisir, bonheur, drôlerie. Mais, elle doit partir avec sa très grosse valise. Retour de la déprime, il est retrouvé par la police au matin, il change de coiffure, il insiste trop auprès des femmes, change de coiffure. Retour au lieu de la 1e scène d'ouverture, sur la Place Jacques-Cartier,  elle, l'aimée du début,  est là…Non, je ne vous révèle pas la fin de ce bijou de talent et de créativité. Joli, cocasse, brillant, maîtrisé, efficace, drôle, poignant. À voir.

03_Cava_RosaSur une autre photo, vous pouvez me voir avec le Cava Rosé. En effet, à chaque édition de l'événement un breuvage spécial est offert. C'est en accord avec ce rosé que, pour respecter le concept, Marcel Jean s'était habillé en rose.

Yasujirô Ozu, ce réalisateur que Marcel Jean a mentionné a aussi signé le film Les sœurs Munakata cité dans le film Le Hérisson avec Josiane Balasko. La comédienne et réalisatrice ne lésine pas sur les changements d'apparence comme on le constate dans Gazon Maudit (mercredi le 7 août). Le travestisme s'avère un ressort de la comédie puisqu'il est aussi utilisé dans Coney Island dans L'inspecteur La Bavure (samedi 13 juillet) et dans Some like it hot le samedi 10 août.

À remarquer : le 14 juillet, pour le 25e anniversaire de la sortie de Louis 19, le roi des ondes, le film sera projeté en présence du réalisateur Michel Poulette. Prémonitoire, le scénario prédisait l'ampleur de la télé-réalité. Le 16 juillet, Philippe Falardeau sera présent pour Guibord s'en va-t-en guerre. En novembre 2015 dans ma chronique j'appréciais le film : « Rarement au Québec avons-nous un scénario aussi dense, des personnages si éloquents et des dialogues tellement consistants ».

Le samedi 3 août seront projetés Les courts métrages de W.C. FIELDS, le vendredi 9 août les Slapstick muets,  le mardi 13 août le Cartoon et le Post-Cartoon et le dimanche 28 juillet Animations comiques et musicales.

On pourra aussi voir Les perles de la Couronne de Sacha Guitry le lundi 12 août; homme d'un talent diversifié et d'une érudition remarquable, Guitry s'est révélé une aide indéfectible pour plusieurs pendant la 2e guerre mondiale, puis, il fut accusé de collaboration et arrêté. Ceux qu'il avait aidés l'ont méprisé ensuite. Encore dans le Grand cycle, la production québécoise The Trotsky scénarisée, réalisée, par Jacob Tierney le jeudi 29 août, cette comédie dans laquelle Jay Baruchel prouve qu'il est un acteur particulièrement brillant, était analysée dans ma chronique de juin 2010.

The Gold Rush de Chaplin, le Dîner de cons de Veber, Bienvenue chez le Ch'tis de Dany Boom et tant d'autres s'ajoutent à la programmation. Sans oublier, un des symboles de la comédie française, Louis de Funès dans sa très artistique adaptation de L'avare, un hommage à Molière et au théâtre, et le fameux La Grande Vadrouille de Gérard Oury qui le réunit à André Bourvil. La musique est superbe, la succession des scènes est enlevante et les répliques intemporelles. Quand Bourvil constate : « Il n'y a pas d'hélice hélas » de Funès rétorque : « C'est là qu'est l'os » et quand, capturés et enfermés à la Kommandantur, Bourvil déclare :  « En tous cas, moi, ils peuvent me tuer ,  je ne parlerai pas » de Funès réplique : « Moi aussi, ils peuvent vous tuer, je ne parlerai pas ».

Quelle belle programmation pour estomper les préoccupations quotidiennes et atténuer les drames accaparants. Je rappelle : le Grand cycle estival de la Cinémathèque Québécoise Comédies! depuis le 1er juillet jusqu'au 31 août 2019.

Un merci tout particulier à Monsieur Normand Daigneault pour les photos prises le soir de l'ouverture.

