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Chronique cinéma
MAI 2018

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

En ce mois de mai, le cinéma s'accorde avec la Fête des Mères : le film La promesse de l'aube trace le portrait de la mère de Romain Gary. On pourra aussi voir Yolanda de Jeannine Gagné. En souvenir dans cette chronique, un rappel d'Arletty qui fit d'une réplique, une déclaration inoubliable.


01_yolanda_afficheYolanda de Jeannine Gagné

Dans ma chronique Cinéma à l'été 2011, je vous citais Jeannine Gagné. Cette auteure et réalisatrice a présenté son film Yolanda lors des récents Rendez-vous Québec Cinéma. Le film prend l'affiche au Québec en ce mois de mai.

Alors qu'ils avaient déjà joué pour elle dans le film Au fil de l'eau en 2003, Margot Campbell et Paul Ahmarani ont encore été convoqués par Jeannine Gagné. Dans Yolanda, le personnage de Solange, 75 ans, quitte sa campagne pour visiter une amie à Montréal. Elle rencontre Tom, un homme plus jeune qu'elle. Pour développer l'histoire de cette amitié et pour élaborer l'envie de vivre de nouvelles aventures peu importe l'âge, la scénariste et réalisatrice a mêlé fiction et documentaire, portraits et conversations prises sur le vif.

Jeannine Gagné, que je cite à nouveau, considère : « Depuis longtemps, je m'intéresse à mettre en lumière la vie de gens dits ordinaires, souvent en marge, et à explorer les rapports images et sons ».

C'est un projet à long terme que Jeannine a abouti puisqu'elle avait tourné les premières images en 2012. Et c'est aussi un projet original qu'elle a su élaborer avec minutie et tendresse.

02_la-promesse_de_laube La promesse de l'aube d'Éric Barbier

Dès le début de La promesse de l'aube d'Éric Barbier, un masque est filmé. Puis, rapidement, le personnage principal, dans l'évocation de son enfance, fracasse un miroir. Nous voyons là des symboles appropriés pour relater les premiers souvenirs de l'auteur Romain Gary.

En effet, cet auteur a écrit sous cinq noms. Il a reçu le Prix Goncourt deux fois. La deuxième fois, il a envoyé un jeune homme, son petit cousin, Paul Pavlowitch,  le recevoir à sa place; cette étape de sa vie avait fait l'objet du film Faux et usage de faux de Laurent Heynemann en 1990 avec Philippe Noiret et Monique Chaumette, l'épouse de Noiret.

Romain Gary a aussi la particularité d'avoir affirmé son amour de la femme dans un monde où la misogynie est une constance à travers l'Histoire. Il a, entre autres, écrit Clair de Femme adapté au cinéma par Costas Gavras en 1979. Dans ma chronique cinéma de mars 2010, pour la réplique du mois de la section En souvenir, je citais un passage de ce film qui résume la conviction de Gary : « J'aurai toujours patrie féminine. Vous êtes là, il y a clair de femme. D'autres hommes sont peut-être capables de vivre ailleurs, mais pas moi.»

Romain Gary a cultivé le mystère pendant sa vie et même au-delà de sa mort. Son suicide, comme celui d'une de ses épouses, l'actrice Jean Seberg, suscite des interrogations et des présomptions d'assassinat à cause de leurs prises de position politiques.

Romain Gary fascine par son talent, ses idéaux et sa personnalité. Sa vie inimaginable a pourtant été annoncée par sa mère, Mina.

C'est dans l'enfance de Roman Kacew que commence le film La promesse de l'aube. Il vit seul avec sa mère d'une grande débrouillardise. Découvrant l'existence en France du couturier Paul Poiret, Mina décide d'inventer qu'elle est l'unique représentante de Poiret en Pologne en 1924. Elle va jusqu'à engager un comédien raté, ivrogne et grivois pour incarner le distingué couturier. Déjà, on constate la familiale propension à des élaborations fabuleuses. D'ailleurs, Mina avait été comédienne, elle avait la capacité d'adopter une autre identité et son fils ne lésinera pas sur cette possibilité.

Les meilleurs moments du film sont les représentations imaginaires de Gary : quand il se confond avec l'acteur russe Ivan Mosjoukine dans un film en noir et blanc et quand il est décoré par De Gaule, il se voit encore avec son costume russe d'enfant.

