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Chronique cinéma
Spécial Maigret et spécial Présence Autochtone
Septembre 2022

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

 

 

Ce numéro de la chronique de cinéma consacrée à l'analyse et à l'entrevue réunit deux spéciaux : le premier vous propose une découverte du film Maigret réalisé par Patrice Leconte et de la lignée dans laquelle ce film et ses artisans s'inscrivent alors que le deuxième vous offre un panorama du 32e festival  Présence Autochtone.

SPÉCIAL MAIGRET : TOUT EST RÉUSSI

01_AFFICHE_MAIGRETDepuis la première adaptation d'un Maigret au cinéma en 1932 sous le titre La nuit du carrefour avec les frères Renoir, Jean à la réalisation et Pierre à l'interprétation, suivie la même année de celle des frères Tarride, Jean à la réalisation et Abel à l'interprétation sous le titre Le chien jaune, plusieurs réalisateurs et acteurs ont relevé le défi de transmettre l'originalité de l'histoire et la particularité du commissaire de la série Maigret écrite par le prolifique romancier Georges Simenon.

La plus récente adaptation est basée sur le roman de 1954 Maigret et la jeune morte en limitant le titre du film au seul nom du personnage : Maigret.

Patrice Leconte en a assumé la réalisation après avoir travaillé le scénario avec Jérôme Tonnerre. Il a confié la direction de la photo à Yves Angelo. Gérard Depardieu incarne l'enquêteur hors-norme, un homme sensible, capable de compréhension et de réflexion; oubliez Dirty Harry, Maigret n'est pas du genre à « jouer du gun », il n'a jamais d'arme sur lui.

Patrice Leconte a maitrisé la transmission des caractéristiques du roman : « Mes personnages, c'est n'importe qui dans la rue, un homme une femme quelconques, qui ont en eux tous les instincts de l'humanité en nous, en partie réfrénés par nécessité, par honnêteté, par prudence, par éducation. Je les met en situation d'aller au bout d'eux-mêmes » Simenon cité par Pierre Assouline dans Le Monde hors-série p.15. Leconte a aussi transmis les particularités du commissaire : « Maigret sensible à tous les détails reconstitue peu à peu la vie de la victime, mais aussi sa personnalité. C'est grâce à cet élément qu'il retrouvera les coupables. » Maurice Piron  L'univers de Simenon p.344

On reconnait la virtuosité de Leconte non seulement dans des films tels que Monsieur Hire (aussi basé sur un roman de Simenon), Ridicule et le magnifique La veuve de Saint-Pierre mais on observe son souci du détail dans une œuvre particulière, la série Les boutiques obscures avec des successions de gros plans d'objets.

Il est fascinant de remarquer qu'il reconvoque ce procédé dans le déroulement du récit concernant l'histoire d'une toute jeune fille, Louise Louvoye, retrouvée morte à Paris, pendant l'automne.

MYSTÈRE ET RÉVÉLATION

Divers aspects d'une thématique sont représentés dont la pudeur et l'exhibitionnisme. Le film débute avec la jeune Louise qui cache la nudité de ses seins alors qu'une robe de soirée satinée glisse sur elle dans la boutique de Mademoiselle Irène.

Dans la séquence suivante Maigret chez le docteur entend « Vous pouvez vous rhabiller ». Voilà, le mystère de la jeune fille est recouvert. C'est lorsqu'une autre jeune fille, Betty, vivra à son tour la scène affrontée par Louise que le mystère se dissipera.

Le mystère et la révélation sont aussi suggérés dans la minutie et la complémentarité des composantes opposées de l'image lorsque Maigret parle debout devant les lattes d'un store et que, progressivement, la lumière des phares d'un véhicule à l'extérieur pâlit un peu la noirceur de l'intérieur. Plusieurs moyens ont été réquisitionnés pour cette scène métaphorique (décor, acteur, éclairage, cadrage…) elle n'est donc pas anodine, elle concourt à la notion d'énigme à résoudre, à exprimer chez Maigret et son laconisme opiniâtrre, la nécessité de faire la lumière.