04_Sous_les_etoiles 10e édition de Cinéma sous les étoiles de Funambules Média

Que reste-t-il des possibilités de la démocratie, des conditions de santé, des chances d'acquérir les bases de l'instruction, du droit de vivre des séniors (et pas seulement celui de mourir), de la capacité de développer la sensibilité et la conscience, de l'occasion de contester l'utilisation des fonds publics, de la verbalisation de la douleur infligée par la marginalisation à l'intérieur de sa propre communauté, de la liberté de réclamer la fin de la misogynie, de la pauvreté, de la maltraitance des enfants dont la prostitution des mineurs?

Reste-t-il des éventualités de ressentir un peu de satisfaction à travers l'inquiétude? Existe-t-il d'autres êtres qui réfléchissent, qui s'interrogent, qui imaginent l'égalité socio-économique, des moyens d'améliorer les relations humaines, de développer l'entente plutôt que l'arrogance, la conciliation et non le conflit, d'estomper le recours à la force quand débute la formulation d'un idéal de transmission de vérité, d'établissement de paix, de cessation de violence? Et si votre été incluait l'opportunité d'en parler avec un (e) cinéaste, de discuter, de commenter entre gens qui partagent de semblables rêves après la projection d'un documentaire?

Promue par la belle affiche de Romain Lasser, la 10e édition de l'événement estival Cinéma sous les étoiles de Funambules Médias continue ses projections extérieures dans 10 arrondissements de Montréal jusqu'au 30 août 2019.

Pour nourrir l'espoir de jours meilleurs, pour avoir la certitude de glaner des informations peu transmises, pour découvrir ou confirmer les versions moins officielles des réalités dont on assume les implications et les conséquences sans les avoir voulues, les projections gratuites de documentaires récents ou toujours actuels convient le public. La liberté d'expression, les menaces à la biodiversité, la solidarité internationale incluant les migrants, le maintien de savoirs ancestraux, la fin de l'agriculture par des fermiers, tant de sujets réclament notre attention.

Nicolas Goyette, co-coordonnateur et programmateur de ces projections de cinéma consacré aux réalités sociales, environnementales et politiques, a organisé les rencontres autour de la formule : « Voir, parler, agir », « il y a toujours des invités à chaque projection, soit les cinéastes qui viennent discuter avec le public après le film, des spécialistes, des experts dans les domaines, dans les thématiques qui sont traités dans les films, ça permet au public d'échanger aussi, ça crée une espèce de débat public, troisièmement le agir : dans plusieurs projections qu'on organise, on fait venir soit des groupes environnementaux, soit des groupes militants pour le logement ou d'autres types d'organisations dans lesquelles les gens peuvent s'impliquer, c'est-à-dire , ils vont avoir vu le film, ils vont avoir discuté des enjeux, et si ils disent qu'est-ce qu'on peut faire, ils peuvent directement s'impliquer avec ces groupes-là. C'est gratuit, c'est convivial. Les gens peuvent piqueniquer avant, sont dans l'herbe, il y a une ambiance de groupe. C'est une réappropriation des espaces publics. Des gens de toutes origines, de tous âges se rencontrent. C'est un cinéma de proximité. Ça favorise l'essor du documentaire. Le niveau de discussion est très intéressant. »

Aussi, des exclusivités, des primeurs, sont projetées. De plus, des sous-titres en français et/ou en anglais rendent les projections encore plus accessibles. Certains soirs, des projections distinctes se déroulent dans deux parcs. De quoi se retrouver avec un choix cornélien!

L'alimentation et l'agriculture sont confrontées aux mêmes contraintes et enjeux entre désastre écologique et crise économique. Agriculture bio, cultures intensives transgéniques, aliments sans nutriments…Peut-être avez-vous vu l'explicatif et démonstratif documentaire Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin ou vous  rappelez-vous cette réplique du vieux fermier dans le film L'annonce de Julie Lopes Curval: « Avant on faisait tous du bio »?

Les ententes gouvernementales avec les multinationales contribuent  à l'utilisation de produits dangereux et de procédés standardisés pour que des entreprises engrangent des profits. Ces problèmes mènent aux nombreux suicides d'agriculteurs, à la désobéissance civique. Aujourd'hui, ils subissent même les blâmes des fervents du bio qui les accusent sans savoir les obligations qui leur ont été imposées. Des films tels que Sillages alimentaires, Chemins de travers, Demain, When Tomatoes Met Wagner, Viaje a los Pueblos Fumigados, se complètent autour du thème des ressources alimentaires.

