Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

Bêtise

Lise Brault  

Je suis assise dans une station de métro et j'attends le train depuis cinq bonnes minutes. Également assises, à ma gauche, deux adolescentes font discrètement la conversation quand passe devant nous une dame dans la cinquantaine au visage courroucé. Elle parle toute seule, gesticule dans le vide, marmonne des injures à un ennemi imaginaire et ses yeux fous semblent chercher noise à quelque chose ou à quelqu'un. Soudain, elle tourne la tête dans notre direction et son regard se braque sur les jeunes filles. J'évite de la regarder dans les yeux mais l'une des filles, une petite blonde, croit que la dame s'est adressée à elle et demande :

- Pardon, vous dites?

Comme si la question eut l'effet d'une bombe, la dame fonce droit vers elle en mugissant :

- Hein???  Quoi???  Petite effrontée!  Je t'ai pas parlé! Où sont donc tes manières!!!

- Oh, pardonnez-moi, balbutie la jeune fille, toute confuse. Je croyais que vous vous adressiez à moi.  Je suis désolée si...

- Tais-toé donc! vocifère la dame. Je viens d'te dire que je veux pas t'parler! hurle-t-elle. Mêle-toé d'tes affaires, s'tie!!! crache-t-elle à la figure de la pauvre fille qui recule sur son siège et tourne au pourpre.

Je voudrais souffler un mot à l'oreille de la petite, lui dire de simplement détourner le regard mais sa compagne, dans un geste solidaire, tente d'apaiser la dame en lui expliquant que son amie ne voulait pas la contrarier. Ce qui ne fait que décupler la rage de la dame qui rugit de plus belle :

- Espèces de p'tites effrontées! Non, mais allez-vous vous taire, OUI OU NON!!!

La moutarde me monte au nez car la folle semble tout à fait capable d'en venir aux coups. Mais quoi faire face à une telle violence? Une intervention ne ferait qu'ajouter de l'huile sur le feu, songeai-je, impuissante, quand (Dieu merci!), le train arrive enfin.

Je me lève sur la pointe des pieds et m'éloigne pour éviter de monter à bord le même wagon, puis je m'entasse parmi la foule tout en imaginant les propos que doivent échanger les adolescentes. Sans doute sont-elles en train de se moquer allègrement de la vieille, y allant de commentaires plutôt crus. Ou mieux encore, elles donnent enfin libre cours à leur stupéfaction et sont prises d'un fou rire cathartique en songeant à l'absurdité de la situation.

Perdue dans mes pensées, mes yeux se posent distraitement sur la vitrine qui donne sur le wagon voisin quand soudain, j'y aperçois les deux jeunes filles. Je vois d'abord la petite blonde, assise et le visage tout convulsé. Elle pleure à chaudes larmes tandis que sa copine, penchée sur elle, lui tend un papier mouchoir et tente de la consoler en lui entourant les épaules.

Merde!