Parfois le gros plan amène le spectateur à assembler lui-même la totalité de l'action; le public devient le rassembleur des indices, accompagnant ainsi Maigret dans sa démarche, lui qui tisse le lien entre ses constats.

Maigret rencontre une autre jeune fille, Betty, provinciale naïve, qui arrive à Paris avec un rêve proportionnel à son désespoir de fille de la campagne. Maigret amène Betty dans un restaurant quand, soudainement, on a que des gros plans de sa main, de la chaise, de son manteau attrapé, pour conclure qu'elle est précipitamment sortie.

Simultanément, Maigret lui-même décrit sa méthode d'enquête et la facture filmique du réalisateur : « T'es touché par un détail. Toutes tes certitudes s'effondrent. » Et quel est le secret de Maigret avec les témoins, les suspects : « Pour qu'ils parlent, je les écoute ».

Les révélations ne se limitent pas aux faits, elles cernent le vécu émotif, sentimental; la divulgation du passé de Maigret et de son épouse qui ont perdu une fille contient la peine et la détermination du commissaire : « Quand on perd un enfant, on perd tout ». Il ajoutera : « Elle aurait eu 20 ans, elle aussi ».

LA PIPE : IDENTITÉ ET EXPERTISE

Sur l'affiche et dans le film, la pipe de Maigret est inhérente à lui. Dès le début du film, des plans serrés la cadrent. Puis, Maigret apprend à un collègue qu'on doit cogner doucement la pipe sur le talon quand on la vide sinon « tu vas éclater la bruyère ». Par ailleurs, le tabac de la pipe et le fait de fumer avec la pipe sont moins nocifs pour la santé que les joints de cannabis; le réalisateur a pourtant choisi de ne pas montrer le personnage fumant sa pipe mais alors qu'il enseigne à un collègue comment on doit fumer, il émet avec sa bouche les sons que la qualité du geste amène. Enfin, Maigret rappelle l'œuvre du peintre belge Magritte en indiquant : « Ceci n'est pas une pipe ». On est dans  l'humour subtil, pas vulgaire, concrétisant le jeu des assonances : Maigret et Magritte.

FAITS ET VERBALISATIONS

C'est aussi pour délimiter les contours des personnages et leur intériorité que des récits de leurs vies nous informent de leurs parcours, des causes des événements qui les ont impliqués. Les propos de Kaplan, n'éludent en rien l'énigme mais confirment l'impact des traumatismes. Ainsi, aussi, du souvenir de la première enquête de Maigret : L'inconnue de la Seine. Ainsi, encore de l'éloquente déclaration de Maigret : « Pour exister, il met fin à l'existence d'un autre ».

UNE DERNIÈRE PART D'HUMANITÉ

Le roman de Simenon se perdait en circonvolutions dans une abondance de personnages à travers des contextes tarabiscotés, un peu clichés.

Leconte et Tonnerre ont concentré l'intrigue pour faire ressortir l'humanité des enjeux : l'enquête nous fait découvrir la beauté vulnérable de Louise et Betty, la tendresse généreuse de Monsieur et Madame Maigret, la déviance dangereuse de Laurent, de sa fiancée et de sa mère.

UNE ŒUVRE PARTICIPATIVE

Triste, lugubre, sordide. Même la musique de Bruno Coulais contribue à l'atmosphère angoissante au rythme lent, à l'entrée et à l'immersion dans un univers accaparant.

Gérard Depardieu excelle à transmettre la sensibilité d'un Maigret à la stature imposante, au verbe rare et à la ténacité infaillible. Dans ce Maigret de Patrice Leconte, tout est réussi.

Et ultime. Il n'y aura plus de Gérard Depardieu, de ces acteurs monstres sacrés; désormais on ne s'ébahira plus devant le talent, on constatera la docilité. De Cyrano à Obélix, Depardieu est ainsi : il prend un rôle et, avec finesse, il en fait une immensité; ainsi,  dans le court métrage Rhapsody en tant que voisin gardant le bébé d'une mère qui travaille, quand il était le mari blessé en plein cœur mais toujours plein d'une affection exprimée par une simple intonation de sa voix dans Un pont entre deux rives, quand il a osé incarner Raspoutine autrement que selon des clichés, quand il a joué Germain Chazès, un homme transformé par sa découverte de la lecture auprès d'une femme âgée dans La tête en friche et quand il a été Balzac amoureux éperdu de Madame Hanska.

