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Chronique cinéma
Février 2020

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Mois de la St-Valentin, mois de l'Amour. Il en faut de l'amour pour un projet de film avant qu'il aboutisse; surtout lorsqu'il est né du rêve artistique de la réalisatrice Alla Kovgan ou du rêve nostalgique du réalisateur Martin Villeneuve.


01_LaSuiteFor2CunninghamCUNNINGHAM D'ALLA KOVGAN : UNE VRAIE BEAUTÉ!

Alla Kovgan a abouti un hommage à l'artiste Merce Cunningham et à son œuvre chorégraphique. Elle a consacré 7 ans à son projet original et  respectueux. Elle prouve le coté intemporel des créations du danseur et chorégraphe en incluant une interprétation contemporaine des œuvres créées entre 1942 et 1972 . Elle va jusqu'à montrer la version d'époque et la version récente en duplex.

Le film commence avec un danseur dans le tunnel d'un métro. Il avance vers la caméra alors que la caméra s'approche de lui suggérant qu'il se rapproche de nous et nous de lui. D'emblée l'implication du spectateur est stimulée. Ce choix d'Alla Kovgan, la réalisatrice, s'accorde avec la citation de Cunningham : « L'interprétation c'est pour chaque personne qui regarde dans la salle »

02_Cunningham_PointillismeLe style de Cunningham est rectiligne, parfois statique, les danseurs restant figés comme des statues. Ainsi, après la première séquence du film, la troupe contemporaine s'immobilise  sur le toit d'un gratte-ciel dans des poses immuables, avant et après, un mouvement.

Pour témoigner encore de ses choix, Alla Kovgan enchaine avec,  en noir et blanc, un gros plan du chorégraphe qui nous apprend : « N'importe quel mouvement peut faire partie d'une chorégraphie ».

Pour nous rallier aux choix de l'artiste, Alla Kovgan nous fait voir un danseur sous la lumière, en dehors du cercle de la lumière. Cunningham accordait une grande importance aux décors et à des accessoires , parfois à même le corps du danseur. Ainsi, en image d'époque et en image contemporaine, un danseur exécute la chorégraphie avec une chaise attachée à son dos sur laquelle la partenaire s'assoit.

La « Suite for 2 » est exécutée dans la nature; la création est donc réactualisée non seulement parce que d'autres danseurs l'interprètent mais parce que le lieu est inusité.

Aussi, la chorégraphie avec costumes et décors en pointillisme est impressionnante.

Le documentaire évoque les collaborations importantes de John Cage, compositeur et compagnon du chorégraphe, de Robert  Rauschenberg, peintre et d'Andy Warhol qui réduisit l'espace scénique pour les danseurs en plaçant des ballons argentés, les « silver clouds ».

Avant la gloire et la célébrité, Cunningham partait en tournée avec ses danseurs dans une camionnette. L'une des danseuses déplore la fin de cette vie communautaire qui céda la place à une vie de compagnie de danse.

À remarquer, le film peut être vu en 3D, une expérience qui amplifie la charge émotive.

De plus, la réalisatrice nous fait connaître l'homme, son œuvre et même ses réflexions liées à son rapport au monde : « Je ne vois pas pourquoi je continuerais quand il y a tellement de contrariété et d'animosité ».

Avec le documentaire Cunningham, la réalisatrice Alla Kovgan mérite l'exclamation : « De toute beauté! ».


La suite d'Imelda de Martin Villeneuve

Au cours des ans, vous avez régulièrement lu les divers accomplissements du réalisateur et acteur déterminé Martin Villeneuve.

Dans ma chronique de décembre 2012, vous avez pu découvrir mon analyse de son long métrage Mars et Avril, une œuvre futuriste avec un amour intemporel. J'étais ébahie par la qualité visuelle et  l'inventivité scénaristique de ce film d'anticipation qui consacrait l'art musical et la relation amoureuse alors que trop souvent dans les films de science-fiction il s'agit de guerre..

À cause de ce film, Martin Villeneuve a été le premier et le seul Québécois en 30 ans à donner une conférence pendant l'événement TED, Technology, Entertainement and Design, en Californie en 2013 intitulée  « Comment j'ai réalisé un film impossible ». Il sera de nouveau conférencier lors de l'événement  C2 Montréal au printemps 2020. Pour cela, il retrouvera le bédéiste belge François Schuiten qui avait conféré sa facture visuelle au film Mars et Avril.

Puis avec ma chronique de l'été 2015, vous appreniez que Martin a réalisé un court -métrage, Imelda, et qu'il interprétait le rôle principal, un personnage en l'honneur de sa grand-mère dont il a même porté la robe pour le tournage. Il a tellement excellé dans cette interprétation qu'il a reçu un Prix d'interprétation masculine de l'Union de s Artistes. Martin Villeneuve a aussi  obtenu le Prix du meilleur court métrage québécois au Festival Images en vues 2014, ainsi qu'une Mention spéciale du jury dans la catégorie Meilleur court métrage canadien au FICFA.