Non les envahisseurs ne sont pas des extraterrestres, ce sont des entités abstraites vaguement nommées intérêts financiers, volontés des actionnaires, stratégies néolibérales, et, parfois, plus précisément, compagnies pétrolières, jeux olympiques, mines d'or. Des documentaires cernent les contours des persécuteurs et donnent la parole aux Don Quichotte qui continuent le combat : Maxima, Une vie meilleure, This is Congo,  Le goût de l'espoir, System Error, Silas. No more business as usual, Plagan, Le loup d'or de Balolé, Life in the City of Dirty Water. Kanehsatake 270 ans de résistance rappelle qu'une terre ancestrale à Oka aurait pu devenir un terrain de golfe sans les barricades d'une confrontation historique.

Les lois, les systèmes policiers et judiciaires, diverses instances payées par les contribuables laissent tomber ou même accablent des victimes; ce déni d'humanité se remarque davantage quand les victimes ont subi des agressions à caractère sexuel. 05_anonymous_comes_to_townDans Anonymous comes to town, Nancy Schwartzman dénonce la culture du viol et témoigne de l'aide du groupe Anonymous qui a conscientisé la population de Steubenville aux États-Unis; le groupe a affirmé que des victimes de viol, depuis des générations, sont contraintes à taire les agressions. Dans  #SusVoces de Julie Anne Bautista-Beauchesne, des femmes s'expriment sur les affres de  la persécution perpétrées à travers le harcèlement et l'agression sexuelle. De Kim O'Bomsawin, Ce silence qui tue évoque le génocide des femmes autochtones en se focalisant sur l'année 2014 alors que 1 200 femmes avaient disparu ou été tuées.

Au cours de toute la période historique de la présence sur Terre de l'espèce humaine, jamais une période n'a été sécuritaire pour les femmes; actuellement, aucun pays ne respecte la totalité des droits humains quand ils pourraient s'appliquer aux femmes. Certes, l'aspect salarial importe mais quand une fille aux États-Unis risque plus d'être violée si elle étudie à l'université que si elle n'y va pas, l'importance de la conviction, l'influence de la mentalité, l'incidence de la culture sont prépondérantes. Pourquoi n'a-t -on pas précisé, endigué, contrôlé la cause des viols collectifs en Allemagne lors de la St-Sylvestre de 2015? Pourquoi au Québec la seule tragédie qui n'a pas été suivie d'une enquête publique du coroner est la tuerie de la Polytechnique, le féminicide ayant fait le plus grand nombre de victimes dans un seul événement en Amérique? Pourquoi les crimes concentrés dans la ville de Ciudad Juarez se sont-ils répandu à tout le Mexique où chaque jour 7 femmes sont tuées parce qu'elles sont des femmes? Pourquoi le Canada et les États-Unis ont-ils simultanément reculé dans l'indice du bonheur de l'ONU et dans l'égalité entre les femmes et les hommes concernant la santé, l'éducation, le travail, la politique? Pourquoi existe-il une infinie détestation à l'égard des femmes alors que ce sont elles qui s'impliquent le plus dans le bénévolat, dans les tâches domestiques, dans les soins aux autres, enfants, séniors, pauvres, handicapés…? Est-ce que la misogynie sera l'unique discrimination haineuse jamais vaincue dans la brève histoire de l'humanité?

06_HAK_MTLÀ  noter aussi dans la programmation, l'impact des nouveaux moyens de communication : HAK MTL, projeté en présence du réalisateur Alexandre Sheldon, s'intéresse aux hackers, souvent décrits négativement alors qu'ils sont le dernier espoir de protéger la vie privée à une époque où, dans les affaires sur Internet, « Si c'est gratuit, vous êtes le produit ». Do you trust this computer? a été réalisé par Chris Paine qui pose la question du contrôle.  Le court métrage L'hameçon aborde le thème des fake news.

07_Le_silence_des_autresLe silence des autres révèle les réclamations des  rescapé (e) s du franquisme qui veulent que cesse le pacte de l'oubli conséquent à l'amnistie générale de 1977. Les documentaires 127 BIS, Destierros Libre, L'arche d'Anote concernent les problèmes des migrants. Le loup d'or de Balolé nous amène à constater les conditions dans une mine de Ouagadougou.

