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Ca passe trop vite

par Josée Papineau  

Je suis sortie dehors pour que les chiens fassent leurs besoins.
J'ai lancé le ballon de foot afin que Loulou aille le chercher puis me suis mise à rire parce qu'elle n'était pas encore sortie des brumes de son dodo du midi sur le divan. Elle courait croche la Loulou.

Le vent souffle en cette fin d'après midi et je le laisse me caresser. L'air est frais, le ciel est couvert, il fait frisquet et je serre mes bras, l'un contre l'autre.

Déjà l'automne qui s'annonce. Il me semble qu'hier, je regardais ma cours et élaborais des projets pour faire en sorte que cette année, les fleurs soient belles, que ma cours soit pleine de couleurs. J'attendais avec impatience le moment où je pourrais sentir le doux parfum des fleurs de mes pommiers. Mais c'est fini.

Ca va trop vite.

Je vois la piscine que l'on a fermée hier, papa et moi, pour l'hiver. Il me semble qu'hier, il faisait soleil et que papa était là pour m'aider à la partir pour la saison d'été. Elle est déjà prête pour affronter l'hiver… Il me semble qu'hier, je regardais la toile sur la piscine et attendait avec impatience le moment de l'enlever, de la nettoyer pour pouvoir m'y baigner enfin.

J'ai fait quoi depuis l'ouverture de la piscine? Quoi de neuf depuis l'ouverture de la piscine?

Bientôt, j'irai acheter du fumier pour préparer mes vivaces pour le printemps prochain. Lorsque la neige fondra, le fumier se rendra jusqu'aux racines et ravigotera mes plants qui me donneront de belles fleurs. Ces fleurs qui n'ont pas fleuri assez longtemps à mon goût et dont j'ai déjà élaboré des projets pour qu'il y en ait encore plus, avec des couleurs plus vives, un peu partout. Pourtant, j'en ai près de 400 dans la cours arrière. Mais pas encore assez. Des fleurs à bulbes, oui, il y en aura un peu partout entre celles qui existent déjà.

L'été est déjà terminé et je pense à endormir ma cours pour l'hiver. J'ai l'impression de ne pas avoir profité de mon été… n'avoir rien accompli, avoir perdu mon temps.

Pourtant, lorsqu'on a ouvert la piscine, il faisait beau, il faisait chaud. Je voyais déjà ces après-midi durant lesquels les enfants se feraient dorer au soleil avec leurs amis, les barbecues animés, les bouteilles de vin, les rires, les bouteilles vides à ramasser. Et moi qui m'aurait fait un copain avec qui discuter le soir à la lueur de petites chandelles à la citronnelle pour éloigner les maringouins.

C'est déjà fini et ca passe trop vite.

Depuis qu'on a ouvert la piscine, ma fille est partie, elle a pris un appartement et s'en va comme une grande. Mon cœur de mère se serre d'appréhension et pourtant, je l'ai vu venir celle-là. A 18 ans, moi aussi, j'ai voulu voler de mes propres ailes.

Ca passe trop vite.

Depuis qu'on a ouvert la piscine, mon fils est revenu du Japon… dire qu'en juin, avant son départ, mon cœur se serrait juste en pensant aux 7 semaines de son absence durant lesquelles il serait au Japon, si loin, sans moi. Et pourtant, il est revenu et c'est comme s'il n'était jamais parti de la maison.

Ca passe trop vite.

Lorsqu'on a ouvert la piscine, la vue de mes plates-bandes et le soleil m'on insufflé le désir de rencontrer un homme. 5 ans toute seule… c'est beaucoup et il me semblait qu'il était temps de me montrer, de tenter le coup. Assez des soirées toute seule avec mes chiens, même si je les adore. Envie de sorties avec un homme, de discussions sur l'oreiller, d'activités à deux. Envie de prendre soin de mon chez moi avec quelqu'un, enfin, et de partager mon monde avec lui.

Et qu'est-ce que j'ai fait? Rien.

Je suis restée dans mon petit confort, mon chez moi, à arracher les mauvaises herbes des plates-bandes, pas sorti, pas pris la peine d'aller au cinéma ni d'aller prendre un verre avec des amis.

Bientôt, ca fera 6 ans que je n'ai eu d'homme dans ma vie avec qui partager mon lit, mon chez moi. Pourtant, il me semble que c'était hier lorsque je suis revenue de l'Ontario avec la ferme intention de prendre quelques semaines pour me reprendre en main et ensuite, rencontrer un homme qui m'irait enfin. Mais je n'ai rien fait pour que ca arrive.

Ca passe trop vite.

Dans deux semaines, j'aurai 42 ans et il me semble qu'hier, j'ai fêté mes 40 ans, toute joyeuse d'avoir franchi ce cap.

Ca passe trop vite.

Lorsqu'on a ouvert la piscine pour l'été, j'avais plein d'idées, de projets. Le monde a continué à évoluer et le temps, lui, continué à ronger les minutes et les jours. Mais moi, j'ai l'impression d'avoir sauté mon été, d'être au même point qu'avant, sauf un peu plus vieille bientôt.

Moi qui dit a tous de savourer la vie et d'y mordre a pleine dent, j'ai fait une pause et ai gaspillé mes sourires, mes éclats de rire, mes moments curieux, audacieux.

Pas pris la peine d'aller m'acheter des vêtements qui font du bien, ou presque pas. L'automne arrive et ceux de l'an dernier m'attendent. Faudrait de nouveaux souliers.

Oui, de nouveaux souliers et le désir d'avancer vers de nouveaux chemins car le temps, lui, n'attends pas. Chaque seconde s'écoule, même si tu ne fais pas un pas.

Oui, de bons souliers pour avancer d'un pas a chaque seconde et lorsqu'on ouvrira la piscine, l'an prochain, j'aurai fait un grand bout de chemin et avancé en accord avec le temps. Je pourrai mettre un sourire, une expérience, un souvenir sur quelques minutes ou des heures, voir même des journées passées durant mon automne, mon hiver, mon printemps et je saurai que même si ca passe trop vite, j'aurai comblé les minutes de mon temps.



Ca passe trop vite.
 

Josée Papineau
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