Non, nous ne serons plus captivés par une œuvre cinématographique, nous serons divertis par des placements de produits.

Leconte achève son film alors que Jules Maigret recommande à Betty « Sois heureuse » alors qu'elle lui répond : « Vous aussi soyez heureux ».

La dernière scène du film s'avère très symbolique : les qualités artistiques de ce film et la probité des artisans qui y ont contribué ne seront plus constatables au cinéma. L'éradication de la qualité dans le procédé, de l'excellence dans la circonspection, de l'envergure dans le détail,  est représentée par Jules Maigret qui s'éloigne alors que son image s'estompe jusqu'à disparaître.

Entrevue avec le simenonien : Normand Daigneault

02_NORMAND_DAIGNEAULT_SimenonienMonsieur Normand Daigneault a déjà  accepté de partager ses connaissances en m'accordant des entrevues. Il s'était exprimé à propos du cinéaste François Truffault à l'été 2010 :  https://norja.net/cinema/html/ete_2010.html

Expert des œuvres de Jules Verne, du personnage de Sherlock Holmes, il s'avère aussi un exégète de Georges Simenon, un tel érudit est appelé un simenonien. Il a décrit le personnage de Maigret : «Il s'imprègne, s'imbibe, comme une éponge. Son travail est de se mettre à la place de l'autre. Au contraire d'enquêteurs tels que Holmes, Poirot, qui prélèvent des indices, Maigret veut c03_NORMAND_DAIGNEAULT_Simenonienonnaître les gens, les comprendre. »

Monsieur Daigneault a aussi considéré les acteurs ayant interprété le personnage en retenant :  « Rowan Atkinson a joué en nuances, même si il n'avait pas le physique; les téléfilms respectaient l'atmosphère. Jean Gabin était bon mais il surjouait, il faisait du Gabin, fort en gueule. Depardieu a un jeu en nuances, en subtilité, il est placide, il est laconique comme Maigret ».

Monsieur Daigneault a établi au cours de ses recherches une liste des interprètes internationaux ayant assumé d'incarner le célèbre commissaire; voici donc, de la France au Japon en passant par l'Union Soviétique, ces acteurs qui s'inscrivent dans une audacieuse lignée. Cette liste chronologique n'existe dans sa totalité sur aucun site; M. Daigneault en a le mérite.

LES INTERPRÈTES DE MAIGRET LISTE DE M. DAIGNEAULT
Acteur, Origine de l'acteur, Origine de la production, Format, Année

