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Chronique cinéma
Octobre 2019

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Downton Abbey, le film, le FNC et le cinéma féministe, Desolation Center, le documentaire; Magic Alps, le court métrage, en souvenir Les Dernières Fiançailles; le cinéma entre découvertes et retrouvailles.

LA SOMPTUOSITÉ DE DOWNTON ABBEY

01_DowntonAbbeyAfficheLe cinéma et la télévision entretiennent des rapports d'échange et de rivalité. Longtemps, l'un était plus prestigieux, l'autre plus populaire. L'acteur Robert Stack, transfuge du cinéma à la télévision, a connu  le succès avec la série The Untouchables; puis, la série est devenue un film de Brian de Palma. La porosité entre les deux effrite l'ancien clivage.

Suivant cette tendance, les séries télévisées  Batman, Star Trek, Dukes of Hazard, X Files, Entourage, Sex in the city ont été transformées en  films alors que des films devenaient une série télévisée dont Nikita, Buffy, les Chroniques de Sarah Connor et L'arme fatale sont les plus intéressantes. Sans oublier que des séries télévisées ont été tournées à nouveau, par exemple: Au delà du réel, Macgyver, Hawai 5 0 et Magnum pendant que la France refaisait Les Rois Maudits.

Des séries britanniques ont connu un grand succès: La dynastie des Forsythe avait eu l'originalité de dénoncer le viol conjugal et Maîtres et Valets avait réuni la jeune fille riche et la pauvre bonne dans une manifestation avec les suffragettes qui se terminait par un enfermement en prison.

Récemment, la série télévisée Downton Abbey a fasciné le public pendant 6 saisons. Les costumes de toute beauté, le contrôle du maître des lieux, les différences socio -économiques, l'évocation d'une époque bien reproduite et un scénario avec des constantes ont contribué au succès des épisodes.

Parfois, divers auteurs assument les scénarios de longues séries ce qui peut entraîner des incohérences. Ainsi, dans la série télé Les Contes d'Avonlea Felicity King rappelle à Gus Pike le souvenir de la première fois ou elle l'a vu quand il est entré dans la classe; faux, la première fois qu'elle le voyait c'était au pied d'un arbre près de la maison familiale. Dans la  série Murdoch Mysteries lors du mariage de Murdoch avec la Docteure Ogden le frère et le père de William ainsi que la sœur de Julia sont absents. Plusieurs auteurs pigistes ne connaissent pas la série pour laquelle ils écrivent mais le public fidèle remarque les incongruités.

Downton Abbey, série et film, ont été écrit par Jullean Fellowes ce qui confère une cohérence à l'une et à l'autre.  L'épouse de Jullean Fellowes, Emma Kitchener, contribue aux scénarios et un conseiller historique en bonnes manières, Alastair Bruce participe au tournage de la série.

L'influence de la série fut telle qu'elle entraîna un projet de loi en 2010. Dans la série Robert et Cora Crawley ont engendré trois filles. Le domaine ne peut donc revenir à leur progéniture car une loi limite la transmission à un héritier male. L'obsession misogyne résistant à toute volonté d'évolution, cet Equality Bill, surnommé Downton Abbey law a été proposé sans succès. Aussi, quand Robert présente les responsabilités inhérentes a la gestion du domaine, il admet que la propriété a été sauvée par le fait que  «  Cora est arrivée » . En effet, de riches  jeunes filles américaines ont été sacrifiées aux ambitions des familles qui voulaient un titre et qui l'achetaient en cédant leur fille; ce qui permettait aux nobles en difficultés financières de se renflouer.

Le film Downton Abbey, réalisation de  Michael Engler, ramène des personnages déjà connus et introduit de nouveaux intervenants. Le public, qui ne connait pas la série sera tout aussi captivé que celui qui lui était fidèle.