La mère de Gary a prédit qu'il sera diplomate, écrivain, le film est émaillé de photos de Victor Hugo, et qu'il va être couvert de lauriers « Je veux que tu sois célèbre de ton vivant ». Elle ajoute  : « Tu auras toujours besoin d'une femme à tes côtés ».

Mina travaille sans relâche et ne vit que pour son fils. « Je me fis la promesse de donner un sens à son sacrifice ».

Après la publication d'une de ses nouvelles, ses écrits suivants sont refusés parce que jugés trop littéraires. Pour ne pas décevoir sa mère, il prétend que ses textes paraissent  sous d'autres noms et il énumère les auteurs publiés dans le journal Gringoire; déjà le recours aux pseudonymes.

Sa mère lui sauve la vie même quand elle n'est pas là, même quand elle n'est plus là. D'abord, elle téléphone alors qu'il va prendre l'avion. Pendant qu'il lui parle, l'avion explose. Puis, quand il revient à Nice après la guerre, il découvre qu'elle est décédée depuis des années mais qu'elle lui avait écrit 250 lettres qu'une amie lui envoyait régulièrement. Elle savait qu'il ne pourrait pas survivre sans elle, sans elles. On comprend alors pourquoi la publication de Forest of anger en 1944 restait sans écho dans la correspondance maternelle. Quand il lui avait fait ses adieux à l'hôpital où elle était, il avait réalisé que « Quelque chose de son courage était passé en moi et y est resté pour toujours ».

À noter : comme Antoine de Saint Exupéry, il a été aviateur et auteur. Dans le film, Romain Gary est montré pilotant le jour, écrivant la nuit.

À noter : dans le film La tête en friche de Jean Becker en 2010,  Germain, interprété par Gérard Depardieu, cite une phrase de La promesse de l'aube : « On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné ».

À noter : dans le film Kalamazoo en 1988 André Forcier faisait dire à Cotnoir, un des personnages : « Il n'y a d'amour que maternel ».

Romain Gary a écrit dans le livre La promesse de l'aube : « Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais ». Avec Mina, une Mère Courage, le fils était voué à un destin d'exception et si la vie ne tenait pas une promesse, les prédictions de Mina, elles, se sont concrétisées. Mina prouverait donc que l'amour inconditionnel peut infléchir un parcours de vie.


04_hotel-du-nord En souvenir : Arletty

Des films de Marcel Carné, Arletty a été, entre autres, l'éblouissante Garance, la beauté dans Les enfants du Paradis (1943), l'énigmatique Dominique, travestie, fille du diable, dans Les visiteurs du soir (1942), et l'inoubliable Madame Raymonde dans Hôtel du Nord (1938) grâce à sa gouaille et à une réplique écrite par Henri Jeanson et lancée au placide Louis Jouvet « Atmosphère, atmosphère est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère? »

Quand il est possible de voir le film sur grand écran dans une salle où il y a un public, une minute avant la scène de la mémorable réplique, on entend un murmure de phrases telles que : « Ça s'en vient, c'est là ».

Arletty, pendant la deuxième guerre a été amoureuse d'un officier allemand. Elle a souffert après la guerre des reproches et d'une interdiction de travailler à cause de cet amour. Laetitia Casta a incarné le premier rôle du film Arletty, une passion coupable d'Arnaud Sélignac qui relate cette douloureuse histoire. Rappelons que Laetitia Casta a assumé aussi le rôle d'un autre personnage d'actrice puisqu'elle était Brigitte  Bardot dans Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar en 2010.

05_replique_d_ArlettyEn 1966, Arletty se réveille un matin en constatant « un voile » disait-elle, devant ses yeux. Elle est presqu'aveugle. Alors des gens en ont profité pour voler divers objets dans son logement.

Elle sut garder son humour puisque pendant cette période, un « admirateur » lui a déclaré : « Madame Arletty, j'ai vu tous vos films. Je n'oublierai jamais la scène quand Jean Gabin vous disait T'as d'beaux yeux tu sais ».. Et Arletty de lui rétorquer : « Moi, je n'oublierai Michèle Morgan quand elle disait Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère? »