03_GinetteRenoMartinVilleneuveImeldaL'automne dernier, Martin Villeneuve a de nouveau assumé la réincarnation de sa grand-mère paternelle  Imelda pour deux courts métrages. Dans Imelda, chapitre 2 : le notaire, le réalisateur a de nouveau fait appel à Robert Lepage, qui déjà jouait dans Mars et Avril,  et qui, cette fois, interprète le fils d'Imelda. Puis, dans Imelda, chapitre 3 : Simone, notre Imelda s'entretient avec la grand-mère maternelle, Simone, personnage joué par Ginette Reno. Il s'agira donc d'une trilogie dont chaque nouvelle partie aura la même durée que le court métrage initial, 14 minutes, et qui devrait être terminée vers la fin du mois d'avril.

La productrice Nicole Robert avait contacté Martin Villeneuve pour qu'il développe l'expérience d'Imelda en un long-métrage. Il  a considérablement travaillé le projet. Toutefois, ainsi que pour Mars et Avril, le parcours a été long et adverse.

Martin relate : « Mon objectif était de réaliser un long métrage. J'ai travaillé cinq ans sur le scénario, j'ai écrit neuf versions. Robert Lepage et Ginette Reno, qui avaient tous deux apprécié le court métrage et endossé le scénario du long, avaient dit oui pour les deux autres rôles titres. Comment espérer mieux ? Ce devait être une comédie dramatique à petit budget. Sauf que mon projet n'est pas parvenu à convaincre les institutions canadiennes, SODEC et Téléfilm Canada, dans un contexte où il est devenu pratiquement impossible de tourner un film d'auteur au Québec. En effet, malgré un court métrage primé, un scénario abouti et l'appui confirmé de pointures artistiques, je ne suis même pas arrivé à avoir une entrevue à la SODEC pour défendre mon projet. Mon frère aîné Denis, qui est resté neuf ans sans tourner entre son deuxième (Maelstrom, 2000) et son troisième long métrage (Polytechnique, 2009) faute de financement, m'a conseillé d'arrêter d'attendre, de rappeler l'équipe qui m'avait aidé à réaliser le premier IMELDA, et de simplement tourner un autre court avec les moyens du bord. C'est ce que j'ai fait. »

04_RobertLepageMartinVilleneuveImeldaAu printemps 2020, nous devrions donc  réentendre le débit caractéristique d'Imelda qui répète des syntagmes de ses phrases, comme si elle insistait et se convainquait simultanément. Mais, à  l'aspect cocasse, anecdotique, s'ajoute la gravité des confidences entre deux femmes qui ont longtemps vécu et beaucoup éprouvé. On reconnaît la sensibilité si particulière de Martin Villeneuve qui sait mettre en évidence les enjeux émotifs et sentimentaux des personnages dans des contextes inattendus.

 Il se pourrait qu'Imelda  devienne une pièce de théâtre. Il est fascinant de constater tout ce que Martin Villeneuve peut engendrer avec sa conviction et sa détermination.

Yanick Macdonald a photographié Ginette Reno avec Martin Villeneuve alors que Chris S. Mackenzie a photographié Robert Lepage avec Martin Villeneuve.

POUR PROPOSER UN PROJET AU FESTIVAL D'ANNECY

Il ne reste que quelques jours pour inscrire votre ou vos projets. En effet, la date limite est le 5 février 2020 si vous espérez participer à la 60e édition du  Festival International du Film d'animation d'Annecy du 15 au 20 juin 2020 ou au MIFA, le Marché  International du Film d'Animation, du 16 au 19 juin 2020.

05_Annecy_2020

Remarquez ces dates-limites :
Le 5 février : clôture des inscriptions Pitchs Mifa
Le 15 février : clôture des inscriptions des Courts métrages, Films de fin d'études, Films de télévision, Films de commande
Le 15 mars : clôture des inscriptions des Longs métrages
Le 6 avril : clôture des inscriptions films œuvres VR

Des documents à fournir doivent l'être en anglais obligatoirement, en français facultativement et si vous avez une bande annonce elle devra être en ligne sur Vimeo, Dropbox, You Tube ou autre.

Vous pouvez écrire à geraldinebache@citia.org pour avoir des informations.
Vous pouvez aussi aller sur la page https://www.annecy.org/participer/inscrire-un-projet
et/ou  la page  https://www.annecy.org/participer/inscrire-un-film


POUR SOUMETTRE UN FILM AU FIFHM

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Vous n'avez que jusqu'au 15 février 2020 si vous voulez proposez un film complété pour la 2e édition du Festival International du Film d'Histoire de Montréal, le FIFHM.

Cette année le Festival rassemblera les adeptes du film inspiré par l'Histoire à la Cinémathèque Québécoise du 30 avril au 3 mai 2020.

Court ou long, fiction, documentaire, animation, expérimental, le film doit concerner l'Histoire.