  • Pierre Renoir (de la France)  (France, cinéma) 1932
  • Abel Tarride (de la France)  (France, cinéma) 1932
  • Harry Baur (de la France)  (France, cinéma) 1932
  • Albert Préjean  (de la France) (France cinéma) 1942-1943-1944
  • Charles Laughton (de l'Angleterre)  (États-Unis, France, cinéma) 1948
  • Herbert Berghof (de Vienne, Autriche) (États-Unis, télévision) 1950
  • Michel Simon (de la France)  (France, cinéma) 1952
  • Luis Van Rooten (des États-Unis)  (États-Unis, télévision) 1952
  • Henri Norbert (de la France)  (Canada, télévision) 1955 à 1959
  • Maurice Manson (du Canada)  (France, cinéma) 1956
  • Jean Gabin (de la France) (France, cinéma) 1957-1959-1963
  • Louis Arbessier (de Vienne, France)  (France, télévision) 1960
  • Rupert Davies (de l'Angleterre)  (Royaume-Uni, télévision) 1960 à 1963
  • Ljuba Tadic (de Yougoslavie) (Yougoslavie, télévision) 1963
  • Gino Cervi (de l'Italie) (Italie, télévision) 1964 à 1972
  • Kees Brusse (de Rotterdam)  (Pays-Bas, télévision) 1964-1965
  • Jan Teulings (des Pays-Bas) (Belgique, Pays-Bas, télévision) 1964-1968
  • Gino Cervi (de l'Italie)  (France, Italie, cinéma) 1966
  • Heinz Rühmann (de l'Allemagne) (Autriche, Italie, France, Allemagne de l'Ouest, cinéma) 1966
  • Jean Richard (de la France)  (France, télévision) 1967 à 1990
  • Boris Tenine (de Kuznetsk, Russie)  (Union Soviétique, télévision) 1970 à 1982
  • Rudolf Hrusinsky (de la Tchécoslovaquie)  (Tchécoslovaquie, télévision) 1970
  • Boris Tenine (de Kuznetsk, Russie)  (Union Soviétique, cinéma) 1974
  • Ki'nya Aikawa (du Japon) (Japon, télévision) 1978
  • Mikhail Danilov (de Russie) (Union Soviétique, télévision) 1981
  • Radovan Lukavshy (de Tchécoslovaquie)  Tchécoslovaquie, télévision) 1983
  • Armen Djigarkhanian (de l'Arménie) (Union Soviétique, télévision) 1987
  • Richard Harris (de l'Irlande) (Angleterre, télévision) 1988
  • Jiri Schwarz (de Tchécoslovaquie) Tchécoslovaquie, télévision) 1991
  • Bruno Cremer (de la France) (France, télévision) 1991 à 2000
  • Vladimir Samoylov (de l'Ukraine)  (Union Soviétique, cinéma) 1992
  • Michael Gambon  (de l'Irlande)  (Royaume-Uni, Hongrie, télévision) 1992 -1993
  • Youri Evsioukov ( ) (Ukraine, Russie, télévision)  1993
  • Sergio Castellitto (de l'Italie)  (Italie, télévision) 2004
  • Rowan Atkinson (du Royaume-Uni)  (Royaume-Uni, télévision) 2016-2018
  • Gérard Depardieu (de la France)  (France, Belgique, cinéma) 2022

En septembre 1966, des acteurs de cette liste assistaient à l'inauguration de la statue extérieure  du commissaire Maigret à Delfzijl, dans les Pays-Bas, en présence du romancier. L'artiste néerlandais Pieter d'Hont l'avait sculptée. Rupert Davies, Georges Simenon, Heinz Rühmann, Gino Cervi et Jan Teulings tenaient en évidence une pipe et portaient tous un chapeau en posant souriants devant la statue.

05_Andre_DudemaineOuvrages cités dans l'analyse :

Le Monde Hors-Série Une vie une œuvre Georges Simenon le patron oct nov 2014 Article Le romancier de l'implicite par Pierre Assouline

Piron, Maurice L'univers de Simenon Paris Presses de la cité 1983

Le 32e Festival International Présence Autochtone

Jusqu'au 18 août 2022, la Fête annuelle des premiers peuples d'Amérique au cœur de Montréal, avec le 32e Festival Présence Autochtone offre des concerts et des spectacles sur la Place des Festivals.

Né de mère innue en territoire algonquin, membre de la communauté de Mashteuiatsh,  cinéaste, membre de l'Ordre des Arts et des Lettres du Québec, membre fondateur et directeur des activités artistiques, Terres en vues et Présence autochtone, André Dudemaine était fier d'annoncer qu'avec cet événement, « Nous ouvrons le futur des Premières nations. 

Le Festival est international, il rayonne ainsi. André ajoute : « On est au centre du monde. Sur l'île de la Tortue, on accueille la diversité » : Du Mexique, de la Bolivie, de la Guyane Française, du Canada, de la Norvège, du Paraguay, du Chili, du Guatemala, de la Colombie, du Brésil, de la Nouvelle-Zélande…