Les échanges de paroles, l'importance de la langue même, matériau de communication ou d'œuvre artistique, la transmission des connaissances grâce aux ainé es, ont intéressé des cinéastes : Démocratie(s), Les Matous, Exarcheia, le chant des oiseaux, Katatjatuuk Kangirsumi, Ceux qui viendront l'entendront, Qilliqtu, Historytelling

Des documentaires tracent les portraits de femmes d'exception : Naila and the Uprising rappelle l'implication de Naila Ayesh et la participation des femmes dans la première Intifada, Pauline Julien, intime et politique, Ovarian Psycos, Grit, Warrior Women, Gaza by Her et Nous ne vendrons pas notre avenir, Terra de Lut Des arbres tombent, mais la forêt continue de pousser et Ghost Fleet nous fait connaître .Patima Tungpuchayakul, abolitionniste thaïlandaise indéfectible qui risque sa vie en voulant contrer le trafic humain et l'esclavagisme.

08_Ecole_des_philosophesParfois, l'oppression sévit à l'intérieur de soi : handicap mental, dépression…ainsi qu'en rendent compte les documentaires : À l'école des philosophes et Tenir tête.

En confiant leurs préoccupations  personnelles des gens peuvent aider des êtres en souffrance ou en questionnement, ainsi, les films Noah, 18 ans sur un adolescent transgenre, Yours in sisterhood a été inspiré par les lettres envoyées à Ms le premier magazine féministe américain. Coby concerne le changement de sexe. Récit de soi réfléchit aux représentations non-binaires.

D'autres vécus personnels deviennent le sujet de la Soirée Luttes Sociales avec les documentaires : Les patrons ont toujours tort! (ce qui ne les empêchent pas d'être les plus forts), Bonheur social et 40 ans au Front! Histoire des luttes du FRAPRU le Front d'Action Populaire en Réaménagement Urbain. Avec un sourire, la révolution! accompagne les Catalans qui organisent un référendum d'autodétermination malgré la menace d'une répression violente. Dia de Eleicao rapproche l'histoire du Brésil et celle du réalisateur Nereu Afonso. C'est aussi au Brésil que se déroule Encantado, le Brésil désenchanté. L'autre Rio a filmé la survie des défavorisés pendant les Jeux Olympiques . Le documentaire Anthropocène : l'époque humaine insiste sur le désastre que l'humain a causé. D'ailleurs, l'espèce humaine est la seule à avoir détruit son habitat.

À toutes ces thématiques s'ajoutent celle de l'amitié dans Shirley Temple et dans Footsteps. Celle de l'échange de talent et l'échange de cadeaux dans Le Don.  Le documentaire canado-coréen Wind Should Be heard not seen, est basé sur le transport de la poussière. Le film Pas de ports pour les petits bateaux interpelle sur la responsabilité des images. Le documentaire I signed the petition relate  l'incurable hypocrisie des politiques. . Maxime Rey suit le photographe animalier Hugues dans Holocène.

Trois cinéastes ont consacré leurs documentaires à un lieu de vie : Kuujjuaq de Sammy Gadbois, De cendres et de braises tourné à Mureaux de Manon Ott et Là où je vis de Sarah Baril Gaudet qui nous emmène au Nunavik.

Avez-vous des mauvaises pensées? François Ruffin en a. Et il en parle. Eh! Oui, il pense à des gens qu'on doit ignorer car c'est mauvais d'avoir une conscience et une sensibilité. Il pense à des gens dont on doit rire (dans Les Bougons, dans Shameless), qu'on doit mépriser (Emmanuel Macron a déclaré qu'il y a des gens qui ne sont rien) des gens qui ont plus de scrupules que de gains, qui ont plus d'empathie que de stock options, plus de désespoirs que de magouilles, plus de toxicomanie avérée que de toxicité verbale, plus de bons procédés que d'affaires croches.

