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 L'INCONNU AU COEUR DU TEMPS

Oriane Des Roches 

Après de longs préparatifs au cours d'un été tropical,  alors que son compagnon de vie partait pour une mission diplomatique, envoyé comme guide-éclaireur d'un convoi alimentaire en Bosnie, avec sa valise débordant d'idées et de projets humanitaires, Clara-Grace eut un pressentiment... Naviguant seule depuis plusieurs années sur son voilier, elle sentit que le temps lui était venu de jeter à bâbord son vieux costume de bain usé à la corde. Un espace semblait s'ouvrir en elle, telle une faille, pour laisser place à une nouvelle demeure… Un changement s'avérait salutaire car sous le regard de son entourage, elle dépérissait en maigrissant à vue d'œil. Elle seule savait que la cause profonde n'était pas physique mais morale. Elle n'allait pas laisser les autres la tuer,  Mouré-la-to(u)s afin que je revive enfin, se murmurait-t-elle chaque matin sous le regard de sa psyché.

Le lendemain, en prenant sa marche quotidienne, Clara-Grace s'arrêta devant la vitrine de la " bijouterie unique " et quelque peu hésitante, franchit le seuil, avec l'intention de faire tailler son jonc pour lui donner une apparence de nouveauté, espérant secrètement se re-fiancer avec son diplomate, à son retour. Le bijoutier, d'origine indienne, avec son grand turban blanc et son regard envoûtant, lui dit dans un anglais à l'accent oriental : "Que puis-je faire pour vous, chère dame ?". Son évaluation terminée, il lui murmura, d'une lenteur déconcertante, comme s'il portait tout le poids de l'or sur ses épaules : "Revenez dans une semaine".  Le samedi suivant, elle prit le chemin qui va jusqu'à l'inconnu et croisa sur le trottoir un Chinois qui se frappait le dos, les jambes, les bras, comme pour se stimuler, mais sans aucune agressivité, sans l'impression de coups de fouet masochistes. Sans doute, se disait-elle, que le bâton a pour lui une signification symbolique, voire zen. Elle entra chez l'Indien qui l'attendait avec son regard perçant et langoureux, tel un chat siamois et qui lui dit : "Désolé, je n'ai pas eu le temps, revenez la semaine prochaine". C'est ainsi que pendant deux mois, elle faisait le va-et-vient à sa bijouterie, réglée comme du papier à musique, mais chaque semaine, il la renvoyait chez elle bredouille. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi cet homme n'était pas fidèle à sa parole et jouait ainsi avec son impatience naturelle. Un beau jour elle rencontra au travail une jeune Indienne et lui raconta cette étrange histoire pour arriver enfin à en comprendre l'énigme. La notion de temps, dit-elle, n'est pas la même dans notre culture, elle a une dimension intemporelle... Vous devez décoder, derrière ce message, une leçon de sagesse : le temps fait son œuvre, il en est le maître, et vous devez suivre le fil du courant, comme lorsque vous nagez dans l'océan, et non aller en sens contraire !

Entre-temps, son diplomate lui envoyait des courriels pour l'informer que la date de son retour était reportée, voire imprévisible. Elle sentit un nuage sombre descendre sur elle et comprit combien elle était dépendante de cet amour qui allait prendre fin à l'annonce de sa disparition qui lui a causé d'inquiétantes palpitations cardiaques. Clara-Grace fit immédiatement entreprendre des recherches et quatre jours plus tard on l'informa qu'il avait fugué sur l'île Honshû au Japon. On l'a retracé dans une station balnéaire, en compagnie d'une charmante geisha québécoise. Ce matin-là, elle se rendit chez M. Sheiti qui, à sa grande surprise, s'avança et, en la déshabillant de son regard lumineux, lui passa délicatement l'anneau remodelé qui se glissa de lui-même au doigt. La durée de l'attente du nouveau jonc fin poli, coïncidait avec l'annonce des retrouvailles de son compagnon de vie, se prélassant dans les bras de sa nouvelle passion éphémère. Comme par enchantement, elle se sentit soudainement libre et légère, flottant sur un nuage, envahie par une immense joie de Pax Profunda causée par la douceur et la synchronisation de l'appel d'une nouvelle expérience pour elle et lui. Tandis que l'un avait la sensation de vivre, l'autre avait le sentiment de mourir. Mais vivre / mourir n'est-ce pas UNE seule et même voie qui conduit sur le chemin de la Sagesse ? Elle comprit soudainement combien il était nécessaire de mourir à soi-même, dans le silence, pour re-naître… et tout le reste ne lui paraissait à ce moment-là que pure illusion.