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Chronique cinéma
Septembre 2018

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Dans cette chronique, je vous invite à un parcours dans les diversités des mystères humains. Le film Happy Hour nous fait vivre une transformation heureuse. Du bonheur au malheur, les tourments des idéalistes liés au cinéma nous confrontent à des dangers graves et même mortels.

01_Debut_Happy_Hour Une Happy Hour de 5 heures 17 minutes

Au Japon, Jun, Akari, Sakurako et Fumy, quatre amies, mangent, assises à une table de pique-nique, devant le paysage de Kobe. Elles discutent de l'intonation dans la prononciation du mot Océan . Jun, regarde la brume, qu'elle considère comme une métaphore en déclarant : « On dirait notre avenir ».

Jun et Sakurako se connaissaient depuis des années, étaient amies, quand Jun a décidé de lui présenter Akari et Fumy. Depuis, elles grugent dans leurs agendas remplis pour se ménager des moments de rencontres.

02_Happy_HourQuand les amies apprécient ce qu'elle leur a préparé à manger, Sakurako leur confie : « De ma famille, jamais je n'entends de compliments ». Elle demandera à son mari la permission de partir deux jours avec ses amies.

Jun partage avec Sakurako un secret qu'elle ne révèle pas à Fumi ni Akari.

Et le film de 5 heures 17 minutes du réalisateur Ryusuke Hamaguchi intitulé Happy Hour-Senses se déroule en exposant des facettes inattendues des personnages. Le scénario rayonne à partir des quatre personnages féminins. Le réalisateur présente les êtres qui les entourent et développe les révélations les concernant. Ainsi, le mari intransigeant de Sakurako, homme formaté par les traditions, découvre que sa femme a couché avec un autre homme. Elle discerne qu'elle a couché avec un homme sans l'aimer mais qu'elle lui en est reconnaissante. Son mari lui dit tenir à elle et ajoute : « Je m'y suis peut-être mal pris mais c'est la seule façon que je connaisse ». Il ressent une peine telle qu'il s'accroupit en pleurant sur le trottoir. Le portrait des personnages est nuancé et les dialogues subjuguent par leur éloquence.

Ces divulgations des sentiments, des émotions, des relations, de ces aspects insoupçonnés des êtres, se succèdent avec précisions, détails, exactitudes et suggestions sans jamais ennuyer malgré la longueur du film. Car l'intérêt est sans cesse sollicité. Ce dépoussiérage des apparences, des clichés, nous enseigne la patience, le discernement, la compréhension; la joie et la souffrance cachées aux autres.

Ainsi, Akari, infirmière divorcée, admet : « J'ai l'impression que j'oublierai que je suis une femme si je suis sans homme. J'aimerais oublier qui je suis en faisant l'amour. Il y a une partie de moi que j'ai très peur de montrer en faisant l'amour.

Tout est vrai dans ces aveux et tiraillements des êtres. Nous ne sommes pas dans une présentation manichéenne avec des bons et des méchants mais dans la démonstration explicative des aspirations, des hésitations, des résignations, qui troublent les êtres dans l'intention de communiquer.

Ryusuke Hamaguchi nous montre les exercices d'un atelier auquel les amies participent afin d'utiliser leurs corps pour parler aux autres et prendre conscience des autres. « La sensation de devenir quelqu'un est un moment de bonheur ». Ces exercices seront repris au cours de divers événements du film. Un personnage de cet atelier au début du film interviendra à nouveau vers la fin. C'est ainsi que se font les confidences inattendues, les aveux discrets et que nous découvrons sans cesse les personnages. Nous sommes dans un suspens sentimental, émotif, avec des enjeux profondément humains.

Nous constatons les habitudes des japonais, leur politesse dans les salutations, les excuses, les remerciements, sans sourire. Leurs procédures de divorce rappellent le film de 2014, Guett, le procès de Viviane Amsalem de Shlomi et Ronit Elkabetz. Ainsi, Jun qui n'aime plus son mari est empêchée de divorcer par le tribunal. Elle doit mentir, empirer la situation dans ses déclarations pour convaincre le tribunal car sans incident, aucune décision, sauf en sa défaveur. Le mari de Jun, Hino, biologiste, toujours amoureux de son épouse, déclare : « Les femmes restent un mystère pour moi. Leur corps reste un mystère pour elles ».

Lorsque Daiki, le fils de Sakukako, un jeune étudiant, et son amie attendent un enfant, le mari de Sakukako oblige sa femme à aller s'excuser. Elle part donc avec la mère de son mari. La belle-mère porte le costume traditionnel. Les deux femmes s'agenouillent et donnent de l'argent aux parents de la jeune étudiante qui avortera et n'aura jamais l'occasion de dire un mot. Plus tard, Daiki aura lui aussi sa scène dans laquelle il remerciera Jun parce que c'est elle qui avait présenté ses parents l'un à l'autre et donc favorisé sa naissance. La belle-mère dit à Sakukako : « Un mariage arrangé est peut -être plus facile, on a qu'à le supporter ».