Tant attendu par les adeptes, le film commence avec la signature d'un document remis à un serviteur en livrée rouge. La missive est jointe au courrier d'un train avant d'être dans la sacoche d'un facteur en moto. C'est alors qu'un plan panoramique, qui s'éloigne du facteur et qui met en évidence le manoir, est synchrone avec le titre et le thème musical de John Lunn, assurant un impact émotif et artistique tout en charmant le public aussitôt captivé. Pour ne pas dire captif.

Car l'enchaînement des péripéties favorise le rythme soutenu pour tenir le public en haleine. Les enjeux varient autour de la visite du roi George V et de sa femme la reine Mary de Teck. Une visite royale signifie changer constamment de tenues, le défilé des hussards, un repas élaboré et, bien sur, un bal à Harewood House.

Lady Mary retourne chercher Carson, le majordome, car elle considère que Barrow, qui l'a remplacé, ne sera pas à la hauteur de l'événement. Claquage de porte de Barrow. Mais, le personnel des monarques surgit et la domesticité de Downton est jugée insuffisante. Décidément, la servilité  a des connotations de privilèges. Une riposte est échafaudée. Les domestiques veulent préparer le repas et servir ses majestés. Ils réaliseront leur projet.  Cette volonté d'exceller, cette occasion unique, rappellent le magnifique film Le festin de Babette.

Le traitement de certaines relations est-il toujours en accord avec l'époque? La Princess Mary semble préoccupée, malheureuse, elle voudrait se séparer de Henry, son mari, malgré ses deux enfants. Elle ne le fera pas.  Lady Edith est enceinte et demande que son mari ne participe pas à la tournée royale en Afrique car elle le voudrait près d'elle lors de l'accouchement. Même ses altesses contribuent à la réalisation de son souhait; ce qui  était peu probable à l'époque.

L'attentat contre le roi par un irlandais est traité rapidement et superficiellement. Les découvertes de Barrow: lieu de drague homosexuelle, prison et entente avec un membre de la maison royale qui le fait libérer, sont davantage développées et incluent la réplique: « Nous devons tous faire des compromis pour survivre » .

Le personnage de Mosley, impressionné par ses altesses royales, est représenté avec mépris. On lui fait dire la réplique:  « J'ai bien peur d'être passé pour un vrai bouffon »  .

Une  histoire d'amour naît entre Tom, le veuf de Lady Sybil, et Lucy, la fille illégitime de Lady Bagshaw. Ils ne peuvent danser ensemble au bal. Mais, sur la terrasse, ils valsent en se souriant. Ils forment le couple de l'unique scène de baiser du film.   

Lady Violet annonce que Lady Mary va s'occuper de l'avenir de Downton Abbey  « Tu vas reprendre les choses ou je les ai laissées ».  Pour la scène de bal,  Lady Violet porte une robe dont il faut remarquer les manches et le panneau central qui ont été coupés dans un tissu vintage: un tulle avec de la soie que la chef costumière Anna Robbins a trouvé enveloppé dans son papier de soie d'origine avec son étiquette d'un couturier parisien.

La somptuosité des décors, des costumes, de la musique accompagne la vivacité du déroulement pour faire de Downton Abbey un film de qualité.

LE FNC ET SA SECTION: FÉMINISME ET CINÉMA

Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Après des siècles, non seulement de discrimination mais, aussi hélas,  d'oppression, certaines initiatives, enfin, pourraient favoriser une amélioration des conditions de création et de diffusion des œuvres de femmes.

Pour sa 48e édition, du 9 au 20 octobre 2019, le Festival du nouveau cinéma, le FNC, inclura des projections autour de trois thèmes : l'environnement, le féminisme et la gastronomie.

02_Varda_par_AgnesFNCLa section Féminisme et cinéma: Hommage aux pionnières et place aux créatrices d'aujourd'hui a été planifiée parce que des réalisatrices actuelles bénéficient des efforts faits par des femmes pour leur paver la voie. La programmation permettra au public de retrouver Agnès Varda le 19 octobre à 17h avec son film L'une chante, l'autre pas dans une version restaurée. Une discussion suivra avec Rosanna Maule (enseignante en études cinématographiques à Concordia) et Guylaine Dionne (réalisatrice et professeure).

