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Juste un peu de temps

par Josée Papineau  

Combien de fois le dit-on ou  le souhaite-t-on.

Tu te lève d'une courte nuit de sommeil parce que tu n'as fait que repenser à ta journée, à ce qui reste à faire, à ce que tu souhaiterais faire, à ce qui s'en vient.

Tu te douches en vitesse, regarde constamment l'heure, juste pour la satisfaction d'avoir récupéré une ou deux minutes pour pouvoir prendre ton temps pour manger ton déjeuner au lieu de le gober. Tu regardes encore l'heure et vite, tu vas t'habiller, tu prends un second café et regardes les nouvelles en vitesse et tu regardes encore l'heure pour ne pas rater le bus.

Tu arrives au métro, tu presses le pas pour ne pas avoir à attendre le second train, attrapes le journal 24 heures et le lis debout en te tenant du mieux que tu peux parce que tu n'as pas de siège.

Tu sors du métro en vitesse, pas le temps d'arrêter prendre un autre café au Tim Horton, la file d'attente est trop longue.

Tu arrives au bureau et déjà, les dossiers t'attendent, tu cours toute la journée, répond aux demandes et exigences de tous. En fais le plus possible afin de ne pas en laisser à la fin de la journée car sinon, ça en fera encore plus pour demain matin. Et tout ça, tu le fais en souriant et tu fais vite, toujours plus vite et puisque tu fais vite, on t'en donne encore plus car on sait qu'on peut se fier à toi. Tu le feras sans chigner, rapidement, sur-le-champ. Tu ne veux pas les faire attendre alors tu te concentre et hop, on passe au suivant.

Tu finis ta journée au bureau et fais le même trajet que ce matin en sens inverse, vers la maison.

Dans le bus, tu penses à ce que tu feras pour souper, il te reste de la lessive à faire, il faut aller acheter du savon pour la vaisselle. Tu n'es pas encore arrivée à la maison et déjà, tu te dis… si j'avais juste un peu de temps, je pourrais peut-être aller faire du vélo, aller marcher au parc… mais non, ce sera pour demain, tu as trop à faire ce soir. Mais surtout, tu espères que demain, tu ne feras pas du temps supplémentaire car tu devras te coucher tard pour ne rien laisser derrière toi.

Ta copine te téléphone et te demande si ça t'intéresse de t'inscrire au gym. Tu y penses deux secondes et demi et lui réponds que tu ne peux pas. Non, tu ne peux pas car ça prend trop de temps. Se préparer, s'y rendre, se changer, s'entrainer mais aussi, attendre après les machines car tu ne seras pas seule, il y aura beaucoup de monde. Prendre ta douche, te rhabiller, revenir… deux heures partie pour s'entrainer 30 minutes. Non, pas le temps.

Ce weekend, tu voudrais aller faire du vélo ou tu rêves de faire une ballade en voiture vers un « no where » mais non, il y a la pelouse à couper, la clôture à peinturer, la porte du cabanon à réparer.

Tu te dis.. si j'avais juste un peu plus de temps…

Tu recommences encore et encore, tu cours, tu t'essouffles avec le sourire parce que ça parait mieux mais tu cours. Oui, tu cours après le temps.

Parfois, il t'arrive d'avoir du mal à te concentrer et tu commences à douter de tes compétences alors, tu te relis et vérifies, revérifie ton travail avant de le remettre. Non, il ne faut pas faire d'erreur. Tu y arrives mais tu t'essouffles, tu as mal à la tête. Lorsque tu arrives à la maison, lorsque tu vas te coucher, tu ne fais que penser au travail que tu as remis en te demandant si tu as bien fait. Si tu n'as pas oublié quelque chose.

Lundi matin, tu penses au bureau et tu as mal au cœur, tu es étourdie, tu trembles. Un autre rhume peut-être, ce serait seulement le 4ième depuis le début de l'année ou le 5ième. Mardi, encore malade et mercredi, tu décides d'aller voir le médecin car ça ne va vraiment pas.

« Vous êtes épuisée madame. Deux semaine de repos pour commencer et revenez me voir pour un suvi. »

Après deux semaines, ca ne va pas mieux et là, c'est un congé d'une durée indéterminée qui t'attend. Fatigue générale, burn-out pour ne pas dire le terme honteux… dépression majeure.

Tu pleures en te disant que ca ne peut pas t'arriver à toi, mais oui.

Et là, tu en as du temps mais…

Pas d'énergie, pas de force, tu dors tout le temps et tout ce que tu veux, c'est ton lit. Tu prends ta douche et ça t'épuise. Sécher tes cheveux, oublie-ça, t'as les bras morts. Se faire à bouffer? Trop long et trop épuisant. Tu attrapes le « vite fait », le mets au micro-ondes et retournes sur le divan te reposer. Tu as du ménage à faire mais à peine commences-tu à passer le balai que ton dos te fait atrocement mal. Tes bras deviennent lourds et tu renonces. Tu oublies tout, faut faire des listes. Pas question de conduire l'auto, trop étourdie et tu n'as pas confiance en toi car ton corps ne t'écoute plus, tout est au ralenti et tu as peur de prendre le volant.

Lorsque tu te lèves le matin, tout ton corps te fait mal, tes articulations craquent presque, tu as mal à la tête. Tu manges et retournes te coucher car déjà épuisée. Tu dors devant la télé, le téléphone sonne et tu voudrais le briser. Ça cogne à la porte et tu voudrais te cacher pour ne pas que l'on te voit dans cet état. Tu te sens obligée de sourire lorsque tes parents viennent prendre un café pour prendre de tes nouvelles mais tout ce que tu veux, c'est la paix.

Tu en as du temps mais pour faire quoi? Dormir et faire des crises d'angoisse parce que tu sais que tu ne peux plus rien faire. Tout s'accumule et tu ne peux même pas passer le foutu balai. Tu ne peux pas lire les romans qui t'attendent dans la bibliothèque depuis des mois car tu n'arriverais même pas à retenir une ligne et un paragraphe au complet, faut même pas y penser. Plus rien ne te fait sourire, tu t'énerves toi-même et tu déteste le temps qui passe car il te rappelle que tu le perds à dormir, au lieu de le combler comme tu l'as rêvé si souvent.

Juste un peu de temps, dites-vous?

Pourquoi ne pas le prendre au lieu de courir après, constamment?

Juste un peu de temps, dites-vous?

À courir après, on oublie que nous sommes des humains. On se dit constamment qu'il faut travailler fort, performer pour gagner sa vie mais dites-moi donc… Est-ce erroné de croire que la vie est un cadeau?

Naissons-nous seulement pour être éduqués et ensuite travailler et performer?

Devons-nous seulement rêver au temps, aux bons moments, aux voyages, aux moments à ne rien faire juste pour le plaisir?

On entend souvent qu'il faut profiter de la vie. Pourquoi oublie-t-on de le faire?

Est-ce parce que nous ne savons pas comment? Pourquoi se sent-on souvent coupables de profiter du moment passé à ne rien faire en pensant, bien souvent, qu'on aurait pu prendre ce temps pour faire autre chose? Lorsqu'on a du temps, notre esprit est pollué parce qu'il reste à faire et on en profite pas.

On souhaite avoir du temps mais lorsqu'il se présente, on le comble à faire encore plus et on se dit qu'on prendra le temps la prochaine fois.

Juste un peu de temps dites-vous?

Au lieu d'en rêver ou de courir après, prenez-le donc pendant qu'il en est encore temps!
 

Josée Papineau
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