Richard D. Lavoie, cinéaste, Éliane Bélec, historienne, Mathieu Trépanier, historien, organisent ce festival lors duquel, cette année, seront remis un prix d'excellence pour un long métrage et un pour un court métrage.

Donc, je rappelle que vous avez jusqu'au 15 février 2020 pour soumettre un film en allant sur le site www.fifhm.com   ou sur la plateforme FilmFreeway.

Les titres des films retenus seront connus le 21 mars 2020.

HONEYLAND : LE COURAGE EST FEMME

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Vous pouvez voir chez-vous sur demande Honeyland de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov. Ce film est finaliste aux Oscar dans les catégories : meilleur documentaire et meilleur film international.

Le documentaire révèle l'histoire tragique de Haditze Muratova, la dernière apicultrice macédonienne. Elle prend soin de ses abeilles certes mais aussi de sa mère malade. Les deux femmes vivent dans une ferme sans eau ni électricité. Haditze doit marcher 4 heures pour se rendre au marché où elle vend du miel.

Hélas, la quiétude de cette vie  dans les Balkans sera envahie par des voisins qui perturberont les deux femmes, les abeilles et la nature.

EN SALLES EN FÉVRIER : LE TRAITRE

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Le traître de Marco Bellocchio en version originale est en italien sicilien, portugais et anglais. Il est présenté avec sous-titres anglais et sous-titres français.

Basé sur des fais réels, ce film de 145 minutes rappelle qu'au début des années 1980 Tommaso Buscetta, membre de la Cosa Nostra, devient le premier mafieux à parler de cette organisation déterminée par la loi du silence.

Buscetta avait fait ses révélations au juge Giovani Falcone, assassiné par une bombe le 23 mai 1992 sur ordre de Toto  Riina, chef de clan.  Déjà, des films ont été consacrés au juge dont  :
Giovani Falcone en 1993 réalisé par Giuseppe Ferrara et  Falcone contre Cosa Nostra en 1999 de Ricky Tognazzi.

Cette fois, avec Le Traitre,  le personnage central est Buscetta, alias Don Masino, interprété par Pierfrancesco Favino, qui s'est mérité le Prix du meilleur acteur remis par le Syndicat national de la Presse Cinématographique Italien.. Arrêté au Brésil, marqué par l'assassinat de ses deux fils ainés, Buscetta tente de se suicider avant d'être extradé en Italie où il demandera à parler au juge pour briser la loi du silence.

EN SOUVENIR : GEORGES ANNENKOV

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Au début de cette chronique de février, s'entremêlaient des considérations sur le costume et le financement au cinéma (costume pointilliste des danseurs de Cunningham, robe de sa grand -mère Imelda portée par Martin Villeneuve). L'auteur du livre En habillant les vedettes, Georges Annenkov (1889-1972), s'exprimait déjà sur ces deux aspects en 1951. Certes, il était peintre mais, aussi,  il créait de magnifiques costumes pour les actrices et les acteurs.

Annenkov considérait qu'il devait s'identifier par les mots : « dessinateur de personnages » puisque pour lui le costume permet la « connaissance d'un personnage intérieur par son extérieur ». Cet apport au film exige du costumier de cinéma qu'il soit « un artiste complet » avec « une culture générale très poussée. Il doit connaître à fond l'histoire de l'art, l'histoire du costume, la littérature universelle et  tant d'autres choses (la coupe et les multiples secrets de la couture; la technique de la coiffure et du maquillage; l'art de porter le costume, les accessoires, les armes à telle ou telle époque, etc.), ainsi que les exigences de la caméra » et il ajoute : »il lui faut à la fois beaucoup d'autorité et une patience angélique ».

Annenkov participait à l'aisance des acteurs dans leur travail. C'est  donc en partie à lui que l'on doit l'éclat de Renée Faure dans La Chartreuse de Parme, la prestance de Pierre Blanchar dans Pontcarral, l'élégance de Danielle Darrieux dans Madame de..,  le charme de Jean Marais dans L'éternel retour et la sublimité d'Edwige Feuillère dans La Duchesse de Langeais.

Or, dans son livre, aux « pages mûres », fait de réflexions et d'anecdotes, Annenkov exprime une tristesse un peu amère en remarquant que le cinéma est asservi au budget et ce, depuis ses débuts, puisqu'il était déjà question de « vendeur de brevets » et « idéologie commerciale ».

Au 21e siècle, Alla Kovgan, qui se démena pendant sept ans pour son documentaire Cunningham, et Martin Villeneuve,  qui cent fois sur le métier a remis son ouvrage pour Imelda, ont succédé à Orson Welles qui déclarait à la fin de sa vie qu'il aurait tourné beaucoup plus de films s'il n'avait pas perdu tellement de temps à chercher de l'argent.

Malgré les vicissitudes du cinéma,  jadis art, de plus en plus marchandise, rêvons que des cinéastes continuent  « leurs explorations novatrices ».

Bon cinéma!