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Chronique cinéma
Madeleine Collins : le public enquête
Mai 2022

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

 

MadeleineCollinsL'atmosphère du film policier, une enquête à la fin insoupçonnable, une impeccabilité angoissante confèrent au film Madeleine Collins une valeur artistique indéniable.

L'humain est la seule espèce sur Terre à détester la nature : il détruit son habitat et il éradique sa femelle. À travers la période historique de l'humanité, le manque de femmes a mené les hommes à une férocité organisée : du Portugal médiéval en passant par Taïwan au 18e siècle pour aboutir aux actuelles armées de l'Inde, de la Chine, de la Russie.

La maternité, privilège féminin, n'a pas été intellectualisée par la femme elle-même, elle aura été interdite avant même d'être comprise. La femme guerroie contre son corps; ainsi, par exemple, en consentant à la congélation de ses ovocytes pour prouver sa docilité à la primauté de la profitabilité.

L'importante thématique de la maternité a été magnifiquement développée dans le film Madeleine Collins, réalisé par Antoine Barraud (aussi scénariste avec la collaboration de Héléna Klotz) et magistralement interprété par Virginie Efira.

Formellement, le film s'appuie sur les codes du suspense en reprenant, entre autres, des caractéristiques hitchcockiennes; particulièrement, lors de la scène de la fuite en auto avant l'arrestation.

Au début de l'histoire, une femme blonde, pauvre, exténuée, tombe dans la cabine d'essayage d'une boutique de luxe, elle saigne, se relève, s'éloigne hors cadre alors que des gens crient horrifiés. Générique. Déjà, le mystère est installé.

Puis, une femme élégante, qui ressemble à la première blonde mais en diffère par son allure, contrôle sa double vie. Les signes laissent supposer plus d'une possibilité d'interprétations, louvoyant entre espionnage et infidélité.

Judith Fauvet, traductrice, est mariée au chef d'orchestre Melvil Fauvet et a deux fils adolescents. Mais, elle se nomme aussi Margot Soriano et adore la petite Ninon Soriano et retrouve le père de l'enfant, Abdel Soriano. Nouveau point de vue, la double vie est menée par une femme. Et quelle femme! Judith excelle dans la logistique, la charge mentale, en se souvenant des besoins des enfants dans chacune de ses deux vies. Elle les aime.

Le film élabore une tension due à la vulnérabilité de Judith dans le péril de la vérité. Or, la vérité est toujours quelque chose d'aidant, mais, est-elle acceptable? Pour Judith, dire la vérité aurait fait voler en éclats l'interdit d'un ressenti viscéral, donc, au-delà de la raison, incompris, et même prohibé : le besoin de vivre la maternité. L'interdit concerne la nature, une force à contrôler jusqu'à la détruire, et la spécificité féminine dans un monde misogyne.

Le personnage de Patty, la mère de Judith, s'avère l'opposé de Judith. Patty ne peut aimer une de ses filles, alors que Judith est capable d'un amour inconditionnel envers une enfant qui n'est pas issue de sa chair. Le personnage de Kurt, fabricant de faux papiers, est lui aussi déterminé par l'amour, là encore, il s'agit d'un sentiment transgressif, peu élaboré sauf à travers une réplique : «  Tu sais, il y a plein d'hommes qui t'invitent à diner, je t'invite à être qui tu veux ». Le personnage d'Abdel, montre que pour lui, Judith, après qu'il l'a utilisée, battue, diffamée, est une femme jetable. Le personnage de Joris, le fils de Judith et de Melvill, recèle une complexité qui n'est que suggérée. Ainsi, des aspects du film confirment la trame principale, la difficulté de la divulgation, de l'admission, de l'affirmation quand il est question d'amour… et de méchanceté. L'humain, désormais, tient plus à ses hargnes qu'à ses prédilections, à ses vindictes qu'à ses affections, à ses détestations qu'à ses évolutions.

Dans ce film, progressivement, l'énigme est aussi développée qu'expliquée. Le public peut comprendre les choix de Judith mais peut-il les admettre?

Le film Madeleine Collins permet l'écoute attentive puisqu'il est basé sur la révélation par le langage verbal. Certes, les scènes se déroulent dans des contextes d'aisance financière, de beauté privilégiée, de luxe facile, des images de rêve, mais, la résolution de l'énigme est dite, précisément, minutieusement mais avec parcimonie. Barraud fait appel à l'intelligence, la cognition, pour comprendre un besoin vital et déterminant au -delà de l'oxygène, de l'eau, de la nourriture, pour survivre : le besoin d'amour.

La gravité des pires traumatismes concerne toujours le déni de sécurité affective. Plus personne n'appelle à la reconnaissance de cette structure immatérielle qui relève de l'entraide, de l'empathie, de la bonté, de la volonté de prendre soin dans l'altérité.

Le film séduit, charme, satisfait puis soudain déconcerte par l'admission d'une réalité primordiale mais marginalisée.

À l'originalité du sujet, à la finesse de l'élaboration du récit, il faut reconnaître le talent de Virginie Efira dans une interprétation juste, nuancée, subtile et qui malgré la force de son personnage instille la fragilité, la vulnérabilité, l'abnégation avec douceur.

L'estompement du mystère n'empêche pas l'immiscion de l'abime et de l'inéluctable.

Madeleine Collins, un film d'ambiance qui mène à la réflexion.