Le 16 octobre à 17h,  lors d'un cocktail organisé en collaboration avec le Collectif 50/50,  le FNC signera leur charte pour s'engager à atteindre la parité dans l'industrie audiovisuelle d'ici 2020.

De plus,  le documentaire Delphine et Carole: Insoumises de Callisto Mc Nulty, cinéaste suisse, ouvrira une rétrospective consacrée à des œuvres de réalisatrices féministes. S'ajouteront  Mourir à tue-tête de Anne Claire Poirier et La cuisine rouge de Paule Baillargeon et Frédérique Collin présentée par Éléphant : mémoire du cinéma québécois.
 
Sans oublier que la programmation régulière permettra aussi de voir des films de féministes dont:  Adam de Maryam Touzani;  The body remembers when the world  broke open d'Elle-Máijá Tailfeathers et Kathleen Hepburn; VARDA PAR AGNÈS, dernier film d'Agnès Varda; The invisible life of Euridice Gusmao de Karim Aïnouz; Ma nuditée ne sert a rien de Marina De Van; Videophobia de Daisuke Miyazaki; Make it up de Rachel Maclean; Aren't you happy  de Susanne Heinrich;  récipiendaire du Prix du jury œcuménique de la Berlinale, Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska; Indianara de Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa; Woman documentaire sur la place de la femme dans la société réalisé par Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand; A moon for my father de Mania Akbari et Douglas White; ou encore Haut les filles de François Armanet.

Rappelons que le FNC se déroule du 9 au 20 octobre 2019 à Montréal  avec sa programmation de plus de 110 films issus de 30 pays.

DESOLATION CENTER AU CINÉMA DU PARC

03_desolationSouvent le festival de musique de  Woodstock est évoqué.  Or, un autre événement a aussi été marquant, celui de Desolation Center consacré à la musique Punk. A Montréal, au cinéma du Parc, à partir du 4 octobre 2019,  le documentaire Desolation Center de Stuart Swezey  sera projeté en exclusivité.

Le documentaire rappelle ce festival qui se déroulait au milieu du désert de Californie. Concerts et performances artistiques ont influencé la tenue d'autres festivals dont le Burning Man, le Lollapalooza et le Coachella. Ronald Reagan était président des États-Unis et une musique rebelle s'apprêtait à rallier des adeptes;  le festival s'avérerait influent.

Images d'archives inédites, des enregistrements audio d'époque, des photographies et des entrevues avec des musiciens tels que Perry Farrell (Jane's Addiction), Thurston Moore et Lee Ranaldo (Sonic Youth) ou Mike Watt (Minutemen) reviennent sur les débuts de l'événement.

DU 4 AU 6 OCTOBRE 2019 EN LIGNE MAGIC ALPS

04_MagicAlpsLe Petit Septième, LPS, contribue au rayonnement de longs et courts métrages issus du cinéma d'auteur, du cinéma indépendant et de cinémas nationaux. Les films ainsi que des critiques sont accessibles sur leur site web.

Italie tout court! diffuse, à chaque mois, un court métrage italien gratuitement en version originale avec des sous-titres français et anglais.

Du 4 au 6 octobre Magic Alps, coréalisé par Andrea Bruso et Marco Scotuzzi pourra être vu sur la page : http://bit.ly/2kTuZm0.

Ce court métrage est basé sur un fait réel : un réfugié afghan s'est présenté à un agent d'immigration italien avec sa chèvre en 2011. Ce film est présenté en tant que gagnant de nombreux prix dont celui du meilleur court métrage au  American Film Institute Fest.

Jusqu'en juin 2020, à chaque mois, un nouveau titre sera accessible.

