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CÉLI-BAS-FONDS

Normand Lebeau  

En ce début de 2004, j'ai ressorti quelques squelettes de papier de mes tiroirs, notamment ce texte que j'avais écrit au début des années 90 pour un défunt Célibataires Magazine, article refusé à l'époque par le comité de lecture pour son caractère sarcastique.

Nous sommes à l'aube du 21e siècle et les nouvelles voyagent vite. Nous savons tout du dernier coup d'état à s'être produit dans la république de Jambonie, mais nous ignorons le nom (et parfois même à quoi ressemble le visage) de nos plus proches voisins. Bref, nous communiquons mieux avec les médias que l'immédiat. Nos sens et nos sous sont constamment sollicités par le rythme trépidant de la vie moderne. Grâce à des analyses  démographiques savamment réalisées, nous savons combien de gens vivent dans tel pays et quelle est leur espérance de vie. Nous sommes au fait des statistiques sexuelles de tout le continent et nous pouvons même changer de sexe demain matin, si le plexus nous en dit. Toutefois, paradoxalement, le spectre de la solitude plane sur un nombre grandissant de célibataires, et bien qu'il n'y ait jamais eu autant d'humains sur la planète, il est plus difficile que jamais de rencontrer la bonne personne. Un bon matin, las de ma solitude, j'ai entrepris de placer une annonce dans un quotidien afin de rencontrer l' âme soeur. Trois jours plus tard (ça se passait vers 1985), mon casier postal était inondé de lettres. Quinze femmes et trois hommes (les vilains!) me lançaient une bouée épistolaire. Je me suis empressé d'ouvrir ce volumineux courrier et téléphonai tout de go à l'expéditrice de la première lettre. Nous nous sommes donnés rendez-vous le même soir, à 19 heures, en face de la sortie d'une station de métro. Étant donné que nous avions échangé longuement au téléphone et procédé à une description à peu près honnête de nos attributs physiques, nous n'avons eu aucune difficulté à nous reconnaître. De toute façon, même en plein festival de jazz, il m'aurait été impossible de la rater, car j'avais omis (étiquette oblige) de lui demander son poids, tout content que j'étais d'obtenir un rendez-vous galant. Et bien, figurez-vous qu'au moment d'aller à sa rencontre, j'étais vraiment devenu un " gars lent ".

Cette charmante demoiselle portait un chandail à motifs de petits pois, mais le sien, de poids, m'a fait tomber à la renverse. Après avoir échangé quelques paroles (et quelques regards!!!), nous nous sommes dirigés vers un delicatessen pour casser la croûte. Au bout d'une demi-heure, qui nous a permis de constater une absence totale d'affinités, nous avons repris la direction du métro qui, heureusement, ne se trouvait pas trop loin.

Cette délicieuse ingénue moustachue de 225 livres, au cour libre et à l'haleine plus meurtrière que le poing d'un pugiliste, possédait une gracieuse démarche de bûcheron et m'écrasa tant et si bien les pieds, en s'accaparant 80 % de la superficie du trottoir, que j'ai dû passer le reste de ma soirée, les orteils dans un bol d'eau chaude. Je passerai sous silence la diarrhée que m'a value sa suggestion de repas. Nous nous sommes quittés sans même nous dire bonsoir, mais six ans plus tard, elle demeure toujours aussi pesante (pardon, présente) dans ma mémoire. De mon côté, je suis reparti vers de nouvelles conquêtes, mais cette mignonnette, prenez à témoin mon historiette, devra couper le sel, sinon elle demeurera pucelle.