Le Festival offre une rampe de skate, des concerts, le documentaire À la rencontre de l'Humanité Aidante auquel participe Chloé Sainte-Marie, comédienne, chanteuse, elle a enregistré entièrement en langue innue l'album Nitshisseniten e tshissenitamin et elle a créé la Fondation Maison Gilles-Carle,  un colloque à Kahnawake pour réfléchir au cinéma autochtone, une exposition d'œuvres de Buffy Ste-Marie, la projection du film Flores de la lianura sur les féminicides et du film Tysnaden in Sapmi sur les violences sexuelles intra -communautaires, sept poèmes de Joséphine Bacon, Uteï, le lundi 15 août, la pièce de théâtre écrite et jouée en innu et en français  par un survivant des écoles résidentielles Omer St-Onge de Maliotenam, le lancement de la revue en ligne Panorama-Cinéma avec un numéro consacré aux cinémas autochtones d'ici et d'ailleurs, le spectacle de Tim Armstrong le 17 août au Quai des Brumes, ainsi que des projections à la Grande Bibliothèque, des spectacles le midi à la Place Gamelin, sans oublier le Grand Teepee…

Je me suis entretenue avec André Dudemaine qui impressionne par sa ferveur et sa conviction. Il admet que des efforts sont faits au nom d'une réconciliation mais ses réflexions se poursuivent et ses réclamations sont légitimes. Ainsi, il remarquait qu'un journal montréalais publie chaque semaine l'horaire des émissions à la télévision mais le poste consacré à la culture autochtone n'y apparait pas. « Pour avancer vers la réconciliation, il faut que la culture autochtone soit reconnue, c'est un long travail de sensibilisation. Les écoles résidentielles c'est avant-hier, les mentalités sont encore présentes. Et pour la participation des partenaires privés, c'est souhaité, mais de plus en plus rare (le Festival est présenté par Québécor). J'ai du aller frapper à plusieurs portes pour de l'aide ». En photo, vous pouvez me voir avec André Dudemaine et une affiche du visuel de l'événement.

07_Christopher_AngatookalookChristopher Angatookalook,  ce qui signifie Petit Homme, fait la démonstration de toucher le phoque. Ce jeu traditionnel Inuit comporte beaucoup de variantes : kick à un pied, kick à deux pieds, High Kick Alaskin. Christopher participe à des compétitions et même aux Artic Winter Games. À la fin de 2018, il a co-fondé avec Saali, son collaborateur, le cirque Tupiqact dont les spectacles ont été présentés jusqu'à Melbourne, en Australie. Il aime montrer la culture et le cirque. Quant aux 4 lignes sur ses joues, elles représentent le rôle d'être là pour donner à tout le monde. Il émane de Christopher beaucoup de beauté et d'idéal.

08_XAVIER_WATSOXavier Watso, Abénaki, déploie son dynamisme avec ses élèves du secondaire en arts dramatiques, il fait connaître sa culture et sa langue à travers son compte TikTok tout en cumulant des activités en tant que militant et vidéaste. Il accueille les gens pendant le Festival, est  maître de cérémonie pour les spectacles et il « mousse l'événement sur les médias sociaux ». Pour constater son énergie et son humour, vous pouvez le suivre sur TikTok avec le compte watso_.

Sont impliquées aussi dans le Festival : Kiana Cross et Lydia Mestokosho -Paradis, artistes en résidence ainsi que Joelle Robillard directrice générale de Musique Nomade que l'on peut voir auprès d'André et Xavier sur la photo.

09_Joelle_Kiana_Lydia_Xavier

Lors de la soirée d'ouverture, avant la projection de films, pendant des discours, un homme criait dans la salle. Peut-être était-il en état d'ébriété… ou d'écœurement… Seul Charles Bender, acteur et président du C.A. de Terres en vues, a su nuancer la situation en mentionnant que des gens restent affectés, sont en colère.

La colère est le refus de l'injustice et du mensonge.  « Qui ne dit mot consent ». Dans tous les dénis d'humanité, il y a certes les personnes qui initient le mal mais il y a aussi les gens qui laissent le mal être perpétré.

Auparavant, les héros, les héroïnes, étaient associés à des gestes de commisération ; maintenant, les vedettes sont des gens qui agressent, qui « bitchent », qui tuent… ou organisent les circonstances pour laisser crever des personnes fragilisées, vulnérabilisées, victimisées.

Le Québec, le monde, accumulent les maltraitances et les re-victimisations. On blâme les victimes, on leur reproche leur sensibilité, leur difficulté d'être.

L'enfant consacre des années à son processus d'individuation. Pendant la première année de sa vie, l'enfant ne sait pas qu'il existe en dehors de sa mère, il est sa mère, sa mère est lui; il dépérit si il ne la voit pas.