Le déroulement est émaillé de quatre scènes dans le métro avec chacune des amies. Le mystère se glisse dans la deuxième partie du film avec la disparition de Jun qui avait dit : « J'ai peur de tout ». Les trois amies, dans un restaurant avec la musique d'un violoncelle, constatent : « C'est difficile de parler quand on est fidèle à soi-même ». Cette phrase semble l'écho de la déclaration de Hino quand il veut s'exprimer : « Ça devient inexact si je simplifie ».

Dans la deuxième partie, s'insinue une mise en abime. Une auteure lit sa nouvelle intitulée : Vapeur.  Ce texte recèle des phrases telles que : « Mes yeux étaient tombés amoureux de lui » et « Les hommes ont vu le monde grâce à la lumière ».

Le film Happy Hour-Senses de Ryusuke Hamaguchi fait vivre une expérience humaine et humaniste.

Politique et cinéma

Déjà le réalisateur iranien Jafar Panahi a été condamné à une interdiction de tournage et de sortie du territoire parce qu'il a critiqué les conditions de vie dans son pays, entre autres, en participant à des manifestations. Depuis, il a secrètement tourné deux films dont Trois visages présenté à Cannes cette année. Comme dans Le cercle, il s'est intéressé aux répressions infligées aux femmes en Iran.

Le réalisateur britannique Steve McQueen a réalisé en 2008 le film Hunger dans lequel des prisonniers politiques irlandais débutent une grève de la faim dans les geôles anglaises. L'inflexible Margaret Tatcher maintint son refus de leur reconnaître leur statut de prisonniers politiques. Or, les prisonniers politiques subissent les pires traitements dans les prisons du monde. À leur tête, incarné par Michael Fassbinder dans la reconstitution filmique, Bobby Sands, un idéaliste de 27 ans, qui avait été élu député à la Chambre des communes du Royaume-Uni alors qu'il était enfermé dans la prison de Maze. Il signa de nombreux écrits, dont des poèmes et des livres, avant de devenir aveugle à cause de sa grève de la faim dont il décéda en 1981.

03_OLEG_SENTSOVEn 2011, Oleg Sentsov a réalisé le film Gamer dans lequel un jeune, vivant avec sa mère en Ukraine, se consacre de plus en plus exclusivement à des jeux en ligne. Ce réalisateur ukrainien de 41 ans, comme Jafar Panahi, a été condamné pour des raisons politiques et, à l'instar de Bobby Sands, a commencé une grève de la faim. Il s'est opposé à l'annexion de la Crimée par la Russie et a été jugé pour préparation d'actes terroristes. S'achevant en 2015 par 20 ans d'emprisonnement en Russie, son procès a été qualifié de «  farce stalinienne » pour ne pas dire tragédie sibérienne.

Le 14 mai 2018, réclamant sa libération et celles d'autres prisonniers politiques, Oleg Sentsov a débuté une grève de la faim. L'intransigeant Vladimir Poutine refuse à Amnesty International un droit de visite mais il a été possible, au moment où ces lignes sont écrites, que circule l'information de l'état critique de sa santé.

Rappelons que la journaliste russe Anna Politkovskaia, qui dénonçait les exactions de Poutine, avait été tuée le jour du 54e anniversaire du président. Des membres des Femen et des Pussy Riot ont, elles, été emprisonnées et ont subi de pénibles conditions de détention.

04_Oksana_Chatchko_FemenL'artiste-peintre et iconographe Oksana Chatchko, fondatrice des Femen en Ukraine, avait été tabassée par des policiers qui avaient aussi coupé ses cheveux. Le réalisateur suisse Alain Margot l'avait filmée pour le documentaire Je suis Femen que j'ai analysé dans ma chronique cinéma de septembre 2014. La belle et courageuse féministe déclarait : « Le monde est très passif…J'essaie de trouver la vérité, de réagir à ce qui se passe dans le monde, de vivre et c'est de là que je tire mon inspiration ».Elle galérait en France depuis cinq ans. Elle avait participé à une exposition en hommage à la cinéaste russe Anna Guenrikhovna. Le 23 juillet 2018, Oksana Chatchko s'est suicidée. Ce sont toujours les meilleures qui partent.

À travers le monde, au cours du temps, les rêves de liberté déterminent des actes pacifistes, journalistiques et artistiques absolus.

 

 

 

Les visuels :

Début du film Happy Hour,de Kobe les quatre amies à une table devant la brume

Happy Hour une des affiches du film

Oleg Sentsov, réalisateur emprisonné en Russie

Oksana Chatchko fondatrice du mouvement Femen