À VENIR EN NOVEMBRE:

05_CuisineCinemaConfidencesCuisine Cinéma et Confidences à Baie St-Paul

Christian Bégin sera le porte-parole et Édouard Loubet, membre des Relais & Châteaux et plus jeune chef doublement étoilé avec ses 2 étoiles Michelin, sera le chef invité d'honneur du 8 au 10 novembre 2019 lors du 3e festival Cuisine Cinéma et Confidences  à Baie St-Paul.

La programmation des projections de films inclut: La saveur des ramens d'Éric Khoo, Les recettes du bonheur de Lasse Hallström, Retour en Bourgogne de Cédric Klapisch, Le sens de la fête de Éric Toledano et Olivier Nakache, Le semeur de Julie Perron, L'homme de l'Isle de Bruno Bouliane, Chef .fe.s de brousse de Nicolas Paquet, Le Steak house de Guillaume Sylvestre, Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant de Peter Greenaway,  Les glaneurs, la glaneuse d'Agnès Varda et  Hugo et le dragon de Philippe Baylaucq pour le jeune public.

06_Tille_en_feuPortrait de la jeune fille en feu à Cinémania

La peinture et le cinéma exigent  le regard. Ce sont donc ces deux univers que convoque Céline Sciamma avec son film Portrait de la jeune fille en feu qui ouvrira la 25 e édition du festival Cinémania.

En 1770, la peintre Marianne (Noémie Merlant) doit faire le portrait de mariage d'Héloïse (Adèle Haenel) qui vient de sortir du couvent. Mais, celle-ci refuse de poser car elle ne veut pas se marier. S'approchant d'Héloise en tant que dame de compagnie, Marianne observe son modèle ce qui redéfinit leur relation.

Amour des femmes, créations de femmes, les œuvres aperçues dans le film ont été peintes par Hélene Demaire qui évoquait son expérience en déclarant: « J'aime la démarche de Céline qui consiste à montrer des choses qui ne sont pas montrées d'habitude à l'écran mais qui ont besoin de l'être. J'admire sa capacité à utiliser un médium hyper grand public pour faire passer des messages ».

Cinémania se déroule à Montréal du 7  au 17 novembre 2019.

EN SOUVENIR:  Les dernières fiançailles

07_DernieresFiancailles _Jean-PierreLefebvreJean-Pierre Lefebvre a été le premier réalisateur que j'ai interviewé. Il a donné au cinéma québécois un chef d'œuvre éloquent: Les dernières fiançailles en 1973. Observation minutieuse et lyrique d'un couple en fin de vie dans le lieu où s'est passée leur existence, le film témoigne d'une époque révolue, celle ou l'affection était déterminante dans le quotidien et dans la durée. Celle ou achever sa vie pouvait se dérouler dans l'appréciation et la sécurité. Celle ou les gestes étaient bien faits, presque sacrés, plutôt que vite faits.

Lefebvre m'avait dit qu'il était également fier de tous ses films même si Les dernières fiançailles lui a assuré un succès international et mérité. Ce film est une leçon de vie. Il met en évidence la beauté d'être, une expérience, un vécu, une conscience, un ressenti qui disparaissent à jamais dans la souffrance des ainés certes mais aussi des jeunes auxquels manqueront  toujours cette importance de la nuance,  de l'attention, cette capacité de faire attention aux paroles, aux gens, au temps, aux relations.

Ce film, qui permet d'appréhender la magnificence dans le détail, a coûté 53, 500$. Pas d'effets spéciaux tonitruants.  Marthe Nadeau et J.Léo Gagnon interprétaient Rose et Armand qui vont mourir dans la maison qu'ils habitent depuis 50 ans.  Un résultat rare et intemporel.

Les gens se disculpent de leurs négligences, incompétences ou malveillances en prétextant le manque d'argent quand il s'agit de soigner des enfants, des adultes, des ainés. Depuis le temps que les restrictions budgétaires existent, ces personnes auraient pu s'ajuster.

Jean-Pierre Lefebvre, le jour de notre entretien, m'avait  déclaré une phrase que je n'ai jamais oubliée: « L'absence de moyens rend créatif ».

Bon cinéma!