L'enfant se développe grâce aux interactions avec son environnement dont les gens qui lui signifient qui il est et ce qu'il doit faire. L'humain apprend par la réitération, il agit en imitant l'autre. Sa conformité au modèle lui permet de se développer mais surtout l'approbation le conforte dans sa justification d'exister, lui permet de rester dans le groupe, dans la relation, dans la reconnaissance.

Pour l'enfant, un contact confirme son existence. Même lorsque ce contact est négatif, il prouve qu'il est un être vivant avec lequel un contact est possible. La relation fait être (exister, devenir).

La maltraitance imprègne l'être, le structure et son influence reste effective, ressurgit, entre en résonance, est réactivée.

Le langage peut contribuer à soigner la souffrance répétée. La résurgence du mal garde l'être dans la douleur et la colère. L'inadmissible continue son influence péremptoire.

Personne ne sait quoi faire avec les victimes, ne sait endiguer le bullying, la diffamation, le cyber-harcèlement, le fantasme du meurtre, l'âgisme, la pédophile, le viol, les mutilations sexuelles (misogynes ou misandres), la guerre, le capitalisme, l'inégalité socio-économique, l'idolâtrie des persécuteurs, l'éradication de l'alphabétisation, le cautionnement de la violence verbale, physique, économique.

Comment apaiser la résurgence de la douleur? Comment supporter ce retour envahissant de la souffrance, de la déshumanisation, les constats du ratage de l'évolution, l'absence de volonté de bonté, l'impossibilité d'exceller, la fin des idéaux humanistes?

10_CHARLES_BENDERPersonne ne sait comment guérir les traumatismes, ni concilier avec leurs aspects irrémédiables parce ils sont contraires à la pulsion de vie.

Charles Bender a utilisé le langage pour admettre la réalité.

À noter à propos du langage, il reste beaucoup à faire : il est souvent question de réconciliation lorsqu'on parle des peuples autochtones. Le préfixe re est utilisé pour la répétition. Y a-t-il déjà eu une conciliation avec les peuples autochtones pour qu'on parle de réconciliation? Quand il reste des traumatismes, il peut subsister beaucoup de colère.

11_Joe_Buffalo_skaterDans le film Joe Buffalo, (réalisation Amar Chebib, Canada, voa, 2021)  projeté quelques instants plus tard ce soir-là,  Joe est un survivant des écoles résidentielles qui séparait les enfants de leur famille. Ce militant de 42 ans pratique et enseigne le skate. De belles images artistiques, emphatiques rendent compte de sa pratique, montrant ses prouesses et… ses chutes; donc on a un portrait humain. Joe parle de sa vie, de lui, il confie : « Quand des opportunités se présentent, je ne crois pas en être digne ». (J'ai expliqué plus avant dans cette chronique la réalité cyclique de ce qui fonde l'être, la réactivation de ce qui a constitué la structuration identitaire par des relents de souffrance, d'interdit, d'angoisse.) Le court -métrage sera à nouveau projeté le vendredi 12 août à 20h au Cinéma du Musée.

Autre film projeté vendredi, Xatastujut Tekit (réalisation Ivan Zamaora Mendez, Mexique vo nahuat, tutunaku et espagnole, sous-titre français, 2022) Ce film est un hommage aux abeilles Melipolas. Pendant les magnifiques images au rythme lent, est récité le poème de Rufina Mainzano : « Tu es née avec la permission de boire le nectar des fleurs. On peut dire que c'est la femme qui donne la fertilité ».

12_Rose_de_Roxann_WhitebeanDans le court métrage de fiction Rose (réalisation Roxann Whitebean Canada, 2021 voa.) les personnages rappellent les histoires d'horreur infligées aux femmes autochtones qui enfantaient hors mariage et auxquelles on enlevait leurs enfants. Des femmes de l'équipe de tournage étaient présentes lors de la projection de la soirée d'ouverture. Le film est aussi projeté le vendredi 12 août.

Rappelons que Présence Autochtone continue jusqu'au 18 août 2022. Pour consulter la programmation du Festival :

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