Il y a des gens qui sont des pauvres, des travailleurs, des idéalistes, des exploités, des manipulés, des abusés; des gens dont les efforts sont sans résultats alors que d'autres profitent sans efforts, et il faut ajouter les gens dont les efforts sont néfastes pour eux -mêmes, le monde est une grande cour d'école où les plus sérieux, les plus sensibles, les plus intègres, les plus honnêtes, sont les plus ciblés par les bullies.

Et les mauvaises pensées de François Ruffin sont partagées par Gilles Perret. Les deux réalisateurs ont donc décidé d'empirer leur réputation d'êtres rares, de personnes d'exception, en allant filmer des êtres nombreux et ignorées, des personnes aussi amochées qu'éreintées, les Gilets Jaunes. Leur documentaire de 2019 J'veux du soleil les a amenés à rencontrer « des femmes et des hommes, d'habitude résigné (e) s  [qui ] se dressent et se redressent, avec fierté, avec beauté, pour réclamer leur part de bonheur ».

Sans oublier La Soirée Lauréat (e) s Compétition courts Métrages 2019.

Je vous ai énuméré les 60 projections gratuites en plein air pour vous proposer de participer au débat public que ces documentaires peuvent susciter.

La programmation peut être consultée sur le site
cinemasouslesetoiles.org.

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Les projections estivales de Cinémania

7 projections dans 6 lieux montréalais constitueront les projections estivales gratuites de Cinémania entre le 4 juillet et le 18 août 2019. Cinémania présente des films francophones avec des sous-titres anglais permettant ainsi de faire connaître les grandes qualités de ce cinéma. Les  chaînes StudioCanal et  Canal+ international sont partenaires de ces projections dans des lieux, parfois intérieurs, quelques fois extérieurs.

Vous pourrez assister aux projections :

La Chute de Sparte de Tristan Dubois le 4 juillet à 19h30 au cinéma de la nouvelle bibliothèque de l'arrondissement Pierrefonds-Roxboro et le 5 août à 20h30 au Parc La Fontaine. Pour suivre les préoccupations de Steve en Secondaire V.

Un peuple et son roi de Pierre Schoeller à la terrasse du restaurant Renoir de l'Hôtel Sofitel  le Carré Doré le 14 juillet à 21h. Après la protection indéfectible d'un enfant confié inopinément à un itinérant (Guillaume Depardieu ) dans le merveilleux film Versailles qui révéla Max Baissette de Malglaive, Shoeller s'est consacré avec minutie et la plus grande fidélité à la reconstitution de la Révolution Française.

Le grand bain de Gilles Lellouche au Parc Notre-Dame-de-Grâce le 1 août à 20h30. Une comédie rassemblant des hommes qui tente de se reconstruire en pratiquant la nage synchronisée.

10_EdmondEdmond d'Alexis Michalik au Parc Jean -Brillant le 2 août à 20h30. Savez-vous qu'à toute heure du jour, où que ce soit, la pièce Cyrano de Bergerac est jouée? Le film présente son auteur Edmond Rostand d'après la pièce mise en scène par Michalik. Rostand n'a que 29 ans quand il signe son chef d'œuvre dont le succès ne se dément pas.

Nos batailles de Guillaume Senes au Parc La Fontaine le 12 août à 20h30 nous permet de retrouver  Romain Duris dans l'interprétation d'un père célibataire.

L'heure de la sortie de Sébastien Marnier au Village Au-pied-du-courant le 18 août à 21h. Laurent Lafitte, qui incarne Louis XVI dans le film Un peuple et son roi, cette fois,  enseigne dans un collège prestigieux. Mais les comportements de ses élèves particulièrement violents le préoccupent.

Cet automne la 25e édition de Cinémania se déroulera du 7 au 17 novembre 2019.

Je vous souhaite un agréable été rempli d'une lumière naturelle si importante pour notre santé, si rare parmi nos saisons et si bienfaisante pour notre moral.

 

 

 

Les visuels :

  • Lucie Poirier et Marcel Jean pour Comédies! à la cinémathèque québécoise
  • Guillaume Lafleur et Lucie Poirier
  • Lucie Poirier et le Cava Rosa de la Cinémathèque
  • Cinéma sous les étoiles de Funambules Média l'affiche
  • Anonymous comes to town
  • HAK_MTL documentaire
  • Le_silence_des_autres
  • A l'école des philosophes
  • Cinémania logo
  • Edmond le film